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Days Of Being Wild
[Nos Années Sauvages]



CREDIT

HONGKONG/1990
Scénario, mise en scène
: Wong Kar-wai. Producteur: Rover Tang. Producteur exécutif : Alan Tang. Producteur associé : Joseph Chan. Photo : Christopher Doyle. Camera: Andrew Lau Wai Keung. Directeur artistique : William Chang Suk-ping. Montage: Kai Kit-wai, Patrick Tam Kar-ming. Musique : Xavier Cugat, Django Reinhardt.
Acteurs : Leslie Cheung Kwok-wing (Yuddy), Carina Lau Kar-ling (Mimi Lulu), Maggie Cheung Man-yuk (Su Lizhen), Andy Lau Tak-wah (le flic), Jacky Cheung Hok-yau, Tony Leung Chiu-wai, Rebecca Pan (la tante).
Durée : 95 min. Sortie en France: 1995. Sortie à HK : 1990, 34ième sur 121 au box office (1°: All for the Winner). Exploité : 13 jours (du 15/12/90 au 27/12/90). Recettes : 9,751,942 HK$ (meilleure recette: 41,326,156HK$).
Prix : au Film Festival de HK, meilleur film de l'année, meilleur mise en scène, meilleur acteur, meilleure photographie, meileure direction artistique.

Projet
Suite au succès critique et à la reconnaissance principalement hors des frontières de Hongkong de As Tears Go By , c'est en 1990 que Wong Kar-wai nous livre son second long métrage qu'il considère comme le plus personnel.

Comme nous le laisse suggérer la fin du film, Days Of Being Wild -DOBW- se compose à l'origine de deux parties. La première s'attache à décrire deux groupes d'origine différente:

  • Un groupe cantonnais de Hongkong composé de Andy Lau et de Maggie Cheung (qui vient de Macao)

  • Un autre groupe de Shanghai : la tante et Yuddy (qui lui est natif des Philippines).

Le projet, avorté depuis, était qu'à la suite d'une sortie commerciale des deux parties, il devait y avoir une version longue. Mais après la défection des producteurs, la seconde partie ne fut jamais tournée en entier. En effet, il en subsiste seulement la dernière scène, où Tony Leung se prépare à sortir, et probablement quelques rushs entassés sur des étagères.

Selon Wong Kar-wai, DOBW se divise en quatre parties qui se suivent chronologiquement:

  • 1° partie: très Bresson, avec de " grandes idées "

  • 2° partie: tournée à la façon d'une série B avec des plans et des séquences " compliquées "

  • 3° partie: filmée avec plus de profondeur

  • 4° partie: ressemblant plus à la seconde partie.

Contexte
Il faut boucler le projet avant Noël, période très favorable au lancement de nouvelles réalisations. Les hongkongais aiment se rendre en famille au cinéma pour les festivités de fin d'année. Il est donc logique d'engager des Pop stars et vedettes locales déplaçant les foules telles que Andy Lau, Jacky Cheung, ou celles en passe de le devenir comme Maggie Cheung qui se voit offrir ici son premier vrai rôle et qui révèle de grands talents d'actrice (après un quinzaine de films quand même). Wong Kar-wai a l'ambition de commencer le film sur la mission Apollo, avec le premier astronaute marchant sur la lune, et l'histoire d'amour qui débute en même temps!
Plus sérieusement, le début du film se situerait en 1960, et la fin vers 1966, 1967. La fin de l'histoire d'amour correspondrait à la période juste avant que n'éclatent de violentes manifestations à HK.

Inspirations
Ce film évoque bien évidemment le Hongkong des années 60, mais également l'enfance pénible de Wong Kar-wai dans cette ville qui n'est pas la sienne et dont il ne connaît pas la langue. Puisqu'il est né à Shanghai et déménage à HK avec sa mère à l'âge de 5 ans (voir à ce titre la biographie). A l'époque, pour calmer ses angoisses et ses insomnies, il écoute la BBC, à laquelle il ne comprend absolument rien, mais qui le rassure et le réconforte en un sens. De cette réminiscence de sa jeunesse, il décide, à 31 ans, de situer l'intrigue de son nouveau film dans un HK hypothétique des années 60, n'ayant jamais vraiment existé mais dont il voudrait conserver une certaine nostalgie.

"Le soleil était plus brillant alors, les rues plus agréables, et il y avait toujours une chanson dans l'air".

Sa seconde source d'inspiration lui vient du romancier argentin qu'il admire beaucoup: Manuel Puig. Dans un de ses livres, Heart Break Tango, Wong Kar-wai est fasciné par la façon dont l'intrigue se construit sur des idées disparates et apparemment sans relation. Il décide donc d'écrire le scénario de DOBW de la même façon.

Tournage extrême
DOBW marque une première collaboration avec Christopher Doyle. Sur le tournage, il s'échangent beaucoup d'idées et Wong Kar-wai doit sans cesse freiner Chris Doyle toujours très enthousiaste. Il se rend compte qu'il peut enfin maîtriser les idées qu'il conçoit et les traduire en images. Il note une amélioration dans son apprentissage de la réalisation. Non seulement il sait transformer en film un scénario, mais en plus il est capable d'y apporter sa propre marque (ce qui manquait dans ATGB). WKW donne ainsi tout ce qu'il peut, mais "l'accouchement ne se fait pas sans douleurs". Par exemple, une partie du film a été tournée en extérieur aux Philippines, à un rythme des plus infernal pour terminer avant Noël. Là, les difficultés s'accumulent : problème de matériel, lieu de tournage qui n'a rien à voir avec les photos de reconnaissance...
Wong Kar-wai s'efforce de ne pas céder à la panique... ni à la démence.

Un accueil mitigé
Finalement terminé dans les temps (il sortira le 15 décembre) et disposant d'un casting luxueux, le film est très bien reçu par la critique car il remporte cinq prix au Festival du Film à Hongkong, dont celui du meilleur film de l'année, de la meilleur mise en scène, du meilleur acteur (Leslie Cheung), de la meilleure photographie (Chris Doyle), et de la meileure direction artistique (William Chang). C'est toutefois un demi échec au box office de HK (9.75 millions de HK$) et les producteurs renoncent à financer la seconde partie. Dans d'autres pays d'Asie du sud-est, il est beaucoup moins bien accueilli. Il subit, par exemple, en Corée la colère des spectateurs, trompés par LE casting de l'année, et qui jettent un tas de trucs à l'écran. Mais c'est au Japon et en Angleterre qu'il reçoit le plus de succès par la suite.

Après plusieurs années et avec du recul, Wong Kar-wai analyse lui même ses propres erreurs dues peut-être à une trop grande implication de sa part. Il comprend qu'il s'agit seulement de faire des films et rien d'autre. Pour lui, il n'y a pas vraiment d'intrigue, ni d'action, la mise en scène est par ailleurs trop rigide. D'autre part, le film souffre d'un grand déséquilibre, notamment avec les femmes mieux décrites (et avec plus de profondeur) que les hommes. Cependant, il se dit heureux d'avoir eu la chance et le courage de le faire à cette période, sinon DOBW n'aurait peut être jamais vu le jour...

Alors DOBW, bout d'essai ou chefs d'oeuvre ? Point d'appel à la carriére de Wong Kar Wai ou paroxysme de son oeuvre et de sa thématique personnelle ?

On reteindra toutefois deux caractéristiques. Tout d'abord, il transparaît dans ce film la blessure profonde, latente, du réalisateur, à savoir la recherche de l'identité qu'il a dû expérimenter dans sa jeunesse suite à son exil de Shanghai pour rejoindre HK et y attendre sa famille. Le déracinement (notamment le sien) et la perte de l'innocence seront des thèmes qui baliseront ses films à venir. Ensuite, il met en place déjà son univers (très antonionien), avec une mise en scène éclatée, voir déconstruite que l'on retrouvera par la suite poussée à l'extrême dans Ashes Of Time.

Thomas, 1999 (corrigé en mars 2002)

As Tears Go By - Ashes Of Time - Chungking Express - Fallen Angels - Happy Together - Menu - Biographie - Techniques


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