1993 - 1996 : La Workshop au service du maître


 

1993 : Green Snake (réalisateur, producteur)
Deux serpents se métamorphosent en femmes pour découvrir l'univers des hommes. Serpent blanc (Joey Wong), la plus âgée, tombe amoureux d'un lettré, tandis que serpent vert (Maggie Cheung) en cherchant à savoir ce qu'est l'amour, attire l'attention d'un prête bouddhiste (Zhao Wen-zhou) qui pourchasse les " non-humains ".

Ce projet, très ambitieux sur le plan technique et thématique, a souffert d'une production difficile avec en particulier des effets spéciaux souvent ratés. Mais il serait expéditif de condamner ce film sur ses seules défaillances techniques. Au delà de cet aspect, il faut saluer les audaces du réalisateur qui ose s'attaquer à la question religieuse et à son intolérance, développant un discours métaphysique courageux où il se permet de remettre en question la notion d'amour. Sur le plan formel, Tsui Hark veut créer un monde artificiel, mais dont la perfection ferait oublier sa nature. Evidemment il échoue, mais ce phantasme de cinéma en dit long sur les ambitions cinématographiques du réalisateur.

Disponibilité : Chez HK vidéo en V.O.S.T.F. dans une excellente copie.

 

1994 : Le temple du lotus rouge (producteur)
Après avoir détruit le temple de Shaolin, la secte du Lotus Rouge traque les moines survivants. Fong Sai-yuk est bientôt capturé et il est envoyé au temple du Lotus rouge, un immense dédale truffé de pièges et dirigé par un fou sanguinaire.

Gros échec au box office, il n'existe pas d'informations sur cette collaboration entre Ringo Lam et Tsui Hark. On y retrouve le côté labyrinthique de Butterfly Murders, ainsi que le goût commun aux deux réalisateurs pour les effets gores. Le résultat est très réussi puisque ce film allie le plaisir de se voir plonger dans une ambiance horrifique avec une réflexion politique sur le devenir de Hong Kong.

Disponibilité : Chez HK vidéo en V.O.S.T.F. dans une excellente copie.

 

1994 : The Lovers (réalisateur, producteur)
Afin d'en faire l'épouse modèle d'un haut dignitaire du gouvernement, des parents envoient leur fille (Charlie Young) dans un collège réservé aux garçons afin de perfectionner son éducation. Déguisée en garçon, la jeune écervelée ne tarde pas de tomber amoureuse d'un étudiant brillant mais pauvre (Nicky Wu).

Limpide dans sa mise en scène, simple dans son histoire, mais complexe dans sa thématique, Tsui Hark nous parle d'amour, de liberté et d'art avec une maîtrise sidérante. Un exemple, le premier regard amoureux, l'un des passages obligés d'une histoire d'amour. Ici, il se produit au cours d'un long champ / contre champ où chaque plan est filmé en travelling, jusqu'au moment où, l'espace d'une fraction de seconde, les regards se croisent enfin. C'est donc du mouvement que naît cet instant, qui est pourtant caractérisé par son immobilité. Et c'est ainsi pendant tout le film, une poésie des images rarement atteinte par d'autres cinéastes. Un chef d'œuvre…

Disponibilité : Chez HK vidéo en V.O.S.T.F. dans une excellente copie.

 

1994 : Il était une fois en Chine 5 (réalisateur, producteur)
Alors qu'il rentre chez lui, Wong Fei-hung (Zhao Wen-zhou) découvre une région mis à sac par des pirates. En l'absence de toute justice, le bon docteur décide de mettre hors d'état de nuire ces dangereux individus.

Tsui Hark revient sur la série qui a fait son succès au début des années 90. Loin des ambitieuses fresques des débuts, la saga est entrée dans l'ère de l'exploitation commerciale. Privilégiant le divertissement, le film plonge le spectateur dans de délirantes aventures, même si au passage Tsui Hark n'en n'oublie pas complètement ses obsessions, avec en particulier une description de l'autorité politique de la région asservie par les pirates qui fait écho à bien d'autres film Workshop. On regrettera néanmoins la faible place accordée aux batailles navales, habituellement les moments de bravoure des films de pirates.

Disponibilité : Chez HK vidéo en V.O.S.T.F. dans une excellente copie.

 

1995 : Le festin chinois (réalisateur, producteur)
Pour émigrer au Canada, un jeune garçon (Leslie Cheung) veut apprendre la cuisine chinoise. Engagé dans un restaurant de Hong Kong, il ne tarde pas à rencontrer la fille du restaurateur (Anita Yuen), une jeune punkette rebelle. Ensemble, ils devront aider le père de la jeune femme à préparer le festin dit Qin Han, challenge d'un affrontement avec un redoutable chef cuisinier.

Avec cette comédie de nouvel an chinois, Tsui Hark cherche à retrouver le succès. Non seulement il y parvient, mais en plus il réussit un petit film sympathique et divertissant, qui aurait même pu être un petit bijou si le scénario avait été un peu plus rigoureux et si l'humour avait été moins irrégulier. Réjouissant.

 

1995 : Love In The Time Of Twilight (réalisateur, producteur)
Au début du siècle, la fille du directeur d'un opéra cantonnais (Charlie Young), cherche l'amour, mais elle ne rencontre qu'un jeune banquier (Nicky Wu) avec qui elle ne sait que se disputer. Assassiné, il revient demander l'aide de la jeune fille pour retourner dans le passé afin d'empêcher le crime d'avoir lieu.

Tsui Hark retrouve les amants de The lovers pour une comédie fantastique qui mêle adroitement humour, romantisme et action. Ce film se caractérise surtout par une inventivité folle : fantômes, courant électrique qui permet de voyager dans le temps, pilonnes électriques qui renferment des espaces temps parallèles, effets spéciaux carnavalesques... Il est dommage que le comique s'inspire parfois de l'humour cantonnais, avec en particulier un personnage qui vomit trop souvent dans ce spectacle par ailleurs raffiné.

Disponibilité : Chez HK vidéo en V.O.S.T.F. dans une excellente copie.

 

1995 : The Blade (réalisateur, producteur)
Lorsqu'il apprend que son père à été assassiné dans d'horribles conditions, Dig On (Zhao Wen-zhou) décide de partir le venger. Mais sur la route, dans un affrontement, il perd un bras.  

Après la série des Swordman, Tsui Hark revient à l'univers du Wu Xia Pian avec ce remake du fameux One-Armed Sworsdman (de Chang Cheh). Le résultat est sidérant. Le réalisateur explore (une fois de plus) une esthétique nouvelle, constituée de bruits et de fureurs. Médusé, le spectateur est plongé au cœur d'un monde chaotique où règne la violence. Un nouveau chef d'œuvre du maître.

Disponibilité : Chez HK vidéo en V.O.S.T.F. dans une excellente copie.

 

1996 : Tri-Star (réalisateur, producteur)
Un jeune prêtre (Leslie Cheung) décide d'aider une jeune prostituée (Anita Yuen) en prise avec un chef de triade qui veut l'obliger à aller travailler au Etats Unis.

Un an après Chinese Feast, Tsui Hark ressort une comédie de nouvel an chinois avec les mêmes interprètes. Depuis The Lovers, le discours amoureux reste le même : la rencontre entre un homme et une femme est difficile, contrariée par la maladresse des deux amants et par la société, les moments de rapprochement sont rares et fugitifs, mais d'autant plus forts. Entre humour et tendresse, Tsui Hark parvient dans chaque film à glisser quelques instants de pure poésie amoureuse, ce qui nous vaut quelques belles scènes comme celle du confessionnal où la jeune fille se livre à cœur ouvert, ou bien lors d'une chanson, lorsqu'elle donne dans la pénombre un baiser au prêtre. Si globalement la comédie fonctionne plutôt bien, la seconde partie du film s'enlise malheureusement, les chansons s'enchaînant visiblement pour suppléer aux manques du scénario. Un film moyen donc, mais supérieur à la mauvaise réputation qu'il a.

 


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