LE ROI DU POLAR : CHOW YUN FAT
Avec l'avènement du polar à Hong Kong qui fait suite au succès resplendissant du Syndicat du crime de John Woo (HK$ 34,5M), un acteur va devenir, au fil du temps le roi du polar. Il s'agit bien évidemment du charismatique Chow Yun Fat.La quasi intégralité des grands réalisateurs de Hong Kong vont utiliser cet acteur surdoué qui va progressivement se forger une réputation tel que les producteurs américains vont essayer de l'imposer à Hollywood (Replacement Killer de Fuqua). Si le talent de Chow Yun Fat lui permet de jouer toute sorte de rôles, il est cependant au sommet de son art dans l'univers du polar. On pourrait penser que cet acteur a été mis en valeur par les grands réalisateurs de Hong Kong mais se serait oublier son rôle important dans la création de son image et de son style.
Il faut d'ailleurs noter que bon nombre de réalisateurs moyens ont essayé d'exploiter cette image dans leur films, il en résulte des films sans scénario, prétexte à renouveler l'expérience du Syndicat du crime mais à lui seul Chow Yun Fat réussit à réhausser la qualité du film par son charisme sans limite (Tragic Hero et Rich and Famous de Taylor Wong). Tentative de définition des multiples facettes de Chow Yun Fat par l'analyse de quelques uns des plus beaux personnages qu'il a incarné à l'écran...
1- Le gangster héroique : Le syndicat du crime de John Woo, 1986
Bien que déja salué par la critique avec le film de Ann Hui, Story of the Woo Viet, c'est vraiment avec le Syndicat du crime que Chow Yun Fat va devenir l'acteur le plus en vue de la colonie. Il y joue le rôle d'un traficant qui s'avère être en fait un homme loyal et d'une élégance rare dans ce monde mafieux. C'est dans ce film que Chow Yun Fat va créer son style et son image. En effet, il va apporter au personnage toute une série de tics, de manières qui prolongent à merveille le personnage créé par John Woo.
On pense en particulier au lunette noire, à l'allumette au coin de sa bouche, les cigarettes allumées avec des billets ou encore à sa façon de descendre tout ce qui bouge avec un revolver dans chaque main... Cette image du gangster héroique que l'on doit à John Woo, n'aurait jamais été aussi parfaite sans la présence de Chow Yun Fat. Ce film lancera la mode du genre "Heroic Bloodshed".
2- Le policier infiltré : City on Fire de Ringo Lam, 1987
Le personnage qu'incarne Chow Yun Fat dans ce film est cette fois-ci celui d'un policier infiltré dans les triades. Son personnage est très éloigné de celui de Syndicat du crime car l'élégance du héro est remplacé par un caractère torturé par la trahison qu'engendre l'infiltration. Cette trahison confère à Chow Yun Fat un jeu d'acteur plus intimiste, plus secret et donc en quasi opposition avec le héros wooien. Ce qui surprend surtout, c'est la facilité d'adaptation de Chow Yun Fat à ces deux rôles qui sont opposés et la complicité qu'il existe entre lui et les deux réalisateurs. Il faut noter aussi une inversion étonnante entre d'une part Chow Yun Fat qui joue le rôle du policier et d'autre part Danny Lee qui joue le rôle du truand, chacun étant plutôt spécialisé dans les rôles inverses.3- Le prisonnier débrouillard : Prison on Fire de Ringo Lam, 1987
Deuxième collaboration entre Chow Yun Fat et Ringo Lam, Prison on Fire est un exellent film sur le milieux carcéral et permet à Chow Yun Fat de développer un nouveau rôle le prisonnier débrouillard. Son personnage prend ici une nouvelle dimension celle de la comédie tout en ayant les caractéristiques du personnage perturbé cher à Ringo Lam. En fait, Chow Yun Fat joue le rôle de tampon voire d'ange protecteur d'un nouveau prisonnier (Tony Leung Ka-fai ) qui se voit humilié et agréssé en permanence par les menbres des triades à l'intérieur de la prison.
L'univers carcéral a déjà été de nombreuses fois traité mais l'intérêt ici est l'analyse psychologique des personnages et la description de la réorganisation des triades dans les prisons de Hong Kong. Il est donc bien évident que dans une telle démarche Chow Yun Fat est l'acteur idéal... Il est cependant dommage que Ringo Lam et donc Chow Yun Fat dans Prison on Fire II soit tomber dans le piège du film bateau sur la relation entre matons sadiques et prisonniers au lieu de continuer dans la même veine que le premier opus.
4- Le policier comique : Tiger on the Beat de Liu Chia Leung, 1988
Tiger on the Beat est l'archétype du film bis Made in Hong Kong. En effet, il ne possède pas réellement de scénario, les scénes de combats sont de plus en plus surprenantes au fil du film se finissant même par un combat mémorable à la tronçonneuse et l'humour est très souvent lourd-dingue. La prestation de Chow Yun Fat dans ce film est aussi surprenante que le film lui même. En effet, l'élégant héro vu chez Woo ou le héro torturé vu chez Lam devient un héro comique, naïf, balourd finissant même en calçon pour sauver la vie d'un hostage. C'est avec ce film que l'on peut se rendre compte de la facilité que Chow Yun Fat a de s'adapter à toutes les situations et en particulier au registre du comique, il confirmera d'ailleurs sont talent de comique dans un film complétement ahurissant Diary of a Big Man que tout fan de Hong Kong ne devrait pas méconnaitre (voir la filmo de Tsui Hark).5- L'agent protecteur : Wild Search de Ringo Lam, 1989
Film mineur dans la carrière de Ringo Lam, Wild Search reste cependant un petit film distrayant permetant à Chow Yun-fat de jouer un rôle poignant tombant amoureux de la jeune femme qu'il a pris sous son aile. Il développe donc un personnage dual solide dans son travail de flic et fragile dans ses rapports sentimentaux avec la jeune femme. Cela reste quand même un rôle classique dans la carrière de Chow Yun-fat même si il arrive comme à son habitude à créer un personnage original et touchant.6- Le roi du Jeu : God of Gamblers de Wong Jing, 1989
Dans ce film Chow Yun Fat campe un personnage très étonnant puisqu'il est le roi du jeu. Il peut donc une nouvelle fois développer ses qualités comiques grâce au réalisateur-producteur de comédies loufoques à Hong Kong : Wong Jing. Il faut en fait ici détailler deux personnages différents. Le premier personnage que joue Chow Yun Fat est le roi du jeu à proprement parlé c'est à dire un personnage plutôt sérieux qui correspond en fait à un homme d'affaire avisé qui est passé maître dans les jeux d'argents (carte, dés etc.). Il joue un rôle assez proche de ce qu'il a déjà joué au paravant (héro noble et élégant) mais en emplifiant sa gestuelle de manière caricaturale.
En effet, il jongle avec tout les objets qui lui sont présentés de manière élégante et avec une habilité hors du commun. Le deuxième personnage est en complète opposition avec le premier puisque le roi du jeu, après un accident, perd la mémoire et devient un sombre crétin incapable de se débrouller seul. Cela donne évidemment l'opportunité à Chow Yun Fat de faire l'imbécile pendant plus d'une heure et c'est ce qui donne tout l'intérêt à ce film...
7- Le flic dur à cuire : Hard Boiled (A Toute Epreuve) de John Woo, 1992
Ce film est considéré comme l'une des plus belles réussites techniques de John Woo. En effet, les scénes de gunfights sont particuliérement impréssionnantes et sont à la limite de la perfection chorégraphique. Chow Yun Fat participe donc à merveille dans la réussite technique de ce film en apportant sa marque de fabrique habituelle : le charisme, l'élégance, la facilité et la gestuelle idéale. Cependant cette débauche de scènes d'action ne laisse guère de place au traitement des personnages, il en résulte donc un film impréssionant visuellement mais qui manque de relief. Cela se ressent fortement sur la prestation de Chow Yun Fat non pas qu'elle soit mauvaise mais elle manque cruellement de profondeur. Ceci dit ce film reste l'un de mes plus grands chocs du cinémma de HK.8- Le hell's angel : Full Contact de Ringo Lam, 1992
Full Contact est la dernière collaboration à ce jour entre Chow Yun Fat et Ringo Lam. Le résultat est plus que surprenant puisque Chow se trouve transformer en loubard- videur de boîte de nuit au blouson de cuir et au crane rasé. Chow doit donc se débattre avec un rôle qui lui est guère familier mais ou comme à son habitude il réussit à en donner une très bonne interprètation. Ce rôle est diamétralement opposé à ceux qu'il a l'habitude de jouer, Ringo Lam détruisant ainsi l'image du héro traditionnel pour en faire un personnage déjanté dans un monde cartoonesque.9- Le policier Cowboy : Peace Hotel de Wai Kar Fai, 1995
Peace Hotel est un film marquant dans la carrière de Chow Yun Fat puisqu'il constitue sa dernière prestation à Hong Kong et sa dernière rencontre avec John Woo qui est producteur du film. La particularité de ce film c'est d'être un western conçu comme un polar. L'influence de John Woo sur Wai Kar-fai n'est pas du tout perceptible dans ce film, en effet le réalisateur livre un film très personnel et très intéresssant. Le rôle de Chow est un ancien tueur sanguinaire qui essaie de se racheter en faisant fonctionner un hôtel qui acceuille les personnes sans le sou. La première scène du film le présente donc en tueur sanguinaire, le crane rasé qui tue avant tout par vengeance. Sa transformation en tenancier d'hôtel plutôt sympathique n'est pas vraiment explicité dans le film ce qui est un peu dommage.
Ce film à l'atmosphère étrange, sombre et glauque permet à Chow Yun Fat de nous livrer une dernière prestation magistrale avant son départ pour Hollywood...
François HENRY, octobre 1999 (mise à jour novembre 2003 par Th.)
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