LES REALISATEURS DU POLAR

 

Dans cette rubrique, nous présenterons les réalisateurs qui œuvrent dans le domaine du polar, tout en sachant que pour la plupart de ceux-ci leur carrière ne se résume pas à ce seul genre. Hongkong Cinemagic est un site qui se veut avant tout novateur et original, donc si dans une volonté d'exhaustivité nous ne pouvons évidemment pas exclure John Woo, Ringo Lam et Kirk Wong qui ont été pendant plus de vingt ans les fers de lance du polar Made In Hong Kong nous orienterons volontier nos recherches sur les réalisateurs les moins connus tels que Johnny To, Gordon Chan, Patrick Yau, daniel Lee, Johnny Mak et tant d'autre qui ont fait vibrer, par leur talent, le polar à Hong Kong...

 

1- Johnny To : le dernier réalisateur et producteur de polar à Hong Kong ?

Johnny To s'est réellement distingué dans le monde du polar au cours de l'année 1997 avec deux réalisations marquantes : Loving You et Lifeline. C'est avec ces deux réussites qu'il va monter sa propre boite, la Milkway Image. Cela lui permet de créer un système de production qui se base sur des polars tournés sans moyen mais très efficaces. Tout comme Tsui Hark à l'époque, Johnny To essaie (ou a essayé) de créer une nouvelle Workshop pour permettre aux jeunes réalisateurs talentueux de s'exprimer tout en gardant quand même un contrôle absolu sur les films. Il revendique même une grande partie des réalisations qu'il a produit mais qu'il n'a pas cosignée. Cette attitude lui est probablement hérité de ces premières expériences puisqu'il a rarement eut le contrôle de ces films auparavant, on pense en particulier au très violent The Big Heat repris en mains par le terrible Tsui Hark. Son virement récent pour le polar ou plutôt mis entre parenthèse depuis la fin des années 80, fait suite à une décennie où il oscille entre comédie (The Eight Happiness, 1988), film mélo (All About Ah Long,1989), Kung Fu comédie (Justice My Foot,1992), film cartoonesque (Héroic Trio,1993 et sa suite Executioners,1993, deux suites en une année il y a bien qu'à Hong Kong que l'on puisse voir ça!), film d'art martiaux (The Barefoot Kid,1993 et encore un!) et enfin romance policière (A Moment Of Romance III, 1996). En ce qui concerne le polar m'a découverte de ce réalisateur s'est faite par l'excellent Lifeline qui mêle habilement scènes d'actions surprenantes dans de véritables flammes et scènes psychologiques dressant le portrait de ces combattants du feu... Bien que ce film ne soit pas véritablement un polar, il fonctionne sur les mêmes principes de bases et il serait bien difficile de l'exclure face à un Final Option qui lui ressemble en tout point. Après Lifeline et Loving You, Johnny To produit quatre polars très réussis qui privilégient la profondeur des personnages. Dans Beyond Hypothermia de Patrick Leung, on assiste par exemple à la description rarissime dans le cinéma de Hong Kong d'une "Killeuse" dont la particularité estd'avoir une température sanguine inférieure à la moyenne... Les trois autres polars sont The Longest Nite et The Odd One Dies de Patrick Yau ainsi que Too Many Ways To Be Number One de Wai Kar Fai. Pour en savoir d'avantage sur ce surprenant réalisateur, je vous conseil de lire la partie que lui consacre Miles Wood dans son exellent livre Cine East : Hong Kong Cinema Through The Looking Glass ( 1 page de biographie et 12 pages d'interview).

HENRY François

 

2 - Patrick Yau Tat-Chi : dans l'ombre de Johnny To ?

Réalisateur prodige de trois polars OVNI -The Odd One Dies, The Longest Nite et Expect The Unexpected- Patrick Yau a comme tant d'autres fait ses classes sur des séries télé, et notamment à TVB, chaîne locale Hongkongaise. Il y rencontre Johnny To et devient son assistant réalisateur. Ce dernier le prend donc sous son aile et lui propose de réaliser en 1997 The Odd One Dies, polar stylisé et original avec Takeshi Kaneshiro et Carman Lee. Puis Yau Tat-Chi enchaîne sur le machiavélique et très claustrophobe The Longest Nite, toujours en 97 et interprété par deux des meilleurs acteurs du moment, Lau Chin-Wan et Tony Leung Chiu-Wai. Ces premiers projets, loin d'être des essais ou des brouillons, bénéficient d'une maîtrise et d'une réalisation très soignée et d'innovations stylistiques rafraîchissant le genre. Suivi de très prés par Johnny To, les plus pessimistes pensent que Yau n'est qu'un prête-nom, une sorte d'exécutant à la botte du patron de la Milkyway Image. Mais c'est le côté "technicien artistique" de Patrick Yau mélangé au savoir faire de producteur-manager-commerçant de Johnny To qui a engendré ces polars hors normes et fort esthétiques. Enfin, Expect The Unexpected (1998), titre plus à l'attention du spectateur que résumé du contenu du film, est ce qu'il convient d'appeler un polar "chaleureux" tant les personnages sont attachants. Mais Johnny To n'a pu s'empêcher d'y intégrer une intrigue sentimentalo-comico-dramatique type sitcom (dans la veine d'un épisode de "N.Y.P.D. Blues"), comme pour Life Line ou Loving You, et qui finalement prend le dessus sur l'enquête policière principale.

Th.