- REFLEXION-

LES CARACTERISTIQUES DU POLAR
MADE IN HONG KONG

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Cinq caractères principaux peuvent définir l'univers du polar dans la colonie : 
1 - la violence
2 - l'urbanité
3 - le spectaculaire
4 - la noirceur
5 - la société hong kongaise : Triades et Forces de l'ordre

 

1 - La violence
Anthony Wong dans Beast CopsLa violence est sans aucun doute la caractéristique principale des polars de Hong Kong, elle en est même l'élément le plus visible. En effet, dès qu'un journaliste peu habitué à ces films interviewe un réalisateur de HK, il l'interpelle sur cette violence visible qui pourrait choquer le jeune public. Il n'a donc pas compris que cette violence est un outil pour décrire l'univers de Hong Kong mais aussi pour traiter des thèmes plus profonds dont les plus importants sont la limite entre le bien et le mal, la corruption, la violence des sociétés modernes... L'intérêt de cette violence n'est pas le visible mais la façon de la traiter. Les réalisateurs de la colonie sont passés maîtres dans l'art du traitement de la violence et chacun à sa propre façon de l'aborder : on passe du ballet poétique de la violence orchestré par John Woo dans The Killer à la vision très réaliste de Kirk Wong dans le très violent The Club.
La violence s'exprime avant tout par une atmosphère très sombre que le caractère exclusivement urbain des films amplifie fortement. Mais ceci n'est pas forcément une originalité propre au cinéma hongkongais puisque les polars américains ou français ont déja traité cet aspect, on pense notamment au référence Melvilienne que John Woo utilise volontier.

The ClubLe deuxième élément de cette violence est l'utilisation des armes. Ici se confrontent deux points de vue. D'une part les adeptes du réalismes utilisant volontiers l'arme blanche (machette), qui représente la réalité du terrain puisque l'arme à feu est interdite dans l'ex-colonie. D'autre part, les adeptes de l'arme à feu considérée comme la continuité moderne du sabre du Wu Xia Pian, renvoyant donc à une vision plus traditionnelle et plus poétique. Ces deux types d' armes ont un impact différent sur le public, l'arme blanche semble beaucoup plus terrifiante dans le sens ou les coups portés sont nettement plus impressionants que les impacts de balles. Il ne faut pas cependant négliger l'importance de l'arme à feu puisque certain réalisateur hongkongais ont réussi à créer un style qui a fait école : le Gunfight ou parfois, comme l'appellent les anglosaxons, le Heroic Bloodshed soit littérallement le "bain de sang héroïque".

La violence est donc le caractère essentiel du polar de Hong Kong, bien que celle-ci soit parfois utilisée à outrance dans les films de catégorie III qui assombrit un peu la brillance du polar made in HK.

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2 - L'urbanité
La ville de Hong Kong fournit le théâtre privilégié du polar. En effet, cette ville présente une structure urbaine caractéristiques de la "nouvelle ville" c'est à dire une structure oréolaire ou s'oppose en son centre le quartier des affaires avec des buildings ultra modernes, qui sont très bien décrit dans le Downtown Torpedoes de Teddy Chen, et en sa périphérie des quartiers pauvres qui nous rappellent que Hong Kong est un ilôt de richesse dans une région du monde très pauvre. On peut donc parler pour ces quartiers de quasi bidon-ville. Cet état de précarité est bien mis en valeur par Jackie Chan dans la première scène époustouflante de Police Story. Entre ces deux extrèmes subsistent des quartiers plus ou moins pauvres qui constituent souvent le cadre des polars. On pense en particulier au quartier de Kowloon où se passe la scène finale du film Long Arm Of The Law de Johnny Mak. On assiste à une course poursuite étonnante dans un quartier où l'enchevêtrement du bâti confère une atmosphère urbaine très particulière qui cadre très bien avec la violence de la scène. Johnny Mak nous montre une ville au profile labyrinthique, sans issu.

De nombreux réalisateurs utiliseront ce type de structures urbaines dans des courses poursuites étonnantes et palpitantes. Mais c'est avant tout avec Kirk Wong que l'on peut vraiment parler de polar urbain, il a réussi à utiliser la ville de Hong Kong comme un élément majeur dans ses films, comme dans Crime Story par exemple. Elle représente pour lui le cadre réaliste de la société, de la violence et des conflits du Hong Kong moderne.

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 3 - Le spectaculaire
C'est peut être cet élément qui au delà du polar caractérise le mieux le cinéma de Hong Kong. Il suffit pour s'en convaincre de se référer à l' une des dernières réalisations de Johnny To, qui, impressionné par Backdraft, a décidé d'en faire un remake : Lifeline. Jusque là rien d'étonnant mais la grande différence avec son homologue américain, c'est d'avoir remplacer les images de synthèse par de véritable brasier dans une usine désafectée.

Police StoryCet exemple renvoit donc aussi à la recherche permanante de bon nombre  de réalisateurs de ne pas tromper le public, on pense en particulier à Jackie Chan qui n'hésite pas à faire des cascades plus folles les unes que les autres pour satisfaire au mieux ses fans. Le polar n'échappe pas à cette tradition du spectaculaire, il en est même l'exemple le plus intéressant puisque les situations engendrées dans ces films trouvent leurs pleines expressions dans le spectaculaire. En effet, que ce soit les gunfights, les courses poursuites, les explosions tout est bon pour créer des scènes spectaculaires qui ont marqué à jamais les fans du cinéma de Hong Kong.

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 4 - La noirceur
Francis Ng et Amanda Lee dans Full AlertAutre caractéristique essentielle du polar à Hong Kong, elle s'exprime de deux manières, d'une part une noirceur visuelle et d'autre part une noirceur dans les propos abordés. En effet, ce qui caractérise le plus souvent les polars de Hong Kong c'est une atmosphère très noire qui correspond en fait à une photo volontairement sombre qui est amplifiée par le choix de situer l'action la nuit. Un exemple récent flagrant serait le PTU de Johnnie To et Wai Kar-fai qui se déroule exclusivement de nuit. Cette caractéristique est  aussi très bien développé dans les polars de John Woo, de Ringo Lam ou encore de Kirk Wong . On pense en particuliers aux scènes d'affrontements finales de The Killer, de City On Fire et de Crime Story devenues mythiques et toutes en pleine nuit.

Le deuxième élément important est la noirceur des propos tenus par les réalisateurs dans leurs films, ils sont d'ailleurs presque tous rétifs au "Happy End". Celui qui représente le mieux cette vision désabusée de la société Hong Kongaise est sans aucun doute Ringo Lam qui en livrant le terrible School On Fire montre l'implication des triades dans les collèges. Cette vision ultra réaliste d'une société gangrainée par les triades jusque dans les collèges a provoqué la foudre des critiques et un refus du public qui essait de se convaincre que ce film n'est qu'une fable pour les enfants pas sages.

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 5 - La société hongkongaise : Triades et Forces de l'ordre
Danny Lee, défenseur de la Royal HK Police ForceCe sont les deux acteurs privilégiés des polars de Hong Kong. En ce qui concerne les forces de l'ordre, le représentant le plus fidèle est souvent le simple flic ce qui permet aux réalisateurs de créer une double opposition entre d'une part le policier et sa hiérarchie et d'autre part le policier et ses opposants légitimes les membres des triades (la mafia chinoise). Dans le premier cas, c'est l'acteur-réalisateur Danny Lee qui a le plus exploité cette opposition en créant un policier au manière très individuelle qui s'oppose constamment à une hierarchie désireuse de controler l'ensemble de ses menbres en imposant des régles strictes. C'est le cas dans Final Justice ou encore Law With Two Phases. L'importance de ce type de films n'est pas négligeable mais il est bien inférieur aux films décrivant des policiers moins vertueux et donc plus proche de la réalité du HK moderne ou la corruption est très présente. On pense en particulier au film de Gordon Chan, Beast Cops, qui est un très bon exemple de la relation existant entre certains membres de la police et des triades ; mais aussi à tous ces films basés sur de vrais personnages : Lee Rock, To Be Number One, Lord Of East China Sea...

Depuis quelques années l'image du policier solitaire est mis un peu de côté pour laisser place à un nouveau type de héros : le groupe. En effet, depuis le célèbre Final Option toujours de Gordon Chan, les réalisateurs utilisent volontiers les groupes d'intervention, de la police, des pompiers, d'espions... Il s'agit en particulier du S.D.U.(Special Duty Unit) dans le cas de Final Option et First Option ou encore de la caserne des pompiers de Tsi Wan Shan du film LifeLine. Cela correspond plutôt à un retour aux sources puisque les premières séries télévisées, qui ont donné naissance au polar actuel, traitaient plus facilement des groupes plutôt que du héros solitaire...

Cependant l'originalité des polars de HK vient plutôt de la description d'un monde guère familier pour un public étranger : les triades. En effet, il existe en Asie un monde très particulier qui régit de manière hiérarchique les sociétés asiatiques qui pourrait être comparé à la mafia italienne mais ne reposant pas sur les liens familiaux. Le polar critique donc très souvent cette société qui gangraine l'ensemble des administrations des pays concernés. Il faut d'ailleurs noter que l'industrie cinématographique est aussi touché par ce fléau. La vision donnée des triades dans les polars peut se décliner sous trois facettes soit elle sert d'opposition brutale aux forces de l'ordre (A Tout Epreuve), soit elle est mis en avant dans la description des grands gangsters chinois (To Be Number One) ou soit elle sert de thème central au film pour en décrire l'organisation et son implication dans la société hong kongaise (la série des Young & Dangerous).

 

François HENRY, octobre 1999 (mise à jour Novembre 2003 par Th.)

En savoir plus : voir le dossier Polar

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