A MAN CALLED HERO

Le Independence Day

Hong-Kongais

Une belle épée rouge pour Ekin Cheng

 

Le voilà donc, le tant attendu A Man Called Hero, le rip-off de The Storm Riders, méga hit du box-office hong-kongais de l'année dernière, rapportant la somme impressionnante de 40.000.000 $ HK, somme jamais atteinte là-bas depuis un bon moment.

La même équipe est donc réunie de nouveau, avec aux commandes de la réalisation, le jeune Andrew Lau (la saga Young and Dangerous; Raped by an Angel), au scénario Manfred Wong et au casting Ekin Cheng (Hot War) et l'ancienne-star-de catégories 3-devenue-starlette-pour-films-à-gros-budget Shu Qi. Malheureusement, le film n'a pas réitéré l'exploit de son prédécesseur et a connu un semi-échec commercial face à l'immonde Menace Fantôme de George Lucas.

Storm Riders était un film assez sympathique et atypique pour la production locale, utilisant pour la première fois des effets spéciaux numériques afin de démultiplier l'impact des scènes d'action à la place du système D jusqu'alors en vigueur et, qui donnait tout son charme aux films de l'ancienne colonie britannique. Malgré tout, ces séquences étaient globalement assez décevantes car mise en scène avec peu de rythme et de punch. Le film souffrait aussi d'un script trop complexe et de personnages sommairement écrits et trop nombreux. Le film d'Andrew Lau était donc un wu xia pian techniquement irréprochable mais à l'intérêt assez limité.

Le patron de la Golden Harvest, Raymond Chow, aidé par Wong Jing, décide de remettre le couvert et d'adapter sur grand écran une nouvelle bande-dessinée à succès de Ma Wing-shing et de sortir le film pendant l'été, comme Storm Riders, devenu une référence commerciale quasi ultime. Son dévolu se jette donc sur A Man Called Hero, oeuvre très populaire à Hong-Kong chez lzs adolescents. Les studios Centro Digital Films sont de nouveau réquisitionnés afin d'animer les différents effets spéciaux du film et le tournage de ce dernier peut enfin débuter, le but avoué étant de faire aussi bien, sinon mieux que Storm Riders au box-office et, si c'est possible, de faire accessoirement un bon film.

L'histoire du film est quasiment irracontable tant elle est complexe: Hero Hua (le transparent Ekin Cheng) vit en Chine où il coule des jours heureux en compagnie de son ami Sheng et de la soeur de ce dernier, dont il est amoureux. Ses parents sont assassinés par des trafiquants d'opium et Hero, afin de se venger, les abat froidement. Il fuit vers New-York laissant Sheng ainsi que sa fiancée dans le desarroi le plus complet, cette dernière étant enceinte de Hero sans que ce dernier soit au courant. Seize ans plus tard, en 1929, Sheng se rend à New-York en compagnie de Sword qui n'est autre que le fils de Hero.

Le thème général est relativement simple mais l'abondance des personnages et des situations rendent le script trop complexe et alourdissent considérablement une histoire qui n'en méritait pas tant.

La structure du film est relativement originale car construite sous la forme de flash-backs, permettant à Sheng et Sword de savoir quelle a été la vie de Hero pendant les seize années où ce dernier a disparu. Plusieurs personnages secondaires font office de témoins (dont Yuen Biao qui opère là son grand retour) et Hero n'est défini que par rapport à ce que disent ces personnages. Les trois quarts du film sont construits de cette façon et Andrew Lau parvient à rendre cette construction, à priori compliquée, limpide même quand plusieurs flash-backs et points de vue s'entremêlent. L'un des rares bons points à donner au film. Ainsi, ces differents personnages racontent leur moment passé avec Hero, que ce soit lors de la traversée en bateau entre la Chine et les USA ou lors de son travail à la mine avec d'autres émigrés chinois à New-York, par exemple.

Le film de déroule dans les années 20, période relativement inutilisée dans le cinéma de Hong-Kong ce qui nous donne l'occasion d'admirer une très belle reconstitution d'époque, que ce soit au niveau des décors ou des costumes, superbement travaillés. L'aspect visuel du film est globalement réussi et diverge de Storm Riders, oeuvre à la photo beaucoup plus lumineuse. Dans A Man Called Hero, la lumière est beaucoup plus sombre, en rapport avec les thèmes abordés dans la film, relativement plus adulte et dramatique que le film précédent de Lau.

En effet, A Man Called Hero est un film plus sérieux qu'il ne parait de prime abord, les effets spéciaux et les combats étant en retrait par rapport à l'histoire, qui aborde des thèmes inhabituels comme les conditions de vie épouvantables des emigrés de Chine lors de leur venue aux USA. Le film en fait un peu trop dans le côté larmoyant et accumule les stéréotypes, la grande majorité des américains étant des traitres mal rasés, adeptes des idées du Ku Klux Clan: une idée tout de même un peu réductrice. Les américains ne sont pas les seuls méchants du film, ce titre tant convoité étant partagé par les Japonais. Ainsi, Francis Ng (Full Alert; Sexy and Dangerous) interprète un maitre nippon en arts martiaux, voulant à tout prix prouver qu'il est supérieur aux techniques chinoises, apprises par Hero grâce à son professeur dénommé Pride, joué par le cachetonneur fou Anthony Wong. Les Japonais vont même jusqu'à s'allier avec le Ku Klux Klan afin de lutter contre les Chinois! Un discours simpliste et un raccouci historique des plus improbables.

Comme au bon vieux temps des films de Wang Yu, les penchants nationalistes chinois sont ici exacerbés et le message est clair: les chinois triompheront toujours des obstacles mis sur leur route si ils unissent leurs forces contre les ennemis de tous poils: un discours un peu limite et qui revient en force dans le cinéma de Hong-Kong, désormais sous le joug de la censure de Chine Populaire.

L'aspect le plus décevant du film provient sans aucuns doutes des combats , peu nombreux et pas très spectaculaires malgré les moyens investis. Andrew Lau n'est apparemment pas très doué pour les mettre en scène, si l'on en croit le travail abattu ici et dans Storm Riders. Sa réalisation est peu inspirée et le peu d'interêt que l'on a en regardant les scènes d'action proviennent des effets spéciaux, assez efficaces, notamment lors du final où Francis Ng, affublé d'une perruque ridicule, et Ekin Cheng s'affrontent sur la Statue de la Liberté et en profitent au passage pour la mettre en pièce par le biais de leurs differents pouvoirs magiques, inspirés plus que de raisons de Mortal Kombat: un moment bien jouissif comme on les aime et encore une preuve du sentiment de démagogie et de nationalisme que l'on ressent à la vision du film: même la Statue de la Liberté, symbole de l'Amérique, ne résiste pas à la force de Hero, symbole d'une Chine triomphante.

Ce sentiment de démagogie et de racisme latent, pour tous les autres peuples que les Chinois, est tellement présent dans ce film, dans presque chacune de ses scènes, qu'il en devient presque écoeurant et n'a que pour unique objectif de caresser le public dans le sens du poil, afin d'augmenter le nombre d'entrées potentielles du film, un peu à l'instar de Independence Day il y a quatre ans. A Man Called Hero n'a pas, loin s'en faut, connu le même succès public. Les Chinois étaient-ils conscients du "foutage de gueule" qui leur était proposé ou est-ce une nouvelle preuve de la désaffection des Hong-Kongais pour leur cinéma? La question reste posée.

Si l'on oublie cet aspect (vraiment) peu reluisant et que l'on passe sur les aberrations de casting comme Anthony Wong dans le rôle du maître de Hero, A Man Called Hero reste une oeuvre relativement sympathique, où l'on ne s'ennuie pas, mais qui laisse tout de même un arrière-goût trop douteux pour emporter l'adhésion.

Anthony en maître chinois. Qui peut croire cela?

A noter également que le VCD du film, à l'instar des DVD, est accompagné de la bande-annonce du film et d'un making-of inintéressant au possible.

 

 

Anthony Caudron (décembre 1999)