BODY WEAPON

Mai qu'est-ce que Chiu Man-cheuk est-il allé faire dans cette galère?

 

Avec ce film, Chiu Man-cheuk, CMC pour les intimes et la famille, touche le fond. L'ex-star de Once Upon a Time in China 4 et 5 et de sa série télé dérivée rejoint l'écurie Wong Jing et tourne désormais une chose aussi inepte et ridicule que ce Body Weapon, tourné l'année dernière.

Wu Chi-kwan (CMC) est un jeune flic, ami de Sam, policier également. Ils sont tous deux amoureux de Ling (Angie Cheung), qui aime aussi ces deux derniers mais ne veut pas les blesser en en choisissant un des deux. Contraint par son patron qui voit en son comportement des contradictions avec son travail de flic, elle choisit Sam et l'épouse. Rapidement, ce dernier est assassiné et Ling violée par un mystérieux agresseur tout de cuir vêtu et aux tendances homosexuelles développées. Ling, persuadée que son absence de sensualité est à l'origine du drame, décide de prendre des cours afin de faire d'elle un "Body Weapon" auquel aucun homme ne pourrait résister.

Non, ce scénario n'est pas l'oeuvre d'un étudiant après une soirée trop arrosée ou après une prise de produits illicites mais bien d'un individu nommé Cheung Kwok-yuen, peut-être étudiant mais en tout cas pas scénariste. Un traitement au second degré aurait pu sauver le film du désastre mais le réalisateur, Aman Chang, illustre ce "script" avec trop de sérieux pour faire passer la pilule.

CMC semble conscient de cet état de fait et arbore tout au long du film un petit sourire narquois qui en dit long sur l'intérêt qu'il porte à ce qu'il tourne.

Le scénario est d'une débilité abyssale et d'un mauvais goût rarement autant atteint. Il accumule tous les clichés possibles, notamment sur la communauté homosexuelle, et n'est sans aucune surprise. Le déroulement du film est connu à l'avance et l'identité du tueur et ses motivations possibles coulent de source. A moins d'être atteint d'une Van Dammite aiguë, il vous sera facile de savoir qui se cache derrière le masque.

Le film est un "deux en un": il est en même temps un thriller ainsi qu'un film romantique, tout du moins dans sa première demi-heure qui se concentre sur la relation triangulaire entre Wu, Sam et Ling. Là aussi, le réalisateur plante complètement le film en l'alourdissant de poncifs éculés d'une niaiserie rarement atteinte. Mais par rapport au reste du film, ces quelques scènes font office de bons moments, notamment grâce à Angie Cheung qui essaye comme elle peut de sauver les meubles. Elle n'y parvient pas vraiment mais son charme fait le reste. Elle demeure néanmoins le meilleur atout de Body Weapon. Chiu Man-cheuk est donc conscient de la nullité du produit et du fait que sa carrière prend l'eau de toute part. Il ne fait donc aucuns efforts pour donner un peu de relief à son personnage. De toute façon, ce dernier n'a presque aucune légitimité dans le film et a un temps de présence assez limité à l'écran, comme si son personnage avait été artificiellement greffé au film pour l'agrémenter de scènes de bastons.

Le film est donc une sorte de catégorie 3 auquel CMC, en tant que star du film d'action, participe afin d'augmenter le potentiel commercial de l'oeuvre, notamment par rapport au marché international où il est relativement populaire grâce à son rôle de Wong Fei-hong. Mais ce compromis commercial très racoleur n'a pas fonctionné et le film a été un bide retentissant obligeant CMC à une remise en question.

En effet, ce dernier a décidé de quitter Hong-Kong pour relancer sa carrière désormais bien embourbée. Mais contrairement à Jackie Chan, Jet Li, Chow Yun-fat et même Donnie Yen désormais, qui va faire ses débuts américains dans Highlander 4: World Without End avec Christophe Lambert et Adrian Paul, CMC va tourner dans un film en Australie, pays où le cinéma de Hong-Kong est très populaire. Nous lui souhaitons bonne chance et que sa carrière puisse redémarrer sous les meilleurs auspices, ce qui serait mérité au vu du potentiel sous-exploité de cet artiste martial, également excellent comédien.

Une qualité que l'on ne peut guère percevoir dans Body Weapon, tant le scénario est médiocre et la réalisation mauvaise. En effet, le metteur en scène, accumule les effets de style "clipesques" sans intérêt, les cadrages de biais et utilise intensément le grand angle aux mépris d'une réalisation rigoureuse, notamment par rapport aux scènes d'action, chorégraphiées avec peu de style et d'envergure.

La beauté de l'actrice principale (à droite) ne sauve pas ce film du désastre.

Body Weapon est donc un film très représentatif des oeuvres produites par Wong Jing, soit un produit racoleur, sans intérêt et d'une idiotie rarement atteinte. Un peu de second degré dans le traitement de l'histoire aurait peut-être pu contribuer à améliorer le film mais rien ne vous empêche d'en trouver à l'intérieur des dialogues car certains d'entre eux sont à mourir de rire, tellement ils sont mauvais. Body Weapon a vraiment tout l'air d'un ratage. Même la per-
sonne chargée d'écrire les sous-titres anglais du film accumule les fautes de frappe et erreurs de syntaxe. Etait-il écroulé de rire à la vision du film ce qui l'a empêché de bien faire son travail? Body Weapon a vraiment tout l'air d'un énorme canular.

 

Anthony Caudron (décembre 1999)