The Big Deal :

ou la Débilité à l'état brut

Dans le cadre de notre travail d'investigation qui nous caractérise, le HK CINEMAGIC a une fois de plus repousser les limites du soutenable. Il fallait à tout prix que l'humble surfer que vous êtes soit au courant qu'il existe un film HK encore plus débile que tous les Eagle Shooting Heroes, Mission Fantastique, Future Cops et autres Wong Jing réunis. Si si ! Ils ont osé !!! En octobre, Robert (un belge de mes amis) m'a passé un (si ce n'est le) chef d'oeuvre du genre. Le titre me faisait tout de suite pensé à l'émission lobotomisée d'un certain Lagaf (que les internautes étrangers qui ne le connaissent pas encore se rassurent : ils n'ont rien perdu !). C'est donc avec appréhension que je me suis mis la cassette, mais dès la première minute de ce Big Deal, je compris tout de suite à quoi j'avais affaire : à une perle qu'aucun de mes bouquins spécialisés m'avait fait connaître (à part l'affiche originale du film qui montre le ton du film). Cet oubli (honteux) se devait d'être comblé. Ne rechignant jamais à la tâche, je me suis donc empressé de vous concocter ce petit article pour vous faire découvrir ce petit bijou d'humour non-sensique (pire que tous les "Y-a-t-il ..." des ZAZ) que seul Hong Kong pouvait nous concocter.



The Big Deal : le staff  

 Metteur en scène : Wong Chun Yeung

Directeur des combats : Yuen Cheng Yau

Année de réalisation : 1992

Producteur : Stephen Siu (JS Production)

Casting : les flics demeurés : Wong Kwong Leung ("Lethal Weapon" l'homme à la banane) et Sibelle Hu ("Super Canon" avec son flingue d'un côté et un soutif de l'autre)

les voleuses ecervelées : Moon Lee ("May" avec sa casquette) et Yukari Oshima ("Sim Lan" avec son bandana sur la tête)

leur mentor ahuri : Yuen Cheng Yau ("Che Hai" debout sur le missile)

le méchant dégénéré : Yuen Wah ("Tee Tung Feng" avec son costume rose bonbon) qui est aidé par une collaboratrice jouée par Sophia Crawford.



The Big Deal : l'histoire

Cela commence très fort, lisez plutôt : des flics aussi frappadingues que ceux de toute la saga Mad Mission se réunissent dans un joyeux bordel. Une réunion très matinale où le chef arrive en pantoufles "caniche", en pyjama et une brosse à dents dans la bouche (!), et où tout le monde est en train de prendre son petit déjeuner. Le sujet de leur discussion : l'arrestation d'un dangereux criminel surnommé "Saint Hero" qui s'avère être une sorte de "Robin des Bois" moderne. Le seul homme capable de cet exploit est ... Mickaël Jackson, les Ghostbusters, Ultraman, Bruce Lee, Mickey, non non non, rien de tout ça, mais Mel Gibson (!). Hélas, l'Arme Fatale n'est pas disponible, et en plus, ce n'est qu'une vedette de cinéma. Alors le seul qui pourrait vraiment le remplacer : un superflic dénommé pompeusement "Lethal Weapon". Ce dernier, de retour à Hong Kong n'arrête pas de croiser des sosies de lui à chaque coin de rue (et pourtant, la gueule patibulaire de Wong Kwong Leung est particulièrement inimitable !). Malgré quelques quiproquos saugrenus, il arrive tout de même au commissariat (l'un des plus fous vu au cinéma). Là, il rencontre un commissaire accroc au gameboy, des inspecteurs n'en foutant pas une ramée, un motard de la police avec son engin dans les couloirs... bref le bordel le plus complet. Ce n'est pas mieux à l'extérieur puisqu'on peut y croiser un Mr Vampire pourchassant dans la rue deux vampires sauteurs.

Pendant ce temps, deux voleuses et Che Hei leur mentor se battent pour que l'une d'entre-elles daigne essayer le nouveau gilet pare-balles inventé par le sifu. Ce dernier veut le tester avec un ... lance-roquette. La suite est du même acabit : ils n'arrêtent pas de se disputer comme chien et chat. Le maître, pétant les plombs, voudra même tuer le caméraman (!!).

Une autre bande de voleurs dirigé par le tyranique Tee Tung Feng (Yuen Wah) s'estime être supérieur au "Saint Hero" que tous les médias encensent. Or, Feng et Che Hai sont d'anciens frères d'armes qui se détestent cordialement. Leur rencontre fortuite dans un temple boudhiste se soldera d'ailleurs par une bagarre mémorable sous le thème remanié de "Wong Fei Hong" : les deux belligérants n'hésitant pas à piquer les sous-vêtements affriolants de l'adversaire (un soutien-gorge pour l'un et une petite culotte en dentelles pour l'autre !!).

Menant toujours leur enquête, la police tend un piège aux voleurs en mettant en circulation une épée précieuse que les malfaiteurs ne pourront pas s'empêcher de vouloir s'en accaparer. Le guet apens tourne mal : l'épée est entre les mains de Che Hai. Pour récupérer le trésor, Feng n'hésite pas à kidnapper May pour faire l'échange. Cette transaction se déroulera dans un mini parc d'attractions où la joyeuse équipe au complet s'expliquera dans des bagarres plus folles les unes que les autres.


The Big Deal : quoi en penser ?

En regardant le casting, on pourrait s'attendre à une de ces nombreuses petites séries B nerveuses jouées par les célêbres "Deadly China Dolls" que sont Yukari Oshima, Moon Lee et Sibelle Hu. Mais ce n'est pas du tout cela, et la présence du Yuen Wah et de l'horrible Wong Kwong Leung (vus tous les deux plutôt dans des rôles de pourris sanguinaires) ne va pas non plus ancrer le film dans un sérieux dramatique complètement noir. En fait, c'est tout le contraire, et d'ailleurs, en cherchant bien, ce Big Deal s'avère être la seule comédie vraiment loufoque que ces acteurs "sérieux" puissent s'enorgueillir d'avoir dans leur filmo ! Et je peux vous assurer que voir ces drôles d'énergumènes s'agiter dans tous les sens n'engendre pas la mélancolie. Finalement, on se demande même pourquoi ils n'ont pas joué plus de comédies que cela, car ils crêvent l'écran.

Quant au metteur en scène, lui aussi plus habitué aux films sérieux, il dijoncte complètement et l'on est même complice de son délire puisque les personnages s'en prennent quelquefois à l'équipe technique. Pour ce qui est de son humour, il est essentiellement basé sur les situations loufoques dans lesquelles des personnages frappadingues évoluent. Il ne faut jamais se demander si cela est possible, jamais chercher la réalité (de toute façon, la vérité est ailleurs comme dirait Fox Mulder), mais accepter tous ces comportements dignes d'un asile psychiatrique. Si l'on voudrait chercher les références du réalisateur, il faudrait sans doute se tourner vers les ZAZ et autres National's Lampoons. Comme chez eux, les chefs sont plus ahuris que leurs subordonnés, les méchants sont des dégénérés congénitaux, tout est prétexte au gag le plus débile... D'ailleurs, la force du metteur en scène est qu'il nous emmène presque à chaque fois dans la direction qu'il a voulue et bien évidemment, on ne s'attend presque jamais à la chute du gag. Par exemple, des plans rapprochés nous font croire que les deux adversaires se battent l'un sur l'autre, mais quand le plan est plus large, on comprend que finalement, ils étaient en train de se battre à distance. Ce procédé est utilisé fois plusieurs durant le film, et on tombe toujours dans le panneau.

En conclusion, pour ceux qui veulent s'en payer une bonne tranche, n'hésitez-pas ! Atention, l'abus de ce genre de produit est dangereux pour la santé mentale du spectateur, je vous aurez prévenu.

Jean-Louis (novembre 99)