Interview avec Gordon Liu Chia-hui (aka Lau Kar-fai)

(c) Photo par HKCinemagic.comGordon Liu est une légende vivante. Et un grand homme.
Souriant, posé et réfléchi, il dégage le même aura généralement attribué au personnage de Wong Fei Hung. Un homme étonnamment doux et prévenant, mais à l'esprit vif. Un corps parfaitement conservé ; la courte démonstration de ses talents sur scène rendent d'ailleurs compte de ses éternelles aptitudes physiques et martiales. Il donne l'impression d'un énorme talent gâché par la force du temps, étant arrivé au moment même du déclin du genre du kung-fu movie. Au moins n'aura-t-il pas été brader son talent dans d'obscures productions américaines, tels que Jackie Chan ou Jet Li ces dernières années. Rencontré dans le bruyant VIP Lounge de Deauville et accompagné d'une traductrice sympathique, mais complètement néophyte en ce qui concerne les arts martiaux et le cinéma tout court, nous n'avons pu poser les 1001 questions préparées en vue de cette grande rencontre. Mais quel souvenir !! Compte rendu...

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Kung Fu et Hung Gar

HKCinemagic.com : Vous êtes considéré comme un descendant des grands maîtres de Shaolin de part votre maître Liu Zhan, lui même disciple de Lin Shirong, lui même disciple de Wong Fei Hung. Cela vous donne-t-il l'impression d'être l'unique porteur d'un héritage séculaire, d'une philosophie et d'un style d'art martial ?

Gordon Liu : On ne peut pas dire cela. Il y a tellement d'écoles et de formes d'arts martiaux dérivés de l'école Shaolin*…On pourrait me définir comme un héritier de l'école Hung Gar, mais pas de l'école de Shaolin.

[NDLR : *Situé dans la province du Henan, sur l'une des 5 Montagnes Sacrées de la Chine - le Mont Song - le monastère de Shaolin (voulant dire Petite Forêt) perpétue depuis 495 des arts martiaux chinois traditionnels.]


HKCM : Comment est aujourd'hui perçu Shaolin et son kung fu en Chine?

GL : De nos jours, beaucoup de gens connaissent bien le Shaolin et ce grâce aux films. Avant, peu de gens n'en avaient entendu parler, surtout avant l'ouverture des frontières de la Chine Populaire et avant l'apparition des films dans les années '70s . Aujourd'hui, tout le monde croit que le kung-fu est uniquement issu de l'école Shaolin*, alors que ce n'est pas vrai. Il y a multitude de genres de kung-fu complètement différents.
Mais cela n'est pas très grave ; l'important est de faire connaître la culture du kung-fu.

[NDLR : *Le succès mondial de la 36ème Chambre de Shaolin entraîna la production d'un grand nombre de films kung-fu de plus ou moins médiocre qualité contenant le mot Shaolin dans le titre.]


HKCM : Votre formation martiale initiale est le Hung Gar*. C'est une forme de kung fu qui préconise la dureté et la douceur en même temps. N'est-ce pas?

GL : Le Hung Gar est un art martial très pénible à apprendre. Pourquoi est-ce que je me suis décidé pour cet art martial plutôt que pour un autre ? Parce que j'aime bien pratiquer les choses les plus pénibles ! Et parce qu'ainsi il est bien plus facile d'apprendre d'autres arts martiaux ou d'endurer d'autres choses difficiles. Commencer par le plus difficile, pour rendre d'autres choses plus douces par la suite.

[NDLR : *Hung Gar : Style de combat créé au XVIIe siècle sous la dynastie Qing au Sud de la Chine pour s'opposer aux envahisseurs mandchous.]


HKCM : Pensez vous que le cinéma ait pu rendre justice envers le Hung Gar étant donné sa nature moins spectaculaire que d'autres formes comme le Taekwondo ou le Wing Chun?
GL : Chaque type de kung-fu possède ses propres avantages. Quant à leur représentation au cinéma, seule importe la direction et la réalisation des chorégraphies
Le Hung Gar est une forme paisible de kung-fu. Sous la direction de mon maître, Liu Chia Liang, qui connaissait parfaitement cet art martial et avait l'habitude de me diriger, la représentation du Hung Gar est parfaite.
Quant à la représentation des différents kung-fu sur scène, cela dépend vraiment de la réalisation des chorégraphies.

HKCM : Est-ce que la 36ème Chambre en est donc le représentant parfait ?

GL : (rires) Oui !

Le Moine San Te en action

 

Trilogie 36ème Chambre de Shaolin
HKCinemagic.com : Le tournage de la 36ème Chambre de Shaolin a duré près de 6 mois. Pourquoi le tournage a duré autant de temps ?
Gordon Liu : Oui, le tournage a effectivement duré très longtemps.
A l'époque, il n'existait bien évidemment pas d'ordinateurs et il a fallu beaucoup de temps à l'équipe de la réalisation pour construire chacune des chambres par la seule force de leurs mains.
Quant à la représentation des combats, je me sentais revenir à mes entraînements ; c'était même plus dur, parce qu'il fallait donner pour chaque combat la vision la plus réaliste possible. Comme c'était très difficile, le tournage a duré plus longtemps.

HKCM : Etait-ce un tournage éprouvant ?
GL : (Gordon Liu se frotte rapidement la tête pour faire référence à la scène du film, où il donne des coups de tête dans les sacs remplis de sable).
Le nombre de blessures infligées sur ce tournage était impressionnant !

HKCM : Il est dit, que vous avez tourné énormément de choses pour ce film…
GL : Oui ; comme le tournage a été tellement long, nous avons énormément tourné.

HKCM : Y a-t-il des scènes, que vous n'avez pas conservées dans le montage final ?

GL : D'autres combats historiques (en début de film).

 


Retour à la 36ème Chambre de Shaolin

 

HKCM : Pourquoi y a t il eu 2 suites à ce film ? Lequel préférez-vous ?

GL : On ne peut pas vraiment parler de suites. Le second film est une histoire totalement différente. Nous avons utilisé le même personnage* et le monastère des Shaolin.
Mon film préféré est justement le second film, Retour à la 36ème Chambre, parce que nous y avons ajouté plus d'éléments comiques.

[NDLR : *Le personnage du moine San Te ; sauf que comme il ne s'agit pas d'une suite directe, mais plutôt d'un remake du premier, Gordon Liu joue cette fois un personnage totalement différent (l'arnaqueur et roi du déguisement Chun Jen-chieh). San Te est incarné par l'acteur / cascadeur Chin Chu. Dans le troisième - et ultime chapitre - ce sera de nouveau Gordon Liu rempilant dans le rôle du moine…]

 

Mot de la fin
HKCM : Quel message avez-vous pour tous vos fans en France ?
GL : Un grand merci à tous mes fans en France et merci de votre soutien et de votre sympathie pour mes films comme la 36ème Chambre ou encore les Kill Bill.
Même si je ne fais plus de films de kung-fu aujourd'hui, j'espère que mes fans ne m'oublieront pas (rires). Même si je ne fais plus de films aujourd'hui, j'aimerai que vous gardiez l'esprit du kung-fu dans vos cœurs. J'ai toujours voulu véhiculer la philosophie du kung-fu à travers mes films.

 


Bastian et Gordon Liu (c) Photo par HKCinemagic.com

 

Remerciements chaleureux à Gordon Liu pour son temps et sa gentillesse.
Propos recueillis par Bastian Meiresonne, 12 mars 2004.
Interview préparée par Arnaud Lanuque, David-Olivier Vidouze, Bastian Meiresonne et Thomas Podvin.
Remerciements à Benjamin Gaesseler, WildSide Video
et le Festival du Film Asiatique de Deauville 2004

Voir la critique de Bastian : La 36ème Chambre de Shaolin

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