Tsui Hark
interview donnée à Hong Kong Babylon


Tsui Hark dans Roboforce - I Love MariaQuestion : Quel était votre sentiment au sujet du Texas ?
Tsui Hark : J'étais très dérouté et frustré. Je n'arrivais pas m'habituer à ce genre d'endroit, où les maisons sont très dispersées. C'est assez différent de Hong Kong. Après 3 ans, je me suis dit - c'est ennuyeux ici, mieux vaut retourner à la maison et repartir à zéro. Mais je voulais faire le tour des Etats Unis d'abord. Alors en 1974, j'ai été à New York. Et je suis resté là-bas.

Vous avez trouvé New York plus ressemblant à Hong Kong?
Comme Hong Kong. Très remuante, très peuplée, mal odorante, et des gens très stressés.

 

Où y avez vous vécu ?
J'ai loué un appartement avec un ami dans Delancey Street [dans le Lower East Side de Manhattan]. C'était terrible. Un jour ils ont percé le mur et volé notre argent - vingt dollars en tout. Il y avait un gros trou dans le mur et nous ne savions pas comment le boucher.

 

A New York, vous avez travaillé avec Christine Choy, la réalisatrice de documentaires ?
Oui. Elle avait une subvention pour faire un film appelé From Spikes to Spindles, sur l'histoire des sino-américains.

 

Au bout de combien de temps, après votre retour à Hong Kong, avez vous trouvé un travail à la TVB, une chaîne de télévision ?
Moins d'un mois.

 

Parce que vous avez un diplôme de cinéma des Etats Unis ?
Ils n'ont jamais regardé mon C.V.. L'important, c'est la volonté que vous avez, et j'étais très soucieux d'avoir le boulot. Ils m'ont demandé ce que je voulais faire. J'ai dit : " N'importe quoi, mais ce que je souhaite par dessus tout, c'est être un réalisateur de feuilletons. " Ils ont dit OK. Et j'ai commencé à travailler comme réalisateur de feuilletons.

 

Chow Yun-fat était sous contrat à la TVB à cette époque, non ?
Nous avons travaillé ensemble une fois. Il jouait un personnage secondaire dans l'un de mes feuilletons, une série lacrymale qui s'appelait The Family. Elle comporte environ 104 épisodes : des gens qui meurent, qui s'enrichissent, qui divorcent. Une heure chaque soir, en primetime. Nous étions 5 réalisateurs pour toutes les séries. Ringo Lam était l'un d'entre eux. Son bureau était juste en face du mien.

 

Tant de nouveaux réalisateurs sont sortis de TVB…
Oui - la nouvelle vague (rires). Je n'ai jamais compris pourquoi ils nous ont appelé comme cela. J'ai demandé à Ann Hui une fois. Parce que dans la nouvelle vague française, tous avait cette philosophie, de faire des films plus réalistes, du cinéma vérité. Notre nouvelle vague n'a jamais reposé sur cette philosophie.

 

Vous êtes resté à la TVB pendant 9 mois… ?
Puis je suis entré à la CTV, une autre chaîne, pour 6 mois. J'y ai réalisé un téléfilm en costume appelé Golden Dagger Romance. Il est devenu un sujet de conversation dans le monde de la télévision car je l'avais tourné à la façon d'un film, avec une caméra portable. Alors le gens du cinéma se sont intéressés à moi.

 

Votre premier film est Butterfly Murders.
Juste une idée que j'ai eu - une sorte d'histoire policière, sur un fond d'art martiaux, avec une coloration style science fiction. Je ne connaissais pas grand chose à la manière de faire des films. J'ai simplement suivi le fil narratif et tourné l'intrigue. Plus tard j'ai compris que faire un film c'était autre chose que tourner une histoire.

 

Comment Butterfly Murders a-t-il été reçu ?
Ca a été un bide. Les gens ont été déconcertés par le film. Et c'était supposé être une un film à petit budget, mais je pense que j'avais la grosse tête, et j'ai dépensé peut-être 3 million de dollars HK. J'avais surtout peur d'avoir ruiné la vie de certaines personnes, d'avoir dépensé trop d'argent.

 

Néanmoins, vous êtes revenu au cinéma et vous avez fait un autre film sur le cannibalisme : We're Going to Eat You.
C'était un film très inspiré par l'univers de Roger Corman. Ce ne fut pas non plus une réussite. Et ce glorieux titre de réalisateur de la nouvelle vague ! (rires). J'étais très déçu. Je pensais ne plus faire de films - faire autre chose, enseigner dans une école ou quelque chose comme cela.

 

Au lieu de cela, vous avez dirigé Dangerous Encounter of the First Kind - un film très agressif.
A cette époque j'étais assez en colère, et j'essayais de faire quelque chose d'anarchiste. Quand vous ne faites pas attention à ce que vous mettez à l'écran, vous supportez un lourd fardeau sur les épaules, et vous commencez à faire un film comme un étudiant. Et c'est ce qui s'est passé d'un certain point de vue. Ce film ne marcha pas bien, parce que trop violent, et il n'avait pas de star. Mais j'ai apprécié le fait de le réaliser.

 

Pourquoi n'êtes vous plus ami avec John Woo ?
Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Tout à coup nous avons simplement cessé de nous parler. Pleins de gens autour de lui étaient hostiles. Je me souviens qu'une fois, John a eu un award pour The Killer, et personne ne m'a averti. C'est à ce moment que je me suis mis à penser qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas entre nous. J'ai été très choqué.

 

Vous avez pris la direction de Syndicat du crime III. Etait-ce la première fois que vous retourniez au Vietnam ?
Oui. Je voulais revenir là-bas et voir ce qui s'était passé. J'ai rencontré des amis et des connaissances qui m'ont raconté des histoires très choquantes sur la guerre. Mais j'ai trouvé que la Thailand était un lieu plus approprié pour tourner ce genre de film, mieux équipé.

 

Votre spécialiste en explosif a été tué, j'ai cru comprendre.
Nous voulions savoir quelle taille aurait une explosion, alors il est retourné chez lui pour mélanger tous ces produits chimiques, et il a fumé une cigarette dehors, puis il l'a écrasé avec sa mule en plastic. Le mégot s'est collé à la mule, et toute la maison a explosé. Il est mort sur le champ, et l'un de ses assistants a eu la peau brûlé à 90 pour cent. On a dû l'envoyer à un hôpital à Bangkok, mais d'abord on a dû faire toutes les démarches pour obtenir un papier pour qu'il puisse prendre l'avion. En tout cas il a survécu.

 

Etes-vous satisfait du film ?
(Après une longue pause.) Satisfait du film ? Je pense qu'il était hors de contrôle, ce film. Il est trop long.

Pekin Opera Blues : le chef d'oeuvre de Tsui Hark ?Vous n'aimez aucun de vos films ? Et Peking Opera Blues ? Il est considéré comme votre chef d'œuvre.
C'était intéressant pour moi - Utiliser 3 actrice pour jouer des rôles habituellement tenus par des acteurs masculins dans les films traditionnels de Hong Kong. Mais je suis encore déçu aujourd'hui car il a été tourné à Hong Kong et non à Pékin. Les rues et les décors ne sont pas crédibles.

Alors quel film considérez vous comme le meilleur ?
Avant, je pensait que c'était Il était une fois en Chine. Mais je l'ai revu, et j'ai trouvé qu'il y avait tellement de problèmes dans ce film que j'ai changé d'avis.

 

Aimez vous les films américains ?
Beaucoup. Citizen Kane est l'un d'eux. Howard Hawks est très intéressant, j'aime john Ford, Francis Coppola. Les documentaires de Frederick Wiseman sont intéressants aussi. Et j'ai été sidéré par Macbeth de Roman polanski.

 

J'ai cru comprendre qui Tsui Hark est un nom inventé.
Mon nom était Tsui Man-kong. Quand je sui allé à l'école au Texas, ils m'appelaient King Kong.

 

C'est pour cela que vous l'avez changé ?
Je n'ai jamais aimé mon nom. Je trouvais qu'il était trop doux. Je l'ai changé en Hark, qui signifie " vaincre ".

 

Traduit de l'anglais par Laurent HENRY.


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