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Interview de Bey Logan, Spécial Le Médaillon - 2/2
Le Médaillon, dernier film en date de Jackie Chan, a bénéficié du plus gros budget dans l'histoire du cinéma de Hong Kong. Interview exclusive avec le scénariste Bey Logan, qui révèle tout de la production chaotique du film, étalée sur trois ans…

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Partie 1 : Ecriture du scènario - Coupes par Columbia - Thunderbolt de Gordon Chan
Partie 2 : Gordon Chan & Sammo Hung - Final Cut - Expérience sur Le Médallion

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HKCinemagic.com : Quelles ont été concrètement les implications respectives de Gordon Chan (réalisateur) et de Sammo Hung (chorégraphe des combats) dans la production ?
Bey Logan : On peut séparer le film en trois étapes. En Irlande, Gordon réalisait le film. Tout le monde le soutenait comme il se doit, tel un seul homme. A Hong Kong, il dirigeait encore la boutique. Mais à cause de son emploi du temps, Sammo réalisait de plus en plus de ses scènes, des scènes d'actions notamment. Puis en Thaïlande, tout devient tendus, nous étions dans l'obscurité. Le problème est qu'on allait tous dans des directions diverses et on avait le sentiment que le film nous échappait. Quand quelque chose avance doucement mais sûrement, chacun connaît son rôle et chacun suit le réalisateur, même jusque dans la vallée de la mort !

Dès qu'on sent que le film part en vrille, tout le monde propose ses idées. Gordon est un réalisateur brillant, mais qui a un problème. Il est trop gentil ! Si je suis trop doux, lui est certainement encore plus doux. Il est si sympa que les gens veulent toujours travailler avec lui. C'est une vraie crème au travail. Je pense que dans son cas, quoiqu'il arrive, il devrait faire un film américain, car je pense qu'ils adoreraient travailler avec lui.

Claire et Sammo Lee Evans et Gordon Chan

D'un autre côté, et ce n'est pas vrai que pour Gordon, mais toutes les collaborations d'un réalisateur chinois avec Jackie Chan se sont soldées par des situations où Jackie enlève des éléments du film. Ici Sammo en a enlevé aussi, et c'est devenu quelque chose de vraiment différent. Le cas Stanley Tong est un peu différent, mais ses films avec Jackie sont très différents de ceux qu'il a fait seul.

Avec Tsui Hark ou Ringo Lam, cela finira toujours par être un film de Jackie. C'est un point de vue chinois, c'est lui le "big brother" ou "dai go" [NDRL : grand frère]. Quand il va en occident, il perd un peu de ce côté grand frère. Son travail devient alors moins un défi de chaque instant, mais il est plus sûr commercialement parlant car il est aidé par un réalisateur américain.

Il y a eu divers commentaires que j'ai entendus à propos de Gordon concernant la déception liée au Médaillon. Je pense pour ma part qu'il a fait le mieux possible dans des conditions de plus en plus difficiles. Il n'en demeure pas moins un homme très chaleureux et un grand réalisateur.

Sur le plateau de Highbinders, aka The Medallion (photo gracieusement donnée par Bey Logan, D.R.)

C'est drôle car il y a d'autres gens dans l'industrie du film qui sont géniaux, et s'ils me disent, "faisons un film ensemble", je penserais qu'ils sont géniaux certes, mais si compliqués sur un tournage. Je ne parle pas du fait de se lever tôt pour allez sur le plateau mais plutôt du côté psychologique et émotionnel de la chose, de la façon dont ces gens travaillent. Mais des gens comme Gordon ou Dante Lam [NDLR : réalisateur de Hit Team], je serais content de les rejoindre dès demain. Ce serait amusant et je sais qu'avec Dante ce sera un bon moment.

D'un autre côté, j'ai travaillé sur Colour Of The Truth réalisé par un ancien monteur, Marco Mak. Il était si impoli et arrogant. La scène dans laquelle je suis apparu est peut être la meilleure du film. C'est celle où la partie d'échecs a lieu, et il y a un gunfight avec Anthony Wong. Quand je l'ai vu, j'étais très surpris car c'est une très bonne scène, et intelligente dans sa conception du montage et des cuts avec la partie d'échec. Mak était monteur à l'origine, donc on comprend qu'il arrive à rassembler les bouts correctement. Mais l'expérience de travailler avec lui était si peu plaisante que si demain il me propose un travail, j'y réfléchirai à deux fois.

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HKCinemagic.com : Sammo Hung a-t-il eu le final cut sur les scènes de combat du Médaillon ?
Bey Logan : Et je ne pourrais jamais en dire assez sur Bill, car il était dans une situation impossible. Il avait ce film fait sur trois ans d'un côté, et la Columbia de l'autre, qui disait que ce n'était pas assez bien pour le marché US :"On a besoin de retourner des scènes, de remonter. On va engager un producteur occidental pour aller à Hong Kong". Cela aurait pu évidemment conduire à un désastre avec tout le ressentiment que cela implique, du style : "ils nous envoient un type nous dire comment travailler !".

Sammo Hung & Bey Logan (photo gracieusement donnée par Bey Logan, D.R.)

Bill était vraiment très diplomate, un vrai homme du métier. Je ne dis pas cependant que le résultat final est un travail de génie. Je pense simplement que qu'il a fait du mieux possible avec ce qu'il avait. Il y a des choses au niveau créativité et artistique que j'aurai fait différemment, mais comme je disais, il a été si agréable qu'il est resté en bon terme avec toute l'équipe, et même avec Gordon Chan ! Donc, à l'avant-première, les seuls survivants étaient Gordon Chan, Bill Borden, Jackie Chan et moi ! Bill est monté sur scène avec Gordon et a affirmé qu'il n'y avait aucun problème entre eux. Aujourd'hui, Bill est le producteur exécutif délégué par la Columbia sur le film de Stephen Chow, Kung Fu Hustle. Et nous avons commencé à travailler sur des projets de documentaires ensemble.

HKCinemagic.com : Quelle expérience positive retirez-vous donc de votre travail sur Le Médaillon ?
Bey Logan : Etre constamment mis au défi. Quand je travaillais à la EMG [NDLR : Emperor Media Group, boîte de production de Twins Effect, notamment], Gary Hamilton, avec qui je travaille actuellement et qui a distribué Twins Effect dans le monde, me disait : "je ne pense pas que cette boîte reconnaisse ton potentiel". Ce qui était très gentil de sa part. A cette époque, j'étais souvent assis dans un bureau, bossant sur plusieurs films (Gen X Cops, Gen Y Cops…), comme un secrétaire particulier. Toutes mes capacités étaient en stand by. Ce qui était intéressant avec The Medallion ou Twins Effect, c'était le challenge d'être impliqué dans toutes les étapes de la production d'un film et sur des productions plutôt majeures. Et en particulier en tant qu'occidental à Hong Kong car il y a aussi ce challenge à relever face à la culture et la langue locale. C'était vraiment une bonne expérience. Plus rien ne m'atteint vraiment. Si un gars vient se plaindre et prétend être une grande star, je peux répliquer que j'ai travaillé avec Jackie Chan. Si on me dit que ça va être un film très cher, je peux répondre que j'ai fais le film le plus cher de l'histoire du cinéma de HK. Il n'y a plus vraiment d'arguments de ce style qui puissent m'atteindre maintenant, car j'ai des idées plein la tête et je sais comment les mettre en œuvre.

Anthony Wong, égaré ! Claire Forlani

Ce genre de choses s'est produit par le passé, comme avec la coach linguistique de Jackie, mais je sais maintenant ce que j'aurai dû faire. Je serais aller voir le réalisateur directement en lui disant qu'il avait déjà son scénariste et que si elle l'écrivait, je pouvais partir alors. Sinon, je resterais et ferais ce pourquoi je suis payé. Je n'avais pas ce culot à l'époque, mais je l'ai maintenant. Quand je suis allé dans la boîte de production à Hong Kong, avec qui je travaille maintenant, j'ai un C.V. qui prouve mes compétences. C'est pourquoi j'ai créé ma compagnie (Shankara Productions). Sinon, les gens pouvaient dire que j'ai bossé sur des grosses productions mais toujours derrière un bureau.

Quand je travaillais à EMG sur Twins Effect, il y a avait deux personnes. L'une d'elle que je ne citerais pas se prenait pour mon chef. Je ne l'ai jamais considéré comme tel. On travaillait de concert, mais dans sa tête elle était le boss. Et il avait Carl Chang, l'autre producteur de Twins Effect. J'ai dis à cette femme, après Le Médaillon, que je voulais être scénariste et producteur. Et elle m'a répondu que je n'étais pas fait pour ce job et que je devais rester derrière un bureau. Puis, je suis allé voir Carl, et je lui ai dit la même chose. Il m'a affirmé qu'il n'y aurait aucun problème et que c'était dans mes cordes. Ceci n'a évidemment pas plu à notre collègue femme. A un certain moment de la vie, on sait pour quoi on est fait. Le fait d'avoir fait Le Médaillon, était comme un apprentissage au métier de scénariste et producteur. Ce film m'a apporté une certaine maturité.

Parfois, il faut trouver le bon équilibre entre l'ambition et le business, ce que vous voulez faire pour vous-même, pour votre propre développement artistique, et quelles sont les contraintes liées à l'industrie du film, et faire de bons films avec des gens sympas. Tout cela, je l'ai appris par la manière forte. On peut avoir les meilleures intentions possibles, être sympa avec tout le monde, travaillé avec tous du mieux qu'on peut et être encore critiqué ! Cela avait le don de m'énerver, mais plus maintenant. C'est comme avec Quentin Tarantino, qui a pourtant démontré son talent. Que peut-on lui demander de plus ? Il a fait Reservoir Dogs, Pulp Fiction, Jackie Brown et Kill Bill ! Parfois les critiques sont étranges. Il y a des critiques vraiment en complète inadéquation avec les réalités de l'industrie. C'est comme quand on tape sur le scénariste à la place de l'acteur. C'est tout simplement ne pas comprendre comment fonctionne cette industrie. Il y a aussi le fait que les gens ont leurs propres opinions de ce que devrait être le film. Ils comparent le produit fini avec ce qu'ils ont dans leur tête. Comme je disais auparavant, j'ai probablement le point de vue le plus dur sur Le Médaillon, car je ne le juge pas pour le film qu'il est mais pour le film qu'il aurait pu être, celui que j'avais en tête. Mais c'est mon droit car j'ai quand même écris ce truc !

Il y a des spectateurs qui ont déjà décidé ce que devrait être le film, ce qui est complètement à côté de ce que le réalisateur voulait. La critique la plus dure que j'ai entendu sur Kill Bill, c'est qu'il n'y a pas ces longs passages dialogués comme dans les autres films de Tarantino, ceux pour lesquels ses films sont réputés. Mais ces passages n'ont jamais existé dans son dernier film ! Ils n'étaient que dans l'esprit du critique.

Evidemment, on peut critiquer des films, mais pas en comparant le film avec un film fantasmé qu'on a déjà préconçu dans sa tête. Et c'est normal que Tarantino n'ait pas fait le film qu'un autre avait dans la tête, il a fait celui qu'il avait à l'esprit.

Pour moi c'est la responsabilité première d'un artiste, faire ce que l'on a en tête et rejoindre l'imaginaire du public.

 

Un grand merci à Bey Logan pour son aide et sa gentillesse.
Propos recueillis par Arnaud Lanuque, en octobre 2003, Shankara Productions, Hong Kong.
Propos traduits en français par Thomas Podvin, 14 décembre 2003
Relu par Jean Louis Ogé.

Photos (c) EMG Ltd & Columbia Tristar. D.R.
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