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Interview de Bey Logan, Spécial Le Médaillon - 1/2
Le Médaillon, dernier film en date de Jackie Chan, a bénéficié du plus gros budget dans l'histoire du cinéma de Hong Kong. Interview exclusive avec le scénariste Bey Logan, qui révèle tout de la production chaotique du film, étalée sur trois ans…

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Bey Logan célèbre pour ses commentaires audio sur les DVD de HK Legends, artiste martiale et passionné, il écrit son amour pour le cinéma de HK dans divers magazine, dont Impact, et publie également un livre Hong Kong Action Cinema. (Voir son portrait et interview)

Devenu scénariste sur le dernier Jackie Chan, Le Médaillon (aka Highbinders), Bey Logan revient sur cette expérience riche et parfois chaotique. Le film, une production américano-hongkongaise, initialement réalisé par Gordon Chan (Beast Cops, Fist Of Legend) est devenue par la force des choses un travail collégial. Sammo Hung a prit une part importante dans la réalisation de certaines scènes et les producteurs américains ne sont pas restés les bras croisés, notamment en salle de montage.

Bey Logan dissèque donc très minutieusement les étapes de la création de ce film en nous révélant les obstacles à franchir et les aléas de production. Finalement, il ne sera livrer au public qu'un produit dérivé, voir édulcoré, de son concept premier.

Partie 1 : Ecriture du scènario - Coupes par Columbia - Thunderbolt de Gordon Chan
Partie 2 : Gordon Chan & Sammo Hung - Final Cut - Expérience sur Le Médallion

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HKCinemagic.com : Quelles étaient vos intentions en écrivant le script du Médaillon, alors appelé Highbinders ?
Le MédallionBey Logan : Je ne conçois pas que quelqu’un ne veuille pas travailler avec une super-star comme Jackie Chan. Il a fait tellement de films, de diverses qualités, certes, mais de grands films aussi. Personne travaillant pour lui ne dira qu'il veut faire un mauvais film ou une copie carbone de ce que Jackie a déjà fait. Je pense qu'un scénariste recherchera toujours à faire quelque chose comme le meilleur film de Jackie Chan possible. Et de toute façon, si cela n'est pas son intention, alors il ne devrait même pas travailler avec lui. Donc, en ce qui me concerne, je suis arrivé sur la production pour travailler sur le film. A ce moment le titre était Highbinders et le concept était simple : Jackie Chan meurt, puis il revient !

La première ébauche de script fut écrite par Bennet Joshua Davlin, qui habite en Australie. Il ressemble un peu à John Goodman [NDLR : vu notamment dans The Big Lebowski], un type américain grand et gros. C'est son script qu'on avait lorsque j'ai rejoint la production. Mais ça ne collait pas. Je pense qu'ils voulaient trouver un scénariste basé sur place. Donc j'ai eu de la chance, mais pas Joshua ! Son nom est au générique, mais il n'a en fait exécuté aucun travail concernant le produit fini. Je pense qu'il a été crédité pour son concept, mais en fait ce concept vient d'Alfred Cheung. Donc Alfred et moi avons travaillé sur le script qui a reçu l'aval de la maison de production.

Bey Logan en pleine explicationLe truc avec Jackie Chan, c'est qu'il lancera à une maison de production de Hong Kong : "je fais le film si au jour d'aujourd'hui vous me garantissez que vous aurez l'argent et un script acceptable". Ces deux choses sont très importantes. Quand vous promettez de faire un film avec lui, vous devez être prêt en temps et en heure, car il a un emploi du temps surchargé. C'était particulièrement vrai sur Highbinders. Donc, le script doit être écrit dans un laps de temps très court et recevoir le feu vert ensuite.

Pour résumer mon approche sur ce film, je dirais que dans tous les autres Jackie Chan les gens s'accommodent mais pas lui. Ce que je voulais montrer sur ce projet, c'est puisque Jackie meurt et revient ensuite, il change immanquablement.

Les spectateurs se sentent vraiment concernés par le personnage principal du film quand il a une vraie dimension dramatique. Dans les films de Jackie, si vous analyser un peu, c'est généralement rarement le cas. Il y a quelques films où c'est le cas, pas beaucoup et spécialement dans ses films américains. La dimension dramatique est laissée à quelqu'un d'autre, et Jackie, lui est amusant et enchaîne ses scènes d'action. Donc, c'était mon idée de départ.

Le premier cut du film, après les tournages en Irlande, Thaïlande et à Hong Kong, était très british à mon sens. J'espère que le dvd contiendra la version UK [NDRL : c'est à dire sans coupe] au détriment de la version US. Avec du recul, je me dis que la version internationale se suffisait à elle-même et qu'il n'y avait pas besoin d'une version américaine. Je crois que maintenant on navigue entre deux extrêmes, entre une première version digne des Monthy Python et entre la version US, une comédie plutôt smart à la Rush Hour. Entre ces deux extrêmes, il y avait un juste milieu et un très bon film qui a en quelque sorte dérapé ! Ceci dit, j'ai peut être le pire des avis sur ce film ayant travaillé dessus durant trois ans !

Donc, le public américain en général dira : "montrez-nous du vrai film d'action de Hong Kong, un film comme Drunken Master par exemple". Mais en général ils n'ont jamais vu Drunken Master pour la plupart ! Ils ne connaissent que Jackie grâce à des films comme Rush Hour ou Shanghai Noon. Ces gens pourraient aimer Le Médaillon. Bon, apparemment ce n'était pas le cas car le film n'a pas remporté un franc succès ! Mais il n'a pas fait un flop aussi terrible que ce que l'on a prétendu.

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HKCinemagic.com : Quels ont été justement ces coupes perpétrées par la Columbia ? Etait-ce dans les scènes d'action ou dans les scènes d'exposition ?
Bey Logan : Il y a eu un très gros travail fait sur ce film, et principalement sur les scènes tournées en Irlande. Structurellement parlant, c'était toujours très complexe car au début du film, à HK donc, on pose le personnage de Jackie Chan, puis en Irlande on développe l'intrigue amoureuse entre lui et Claire Forlani, ses relations avec son meilleur ami, Lee Evans. Puis il finit par mourir. Mais je pense que même avec cette version tronquée américaine, le film ne démarre réellement que lorsque Jackie meurt et revient avec de supers pouvoirs !

Il y avait de quoi faire deux films. Le premier aurait pu être amusant et intéressant, commençant à HK, puis se continuant en Irlande avec Claire et Lee et leur relations et aussi avec la poursuite du méchant appelé Snakehead. Et la mort de Jackie à la fin aurait annoncé le second opus. Cela aurait pu fonctionner car il y avait assez de matériau pour le faire. C'était donc un gros challenge. La première chose faite par le producteur américain Bill Borden, un homme intelligent, était de résoudre ce type de problèmes. Je pense que les exécutifs n'y sont pas totalement parvenus, mais ils voulaient vraiment couper le début du film. Ce que j'ai constaté à l'avant-première, c'était les spectateurs retenant leur souffle lors de la mort de Jackie, puis son retour. C'est là que ça a commencé à être amusant.

Columbia a aussi simplifié certaines choses. Dans la version originale il n'y avait pas cet humour décalé [NDLR : un peu à la Mister Bean] et l'histoire était plus profonde. L'idée était que ce médaillon en or était utilisé par une race supérieure qui contrôlait l'humanité. Ce médaillon crée donc les highbinders, des êtres surpuissants. Ce qui expliquerait une partie des mythologies avec les dieux grecques et nordiques. Ce highbinder a vécu en ermite pendant le siècle dernier et ce qui a permis à des événements comme la seconde guerre mondiale ou le Vietnam de se produire. Cet être revient à notre époque et est recherché par celui qui l'a transformé ainsi et qui est donc le méchant de l'histoire. Cette personne est un solitaire, une sorte de démon. Et là, Jackie devient à son tour un highbinder. La relation entre le héros et le méchant me semblait intéressante. Ce dernier proposait à Jackie de rejoindre son camp plutôt que de le tuer. Car ils savent tous deux ce que c'est d'être immortel. Donc, je pense que même si l'humour était présent, la trame du film progressant, on arriverait à quelque chose de plus profond.

Jackie et un Mister Bean !

Il y a en plus la romance avec Claire. Je pense que c'était important pour Jackie, arrivé à ce stade de sa carrière d'avoir une histoire d'amour plus mature à l'écran. Le tout jusqu'à cette grosse scène où Jackie dit "I love you". C'était une scène difficile à mettre en boite, non pas à cause de Jackie Chan, mais il y avait cette femme assez horrible travaillant avec lui. En temps normal elle est plutôt sympathique, mais ici elle était assez désagréable. C'est la coach linguistique de Jackie, Diana Wang. Au fur et à mesure de la production, plusieurs avis se sont exprimés vivement sur certains points de l'intrigue, comme ceux de Gordon Chan, Jackie, Sammo Hung, moi en tant que scénariste, les producteurs, Jo Nemec, le producteur designer. Cela a rendu les choses plutôt chaotiques et elle a exprimé ses vues aussi. Mais cela n'était pas indispensable, elle a diminué la confiance de Jackie car c'est elle qui lui apprend l'anglais, qui dit si c'est bien ou non. Et elle ne voulait pas qu'il dise "I love you" ! Je lui ai demandé pourquoi et on a une longue discussion sur le sujet. A ce moment là, lorsque nous devions tourner cette scène, toute l'énergie du tournage était partie. Donc c'était une production très difficile, mais j'en ai retiré de bonnes leçons. Dans le style de kung fu que j'étudie, la boxe Hung Gar, on dit "dur comme l'acier et doux comme la soie". Dans toute ma carrière je pense avoir été trop doux comme de la soie et j'ai besoin d'être plus dur. Les gens avec qui je travaille à Hong Kong font eux l'inverse !

Le premier jour, j'aurais dû dire "tais toi et fais ton boulot !". Mais j'ai essayé d'être gentil et de prendre en compte son opinion. En fait, si le réalisateur et la star sont content avec le dialogue, c'est suffisant. Si les autres sont d'accord, c'est bien, mais les costumières, le coach linguistique et le producteur designer n'ont pas à être en accord avec le dialogue. Plus il y a de gens et plus on gaspille son énergie.

C'est cela que nous avons eu sur Le Médaillon. Au début quand nous étions en Irlande, Gordon réalisait et tout le monde le suivait. En ce qui me concerne, cette partie en Irlande est la meilleure chose du film. Après, nous sommes partis à Hong Kong, et cette partie reste encore assez bonne. Puis la Thaïlande où tout est devenu confus. Cela montre une sorte de cycle dans une production. Si on dérange ce cycle, c'est à ses risques et périls. Ce n'est pas une façon de faire un film. On a fait un mois de pré-production, un mois de tournage en Irlande puis on s'est séparé. Jackie Chan est parti faire un autre film, The Tuxedo (Le Smoking). Puis il est rentré à HK. On s'est remis ensemble pour tourner les scènes à HK et on a de nouveau fait une pause. Puis on est parti en Thaïlande, retourné à HK, et la production s'est encore arrêtée. Après un long moment le film est enfin sorti. Je ne pense pas que ce soit une bonne façon de faire un film. Ce qui aurait dû être fait c'était de filmer en Irlande en extérieur, puis de finir le film en studio. Cela n'aurait probablement pas été un chef d'œuvre, mais certainement un film plus intéressant et plus motivant. Je me demande à quoi ce film aurait pu ressembler de cette façon…

Mais travailler avec quelqu'un d'aussi génial que Jackie Chan, était déjà un énorme privilège et je n'aurais jamais raté une telle expérience pour tout l'or du monde. Donc, si les gens vont voir ce film et disent que c'est mauvais, je suis désolé mais cela m'est égal ! (Rire). J'avais besoin de trois ans pour commencer cette carrière à HK et j'ai fait de mon mieux chaque jour et chaque heure, comme tout le monde, pour faire le meilleur film possible. Il est sorti dans cet état malgré mes meilleurs efforts. S'il y a des gens sur Internet qui me critiquent parce que j'ai fais Le Médaillon, et bien tant pis car j'ai passé de superbes moments. Notre séjour en Thaïlande était dur, mais en général se fut génial ! Et ce fut une bonne collaboration entre Gordon, Sammo et Jackie.

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HKCinemagic.com : Comment comparez-vous Le Médaillon avec d'autres films de Jackie Chan qui ont la même équipe technique ? Je pense à Thunderbolt par exemple…
Bey Logan : Thunderbolt c'est presque deux films en fait. Le premier est une sorte de film centré sur les courses de voiture sauvages en pleine ville, et je pense qu'ils essayaient de faire comme Full Throttle dans ce cas… Les gens commencent toujours par quelque chose de différent avec Jackie Chan, comme dans Crime Story [NDLR : de Kirk Wong]. Mais, comme Jackie Chan est une sorte de franchise, on revient vite en arrière à ce à quoi il est naturellement doué ou ce pourquoi il est si connu. Je pense qu'il est bien meilleur acteur que ce que les gens croient. Et ce genre de phénomènes se répète encore et encore… Quand le film est annoncé, il est alléchant, et quand vous voyez le produit fini, il est devenu assez prévisible au final. Je pense que son meilleur film d'un point de vu dramatique est Crime Story. Le film n'était pas aussi dur que l'aurait souhaité Kirk Wong, mais il était quand même mieux que Police Story 4 : First Stike ou Mr. Nice Guy.

Avec Thunderbolt, ils ont commencé à changer de registre. Il y a deux scènes d'action incroyables, l'une dans le garage et l'autre dans le pachinko [NDRL : salle de jeu au Japon]. S'il vous faut une raison pour voir ce film, c'est bien ces deux scènes qu'il ne faut pas rater. La seconde en particulier, qui défie un peu les lois de la logique d'ailleurs. Le personnage principal est défini comme un pilote automobile qui a fait un peu d'arts martiaux. Le premier combat est semi-réaliste mais celui dans le pachinko devient surréaliste ! Sur le tournage du Médaillon, Sammo Hung demandait toujours ce qu'était un highbinder : "Il frappe une fois et met tout le monde à terre ?" Si on regarde Thunderbolt, entre le premier et le second combat, on comprend la différence entre une personne normale et un highbinder ! La première scène d'action est très terre à terre alors que dans la seconde, Jackie bouge dans tous les sens et saute partout…

En poussant la chose un peu plus loin, dans Roméo Doit Mourir, c'est assez ridicule car on ne dit jamais qu'il s'agit d'un super héros, mais Jet Li se bat comme tel, défiant les lois de la gravité pour mettre K.O. deux adversaires dans des directions opposées. S'il s'agissait de Jackie comme highbinder, cela fonctionnerait. Mais on a jamais eu vraiment cette cohérence sur les scènes d'action de la part de Sammo Hung, ce qui est dommage.

Si le combat final du Médaillon avait été comme cette fameuse scène du pachinko on aurait probablement plus attiré de fans. On n'a jamais eu cette poussée d'adrénaline finale à la fin, mais Julian [NDLR : Sands, le méchant de l'histoire] a fait de son mieux. Il est très bon acteur mais ce n'est pas un artiste martial. Etrangement, de tous les gens amis de Sammo Hung, il y a ce type, Rueben Langbon, qui ressemble exactement à Julian Sands. Donc on a eu une bonne doublure et on a contourné ce problème. Si on avait suivi le plan de départ, on aurait eu un film avec beaucoup plus d'action et cela aurait été satisfaisant.

Thématiquement parlant, ce qui s'est passé sur Thunderbolt, c'est produit de nouveau sur Le Médaillon. On peut se demander aussi ce que serait devenu ce film si le réalisateur de départ, Reginald Hudson, était resté en poste. Dans ce cas, on parle en général de divergence de vision artistique. Mais dans son cas il est parti car il voulait plus d'argent !

A suivre...
>> partie 2

Bey Logan, photo par Arnaud Lanuque pour HKCinemagic.com. (c) 2003 HKCinemagic.com

 

Un grand merci à Bey Logan pour son aide et sa gentillesse.
Propos recueillis par Arnaud Lanuque, en octobre 2003, Shankara Productions, Hong Kong.
Propos traduits en français par Thomas Podvin, 14 décembre 2003
Relu par Jean Louis Ogé.

Photos (c) EMG Ltd & Columbia Tristar. D.R.
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