- INTERVIEW - Rencontre avec les gweilos du cinéma de HK, numéro 1

Interview de Ricardo Mamood
Ricardo Mamood est un acteur venu d'Argentine qui a d'abord fait ses armes au théâtre, avant de rejoindre de nombreux projets excitants à HK, tels que Twins Effect, Infernal Affair 2 ou The Medallion. Le rencontrer était pour nous l'occasion de faire une incursion originale dans le cinéma de HK, au travers des yeux d'un acteur non-asiatique.

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Introduction :
Speeed FreexRicardo Mamood. Le nom n'est peut être pas encore familier pour beaucoup d'entre vous mais dans le petit monde des acteurs étrangers travaillant à HK Ricardo s'est déjà taillé une solide réputation. Au cours d'un séjour à Hong Kong placé sous le signe des interviews, je suis parvenu à joindre Ricardo au téléphone grâce à l'aide de Bey Logan. Nous avons convenu d'un rendez-vous afin qu'il me parle davantage de lui et de sa vie d'acteur occidental dans la capitale du cinéma chinois. C'est au Fringe Club, un café club renommé du coté de Lan Kwai Fong, à Central, que nous nous sommes retrouvés. Ricardo s'est immédiatement montré chaleureux et détendu.

Heureux de pouvoir partager ses impressions sur sa carrière, les conditions de travail local et le cinéma en général, il s'est exprimé sans retenue.

Cette interview a été réalisé dans le cadre du dossier Gweilo, des étrangers dans le cinéma de HK, disponible sur HK Cinemagic 2.

 

Interview

L'interview a été divisée en six parties :
1. Partir travailler à Hong Kong
2. Son travail sur les planches et devant la caméra
3. Films d'actions
4. Comment les étrangers travaillent à Hong Kong
5. De l'action avec Corey Yuen, Samo Hung et Jackie Chan !
6. Carrière future

1. Partir travailler à Hong Kong

- Personne ne vous prend sous son aile parce que vous êtes un étranger, vous n’êtes pas Chinois. -

HK Cinemagic : Qu'est-ce qui vous a amené à Hong Kong et comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans le cinéma ?
Ricardo Mamood : Je ne suis pas arrivé à Hong Kong pour devenir acteur. C’est suite à un travail pour une grosse compagnie. Hong Kong était une destination peu courante alors je me suis dit " oui, pourquoi pas ? ". C’était une bonne opportunité.

Quel type de travail faisiez-vous et comment vous êtes-vous retrouvé à jouer la comédie ?
J’étais le directeur du service approvisionnement pour Paccess, un partenaire important de Nike. C’était pas génial pour moi à cette époque en Argentine. A HK je n’ai pas fait grand chose pendant quelques temps, à part mon travail pour la compagnie, et je ne pouvais plus le supporter. J’avais besoin d’en revenir à ce que j’avais toujours voulu faire, c’est à dire de la comédie. J’ai préparé mes affaires et j'ai recommencé à aller chez le photographe, le circuit habituel. J'ai refait mon CV et j’ai fait le tour des agences pour y déposer tout mon matériel et faire des essais. J’ai découvert alors que la façon de faire à HK était très peu courante. Vous ne travaillez pas avec un agent en particulier, personne ne vous prend sous son aile parce que vous êtes un étranger, vous n’êtes pas Chinois. Vous travaillez en indépendant.

J’ai appris ça à la dure mais ils ont commencé à m'appeler et je suis allé de casting en casting. J’ai fait quelques publicités, beaucoup de publicités en fait. Certaines très bien payées d’autres beaucoup moins. Il n’y a pas de syndicats ici donc c’est difficile. Votre salaire correspond au prix que vous estimez être juste pour vous. J’ai donc fait quelques publicités puis une pièce de théâtre et j’ai commencé à passer des auditions pour des films. Le premier rôle que j’ai décroché fut l’Agent Quincy dans Gen Y Cops. Puis après j’ai fait une série de courts métrages, trois, j’avais le rôle principal dans la plupart : Ferry Man, Room to Let et Happy Birthday. On les a tournés à Los Angeles, ce ne sont pas des films hongkongais. Puis le deuxième rôle que j’ai décroché, je crois que c’était So Close

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2. Son travail sur les planches et devant la caméra

HK Cinemagic : Vous étiez aussi dans Let’s Love Hong Kong avant celui là.
Twins Effect (c) 2003 EMGRicardo Mamood : Oui. Mais mon personnage était plus étoffé dans le script original. J’avais une longue, longue scène de 8 ou 10 minutes de monologue où je racontais l’histoire. Mais ça a été enlevé du film donc il n’y a plus qu’une petite apparition de moi. Une scène dans un bar et c’est tout. Mais le film n’a pas vraiment marché. Et donc après j’ai fait So Close avec Corey Yuen Kwai et après Highbinders
[NDRL : The Medallion]. Le film n’est pas encore sorti, ce sera probablement en août. J’ai une scène de combat et un dialogue avec Jackie Chan mais je ne sais pas trop si cela apparaîtra dans le film. Columbia en a acheté les droits et a demandé à couper plein de scènes et à ce que d’autres soient tournées, donc on verra. Et après, mon rôle suivant fut Ethan le vampire, le bras droit du Duc dans Twins Effect. Le film sortira en juin. [NDRL : juin 2003 à Hong Kong]

Vous étiez aussi dans Summer Breeze of Love si je ne me trompe pas. On dirait que les Twins vous aiment bien…
Je ne les ai rencontrées qu’une fois en fait, lors d’une séance de maquillage. Je ne pense pas qu’elles savaient que j'étais dans leur film. Mon personnage dans Summer Breeze of Love est un acteur dans un film. Le personnage principal, Dave Wong, est en train de regarder un film avec Gillian Chung. C’est un film en noir et blanc, un film a suspense allemand appelé Der Lift.

Et après, le dernier travail que j’ai fait et que j’ai produit c’est la pièce Glengarry Glen Ross de David Mamet qui a été un gros succès.

Elle est toujours à l’affiche à Hong Kong ?
Non, ça s’est terminé à la mi-mars. Je jouais Ricky Roma, un des vendeurs, qui est le personnage joué par Al Pacino dans le film original, et Joe Mantegna dans la pièce de 1994. C’était génial, un grand succès, une grande réussite pour moi en tant que producteur et acteur. Je l'ai produit uniquement parce que j’avais une vision précise de la pièce et je voulais être sûr que ce soit fait d’une certaine façon. Donc je devais prendre les choses en mains. C’était excellent, très satisfaisant pour un acteur. Du David Mamet, ce n’est pas facile à jouer.

Combien de représentations avez-vous donné ?
D’habitude à HK vous avez 5 ou 6 représentations. Nous avons fait 10 représentations et tout était vendu avant même la première, ce qui est très peu courant. Donc nous avons dû rajouter une représentation pour faire face à la demande.

- Le cinéma c’est génial, j’adore ça et j’aimerais en faire plus mais j’aimerais garde un équilibre. -

 

Pensez-vous continuer à produire dans le futur ?
ricardomamood6.jpg (7146 octets)En fait j’ai des choses de prévu dés maintenant. Nous voulons produire un drame en milieu carcéral à HK, nous ne savons pas encore quoi exactement. Nous allons décider entre deux pièces de théâtre. La première Short Eyes est une pièce écrite par Miguel Pinero. Il y a eu un film sur lui il y a seulement un an avec Benjamin Bratt. Et l’autre pièce s’appelle So I Killed a Few People. C’est sur un serial killer. Il est condamné à mort et son dernier souhait avant d’être exécuté est d’avoir une dernière représentation pour ces gens qui viennent le voir mourir. C’est une pièce très dure mais aussi très drôle, un vrai challenge pour un acteur. Et je suis en train d’écrire en ce moment, une pièce que j’avais commencée il y a quelques temps mais que j’avais abandonnée parce que je pensais que ce n’était plus d’actualité. C’était un drame sur la guerre du Golfe. Donc je m’y suis remis et je l’écris en ce moment même.

Voulez-vous continuer de travailler à la fois pour le théâtre et le cinéma ?
Oui, je prévois de continuer à faire des films, ce qui est quelque chose que j’aime beaucoup. Et en même temps je ne veux pas arrêter de faire du théâtre car je crois qu’en tant qu’acteur ça permet de vous maintenir sur les rails, d'être rigoureux. Le cinéma c’est génial, j’adore ça et j’aimerais en faire plus mais j’aimerais garde un équilibre.

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3. Films d'actions

HK Cinemagic : Vous avez surtout travaillé dans des films d’action à gros budget.
Est-ce que vous aimeriez élargir votre éventail de rôles en jouant dans des comédies ou des drames ?

Ricardo Mamood : Oui j’adorerais ça. Le problème à HK c’est que la plupart des films produits sont basés sur l’action…

Ce n’est plus vraiment le cas depuis quelques années…
C'est le cas, pour les films avec des acteurs étrangers. Moi, en tant qu’acteur étranger je n’ai pas la chance de travailler sur des drames ou des comédies basées sur les dialogues et qui nécessitent un bon cantonais. Je ne parle pas la langue. Et même si je la parlais, je ne pense pas que ça ferait une grande différence vu que je n’ai pas l’air chinois. C’est parfois frustrant pour un acteur étranger ici. C’est une ville très cosmopolite je veux dire, vous avez beaucoup de cultures différentes et ce que vous voyez dans les films…

… ne reflète pas la réalité.
Oui, exactement. Et si cette réalité était montrée les acteurs étrangers auraient plus de chances de travailler. En fait, ma spécialité c'est la tragédie, pas vraiment la comédie même si en tant qu’acteur j’ai du faire un peu de tout et j’adore la comédie aussi. J’adorais faire un drame, un drame profond, même un drame chez les flics. Ici ce que vous voyez ce sont des policiers qui tirent et qui frappent, ce genre de films.

Je ne viens pas du monde des arts martiaux, j’ai fait de la boxe pendant des années ce qui est un art martial mais personne ici n’en fait, tout le monde fait du kung fu. J’essaye de faire quelque chose de différent, ici tout le monde essaye d’être Bruce Lee. C’est pourquoi j’aimerais faire quelque chose de différent, j’aimerais développer mes propres capacités au cinéma et réunir les cultures ensemble. Pas seulement pour le casting mais aussi pour le public parce qu’il y a beaucoup d'échanges et le grand écran ne le reflète pas.

Il y a eu des progrès fait de ce côté si vous comparez aux années 70 et 80.
Oui, je suis d’accord avec vous. Je pense qu’il y a eu des améliorations mais il reste encore beaucoup à faire. Des années 70 à aujourd’hui ça fait 30 ans et si vous regardez les progrès, du point de vue de l'intégration de diverses cultures, il a fort peu. De ce point de vue nous n’avons pas fait tant que ça en 30 ans. Je pense qu’il y a un grand potentiel, nous avons de grands talents ici, aussi bien devant que derrière la caméra.

- J’essaye de faire quelque chose de différent,
ici tout le monde essaye d’être Bruce Lee. -

 

Vous avez l’air d’être fait pour travailler avec Wong Kar Wai…
En fait j’ai été à l’audition pour 2046. Mais je crois que le film est retardé depuis quelques temps. C'est le cas depuis quelques années déjà. Je ne sais pas, nous verrons bien ce que ce sera.

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4. Comment les étrangers travaillent à Hong Kong

HK Cinemagic : Avez-vous beaucoup souffert du racisme ?
Ricardo Mamood : Je ne sais pas si je peux vraiment dire que les choses dont j’ai souffert, pour réutiliser votre terme…

Peut être que le terme n’était pas très bien choisi…
Ricardo Mamood, photo généreusement donnée par Ricardo himself.Non, non, c’est un bon terme. Je ne pense pas que je puisse dire que ce soit de la discrimination directe que j’ai connue mais peut être qu’il y avait un peu de ça. Je vais vous donner un exemple. Moi, en tant qu’acteur étranger. Maintenant il y a des personnes qui me connaissent, mais au début quand j’ai commencé personne ne me connaissait. Et vous arrivez sur le plateau et personne, dans le casting ou l’équipe, ne vous dit bonjour. Vous leur dites bonjour et tout le monde se met à vous regarder en disant "  mais qui es-tu toi pour qu’on te salue ? ". Evidement ce genre de choses est énervant parce que vous êtes un être humain malgré tout. Vous méritez le respect et la politesse.

C’est différent dans les autres pays. C’est une culture différente ici, une autre façon de faire les choses. Mais quand ils vous voient travailler et qu’ils voient que vous avez du talent, vous avez du répondant et que vous faites votre boulot, vous leur économisez du temps, vous leur économisez de l’argent. Vous faites du bon travail alors ils vous traitent différemment. Ils vous regardent avec d’autres yeux après ça.

- Si vous ressemblez à un étranger on s’attend à
ce que vous parliez anglais, pas cantonais. -

 

Vous ne pouvez pas vraiment les blâmer. Il y a beaucoup d’agences ici qui recrutent les gens dans les rues autour des chungking mansion. Et les personnes qui arrivent sur le plateau ne sont pas des acteurs, juste des gens de passage ou autres. Ils font ça comme ça, juste pour tuer le temps. Ils ne sont pas performants et ils ne sont pas entraînés, ils ne savent pas comment travailler. Les quelques bons acteurs étrangers ont à payer le prix pour tous ces gens qui ont été amenés de cette façon. Les gens comme moi se sont entraînés toute leur vie et c’est manifestement différent quand vous avez de l’entraînement et de l’expérience. Ils ont ce pour quoi ils payent.

Mais d’un autre coté vous ne pouvez pas vraiment les blâmer d’être un peu tendu quand un visage étranger arrive sur la production, ils sont inquiets : " oh un autre figurant de chungking mansion, ça va être un cauchemar, on va devoir refaire 10 fois la prise ". Mais je ne peux pas appeler ça de la discrimination. Je pense que ça vient du métier, ça vient du business, un contexte spécifique à HK. Comme je l’ai dit après qu’ils vous ont vu travaillé, ils vous reconnaissent. C’est un petit monde donc les gens que vous avez croisés sur une production, vous en retrouvez la moitié dans celle d’après.

Est-ce que vos lacunes en cantonais ont été un problème ?
Je suis sûr que ça a limité mon travail. Je suppose que j’aurais fait plus mais pas tant que ça. Parce que même si je parlais la langue, ces choses sont écrites pour les acteurs chinois. Je ne pourrais pas les jouer même si je parlais la langue. Je pense que ça aurait juste ouvert un peu plus mes opportunités de travail mais pas beaucoup, pas une énorme différence. Si vous ressemblez à un étranger on s’attend à ce que vous parliez anglais, pas cantonais.

Y a-t-il un film sur lequel vous avez travaillé que vous préférez ou vous n’en êtes toujours pas satisfait ?
Je pense que pour moi ça a été une grande expérience de travailler pour des films, sur de très grosses productions et à HK, où les choses sont faites différemment des USA. En tant qu’acteur je ne suis jamais satisfait. Je veux plus, je veux tout, je le veux maintenant !
[voix très théâtrale] Oui j’aurais aimé en faire plus mais c’est le passé, je dois regarder vers l’avenir pour voir ce que je peux faire. Comment me réinventer pour être attractif, bien considéré et avoir des propositions.

J’adorerais faire plus, j’aimerais quelque fois qu’on ait des meilleurs scripts, et comme je l’ai dit précédemment, des scripts qui incluent l’idée de cet environnement cosmopolite où nous aurions des personnages de différentes ethnies. J’aimerais que les seconds rôles pour les acteurs étrangers soient plus développés de manière à ce que les acteurs comme moi et d’autres aient la chance de travailler davantage. Parce que d’habitude ces rôles ici sont brefs… Vous apparaissez à l’écran, dites quelques lignes et c’est fini.

Ricardo dans So Close (milieu)

Quelle a été votre scène la plus longue ?
J'avais beaucoup de dialogues sur So Close mais la plupart ont été coupés. C’était un film long donc ils ont coupé les maillons faibles, comme ils disent, les scènes avec des visages étrangers. Et dans Twins Effect ma première scène est… C’est une longue scène et j’ai beaucoup de dialogues. C’est très sophistiqué parce que ce sont des vampires de 2000 ans. Ils parlent d'une façon presque shakespearienne. Cela ajoute une certaine classe et c’est très bien donc je suis assez impatient de voir ça.

Je pense qu’il y a une nécessité de trouver un équilibre dans ces films dits basés sur l’action. Un bon équilibre entre la substance, l’histoire et l’action. Vous avez besoin d’équilibre. Matrix est un bon exemple, on a de la substance, une bonne histoire, des dialogues.

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5. De l'action avec Corey Yuen, Samo Hung et Jackie Chan !

HK Cinemagic : Avez-vous ressenti des différences entre les réalisateurs pour lesquels vous avez travaillé ?
Corey Yuen par exemple est connu pour travailler souvent avec des étrangers…

Ricardo Mamood : Corey Yuen était fantastique. Nous n’avons pas beaucoup parlé, je ne parle ni cantonais ni mandarin et il ne parle pas beaucoup anglais mais il y a des choses que vous comprenez. Il est très gentil, c’est quelqu’un de très sympathique. Je me suis senti très à l’aise. On a attendu le dernier moment pour tourner mes scènes, mes gros plans et dialogues. Et j’avais 3 scènes qui se déroulaient au même endroit, sur le même plateau.

So Close (C) 2002 Columbia PicturesEt il m’a dit : " écoute nous allons filmer tes 3 scènes à la suite. Ces 2 caméras filmeront les 3 scènes et on les montera dans le film comme elles doivent l'être ". Donc j’ai eu à mémoriser tous mes dialogues sur l’instant car vous n’avez le script que sur le plateau.
Ça c’est encore une autre histoire...

Et j'ai fait les 3 scènes à la suite, en laissant juste quelques secondes entre chacune pour le montage. En répétition ce n’était pas très concluant et il m’a dit " tu sais quoi ? Essayons ! ". Il a fait tourner les caméras et j'ai réussi dés la première prise. Et c’était fantastique, il est venu vers moi et m’a serré la main.

Votre personnage dans Gen Y Cops était-il à l'origine supposé mourir en milieu de film ? Parce que j’ai vraiment trouvé que c’était dommage...
En fait j’étais supposé être tué beaucoup plus tôt. J’ai fait environ une heure dans le film. Ils m’ont vu travailler sur les scènes au début du film et ils ont bien aimé et m’ont donné davantage à faire. Ils m’ont écrit plus de dialogues.

Ricardo dans Gen Y Cops (c) 2000 Brilliant Idea GroupJ’ai aimé ce que j’ai fait c’est pourquoi j’aurais aimé que mon personnage soit plus développé, et pas simplement développé mais aussi plus profond. Parce que je ne pense pas que le personnage ait été suffisamment étoffé pour que les gens réalisent ce qui se passe. Mais j’ai aimé ce que j’ai fait, particulièrement ma scène avec Edison [Chen] quand il a le flash-back et que nous nous faisons face avec nos armes…

- J’aime beaucoup HK, cette ville m’a permis de réussir ce que même mon propre pays n’a pas pu me donner donc je suis très reconnaissant. -

 

Sur Twins Effect le réalisateur c'est…
Dante Lam. Il est très bon, très gentil et très doux. Il ne parle pas fort. C'est très facile de travailler avec lui si vous connaissez votre texte, votre rôle et que vous faites un bon travail. Il vous donne une idée de ce qu’il veut au début mais c’est très court et il vous laisse travailler et s'il aime c’est bon. C’est dans la boîte. On peut passer à la scène suivante. Il ne perd pas son temps, il n’a pas besoin de vous contrôler.

Dans Highbinders vous avez une scène de combat avec Jackie Chan, donc vous avez travaillé avec Samo Hung. Pouvez vous nous parler de lui ?
Un peu oui. C’était amusant de travailler avec lui.

Vraiment ? J’ai toujours entendu dire qu’il était très sérieux sur les plateaux.
Il est très concentré. Il aime que les choses soient bien faites. Il crie sur le plateau. Vous avez intérêt à être attentif à ce qu’il dit sur le plateau sinon il vous crie dessus. Mais il est super.

Vous connaissiez le cinéma de HK quand vous étiez en Argentine ?
Oui mais pas beaucoup. Evidemment le principal import était Bruce Lee. Après Jackie Chan est arrivé. On a commencé à voir les films de Jackie Chan bien avant qu’il soit connu aux USA. Les films qu’ils voient aux USA maintenant on les avait vus avant en Argentine. Mais à cette époque je n’aurais jamais pensé que je serais à HK. J’ai toujours voulu être un acteur mais je n’aurais jamais cru que le premier film dans lequel je jouerais serait à HK. C’est pour ça que je dis que j’aime beaucoup HK, cette ville m’a permis de réussir ce que même mon propre pays n’a pas pu me donner donc je suis très reconnaissant.

Beaucoup d’étrangers venant travailler à HK idolâtrent Jackie Chan.
Et vous-même, avez-vous ressenti une pression en travaillant avec lui sur Highbinders/ The Medallion ?

Ne vous méprenez pas ce fut un grand privilège, une grande opportunité de travailler avec M. Chan lui-même. Pas de doute. Peut-être que ce n'était pas mon idole quand j’étais en Argentine mais j’avais vu son travail bien avant de rêver de participer à ses films, avec lui ou dans une scène. Mais je suis aussi un acteur et je sais que ce n’est pas bon de laisser ses sentiments personnels interférer. Si je l’admirais, je ne pourrais peut-être même pas travailler, je serais trop nerveux.

Donc vous mettez ça de coté et vous faites juste votre travail. J’essaye de me dire : " Je fais une scène avec un acteur, c’est tout ". Parce que si je réfléchis trop je ne serai pas capable de faire la scène, je serais trop focalisé sur le fait de partager l’écran avec un tel géant et je serais incapable de parler. Quand les caméras tournent, vous êtes un acteur, c’est un acteur et il y a un travail à faire, plus d’idoles, juste des personnages.

Vous n’avez pas eu de problème avec le rythme des scènes d’action dans The Medallion ?
The Medallion/ Highbinders (C) 2003 EMG & Columbia PicturesNon. C’était court mais ce n’était pas facile. On a fait quelques répétitions avec Reuben Langdon. C’est lui qui m’a suggéré pour le rôle, donc merci Reuben. Parce qu’ils avaient besoin d’un acteur, ils ne pouvaient pas utiliser un cascadeur, il y avait du dialogue. C’est un moment assez amusant où nous nous faisons face avec nos armes, à la John Woo. Il dit que c’est un policier mais je ne le crois pas et je lui dis :
Tu es un flic ? Moi c’est Ricky Martin ". C’était très comique à faire.

J’allais effectivement vous interroger sur cette histoire de Ricky Martin…
Bey Logan l’a inventé, et c’était très amusant. Et après vous savez j’essaie de lui tirer dessus et M. Chan prend l’arme et m’assomme. Mais ça demandait du travail physique. J'ai beaucoup travaillé parce que je dois me propulser en étant attentif à la trajectoire. Je me projette, j’atterris sur le sol et je dois être prêt à recevoir le coup de pied à la tête. J’avais un chapeau, j’étais un agent d’Interpol infiltré se faisant passer pour un marin russe, et quand Jackie Chan me frappe à la tête mon chapeau part. Ils aimaient beaucoup cette prise alors je devais m’assurer que mon chapeau volait à la prise suivante. Et ça a nécessité quelques prises et ce fut très amusant.

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6. Carrière future

HK Cinemagic : Est-ce que vous voyez votre carrière à HK comme une première étape pour quelque chose de plus international ?
Ricardo Mamood : Oui, c’est ce qui est prévu. Comme je l’ai dit, HK est fantastique et j’espère pouvoir revenir ici et continuer à faire des films, et produire. HK c'est génial comme tremplin mais ça n'est pas suffisant si je veux faire une longue carrière. Maintenant avec quelques films, un bon CV et des rôles au théâtre je peux aller aux USA.

Les USA sont votre but ? Pas l’Argentine ?
Pas l’Argentine. Mon but c’est les USA ou l’Australie, et j’irai aux USA en premier. Los Angeles ou New York. Comme j’ai dit, j’adorerais revenir et faire des choses ici mais HK pour moi ne sera pas un séjour de longue durée, je ferais toujours les mêmes choses. Si je vais à l’étranger et fais plus de choses je pourrais toujours revenir à HK et faire de plus grandes choses encore. Mais pour faire ça il faut que j’avance, que j’aille ailleurs, dans d’autres endroits pour voir s'ils peuvent utiliser mon style et mes capacités un peu plus.

- J’aimerais faire quelque chose
de plus dramatique avec Wong Kar Wai. -

 

Vous n’avez pas peur de vous retrouver enfermé dans un rôle type par rapport vos origines ?
Certains acteurs se plaignent d’être enfermé dans un type de rôle. Moi je dis que si vous avez profité de votre carrière durant 30 ans et fait beaucoup de choses et que vous vous retrouvez dans cette situation, je peux le comprendre. Mais pour ça vous devez d’abord travailler. Alors à ce niveau là ça ne me gênerait pas d’être enfermé dans un rôle type. Je veux travailler et peut-être que la seule manière de travailler régulièrement c’est d’avoir des rôles identiques dans les premiers films. Et c’est une façon d’entrer dans ce milieu. Heureusement pour moi j’ai des origines très variés, je pense que je pourrais jouer un hispanique, un latino - je parle l'espagnol et l'italien- un gars du moyen orient, un Italien ou un gitan…

J’ai toutes ces origines donc je peux jouer toute cette catégorie de personnes. Donc je pourrais être enfermé dans ce genre de rôles mais ça ne me gênerait pas. J’aimerais bien même, ça voudrait dire que j’ai du travail.

Le cinéma espagnol va de mieux en mieux ces derniers temps.
Ne seriez-vous pas intéressé d'essayer de ce côté ?

Oui et les films mexicains aussi. A Los Angeles vous pouvez essayer les deux, vous pouvez essayer le circuit de Los Angeles et aussi celui mexicain. J’adorerais aller en Espagne et voir ce qui se passe là bas. Je pense que ce qu’a fait Pedro Almodovar pour le cinéma espagnol est inestimable. Il a vraiment révélé le cinéma espagnol au monde. D’autres réalisateurs et personnes font également du très bon travail. Amenabar, un Chilien, il est aux USA mais il s’en sort très bien. Les Autres était vraiment un bon film.

Et L’Echine du Diable ?
Je l’ai vu et je l’ai bien aimé. C’est réalisé par un mexicain, Guillermo Del Toro, il a aussi fait Blade 2.

Il semblerait que les hispaniques se débrouillent bien internationalement…
Oui, on voit une sorte d’échanges interculturels dans tous ces films. Pour L’Echine du Diable ils ont utilisé des acteurs mexicains et argentins. Pareil pour le dernier Almodovar, Parle Avec Elle.

Y a t il des réalisateurs ou des acteurs avec lesquels vous souhaiteriez travailler ?
Oh, pas de doute, une longue liste. J’aimerais être impliqué dans un projet d’Al Pacino, ce serait super. Je l’ai vu sur scène à Broadway jouant Herod dans Salome aux cotés de Marisa Tomei. Incroyable. J’adorerais travailler avec Steven Soderbergh. Je suis sûr que je devrais faire la queue car beaucoup de gens veulent travailler avec lui.  J’aimerais aussi travailler avec John Turturro et Luis Guzman ! Un superbe acteur, incroyable ce que cet homme peut faire ! Je l’ai adoré dans tous ses films.Ce qu’il fait est génial. J’adorerais engager Luis Guzman et faire une nouvelle version de Don Quichotte avec lui qui jouerait Sancho Pancha aux cotés de James Cromwell... Mais c’est mon côté producteur qui est en train de parler là…

A HK j’aimerais bien être dans un film de Wong Kar Wai, il est différent, il y a des propos intéressants. J’adorerais travailler avec lui. Faire quelque chose de plus artistique et moins orienté action. J’aimerais faire quelque chose de plus dramatique.

Et d’autres réalisateurs plus artistiques comme Fruit Chan ou Ann Hui ?
Fruit Chan est fantastique aussi. Made in Hong Kong ! C’est un des rares réalisateurs ici qui soit très profond et je pense que leurs films seraient davantage exposés et connus s'il y avait davantage d’éléments cosmopolites dedans. Ils seraient exportables vers d’autres lieux que ces films n'atteignent pas à cause d’un contexte culturel spécifique et d'une barrière linguistique.

Pour finir, avez-vous quelque chose à dire à vos fans français ?
des fans français ?

Oui, il y en a sûrement. Vous nous avez laissé une bonne impression dans Gen Y Cops
Je suis agréablement surpris. Mon temps d'apparition à l'écran dans Gen Y Cops était si court. J’ai vu le film et me suis dit : " c’est si court, personne ne va me remarquer, personne ne va réaliser que j’étais dans ce film ". Je suis content qu’il y ait des gens comme vous et l’initiative que vous avez eu. Je suis allé sur votre site et je me suis dit " Wow, quelqu’un est vraiment en train de faire attention a une bande d’acteurs étrangers dans le cinéma de HK ". [NDRL : voir la partie Gweilo, les étrangers dans le cinéma de HK, sur HK Cinemagic 2]
Excellente initiative, vous permettez aux gens de nous connaître.
C’est très réconfortant, on est remarqué, alors merci à vous.

 

Remerciements à Ricardo Mamood pour son accueil et sa gentillesse.
Un grand merci à Bey Logan pour son aide.

Propos recueillis et traduits par Arnaud Lanuque, Fringe Club (Central, Hong Kong) le 14 avril 2003.
Mise en page, Thomas, juin 2003.

Sauf mention contraire, les photos de cette page ont été gracieusement données par Ricardo Mamood ou proviennent de son site Internet http://www.ricmamood.com (droits réservés).

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The Medallion/ Highbinders (C) 2003 EMG & Columbia Pictures

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Filmographie

Long métrages
2003 Hit Team 2
2003 Star Runner
2003 Infernal Affairs 2
2003 The Medallion / Highbinders
2003 The Twins Effect
2002 So Close
2002 Summer Breeze of Love
2002 Let's Love Hong Kong (independent production)
2000 Gen-Y Cops

Courts métrages
Ferry Man
Happy Birthday
Room To Let

 

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