Infernal Affairs - Media Asia
Entrevue avec Frederick Tsui
représentant de Media AsiaMenu - Festival de Deauville 2003 -
C'est en ce mois de mars 2003 au festival Panasia de Deauville que fut projeté le thriller Infernal Affairs en avant première nationale. Nous en avons profité pour discuter avec le représentant de la boîte de production et de distribution Media Asia, Frederick Tsui.
Son travail : la pré-production et le développement de projets excitants tels que des films de Jackie Chan ou les suites de Infernal Affairs.
Très heureux du succès local du film (carton 2002 au box office cantonais) et de l'accueil chaleureux que lui ont réservé les festivaliers de Deauville, Fred Tsui a répondu à nos questions avec beaucoup d'enthousiasme. Il évoque avec nous la machine Media Asia, leur politique de production, le polar Infernal Affairs et sa suite et l'intérêt des hongkongais pour les films très bien produits.L'interview a été divisée en trois parties :
La politique de Media Asia et le marché visé - Infernal Affairs - Le box office local La politique de Media Asia et le marché viséHK Cinemagic : Quelle est votre fonction chez Media Asia ?
Fred Tsui : J'ai rejoins Media Asia il y a un an et demi. Je travaille dans la coproduction et le développement. En gros, je vends le film et je m'occupe aussi du développement du projet en pré-production. Avant qu'un film ne soit produit, je regarde le script et je vois s'il peut être transformé en un film qui soit viable commercialement. Cela se passe avant de donner le feu vert à la production. Quand l'accord de production est passé, je ne suis presque plus impliqué, jusqu'à ce que le film soit fait. Quand c'est dans la boite, je vais vendre le film. A partir de maintenant, je serais également impliqué dans la distribution, dans le marketing et les présentations aux festivals. J'ai travaillé sur Infernal Affairs, Princess d, Visible Secret 2, Naked Weapon et les autres productions Media Asia à venir en 2003.Que doit alors contenir un film destiné au marché international pour entrer en production ?
Il n'y a pas de formule préétablie. Il faut analyser le scénario et voir s'il peut devenir un film. Parfois, le contenu est trop régional, particulièrement pour les comédies, car les dialogues et expressions sont issues de la culture locale. Même certains éléments culturels ne peuvent passer les frontières de HK car ils font référence aux publicités locales ou autres mésaventures de certaines célébrités que personne d'autre ne connaît en dehors de HK.Il faut en fait que le film présente des éléments universels. Si c'est plutôt un film d'art et d'essai, on devra jauger si le marché international peut le digérer. A cause d'éléments ou d'une identité culturelle, le film pourra peut-être être vendu. Infernal Affairs peut être traduit dans n'importe quelle langue. Il se trouve juste que c'est un film asiatique. Donc c'est vendable. On a parfois des films très locaux et invendables à l'étranger.
A quel stade du processus recrutez-vous un réalisateur ?
A Hong-Kong c'est différent. Ceux qui écrivent les scénarii et ceux qui les tournent sont déjà partenaires. Quand on étudie un script, il y a généralement déjà un réalisateur attaché au projet. Parfois c'est même le réalisateur qui propose un script.Après avoir donné le feu vert, avez-vous votre mot à dire sur la façon dont le film est réalisé ?
C'est le réalisateur qui aura le dernier mot sur tout. Mais on essayera de travailler avec le réalisateur et le scénariste sur les aspects plus commerciaux du script. On essayera de voir ce qui marchera moins. Mais on ne va pas voir le réalisateur en lui disant : "c'est pas bon. Il ne faut pas faire comme cela."C'est une approche assez différente de celle d'Hollywood
Dans un sens. A Hollywood, tout dépend si le réalisateur est influent. Ici, on essaye de faire des compromis. A Media Asia, on ne veut pas vraiment contrôler la façon de faire d'un metteur en scène. Quand on travaille avec lui, on s'assure que le projet va dans le sens qu'on a établi auparavant. La partie création est toujours le fait du réalisateur.Media Asia fait des films pour le marché international maintenant. Naked Weapon est en anglais, Infernal Affairs a une production proche des standards internationaux. Quelle est la politique actuelle de Media Asia ?
On a plusieurs politiques en fait. Ces deux films que vous citez sont destinés au marché international. Mais on a aussi des films plus locaux comme des comédies, pour le marché hongkongais. Donc, ils ne sont pas forcément exportables, ou alors vers des Chinatown par exemple. Ce sont des budgets plus petits qui sont destinés au marché local.
Quel est donc le marché le plus important pour vous ?
Cela dépend du film. Si c'est un gros budget, on vise le marché international. Infernal Affairs est un film à gros budget. On se doit de le vendre à l'étranger car ce marché est essentiel au film. Mais dans le cas de budget plus réduit, on vise plutôt les marchés locaux. Le marché international est moins important pour ce type de films. Ce serait un bonus si on les vend à l'étranger. Quand on fait le film, on décide quel type de film on veut faire. Cela peut donc être un petit film destiné au marché international, au marché local ou au marché chinois. Tout dépend du projet. On essaye de se diversifier, on ne veut pas travailler que sur un seul type de film.Les pays européens semblent de plus en plus friands des productions asiatiques, comme la France ou l'Angleterre. Pensez-vous qu'un jour Media Asia développera des films plus calibrés pour ce marché ?
Comme je l'ai dis, on n'essaye pas de produire un film pour un marché. On produit des films locaux, et sils comportent des éléments attractifs pour un public international, ce serait très bien. Sauf pour les films de Jackie Chan peut-être ! Mais on ne se dit pas : "produisons un film ciblé pour le marché européen." On ne fait pas comme cela. Ca ne marchera pas de cette façon. On essaye de conserver l'intégrité créatrice originale du film et on structure le projet en conséquence. Si le film n'est pas destiné à l'étranger, on contrôle le budget pour amortir les coûts sur un marché plus local.Quels sont les gros projets de Media Asia pour 2003 ?
La politique de Media Asia et le marché visé - Infernal Affairs - Le box office local - Haut Infernal Affairs
On aura une prequel d'Infernal Affairs [NDRL : ainsi qu'une suite]. On va commencer le tournage fin avril début mai. Il y a aussi un Jackie Chan, ce sera notre plus importante production.Nanshun Shi, l'épouse de Tsui Hark, est créditée comme productrice du film.
Quelle a été son travail ?
Elle était encore récemment la productrice et la vice-présidente de Media Asia. Elle a cependant quitté son poste et est devenue consultante. Elle désirait passer plus de temps sur les productions de son mari. Sur Infernal Affairs, elle était le producteur exécutif. Elle a supervisé tout le projet en quelque sorte. Media Asia fonctionne un peu comme un studio. Andrew Lau était le producteur et le réalisateur. Mais on a besoin de personnes capables de superviser une production dans sa globalité et de s'assurer de la bonne marche du studio.Est-ce que la prequel de Infernal Affairs sera du même acabit ? C'est à dire avec une production aussi soignée
Le budget sera probablement inférieur, car les deux acteurs principaux Tony Leung et Andy Lau ne seront pas présents. C'est déjà beaucoup moins cher ! Il se peut qu'il y ait des caméos. Le script est encore très confidentiel. On n'a pas encore eu la chance de le lire. Les scénaristes y travaillent encore. L'intrigue principale sera basée sur les deux seconds rôles du premier volet : Anthony Wong et Eric Tsang, les boss des deux camps. On verra bien ce qu'il leur arrive ! Qui sont-ils ? Est-ce que ceux sont des gentils ou des méchants ? Anthony Wong a l'air sympathique, mais qui est-il ? Peut-être qu'il n'est pas aussi bon que cela. On ne sait jamais.
On en saura donc plus dans la prequel. Il y aura aussi les deux personnage principaux en plus jeunes. Il y aura aussi plus de personnages féminins forts que dans le premier film. Elles ne sont pas vraiment importantes dans Infernal Affairs. Il y aura aussi d'autres personnages inédits. Mais tout cela sera bientôt confirmé !
Infernal Affairs a eu un grand succès en fin d'année 2002 à Hongkong. Vous vous y attendiez ?
Non pas à ce point. Jamais !Et dans le reste de l'Asie ?
A Taiwan le film a assez bien fonctionné. Pas mal en Corée. Pour la Thaïlande, je ne sais pas encoreComment expliquez-vous que le public Taiwanais s'éloigne de plus en plus de ce type de production et des films de HK en général ?
Ils ont perdu le goût des films chinois en quelque sorte. Pas tous les films chinois bien sûr. Mais des réalisateurs comme Hou Hsiao Hsien n'ont pas de succès dans leur propre pays ! Les films hollywoodiens sont plutôt populaires. Les gens vont au cinéma, mais ils sont plus sélectifs. Hero de Zhang Yimou marche plutôt bien tandis que Infernal Affairs marche moins. On essaye de voir pourquoi certains films fonctionnent sur ce marché et pas d'autres.Est-ce facile de vendre un film tel que Infernal Affairs ?
Ce n'est pas facile. Mais c'est plutôt parce que les gens ont aimé le film. C'est un film très bien produit et réalisé. Ce n'est donc pas aussi dur à vendre qu'un film d'art et d'essai local ou une comédie par exemple. Naked Weapon était facile à vendre car c'est purement un film d'action. C'est un film d'exploitation en quelque sorte. Ce genre de produit intéresse certain acheteurs. Ils aiment acheter des films d'action asiatiques.
Pour Infernal Affairs, c'est différent car ça intéresse d'autres acheteurs qui n'achèteraient pas du film asiatique en temps normal. Ils l'ont perçu comme un bon film et ils veulent l'acquérir. C'est différent des acheteurs très spécialisés qui veulent de l'érotique ou de l'action en provenance d'Asie. On espère qu'Infernal Affairs pourra dépasser les frontières. Le film a été présenté à Deauville, Berlin et d'autres festivals. Beaucoup de gens l'ont vu et la plupart l'ont apprécié. Donc on a reçu des offres de compagnies qui ne font en général pas affaire avec nous, car nos films sont en généralement plus commerciaux. Infernal Affairs est une sorte d'hybride entre le film commercial et le film d'art et d'essai. Donc il attire toute sorte de distributeurs.
L'avez vous déjà vendu alors et à quel pays ?
La politique de Media Asia et le marché visé - Infernal Affairs - Le box office local - Haut Le box office local
Comme vous le savez, on a déjà vendu les droits du remake à la Warner Bros. En ce qui concerne le film, nous n'avons pas encore de bons acheteurs. En Europe, on a déjà reçu pas mal d'offres de la France, de l'Allemagne etc. On n'a rien conclu pour l'instant. On essaye d'avoir le meilleur distributeur possible. Parfois on a des gens qui peuvent nous proposer beaucoup d'argent. Mais ce ne sont peut-être pas les meilleurs distributeurs. On recherche avent tout quelqu'un qui a vraiment aimé le film. Et parfois ce type de distributeur n'a pas les ressources financières suffisantes. On cherche un deal avec un minimum de garanties et ces distributeurs n'en sont peut-être pas capables. On essaie d'avoir la meilleure offre possible.
N'est-ce pas un pari risqué de produire de gros budgets en ce moment à Hongkong ?
Oui, ça l'est. Ce qui a de bien avec Infernal Affairs, c'est que le film a bien marché ! Si ça n'avait pas été le cas, ça aurait encore plus ennuyé nos exécutifs. Ils auraient encore plus été réticents à produire de gros budgets. Au début c'était donc assez risqué. Ils ont établi le budget. Le film était bon mais peut être pas assez. Ensuite le film a cartonné et ça a réjoui tout le monde. Le travail de qualité paye en définitive. C'était bien aussi pour nous à notre niveau, car on sait que les exécutifs seront maintenant plus confiant pour produire de gros budgets.
C'est une bonne chose aussi pour les gens de Hongkong. On fait de plus en plus attention à la qualité. C'est très bon pour la suite du film également. Il y aura plus d'attention portée sur le contenu et la qualité du film que sur la présence au générique ou non de super stars. Si cela fonctionne, ça voudra dire qu'on pourra s'en passer. Car sinon, c'est trop coûteux pour une boîte de production de réunir autant de méga stars. Un gros succès sans Andy Lau ni Tony Leung serait intéressant.
L'année dernière le marché était au plus bas. Etes-vous confiant sur les résultats des productions de cette année ?
Oui, c'était plutôt mal engagé et avec Infernal Affairs, les choses semblent se ravivées un peu. On ne sait pas pour le moment. On va essayer d'avoir davantage de films de qualité. Mais ça n'a pas vraiment l'air d'être un nouveau départ définitif. Avec Infernal Affairs, les gens sont toutefois retournés au cinéma. Ce qui est une bonne chose car pendant un moment personne n'y allait guère plus. Au moins depuis six mois ! On ne voyait plus les genre faire la queue pour réserver. C'était pourtant une pratique courante avant. Mais ça ne l'est plus depuis un moment à HK. Maintenant, vous pouvez aller dans un cinéma à n'importe quelle heure et avoir une place. Cependant, avec Infernal Affairs, les gens se sont remis à faire la queue ! C'était un signe encourageant. C'était le cas même pour d'autres films, les gens se sont remis à faire la queue et à acheter les tickets en pré-vente.C'est bon signe. Ils ont montré qu'ils ne s'étaient pas complètement désintéressés du cinéma. C'est juste qu'ils n'étaient pas intéressés par certains films. Si le bon film sort, le public est encore là. Avant, les gens pensaient que le public préférait rester à la maison à regarder des DVDs ou à faire autre chose au lieu d'aller au ciné. Ce n'est effectivement pas le cas. Avec l'énorme succès de Infernal Affairs, les gens ont ressenti le besoin de retourner dans les salles obscures. Il se trouve qu'ils ne pouvaient pas voir le film qu'ils souhaitaient voir. Si on continue de produire des films de qualité avec quelques éléments commerciaux, il y aura une résurrection du cinéma à Hongkong. Pour cela, on a besoin du soutien des autres compagnies de production.
Pensez-vous que les productions télévisuelles et le câble, qui sont très populaires maintenant à HK, aient eu une incidence particulière sur le déclin du cinéma à Hongkong ?
Je ne pense pas. Le public à seulement perdu son intérêt pour le cinéma.Mais peut-être qu'ils ont déplacé leur intérêt sur la télévision et les DVDs et VCDs
C'est ce que nous pensions. Avec la sortie de Infernal Affairs, il s'est avéré que ce n'était pas le cas. Il y a eu des versions pirates du film en VCD qui circulaient, mais les gens sont quand même allés au cinéma. Si vous proposez le bon film, les gens vont le voir. Ils sont moyennement d'accord pour payer si cher une place de cinéma, mais si le film est de bonne qualité, ils iront. Le public va aussi voir certains films hollywoodiens.Pensez-vous que Infernal Affairs a marché car il avait cette qualité de production propre aux produits internationaux ? Je veux dire, que s'il avait été moins bien produit, il aurait peut-être attiré moins de monde
C'est vrai. Je pense que c'est la combinaison de différents facteurs qui explique le succès : le scénario, la production et l'alchimie entre les personnages étaient très importants. Ce sont de grandes stars, mais d'un autre coté, ça ne veut pas dire que les stars font systématiquement marcher un film. Ici, c'est le bon mélange et le bouche-à-oreille qui ont marchés. Les gens sortaient en ayant adoré le film, et ça s'est répandu. Beaucoup de personnes avaient perdu l'habitude d'aller voir des productions locales. A HK, certaines personnes sont assez sceptiques et portent toujours un regard négatif sur le cinéma local. Ils ne se déplacent que pour les films étrangers. Cette fois, ces mêmes personnes sont allées voir le film !
Propos recueillis par Laurent Henry et Thomas Podvin, à Deauville, le 16 mars 2003.
Interview retranscrite et traduite par Thomas Podvin, mars 2003.Remerciements:
- Un énorme MERCI à Frederick Tsui pour sa gentillesse et sa disponibilité.
- Merci à l'équipe du Festival Pan-Asia de Deauville et du Public Système Cinéma, Laurence Hartmann-Churlaud, Sophie Bataille et Emita, et merci en particulier à Céline Petit, sans qui cette interview n'aurait pas été possible.Les photos sont © 2002 par Media Asia. Toute utilisation du contenu de cette page doit obligatoirement faire l'objet d'une demande auprès du webmaster.
Menu - Festival Deauville 2003 - Haut
© 1999-2003 HKCinemagic
Les articles n'engagent que leurs auteurs. Toute reproduction d'un article du site en vue d'une édition doit faire l'objet d'une demande. Les photos utilisées pour illustrer ce site sont tirées de magazines, de press kits de DVDs ou de VCDs. Si les personnes possédant les copyrights sur ces photos ne souhaitent pas les voir figurer dans ce site, qu'elles nous préviennent, nous les retirerons.