Introduction Situation
actuelle (2000/2001) :
Les raisons, dune telle désinvolture et dun tel
mépris de la part «du pays le plus cinéphile du monde » sont à chercher de tous
les cotés et avec pour chacun des pays asiatiques des cas bien précis : Plan
Marshall et prédominance de la culture américaine (ce cas de figure concerne
essentiellement le Japon), réticence du public devant tous ce qui est différent,
frilosité des distributeurs et conservatisme des festivals jouant exclusivement la carte
de cinéma dauteur, politique issue des Cahiers
du cinéma. Il est donc faux de dire quil y a plus de film de film asiatique en France puisque que leurs exploitations pour les salles dépendent toujours de leur présentation aux différents festivals. (Cannes, Venise, Berlin[3] restent de ce point de vue les festivals le plus important et Max Tessier, lors dun entretien avec le magazine HK[4], avouait que ces festivals jouent le rôle de passeport culturel). Sans passer par un festival prestigieux, il est pratiquement impossible pour un film asiatique (pour nimporte quel film en général dailleurs) de trouver une distribution et cest particulièrement le cas du cinéma de Hong Kong (Les raisons seront développées plus loin). Les distributeurs connaissent bien cette situation et donc logiquement jouent le jeu des différents festivals et marchés internationaux. Il sagit donc avant tout de montrer les films (les festivals et marchés devenant dimmenses vitrines)[5]. En effet, on oublie trop souvent et trop facilement les enjeux purement commerciaux du cinéma. «Sans le soutien critique, nous naurions pas de ventes. Pour nous, une participation à un festival comme Cannes, Berlin ou Venise est très importante » comme lindique le distributeur Wounter Barendrecht (page 41-42). Jouer la carte «festivals », cest éviter évidemment de prendre des risques, cest donc aussi jouer la sécurité. A partit de ce fait, il est donc une nouvelle fois difficile à imaginer que les distributeurs auraient pu anticiper le goût du public pour le cinéma asiatique sachant le peu de risque quils prennent en général en distribuants des films. Les raisons de lengouement public pour les films asiatiques se trouvent donc ailleurs. Le cinéma de Hong Kong : 2ème hypothèse. Depuis 1997, une certaine forme de morosité touche la production hong kongaise. Les raisons sont multiples : la crise boursière touche toute lAsie, la «grippe du poulet, la montée de la violence liée aux problèmes des triades[6], la peur de la rétrocession (donc du communisme) qui a provoqué le départ des cerveaux de la colonie[7] (les plus performants pour le box office), sans oublier le monopole du géant américain. Les commentaires des spécialistes sur lavenir de ce cinéma sont plus que jamais[8] pessimistes. On aurait pu penser que cette crise qui bouleverse lindustrie de Hong Kong aurait une conséquence directe sur la distribution ; or il faut bien le reconnaître que ce nest absolument pas le cas puisque la distribution des films de Hong Kong sest limitée à une moyenne de deux films depuis le début des années 90. En dautres termes, la crise du cinéma de Hong Kong na eu aucune incidence sur le choix des distributeurs qui mise avant tout sur certains auteurs respectés, capables de jouer dans la cour des grands (Wong Kar Way, Stanley Kwan et Fruit Chan.) Et certainement pas le cinéma de genre, trop baroque, trop «chinois », mais qui représente pourtant lessentiel de la production de Hong Kong. Néanmoins, malgré la situation difficile que traverse la production de Hong Kong (bien quelle montre des signes très net damélioration), il est assez plaisant de penser finalement que le cinéma de Hong Kong a été lélément déclencheur de la frénésie actuelle sur le cinéma asiatique. Son influence dans le cinéma mondiale est une évidence (et ne touche pas seulement les Etats-Unis, comme témoigne le récent succès du Pacte des loups de Christophe Gans). Cest avant tout les films de Hong Kong qui soulève lenthousiaste plutôt quun film coréen ou chinois. Bien entendu, au final cest le cinéma asiatique dans son ensemble qui bénéficie de laccueil enthousiaste. La brèche ouverte par le cinéma de Hong Kong a permis les sorties récentes de film de genre hors festival comme Sur les traces du serpent du coréen Lee Myung See, Ring et Kaïrot des japonais de Hideo Harada et Kiyoshi Kurosawa. Les
films de Hong Kong en salle :
1ère Partie : Le cinéma classique de HK
(1970-1984) René
Château : Avant de continuer et dexpliquer les raisons historiques et économiques qui a conduit cette étrange situation, rendons hommage à un homme qui a plus que tout autre personne, permis la distribution du cinéma de Hong Kong en France : René Château. Explications des faits. A lorigine, le cinéma de Hong Kong ne pouvait pas intégrer un cinéma «officiel» dit de catégorie «A » et les grandes messes médiatiques (Cannes), car il était spécifiquement orienté vers le cinéma de genre (reconnu comme très violents) et le divertissement : Le Wu xia pan, le film de Kung-fu, de karaté, les polars les ghost story mais également lopéra musical. Pendant longtemps, ce cinéma a été dénigré, critiqué, voire rejeté par la critique officielle car cétait avant tout un cinéma de genre, de catégorie «B» et «Z», essentiellement, destiné au marché local, voire asiatique. Peu de films de Hong Kong ont eu la chance dêtre présenter dans notre pays ; de même très peu cinéastes ont eu les honneurs de ces grands festivals (King Hu reste la figure dexception et le film Touch of Zen en 1975 et le prix de la commission supérieur et technique comme le premier film primé à un festival international de prestige[10]). Il ne faut que la passion de certains exploitants de salles[11] ou dun distributeur comme René Château pour pouvoir (en salle puis plus tard en vidéo) découvrir la plupart ces sous produits. Il faut dire que ce distributeur sétait spécialisé dans un cinéma «déviant» pour connaisseur en soirée-bis et kitsch (essentiellement composé par des films italiens : Le western spaghetti (Sergio Corbucci), le gialo italien (Argento), le gore italien (Fulci), et certains polars et certains péplum de seconde zone). Ce cinéma ne pouvait donc quintéresser des cinéphiles bien particuliers à la recherche dune nouvelle curiosité et dune nouvelle sensation. Il ne pouvait que sintégrer dans le catalogue du distributeur (dont lessentiel sera plus tard destiné aux marchés vidéo).. Sa première et importante contribution aura été de distribuer les films de Bruce Lee. Histoire dune légende. La
légende du petit dragon : Les
clones de Bruce Lee : Intéressons-nous, tout dabord, à ce sous genre aussi rapide quéphémère qua été les clones de Bruce Lee. Malgré la mort de Bruce Lee en 1973, la mode reste au film de Karaté et au film de Kung Fu, (le public sest en effet depuis peu lassé par le Wu Xian Pan et autre film dopéra) et les distributeurs vont, de manière évidemment opportuniste et mercantile exploiter le mythe de Bruce Lee pour le compte de quelques producteurs qui sentent le précieux filon. Ainsi dans une période très courte (de 1974 à 1980), les films du faux Bruce Lee vont inonder le marché mondial de la distribution comme le confirme lacteur Jackie Chan lors dun entretien avec le magazine HK[13] «A cette époque tout le monde voulait trouver le nouveau Bruce Lee. Evidement, Lee a fait beaucoup pour la reconnaissance du cinéma de Hong Kong à travers le monde. Mais ses clones ont envahi les écrans et saturé le marché. Il y en avait des centaines : Bruce Le, Bruce Lai, Bruce Leung etc.. Cétait nimporte quoi ! ( ) Le public nétait pas dupe et ces films ont tous été des flops. » Voici quelques titres assez représentatifs de ce style de film : Bruce Lee- The true story en 1976 de Ng See Yuen, Bruce Lee en Nouvelle Guinée, Bruce Lee contre Superman, La résurrection du dragon, Bruce Lee, dragon fight, Le trésor de Bruce Lee réalisé par Joseph Kong et initié par le producteur français André Koob. Ces titres sont assez représentatifs de la qualité de ces films, dignes de faire partie de lalmanach du cinéma bis. Ces titres de films résument parfaitement limpasse dans laquelle se trouvaient les producteurs, les distributeurs et bien entendu les exploitants de salle. Sachant pertinemment que cette mode était vouée à disparaître, ils ont capitalisé sur le nom de Bruce Lee (il existe même un film qui sintitule Les clones de Bruce Lee) le plus rapidement possible avec une hystérie unique dans le cinéma (Selon le magazine HK Orient Extrême Cinéma, juin 1998 N°7 Page 93 : il existerait plus de 200 films sur une période de six ans). Cette frénésie ne sachèvera quau début des années 80, les producteurs ayant compris quil fallait passer à autres choses. Néanmoins, ces films vont continuer pendant un certain temps à alimenter les réseaux de distribution de létranger (jusquen 83/84) Le cascadeur chinois Deho Cheung Do avec Bruce Li, Combat de rue de et avec Bruce Le, Dragon dor contre serpent dargent de Godfrey Ho avec Dragon Lee, Jackie et Bruce défient le maître du Kung Fu et vont faire les beaux jours de la vidéo. Bien entendu, la plupart de ces titres étaient purement méprisés par la critique, ce qui est logique vue leur médiocrité. Voici quelques exemples de remarque quon pouvait trouver dans la presse : Yves Alion écrivait (dans La saison cinématographique en 1983 page 55) à propos de Contrat pour la mort de et avec Bruce Le, la remarque suivante «Si Contrat pour la mort se situe à un niveau légèrement supérieur au nullissime de Combat de rue, son précédent film, on nage toujours dans une médiocrité inadmissible ». Concernant Dragon dor contre serpent dargent (page 68)Yves Alion écrivait ceux-ci : «Dragon dor par ses aspects soporifiques se situe dans la moyenne générale du cinéma de Kung Fu. ( )Il est vrai que les orientaux nattachent pas autant dimportance que nous à la nouveauté et quils nont aucun remords à montrer le même film. ». Le fait que la production du cinéma de Hong Kong ne se réduise quà ce type de film ne pouvait que créer une lassitude exaspérante de la part des critiques, reprochant à la plupart de ces films une mise en scène médiocre, la faiblesse et le peu nouveauté dans les sujets, un sentiment de massification. Yves Alion a dailleurs clairement manifesté son hostilité dans un compte rendu sur la saison du Kung Fu en France (page 10) : «La grande majorité des films de Kung Fu, quils se situent à une époque révolue ou quils sinscrivent dans un cadre contemporain, se répètent les uns les autres à linfini. Tant que les cinéastes de Hong Kong ne parviendront pas à trouver davantage didées neuves tant sur le plan du scénario que sur le plan de la mise en scène, les films de Kung Fu nintéresseront guère que les aficionados.» Le cinéma est donc logiquement ghettoyssé, et son exploitation se limite dans les cinéma de quartiers, des salles spécialisées, telle la salle du Rex à Paris (Le mythique film Tsui Hark Zu, les guerriers de la montagne magique fut projeté dans une salle comble au Rex pendant le festival du film fantastique de Paris en 1984) ou celle de René Château et seuls des festivals aussi ciblés quAvoriaz et Paris se risquaient à projeter quelque titres de Hong Kong. La
«Kung Fu Comedie », genre nouveau ?
Pour beaucoup de monde la «Kung Fu Comedie »
représente lessence du cinéma de Hong Kong et de ses enjeux esthétiques notamment
dans la représentation des arts martiaux. David Martinez[14], dans un article consacré
à la «Kung Fu Comedie » parle de «spectacle total épuré de toute approche
classique de la narration, entièrement voué au culte de la séquence et à la jouissance
du moment. » La comédie de kung fu est donc le genre cinématographique le plus
identifiable de Hong Kong car il est intrinsèquement lié à la culture locale
(lhistoire, et les arts martiaux, lhumour cantonnais), mais aussi le plus
accessible et universel car entièrement tourné vers le spectacle populaire et la
chorégraphie (doù sa comparaison avec la comédie musicale américaine).
Malheureusement il fut, cest le cas en France, dans la plupart des cas, rejeté et
méprisé par la critique cinématographique, victime dune incroyable méprise dont
sont responsables les distributeurs, eux-mêmes ne faisant pas la différence entre le
«Kung Fu Classique » et la «Kung Fu Comédie ». Ainsi en France, le cinéma
de Hong Kong a été victimes de retitrages et de remontages sauvages ; les doublages
sont bâclés et la plupart du temps catastrophique, les privant ainsi de sens tout en
entraînant une confusion désastreuse entre le cinéma darts martiaux dit
«classique » (déjà gravement touchés les clones de Bruce Lee) et la comédie de
Kung Fu. De ce fait, dans lesprit des spectateurs, le cinéma de Hong Kong était
abusivement affublé du terme générique et réducteur de «film de karaté »,
définition très malléable désignant tout et nimporte quoi. Cette confusion
désignait le fait que la Kung Fu comédie soit un sous genre bâtard, auto parodique
(comme semblait lentendre Yves Alion), donc impur. Et par conséquent, un cinéma
futile et inutile quil faut rejeter parce que justement impur. Cette confusion est à lorigine de la
dépréciation générale des spectateurs envers ce genre du film avec pour résultat la
mort de la distribution du cinéma de Hong Kong en France. (Les distributeurs vont jeter
leur dévotion sur le cinéma daction américain dit de gros bras qui eux ne
vont pas hésiter à piller le patrimoine asiatique : Michael Dudikoff, Chuck Norris, Jean
Claude Vandamme, Steven Seagal, Sylvester Stalonne et Arnold Scharzenneger étant les plus
connus). Paradoxalement, cest sans aucun doute la «Kung Fu Comedie » qui va
marquer le plus le cinéma de Hong Kong dans lesprit des gens, lui fabriquant ainsi
une image facilement identifiable, irriguant et influençant par la suite tous les autres
genres (le polar, les films daventures, la science fiction). Mais nous reviendrons
plus tard sur ce phénomène. Quest
quune Kung Ku Comedie ? En France, au milieu des années 80, Jackie Chan est adulé
par un public avide en sensation forte et en cascades et triomphe coût sur coût avec
Le marin des mers de chine (1984), M. Dynamite (1985) et surtout la
série des Police story (1985)
(tous réalisés par Jackie Chan), auxquels sajoutera des films ou ils fut la
vedette Le flic de Hong Kong
(1984) et Le gagnant (1983) de
Samo Hung, son complice de toujours. Résolument tournés vers le public occidental, ces
films représentent lapogée de sa carrière, en tout cas la plus «casse
cou ». Malheureusement, léchec successif en salle de Opération Condor de Jackie Chan (1991) et
de Police story 3 de Stanley Tong
(1993) malgré une presse bienveillante, renvoya tous films futurs au bac des rayons
vidéo. Cest dans ces conditions que le public a pu découvrir 4 de ses meilleurs films
Double dragons (1992) de Tsui Hark et Ringo Lam, Crime story(1993) de Kirk Wong, Miracles(1992) de Jackie Chan et surtout
Combat de maître 2 (1996) de Lui
Chia Liang. (Et bien dautres films[23]). Le public dut se résoudre
à découvrir ses films majeurs aux rayons des vidéos club tous au long des années 90. Dans un tel contexte, on peut comprendre que la présentation de Histoires de fantômes chinois (1987) de
Ching Siu Tung[25]
au festival du fantastique dAvoriaz fut pour beaucoup un grand choc cinéphilique
(«Le film devrait soulever lenthousiasme et trouver rapidement un distributeur
français » dixie le journaliste Marc Toullec lors de la présentation du
festival.). Beaucoup pensaient que
Histoires de fantômes chinois offraient au public blasé une fraîcheur,
une émotion quil nattendait ni de Hollywood ni dailleurs. Dans un
numéro spécial consacré au festival dAvoriaz en 1988, Marc Toullec journaliste du
magazine Mad Movies, janvier 1988 N°51 évoque
Histoires de fantômes chinois
selon ces termes : «Un joyau en provenance de Hong Kong. Folie, délire
plastique, arts martiaux, humour hénaurme
Une expérience inédite pour
lOccidental. Totalement et irrémédiablement cinglé. » Pour la première fois, le public occidental avait
le loisir de voir un film qui navait strictement rien à voir avec les films de Hong
Kong qui avaient saturé le marché au début des années 80. Voici un autre extrait de la
critique de Marc Toullec «Pour qui na jamais visionné de films fantastiques de
Hong Kong, le dépaysement sera intégral, surprenant, à ce point exotique que le
spectacle mérite un second coup dil ». Cet aspect nouveau et
inédit va être lélément déclencheur qui déterminera dans les années à venir
cette passion fétichiste de groupes de cinéphiles envers le cinéma de Hong Kong. Encore
aujourdhui, cest sans aucun doute, le film de Hong Kong le plus célèbre
connu en France[26]. Lautre raison serait à prendre dans la stylisation particulière des derniers
films de John Woo : Pour Léonard Haddad (HK
Orient Extrême Cinéma, octobre 1997 N°4 Page76) «il semblerait que dés
cette époque (avec la sortie de Once a thief
en 1991) John Woo ait envisagé très sérieusement son départ pour Hollywood et décidé
de donner un tour moins spécifiquement chinois à ses films. Cela expliquerait le chois
de tourner en France une bonne partie de Once
a thief et den faire un «caper movie »dans la lignée de La main au collet de Alfred Hitchcock, un
des films préférés des américains ». Jean Marc Lalanne explique dans un
autre article Un cauchemar américain (HK Orient Extrême Cinéma, octobre 1997 N°4 Page
77-78-79) de quelle manière John Woo
introduisait déjà les mythes et les codes du cinéma américain dans un univers
personnel. A propos Une balle dans la tête
il ajoute que «ce film est pourtant celui qui comprend le plus grand nombre
demprunts et de citations au patrimoine artistique mondial. » Plus loin il
ajoutera «dans cette foire aux citations, cest évidemment le cinéma
américain qui se taille la part du lion. Le simple choix de traiter la guerre du Vietnam
inscrit le film dans un genre qui sest institué comme le passage obligés dans la
cour des grands (Apocalypse Now
(1979) de Francis Ford Coppola, Full métal
Jacket (1987) de Stanley Kubrick, Platoon
(1987) et Né un 4 juillet 1989) de
Oliver Stone, Outrages de Brian De
Palma) dans la matrice reste Voyage au bout
de lenfer (1979) de Michael Cimino ». Le public français étant
plus familiariser avec les codes narratifs du cinéma occidental et américain, les films
de John Woo sont dés lors plus assimilables quun film de Tsui Hark par exemple car
celui ci raconte des histoires qui sont avant tout susceptible dintéresser un
public asiatique. En même temps si le public occidental est aussi à laise dans le
cinéma de John Woo, cest aussi parce que le cinéma américain, de son coté,
na pas hésité a puissé dans le patrimoine du cinéma de Hong Kong[33]
comme le confirme Julien Carbon dans Impact,
avril 1995 N°56 lors de la sortie du film The killer : «La situation de
The killer de John Woo est donc
tout à fait singulière, puisque pour la première fois sans doute dans lhistoire
récente du cinéma de genre, «un classique » vous parvient après avoir
subi à de très nombreuses reprises les influences dans une bonne majorité des
célébrés en ces pages. Bruce Wilis mitraillant allongé sur le sol dans 58 minutes pour vivre (en 1990) de
Renny Harlin ? The Killer. Mel
Gibson courant en vidant des berreta brandis à chaque main dans Larme fatale 2 de Richard Donner
(1990) ? The Killer encore. (..) On
pourrait ainsi multiplier les exemples à linfini, tant le cinéma américain semble
avoir trouvé dans cet étrange polar hong kongais matière à ranimer la flamme dun
genre sérieusement fatigué ». Les cult addicts. Dans un article particulièrement vindicatif Jiang Hu, chef duvre en péril (pour HK Orient Extrême Cinéma, janvier 1997 N°1 Page 17), Léonard Haddad fustige la politique malhonnête de certain distributeur, ici Studio Canal qui achète les droit de certains films de Hong Kong sans pour autant les faire bénéficier de sorties en salles en bonne et dû forme. Bref, malgré son grand prix mérité au festival du film fantastique de Géradmer en 1993, The bride with white hair de Ronny Yu (également connu sous le titre de Jiang Hu) est de manière totalement incompréhensible totalement invisible «Pas une diffusion télé, pas une cassette aux présentoirs des vidéoclubs et encore moins de sorties en salles. Rien. Aux oubliettes. Le film rejoignait la légion des uvres maudites, et lespoir de voir le cinéma de Hong Kong sortir de son ghetto sévanouissait une nouvelle fois. Permettons-nous de regretter avec force que ce film fondamental nait pas vraiment eu sa chance. La mariée, peut-être était trop belle ! ». ses distances avec limagerie du cinéma de Hong Kong[40]
(ce qui est vrai dune certaine manière). En dautres termes avec Wong Kar Wai
(et dune certaine manière Stanley Kwan Rouge
(1989), Center Stage (1991), Lan Yu (2001) et Fruit Chan Made in Hong Kong (1999) ), le cinéma de
Hong Kong détient enfin leurs premiers auteurs et «cinéastes officielles » et
cest cette carte auteuriste chers en France que jouent les distributeurs. (Pour en
savoir plus, voir article Positif N°477, novembre 2000 Wong Kar Wai et les
cinémas chinois.)
Deux événements majeurs ont permis à ce cinéaste incroyable de sortir de lanonymat. La première est bien sur liée au cheminement du magazine HK Orient Extrême cinéma. Comme le confirme léditorial du magazine, il sagit en priorité de sortir ces films en France : «dés avril 1997, la collection HK sortira également quelques-uns uns de ses plus beaux films. Cétait là notre priorité absolue. Tsui Hark est au cur de notre passion pour le cinéma de Hong Kong et son uvre la clé de voûte de cette industrie, de tout son histoire. Car les vingt dernières années de la colonie appartiennent à Tsui Hark ( .) Ce numéro lui est dédié. » Lautre événement qui aura permis de sortir ce cinéaste de lombre, cest la projection de 20 films au Festival du Cinéma daction et daventure de Valenciennes mais surtout une rétrospective de ses films à la Cinémathèque française de Paris en (1997) (un événement qui aura un écho retentissent aussi bien dans les Cahiers de Cinéma que dans le magasine Positif[45] qui consacrera un dossier sur le cinéma de Hong Kong mais aussi une analyse de lesthétique de John Woo et un portrait du cinéaste Tsui Hark intitulé La machine à filmer). On peut bien entendu se demander pourquoi sa renommée a été si tardive. Julien Carbon[46] pour le magazine Impact donne une première solution : «Trop fou, trop radical, trop chinois ». Et hormis une poignée de
«cult-addicts » personne ne viendrait affirmer quil est un un grand cinéaste
vivant ». Cet argument est reprit dans le magazine HK[47]
«Bien quil ait lancé la nouvelle vague hong kongaise, produit John Woo et
Histoires de fantômes chinois (
.) Tsui Hark reste en effet un
inconnu
Et cest malheureusement une production hollywoodienne désincarnée[48]
que beaucoup entendront pour la première fois son nom Il est vrai que ces films sont en
costume donc plus difficile à distribuer quun polar ou un film daction
quils sont très liés à lhistoire et à la culture chinoise, donc plus
difficile à appréhender ». On peut bien entendu regretter cette attitude, elle
a néanmoins lavantage davoir créer quasiment un mythe vivant. Conclusion : Par Jean-Marc Miccihe. E-mail :
Plisken773327231@aol.com [1] Cahier du cinéma - Hors série- Made in China page 9. [2] Marchés internationaux du film à Milan. [3] Même sils jouent la carte du cinéma de genre, les petits festivals comme Géradmer, Cognac ou Bruxelles (ou comme les défuntes Avoriaz et Paris) fonctionnent sur le même principe. [4]
HK Orient Extrême cinéma, décembre 1997
N°5 Page 63-64. [5] «Cannes est un spotlight indispensable. Tous les distributeurs vont voir les films, même sils ne les achètent pas forcément. » Cahier du cinéma, juin 2001 N°558 Page 40-41. Le marché de la dernière chance pour le cinéma indépendant. [6] Les triades sont responsables en partie de leffondrement des films en salles en développant les marchés pirate (en DVD ou VHS). Il est possible de trouver un film en vente dans la rue quelques heures après sa sortie officielle dans les salles. [7] Parmis ceux qui sont partis pour les Etats-Unis, rappelons (pour les réalisateurs) John Woo, Kirk Wong, Ronny Yu, Stanley Tong, Ang Lee (bien quil a des origines américaines), (pour les acteurs) Chow Yu Fat, Jet Lee, Michele Yeoh, Jackie Chan, mais aussi Peter Pau (chef opérateur), Emi Wada (costumière), David Wu (monteur), Terence Tchang (producteur), Yuen Woo Ping, Yuen Kwai, (pour les chorégraphes). Seuls Tsui Hark et Ringo Lam sont revenus à Hong Kong après les échecs de leurs films. Mais ils envisagent de revenir. [8] Pessimisme quil fait à ce jour tempéré depuis le succès international de Tigre et dragon (2000) de Ang Lee (mais aussi de films américains comme Matrix (1999) de Andy et Larry Washwosky et Blade (1998) de Stephen Herrington qui a mis au goût du jour le cinéma asiatique). Les marchés sont de nouveau ouverts au film de Hong Kong et la qualité de la production sest beaucoup élevé depuis le retour de Tsui Hark et de Ringo Lam et lémergence de nouveaux talents : Daniel Lee, Patrick Yau, Patrick Leung, Teddy Chen, Fruit Chan sans oublier Wong Kar Way nouveau chef de fil du jeune cinéma de Hong Kong. [9] Ces chiffres viennent du magazine Studios, qui chaque année, vers décembre, propose un recensement des films sortis en salle durant lannée. [10] Peu de films asiatiques ont obtenu une récompense à un festival : citons de mémoire Center Stage (1991) de Stanley Kwan Ours dor pour linterprétation (pour Maggie Cheung) au festival de Berlin, Happy Together (1999) de Wong Kar Way, prix de la mise en scène à Cannes et le récent In the mood for love (2000) de Wong Kar Way avec le prix dinterprétation masculine pour Tony Leung Chi Way et le prix de la commission supérieur et technique. Notons la sélection au festival de Cannes en 82 du film Boat People de Ann Hui. [11] Comme le confirmera Olivier Assayas lors dun entretien avec les Cahiers du cinéma Made in china page 6 : « Les choses sont venues dun goût pour le cinéma populaire, qui navait pas le droit de citer aux cahiers ». [12]
Il existe bien entendu dautres salles dit de «cinéma de quartier ». On
retiendra celle du Barbés ou encore celle du Trianon ; de plus selon Assayas «il
était possible de voir dans le quartier chinois du 13ème arrondissement des
films très récents qui sadressaient à la communauté chinoise » Cahiers du cinéma Hors série Made In china Page 10. [13] HK Orient Extrême Cinéma, mars 1999 N°10 Page 58-59. [14] David Martinez est le rédacteur en chef du magazine HK Extrême orient magazine et depuis peu DVD -HK Extrême orient magazine- groupe de texte réuni dans le magazine DVDvision. Cet article a été écrit en mars 1999 page 28. [15] Le genre majeur de la colonie, le wu xia pan, est en crise, supplanté par les comédies non-sensique de Michael Hui et plus tard de John Woo (oui, oui ! ! !) Ainsi les cinéastes majeurs Chang Cheh (La rage du tigre 1971) et King Hu (Raining in the Mountain 1978) sexile à Taiwan pour tourner leur dernier film. [16] Avant de réaliser des «Kung Fu comédie », Samo Hung signa les combats des films de King Hu Lauberge du dragon 1973 et Pirates et guerriers 1975 sans oublier sa participation dans Opération dragon 1984. Jackie Chan signa les combats des premiers de John Woo (lui-même, fut assistant réalisateur chez Chang Cheh) pour Hand of death 1975 et The dragon tanners 1974. Quant à Liu Chia-Liang, il signa les combats de plusieurs films de Chang Cheh La rage du tigre 1971, Cinq maîtres de Shaolin 1974 [17] Lui Chia Liang a réalisé le premier film de Kung Fu traité sur un ton léger et humoristique dans The Spiritual Boxer en 1975. [18] Léonard Haddad avait écrit dans le magazine HK Extrême orient cinéma, avril 1997 N°2 Page 56-57 un article sur le réalisateur Tsui Hark au titre plus quévocateur La tentation de la comédie musicale [19] Tsui Hark va plus quaucun autre cinéaste puiser son inspiration dans la comédie musicale. La technique martiale laisse alors la place à un déluge de forme et de couleurs. Doù lutilisation extensive des costumes bariolés et draperies, intégrés aux chorégraphies et daccessoires multiples (la fameuse et incroyable séquence du baquet deau dans Histoires de fantômes chinois (1987) de Ching Siu Thung), mais également un parapluie ou un éventail très présent dans les films Il était une fois en chine (1990) de Tsui Hark, objets par ailleurs utilisés dans la comédie musicale américaine (par exemple : Chantons sous la pluie (1951) de Stanley Donen). [20] Aujourdhui, Yuen Woo Ping est surtout connu pour les combats de film récent tel que Matrix (1999) des frères Andy et Larry Waschowsky, ainsi que Tigre et dragon (2000) de Ang Lee. [21] En 1984, plusieurs films daction américains les «body buildés » (muscles et gros bras expression inventée par Christophe Gans et Helen Merrick pour le magazine Starfix dans un article intitulée Hollywood biceps) sortent sur les écrans français : Terminator (1984) de James Cameron et Commando (1985) de Mark Lester (tous deux joué par Arnold Scharzenneger, intronisé star internationale depuis le succès des 'Conans' (1980 et 1983), Rambo 2 (1984) et Rocky 4 (1985) (avec Sylvester Stalonne) et les productions fascistes de la Cannon (la série des Portés disparus (1981,1986,1988) et Delta Force (1986) avec Chuck Norris et les films de Michael Dudikoff (la série des Américan Ninja (1985, 1986,1987). [22] Jackie Chan venait de subir des cuisants échecs aux Etats-Unis. (Cannonball 1 et 2 de Hal Needham et Le retour du chinois (1983) de James Glikenhaus ont été de lourds échecs empêchant celui ci de simplanter aux marchés Nord américain aux débuts des années 80.) [23] Le fait que ces films furent distribués aux Etats-Unis à la fin des années 90 (et connurent un vif succès en salles), relança sa carrière américaine avec les succès de Rush Hour (1998) et Shanghai Kid (2000) ont permis a la fin des années 90 de voir des films inédits. [24] Dans leur numéro spécial Hong Kong, les Cahiers du cinéma, septembre 1984 senthousiasment des films de la nouvelle vague notamment un film comme The sword (1981) de Patrick Tam. [25] Bien que signé officiellement par Ching Siu Thung, le film est selon différents témoignages, en fait réalisé par son producteur et scénariste Tsui Hark comme cest le cas du film Roboforce (1988). [26] Histoires de fantômes chinois remporta le prix du jury au Festival dAvoriaz en 1988 ainsi que le prix «coup de cur » du jury au Festival Fantastique et de Science Fiction de Paris en 1988. [27] Roboforce de David Chang (mais toujours sous le patronage de Tsui Hark) reçoit le prix des effets spéciaux au festival du Rex à Paris de 1989. Histoires de fantômes chinois 2 (prix des effets spéciaux au festival dAvoriaz 1991) et 3 connaissent aussi les honneurs de la distribution. [28] Etrange situation dans laquelle se trouve le cinéaste Tsui Hark. En effet, sa réputation en France sest essentiellement fait à partir de ses productions ; aucuns films de Tsui Hark ne furent distribués à cette époque. [29] Selon David Martinez (dans un article concernant Tsui Hark pour le magazine Mad Movies, septembre 1996 N°103) : «Tsui Hark simpose définitivement comme le plus grand producteur / réalisateur asiatique en activité. Son avance dans le domaine technique, le pose en véritable précurseur dans lindustrie de la colonie britannique. » [30] Comme le remarque Daniel Scotto pour LEcran fantastique, avril 1990 N°114 : «La diffusion des productions de Hong Kong (à propos du film Rouge de Stanley Kwan) seffectuant avec une certaine parcimonie dans notre pays, il semble toujours intéréssant de parler des uvres qui arrivent jusqu'à nous » [31] Tous ses films bénéficient de critiques réellement positives. Daniel Scotto (pour Lécran fantastique, avril 1990 N°114 ) parle de «chef duvre » à propos de Rouge tandis que Marc Toulec (pour Mad Movies, novembre 1989 N°74)) parle de «cinéma tonifiant à propos de Roboforce [32] Le phénomène touchera également les japan-animations. [33] Reservoir Dogs (1992)de Quentin Tarantino est un remake du film de Ringo Lam City on fire (1987) avec Chow Yun Fat et Daniel Lee tandis que Heat (1996)de Michael Mann est un remake de Kirk Wong OCTB Organisation, crime and triad (1994). Quant au final de True Romance (1993) de Tony Scott, il reprend la scène finale du Syndicat du crime 2 (1987) de John Woo. [34] Certains films sont directement enregistrés au camescope dans une salle de Hong Kong. Les cadrages sont approximatifs et le son terrible. [35] Peut-être le genre le plus important (en terme de productivité) du cinéma de Hong Kong. Apparu au début des années 80 grâce à des cinéastes issu de la nouvelle vague (Story of Woo Viet de Ann Hui avec Chow Yun Fat (1981), The club de Kirk Wong (1981), et surtout Lenfer des armes (1981) de Tsui Hark, incroyable brûlot politique), le genre apparaît officiellement en 1984 Long Arm of the law (1984) de Johnny Mak, véritable film séminal qui va jusquà anticiper certaines figures de style du cinéma de John. Il a depuis révélé un nombre impressionnant de réalisateurs important dans laquelle on conte bien entendu John Woo et Tsui hark, mais également Kirk Wong Crime story (1993) OCTB (1994), Ringo Lam City on Fire (1987) Full contact (1991) Full alert (1999) ainsi que Gordon Chan Final Option (1994), Johnny To Loving You (1997), Patrick Leung Beyond Hypothermia (1998) et Patrick Yau The longest night (1998). |