En lançant une nouvelle collection
en DVD, l’éditeur MK2 n’a pas oublié le cinéma asiatique. Il
propose en effet 3 titres, soit Made In Hong Kong de Fruit Chan, Cure
de Kiyoshi Kurosawa et Goodbye South, Goodbye de Hou Hsiao-Hsien.
Politique éditoriale
Depuis près de 30 ans, Marin Karmtiz,
le patron de MK2, œuvre pour le cinéma d’art et d’essai en aidant à
la projection de films dans ses cinémas et aujourd’hui en développant
une collection de DVD. Le choix des films asiatiques correspond complètement
à l’identité « art et essai » du groupe. Et la présentation
des films s’inscrit pleinement dans
cette vision du cinéma. Préfacé par le critique Thierry Jousse, chaque
film est présenté avec l’imaginaire qui convient à cette vision du
cinéma. Et le critique joue très bien le jeu puisqu’en quelques
minutes, il lâche des mots comme « indépendant », « nouvelle
vague », « cinéma bricolé ». On peut regretter que
l’éditeur se soit limité à cette vision datée du cinéma et en
particulier inadaptée pour aborder le cinéma asiatique.
Pour reprendre la présentation de Made
In Hong Kong, Thierry Jousse loue le caractère bricolé et immédiat
du film contre le cinéma story-boardé. Mais à quoi fait-il référence
par-là ? Au cinéma de studio américain ? Mais quel rapport
alors avec le cinéma hongkongais ? Ou fait-il référence au cinéma
« commercial » de Hong Kong ? Mais de ce cas, il montre
qu’il ne le connaît pas car le story-board n’existe pour ainsi dire
pas à Hong Kong, c’est aussi un cinéma artisanal et bricolé.
L’esprit alerte et changeant de Made In Hong Kong que loue le
critique est un héritage direct du style hongkongais.
Il est dommage que les DVD véhiculent
encore cette conception manichéenne du cinéma en opposant le « grand »
cinéma d’auteur contre le « petit » cinéma commercial.
Thierry Jousse invite même les fans de John Woo et de Tsui Hark à découvrir
le film, imaginant sans doute que la dichotomie qui a été créée dans les
années 60 par la critique et les systèmes de distribution du cinéma en
France, touche forcément le public de films asiatiques. La revue HK avait
pourtant bien montré le contraire. La cinéphilie est en train de se
redistribuer autrement. Et cette collection porte un regard un brin trop
étroit!

Qualité technique
A côté de cette réserve, force est
de constater que l’éditeur propose un travail sérieux. Les menus,
fixes mais sonorisés, sont sobres et agréables, la navigation simple.
Tous les films sont présentés dans de bonnes copies. Ne vous laissez pas
abuser par les points noirs présents sur le générique de Made In
Hong Kong par exemple, par la suite les défauts de pellicule sont très
rares. Même si le film est récent, on voit des copies de bien moins
bonnes qualités chez les éditeurs de Hong Kong pour des films bien plus
récents. Les deux autres films proposent également de beaux masters. La
définition n’est pas exceptionnelle, mais elle est déjà très
satisfaisante. D’autant que les 3 DVD sont au format 16/9 ! La
compression est également de bonne tenue.
Sur le plan sonore,
Made In Hong Kong
est proposé avec la version mono d’origine. Tant Mieux ! En
revanche le choix du format 5.0 est plus étonnant pour les autres films.
Le générique de fin de Goodbye South Goodbye annonce du dolby stéréo.
A l’écoute, le son ne semble pas avoir été trafiqué. Il s’agit
donc vraisemblablement d’une manipulation qui vise en encoder le son en
5.0, mais le résultat sonore reste celui d’origine. Cette astuce
marketing est surprenante de la part d’un éditeur qui vise avant tout
le marché des cinéphiles.
Pour ce qui est des bonus, vous ne
trouverez que de nombreuses bandes-annonces des films proposés par l’éditeur.
Pour les films proprement dit, il n’y a que les interventions pompeuses
et surannées de Thierry Jousse en guise de » préface ».
Si la collection MK2 ne brille pas par
son contenu éditorial, l’essentiel a été préservé, c’est à dire
les films eux-mêmes. Ces titres sont encore peu édités de part le
monde. De ce fait la bonne tenue technique des produits justifie
pleinement leur achat.
Les films seront disponibles à partir
du 4 septembre 2002
Laurent HENRY – août 2002