- CRITIQUE -
Xanda : La peur de la défaite
Après une expérience ratée aux Etats-Unis, un retour en demi teinte à Hong Kong, Tsui Hark sest lancé dans une série de co-productions pan asiatiques. Après Era Of Vampire produit avec Singapour, Tsui Hark sest allié avec un studio de Chine continentale pour réaliser un film sur une boxe très populaire en ce moment en Asie.
Comme toujours le pari était audacieux chez Tsui Hark. Il fallait déjà oser partir en Chine ! En dehors de ses superproductions comme Hero, le cinéma populaire chinois nest pas très reluisant. Maladroit, peu inspiré et convenu, il donne plutôt limpression dune industrie très en retard par rapport à ce qui peut se faire à Hong Kong. En outre, choisir le film darts martiaux version " combat extrême " nest pas pour rassurer. Le genre fait surtout penser à des séries Z ultra violentes et caricaturales. Enfin Tsui Hark a choisi de faire appel à de vrais combattants. Pas de star donc pour vendre le film et des individus forcément moins glamours que les acteurs professionnels. Quand on sait que le film a traîné un certain temps dans les cartons, on pouvait sattendre à une série Z mal jouée et violente, destinée aux paysans chinois.
La vision du film réserve contre toute attente une bonne surprise. Sans être un chef duvre, il témoigne dune production soignée et dune volonté de proposer un divertissement de qualité. Certes, sur plan de lintrigue, les grandes lignes du scénario sont bien peu originales. Cest lhistoire dun jeune chinois, spécialiste en wushu, qui part faire fortune à Shenzhen. Il y découvrira en fait lamour et les compétitions de Xanda (voir définition de xanda ici). Sur ce canevas on ne peut plus simple, le scénario inclut, dans la pure tradition du film darts martiaux, les poncifs comme les défaites humiliantes, les entraînements, les frictions avec lentraîneur et jen passe. Mais dans ce cadre très conventionnel, quelques éléments originaux viennent apporter un peu de fraîcheur.
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Dabord, une série de flash-back vient éclairer la personnalité du héros. Non pas comme dhabitude pour évoquer des traumatismes ou des principes denseignements, comme dans la série Kung Fu par exemple, mais pour retracer une " histoire damour " entre le héros et une paraplégique. Ce choix surprenant permet de créer un background psychologique différent de ce qui se fait dhabitude avec ce type de personnage. Ensuite les motivations du héros ne reposent pas sur un principe de vengeance, la recherche de la gloire ou dune mission à accomplir. Il sagit en fait pour lui daffronter la peur de la défaite et trouver le moyen dun dépassement personnel. Ce nest donc plus ladversaire quil faut abattre, le combat est dabord à mener contre soi. Cet angle, même sil est trop peu développé, change radicalement des habituels duels et rivalités qui font la trame des films sur les sports de combat. Enfin ce parcours initiatique peut aussi prendre une dimension allégorique. Auteur en partie du scénario, Tsui Hark ne fait-il pas un bilan de son propre parcours ? On peut voir dans la paraplégique, limage de Hong Kong, lidéal passé et disparu. Comme le boxeur, Tsui Hark doit affronter ses échecs. Et lhistoire damour du héros avec la Chinoise nannonce t-il pas le rapprochement que souhaite entreprendre le réalisateur avec la Chine ? Comme souvent, lapparente simplicité du scénario cache dautres niveaux de lecture et recèle ici une part de biographie.
Du point de vue de la mise en scène, Marco Mak et Tsui Hark proposent un modèle defficacité. Cadrage et montage sont plutôt classiques, mais sophistiqués, sans donner cette impression de tape à lil, qui mine trop de films aujourdhui. Quel plaisir de voir un film à la mise en scène élégante, qui cherche toujours à renouveler lintérêt à laide de petits effets originaux. Très réalistes, les combats sont moins chorégraphiques que dans les Il était une fois en Chine. Loin de se complaire dans la violence propre au genre, le choix sest porté sur les notions de choc et de puissance, les boxeurs gagnant en usant ladversaire. Et si les boxeurs sont moins charismatiques que des acteurs, ces véritables athlètes donne aux matchs une efficacité, une grâce et une puissance rarement vues sur grand écran dans le domaine des sports extrêmes.
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Néanmoins le film nest pas un chef duvre. Lambition du projet, tant formelle que thématique, semble muselée par une volonté de rester avant tout un divertissement sans prétention. Et finalement ce choix fait du film un produit quelque peu trop classique et traditionnel. Il aurait pu être tourné 10 ans plus tôt. Il est dommage que Tsui Hark nait pas réussi à davantage intégrer les audaces visuelles, quil a développées ses dernières années, dans un projet plus commercial. Le film nest pas assez moderne et cest sans doute ce qui explique que Tsui Hark ne la pas signé lui-même.
Ces défauts ne doivent pas condamner Xanda. Le résultat est à la hauteur du projet, à savoir 90 min dun bon divertissement, qui respecte son spectateur en évitant la facilité. A ce titre le film fait bien mieux que Star Runner ou Drunken Monkey, deux projets similaires, pour le coup complètement ratés. Néanmoins il est difficile, dans ces conditions, de faire le point sur la carrière de Tsui Hark. Les limites de Xanda révèlent t-elles un déclin inexorable du réalisateur-producteur ? Ou faut-il interpréter cette petite réussite comme une uvre de convalescence annonçant un retour plus fracassant ? Les deux réalisations en projet pour 2004, les adaptations du manga Initial D et dun roman de chevalerie chinoise devraient permettre dévaluer ce que lhomme a encore vraiment dans le ventre.
Laurent HENRY (janvier 2004)
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CREDITS
Hong Kong, 2002, 91mins, Mandarin
Réalisateur : Marco Mak Chi Sin, Producteur : Tsui Hark, Choréagraphe : Ma Zhong-Xuan, Photographie : Herman Yau, Sunny Tsang Tat-Sze, Scénario : Rico Chung Kai-Cheong, Lin Xiao Long, Production Designer Oliver Wong Yui-Man, Musique : Tommy Wai Kai-Lung
Avec : Sang Wei-Lin, Zhao Zi-Long, Zhang Hong-Jun, Ni Jing-Yang, Li Tie, Teng Jun
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