Time And Tide  - La page non officielle -


Cathy ChuiDans un contexte de redémarrage au ralenti de l'industrie du film Hongkongaise, et après deux essais non transformés à Hollywood et le succès relatif d'une version animée et onéreuse du mythique Histoires de Fantômes Chinois, Tsui Hark réalise Time and Tide. L'enjeu est forcément de taille car Tsui choisit un genre difficile à renouveler, le polar –genre usé jusqu'à la corde à Hongkong- pour récupérer son trône de cinéaste renouvelant les genres et lançant les modes dans l'ex-colonie.


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Histoire
Tyler en tueur... avec un flingue en plastic!Tyler Cheng (Nic Tse), rêve d'un endroit paradisiaque loin des ruelles glauques et sales de Hongkong. Pour ce faire, il doit amasser le plus d'argent possible le plus vite possible. Un jour, il rencontre une jeune flic, Ma Hoi-ming (Cathy Chui), fâchée avec sa petite amie. Par défi, ils finissent bourrés et couchent ensemble. Le lendemain, personne ne se souvient de rien. Mais voilà, il se pourrait bien qu'elle soit enceinte et Tyler décide de prendre ses responsabilités de père, contre l'avis d'Hoi-ming. Pour empocher plus de cash, il se fait engager dans la compagnie de sécurité rapprochée plus ou moins légale de l'oncle Ji (Anthony Wong).

Jack (Wu Bai), ex-membre d'un groupe de mercenaires sud-américains, s'est installé à Taiwan pour y mener une vie paisible avec sa femme Josephine (Candy Lo). Elle est la fille du boss d'une puissante Triade de Hk et est également enceinte. Leur vie bascule soudainement lorsque les anciens collègues de Jack réapparaissent à HK. Ils ont pour mission de descendre le Boss.

Tout se complique quand oncle Ji et Tyler doivent en assurer la protection tandis que Jack est sommé de l'abattre.

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Critique
L'équipe d'oncle JiTsui Hark s'est toujours plu à jouer malignement avec les deux facettes du cinéma : le business et l'art. Cependant, un tel jeu n'est pas sans risque et Time and Tide en est un exemple plutôt flagrant. Comme objet d'art, Time and Tide est probablement le film le mieux photographié, cadré, décoré et monté de ces cinq dernières années, en excluant évidement les films de Wong Kar-wai. Cependant, d'un point de vue commercial, Time and Tide n'a pas explosé le Box Office de Hk ou d'Asie comme la maison de production Columbia Tristar Asia l'espérait. Le succès fut au rendez-vous certes mais assez modeste. Un casting de jeunes pop stars en vogue (la rock star taiwanaise Wu Bai et les chanteurs de canto pop Nic Tse et Candy Lo) aurait en toute logique dû engendrer un engouement vers les salles de cinéma Hongkongaises. Une action continue et extrêmement rapide associée à une histoire complexe, une multitude de personnages et de nombreux thèmes en sous-texte chers à Tsui Hark (espoir, romantisme, existentialisme, recommencement, combats contre le destin, incertitudes post-Rétrocession) auront probablement ralenti cet enthousiasme. Mais c'est justement la richesse du récit et le changement de ton qui font de Time and Tide une expérience inoubliable.

Si la presse française est relativement élogieuse, les reviews sur Internet et la presse internationale ont vite fait de déprécier le film et de le comparer à outrance avec Tigre Et Dragon. Certaines critiques vont jusqu'à dire que l'histoire est somme toute secondaire et que Time and Tide vaut finalement par les gunfights et le travail de cadrage et de montage original. A la surprise générale Tsui, roublard, n'infirme pas ces allégations, mais ajoute que le film est également riche de thèmes qui lui sont chers. J'ajouterais que Time and Tide renferme aussi une multitude d'atmosphères différentes et de personnages vraiment attachants.

Ecrite sur papier, l'histoire semble très limpide. Mais la façon qu'a eu Tsui de la raconter à décontenancer la plupart du public et même les critiques. Cependant, Tsui essaye de rendre l'histoire plus facile à saisir par l'intermédiaire de petites formules cinématographiques comme l'usage de la voie off, une "structure basique" –présentation, confrontation, résolution- et des antagonistes facilement identifiables.
Mais de nombreux seconds rôles, rendant l'histoire plus riche en situations et conflits, peuvent dérouter un public plus habitué à une histoire servie sur un plateau par les majors américaines.
Les studios US inondent le monde de films à l'intrigue linéaire et au scénario facile pour éviter aux spectateurs les maux de tête. Dans Matrix, par exemple, on s'évertue à expliquer durant une bonne partie du film à Keanu Reeves (et au public) le pourquoi du comment de la complexité de la dite matrice.

Tsui Hark s'est toujours évertué à expérimenter le cinéma sur chacune de ses productions. Il a donc depuis vingt ans habitués son public à subir une expérience en visionnant ses films. Le style sur-colorisé et le montage épileptique de Time and Tide affecte la rétine même quelques heures après visionnages.
Ce montage incisif de Marko Mak sert à dépeindre l'instantanéité des scènes d'action. Mais c'est aussi un moyen employé par Tsui pour donner aux spectateurs les informations au compte goutte (par l'utilisation d'effets tels le "Jumps cut", le flashback ou l'ellipse). Il laisse le public libre de ré-assembler lui-même les pièces du puzzle pour comprendre. C'est sûr que ce petit travail cérébral pourrait parfois sembler fastidieux d'autant plus lorsque l'on ne s'attend "qu'à" voir un film d'action, bourrin au demeurant et avec ses stars préférées.

Tsui Hark expérimente aussi afin de montrer du jamais vu, de créer quelque chose d'inédit ou faire revivre les vieux genres du cinéma local. En effet, dans Time and Tide il revisite les scènes de gunfights typiques du polar hongkongais avec l'utilisation de câbles comme il renouvela le genre Kung Fu avec la série des Il Etait Une Fois En Chine.

Wu Bai en tueur avertiDe plus, Tsui mélange plusieurs atmosphères différentes et marrie à merveille le changement de ton (comédie-polar, pessimisme-optimisme). Au début, la caméra portée qui suit Nic Tse passant sous des lumières filtrées et montrant le tact dont il fait preuve avec Cathy Chui suggère le travail de Wong Kar Wai et de Chris Doyle, plus précisément sur Chungking Express et Les Anges Déchus. Mais dans cette séquence Tsui Hark injecte une autre atmosphère. Saoulés à mort, Tyler et Hoi-ming vomissent d'un pont sur des taxis. Cette vision anarchique et trash évoque le troisième film de Tsui : L'Enfer Des Armes qui décrivait les errances d'un groupe d'adolescents délinquants.

Time and Tide est un véritable chef d'œuvre de part sa complexité, sa beauté formelle, son discours et ses multiples scènes d'action à couper le souffle. Il mérite donc une seconde pensée. Lorsque interrogé sur son dernier polar, Tsui déclare avoir fait un nouveau type de film d'action et attend même du public de s'y faire !
Aux réticents, Tsui Hark répond avec son dernier film, Legend of Zu, qui suit la même optique de la déconstruction du récit et de l'action survoltée qui semble prendre le premier plan. Va falloir s'y mettre !

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Credit

TIME AND TIDE (Hong-Kong: 19-10-2000). Cantonais: Shun Lau Yik Lau, Littéralement: Follow the Current, Against the Current, Mandarin: Shun Liu Ni Liu.
Réalisateur: Tsui Hark
Scénario: Tsui Hark, Koan Hui
Cinématographie: Ko Chui-lam, Herman Yau
Montage: Marco Mak
Production Design: Stanley Cheung Sai-kit, Chow Sai-hung and Robert Lok
Directeurs des combats: Xiong Xin-xin (Hung Yan Yan)
Musique: Tommy Wai, Wu Bai and Nicholas Tse
Producteurs: Tsui Hark et Nansun Shi pour Film Workshop
Co-production: Columbia Pictures Asia

Casting: Nicholas Tse Ting-fung (Tyler Cheng), Wu Bai (Jack / Juan), Anthony Wong (Uncle Ji), Candy Lo Hau-yam (Josephine), Cathy Tsui Chi-Kei (Ma Hoi-ming), Jack Kao (commandant SDU ), Joventino Couto Remotigue (Miguel).

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D'autres reviews en anglais
Review de Time Asia
Review par Stephen Teo in Senses of Cinema,

auteur de Hong Kong Cinema: The Extra Dimensions (London: BFI, 1997).
Review de Shelly Kraicer de Chinese Cinema Page

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En savoir plus
Interview exclusive avec Koan Hui, scénariste et designer des effets sonores

Interview exclusive avec l'acteur Wu Bai (Festival PanAsia de Deauville, 2001)

Interview exclusive avec Herman Yau, directeur de la photographie (Festival Far-East d'Udine, Italie, 2001)

Time and Tide de Tsui Hark par David Anéas

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Th. (Décembre 2001)

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