Shaolin Soccer

Retour sur un succès planétaire  


Le plus gros succès du box office de l’année 2001 n’a pas attendu sa distribution hors d’Asie pour se faire connaître. Internet et le DVD ont en effet permis à cet OVNI cinématographique de toucher un public beaucoup plus large que les habituels fans du cinéma de Hong Kong. Et coup de chance, le film n’est pas qu’un simple produit formaté, c’est aussi un très bon film !

 

Les raisons d’un succès

Chow à gauche et Ng man tat à droiteS’il y a un nom à retenir de ce film, c’est celui de Chow Sing-chi (ou Stephen Chow). C’est lui l’artisan de cette réussite. Pendant des années, il a été l’acteur comique n°1 de Hong Kong, rivalisant avec Jackie Chan au Box-Office. Avec la crise, et après avoir tourné des dizaines de films en quelques années, on aurait plus croire que le bonhomme allait sombrer corps et bien. Il n’avait d’ailleurs sorti aucun film depuis deux ans et semblait peiner pour monter son Shaolin Soccer, dont le casting féminin changeait sans arrêt.

Y a faute là, monsieur l'arbitre!!!!!!!!!!En fait Stephen Chow Sing-chi avait bien compris que l’une des clés de la réussite pour le cinéma de Hong Kong était d’offrir une qualité de production capable de  rivaliser avec les standards internationaux. Mieux valait prendre son temps que de bâcler le film... A la tête d’un budget de 10 millions de dollars (c’est un très gros budget pour Hong Kong), il a fait appel à Centro, la boite responsable des effets spéciaux de Stormriders. Un gage de qualité ! Mais surtout il s’est entouré du vétéran Ching Siu-tung, l’un des meilleurs chorégraphes de Hong Kong que la profession a eu bien tord d’oublier. Ce maître de l’action a été en mesure de concevoir les spectaculaires parties de football, l’attrait principal du film.

Soutenu par un excellent casting, par une musique soignée, par une mise en scène classique mais efficace, le film retrouve ainsi l’usinage percutant des grands films de Hong Kong, avec la séduction de la qualité technique en plus. Cependant, c’est surtout grâce au thème du football que le film parvient à intéresser un cercle plus large que d’habitude. Curieusement le sport le plus populaire de la planète n’inspire pas beaucoup les cinéastes. En en offrant une vision cartoonesque et en y associant le kung-fu, toujours à la mode, Stephen Chow a trouvé le moyen de toucher le public du monde entier...

 

Shaolin Soccer dans la carrière de Stephen Chow Sing-chi

La réussite de Shaolin Soccer est loin d’être le fruit du hasard. Les deux précédentes réalisations de Stephen Chow s’inscrivaient déjà dans cette même lignée. En effet, après avoir enchaîné films sur films pendant des années, le comique s’est mis à repenser son cinéma jusqu’à trouver une nouvelle formule avec God Of Cockery en 1997. Il s’agit exactement du même film que Shaolin Soccer, sauf qu’il se déroule dans le monde de l’agroalimentaire.

Le gardien de l'équipe de France peut aller se rhabiller....Cette nouvelle formule consiste à cesser de vouloir faire rire à tout prix en développant les éléments dramatiques de l’intrigue. En outre depuis God Of Cockery, Stephen Chow se fait beaucoup plus critique vis-à-vis de la société chinoise et en particulier de sa vénalité. Avant Shaolin Soccer, il réalise d’ailleurs le très beau King Of Comedy en 1999, une critique acerbe du milieu du cinéma. La dimension dramatique va jusqu’à supplanter l’aspect comique du film, les personnages étant plus torturés. Avec Shaolin Soccer, Stephen Chow  revient à un sujet plus léger. Moins cruel que King Of Comedy, moins subtil que God Of Cockery dans le traitement des rapports humains, ce film bénéficie néanmoins du savoir-faire acquis par le comédien-réalisateur sur ces projets. Et en particulier il réussit à proposer une galerie de portraits aussi amusante que touchante.

 

Les arts martiaux dans Shaolin Soccer

Très à la mode aujourd’hui, les arts martiaux sont fondamentalement encore très mal compris par le public occidental. Et déjà paraissent des parodies, alors même que la plupart des spectateurs n’ont pas la connaissance véritable des valeurs sous-tendues par une longue tradition historique et cinématographique.

Le schéma narratif du film repose sur un déroulement très classique. Le héros est vaincu par un adversaire à cause de sa vanité et se retrouve déchu. C’est l’histoire de Fung (l’entraîneur, interprété par le compère de toujours Ng Man-tat) et de son coup de pied en or. Humilié, le héros va trouver dans les arts martiaux le moyen de retrouver son honneur perdu. Il luttera contre des ennemis qui utiliseront les pires ruses, mais sa droiture et ses compétences nouvelles en arts martiaux lui permettront de vaincre. C’est bien évidemment le parcours de l’équipe de foot qui prend en charge cette deuxième partie du schéma.

L'esprit de Bruce Lee plane sur le foot!De nombreux film d’arts martiaux utilisent ce schéma. Je vous conseille de regarder l’excellent DVD du Chinois se déchaîne (édité par HK vidéo), un film de Jackie Chan, pour observer les analogies avec Shaolin Soccer. Les mauvaises langues diront bien sûr que ce schéma prouve l’absence d’originalité des films d’arts martiaux. C’est vrai, sauf que l’intérêt du cinéma d’arts martiaux ne repose pas sur son originalité narrative, c’est la manière dont vont être présenter les événements qui compte. Or associer le kung fu et le football, vous ne verrez pas cela tous les jours !

La cuine au yin...Les arts martiaux sont également célébrés à travers de nombreuses références aux films. Le gardien de l’équipe des Shaolin fait bien évidemment référence à Bruce Lee, une des idoles de Stephen Chow à qui il a rendu hommage de nombreuses fois. L’histoire des chaussures a aussi à voir avec un très beau film : Les disciples de Shaolin (dont Johnnie To fit un remake avec Barefoot Kid). On y voyait un surdoué en kung fu se faire utiliser par un industriel pour lutter contre son rival. Grâce à ses talents, le jeune homme avait pu échanger ses chaussures usées par de toutes neuves. Malheureusement à force de combattre, il finira par se faire tuer…

Mais surtout le film défend une idée beaucoup plus généreuse des arts martiaux que celle que l’on voit dans les films de Jet Li fait chez nous. Comme le rappelle Stephen Chow au début du film, le kung fu n’est pas qu’une arme pour combattre. Il s’agit avant tout d’un art de vivre, une façon de penser. Souvent on a l’impression que les combats n’arrêtent jamais dans les films d’arts martiaux. C’est que toutes les activités humaines sont effectuées selon la philosophie martiale. Ainsi dans Shaolin Soccer les personnages utilisent le kung fu pour faire du sport bien sûr, mais aussi pour faire la cuisine (façon Tai Chi…), éviter de glisser sur des peaux de banane, ranger un frigo en haut d’une pile…

 

La force de Shaolin Soccer est d’avoir été capable de relire la tradition du film de kung fu sans la trahir. Non ce film n’est pas qu’un nanar rigolo à la sauce Olive et Tom, c’est un film de Hong Kong qui, derrière son aspect fun et décontracté, révèle un respect authentique pour une conception noble du cinéma populaire.

Laurent HENRY - Février 2002


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