- FESTIVAL -

Eating Air

CARREMENT A L’EST

Compte rendu

Rencontres du Cinéma Asiatique de Paris
Du 31
mars au 4 avril 2004
MK2
Bibliothèque – Paris

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Du 31 mars au 4 avril 2004, l’ex programmateur du festival de Deauville Jeremy Seguay accompagné de son épouse et d’Olivier Lehmann, journaliste aux revues spécialisées Cinéastes et Kumité, ont eu la bonne idée d’organiser le premier festival sur Paris entièrement consacré au cinéma asiatique. Deux envoyés spéciaux HK Cinemagic ont fait le déplacement. Récit.

C’est au sein du complexe cinématographique MK2 bibliothèque que s’est déroulé l’événement. Idéalement situé à moins de 10 minutes à pied du Chinatown dans le 13ème arrondissement, le cinéma propose à la fois une programmation grand public ainsi que des œuvres plus auteurisantes (Shara de Naomie Kawase étais par exemple à l’affiche). En plus d’un petit resto assez cher, le cinéphile dvdvore peut y trouver une boutique forte intéressante mais cher où les imports zone 1 sont très nombreux notamment en ce qui concerne le cinéma bis. Une jolie salle de 230 places a accueilli pendant 5 jours, 20 longs métrages et une dizaine de courts en provenance de Corée du sud, de Chine, de Hong Kong, du Japon ainsi que de Singapour, pays qui fit l’objet d’une rétrospective.

15 de Royston TangHabitant Lille nous avons pu nous rendre au festival qu’à partir du samedi matin. Pour résumé les premiers jours, le film d’ouverture fût Tales of Two Sisters de Kim Jee-woon (une intégrale lui étais consacrée en sa présence). Les Parisiens ont pu aussi y voir le seul film de Hong-Kong de la programmation : Men Suddenly in Black de Pang Ho Cheung ainsi qu’une flopée de films singapouriens dont 2 films sur une jeunesse marginale et rebelle : l’excellent Eating Air de Jasmine Ng et Kelvin Tong (film vu à Deauville en 2001) ainsi que le très clipesque 15 de Royston Tan.

Monrak TransistorRéalisateur de 6ixty Nin9 (au ciné en France cet été !) et de Last Life in Universe (présenté à Deauville en 2004 et sorti au ciné en mars 2004), le thaïlandais Pan-Ek Ratanaruang est venu présenté son premier film Monrak Transistor devant une petite centaine de curieux et passionnés ce samedi après midi. Réalisé en 2001, ce long métrage est sorti sur les écrans français de manière très discrète en novembre 2002. Le film relate l’histoire d’un homme (Supakon Kiasuwan, un des acteurs principaux des Larmes du Tigre Noir) qui pour l’amour de la chanson va déserter le service militaire et tenter de devenir chanteur populaire. La route pour en arriver là sera barrée d’embûches : il quittera sa femme, sera l’esclave d’un manager véreux ou encore se retrouvera à faire de sales boulots dans les campagnes thaïlandaises… Ce film, dont je n’attendais pas grand chose fût une excellente surprise, c’est avec un vif intérêt que l'on suit les aventures de notre chanteur en herbe qui va se retrouver dans des galères pas possibles. Bien réalisé, plein d’humour et de rebondissements inattendus, voilà un film dont on sort heureux.

Je n’ai eu que 15 minutes de pause entre ce film est le prochain programme consacré au réalisateur Kim Jee-Woon. Deux courts métrages furent présentés ainsi que son excellente comédie sur le catch The Foul King. Si le premier court (Power of love) ne fût intéressant que par la présence de l’actrice d'Oasis : Moon So-ri (c’est un film de 9 minutes tourné en DV pour moins de 70 euros !), le second de 45 minutes fût plus intéressant. Tourné aussi en DV et distribué en Corée exclusivement sur Internet, le film met en scène une jeune femme qui enregistre en vidéo ses confessions, à savoir un secret qu’elle a toujours caché à sa famille, elle décide de faire son " coming out ". S’il est question d’homosexualité sous-jacente, on en parle jamais car ce que révèle la jeune femme place le court métrage à la lisière du fantastique, elle se dit vampire et c’est ce qui rend le court drôle et original.

Forever FeverForever Fever de Glen Goei est une autre bonne surprise : l’histoire d’un fan de Kung Fu et de Bruce Lee qui pour gagner 5000 $ et se payer une moto va devenir danseur disco afin de gagner un concours de danse. Au final c’est une excellente comédie dans le style des films anglais comme Billy Elliot…Alors oui ce genre d’histoire a été archi vue dans de nombreux films, oui on connais dès le début la fin, peut importe, on passe un excellent moment notamment avec une musique disco omniprésente, un excellent moment kitsch en perspective (covers des Beegees, Kung fu fighting…). Le film est plein d’humour (l’apprenti danseur rencontre régulièrement son héros John Travolta tout droit sorti de " La Fièvre du samedi soir ", un Travolta joué par un sosis -budget oblige !) Le réalisateur aborde aussi des sujets plus sérieux comme l’identité sexuelle (le frère du héros - chouchou des parents - veut changer de sexe) et le rejet des parents. A l’image de son film, le réalisateur très sympathique était heureux d’être présent en faisant notamment un discours très drôle en français devant une salle comble.

L’après midi du dimanche fût consacré à Takashi Mike à travers un documentaire français de 52 minutes Electric Yakusa Go To Hell (que vous pourrez voir prochainement sur Ciné Cinéma) puis suivi de Gozu, film présenté à la Quinzaine des réalisateurs l’an dernier à Cannes. Le doc fut une superbe entrée en matière pour découvrir le personnage au travers d'une longue interview entrecoupée d’extraits de films (ceux sortis en France comme Dead or Alive, Audition ou Vistor Q), des interviews de ses proches ou d’admirateurs (Tsukamoto, Fukasaku, Kitano (!) …), l’occasion aussi de découvrir un Miike dirigeant sa fidèle équipe sur le plateau de Zebraman, un film de " supers héros " (actuellement au sommet du box office au Japon, une première pour le réalisateur d’habitude confiné à des sorties confidentielles dans son propre pays). Les sujets abordés dans le documentaire sont ses influences (Tarantino), la façon d’aborder ses films, les tabous…

GOZU GOZU

J’attendais avec grande impatience ce Gozu depuis la vision d’un extrait choc un an plus tôt dans lequel une femme accouchée douloureusement d’un homme ! Comme une grande partie de sa filmographie, la réputation et le culte autour de lui s’est faite à travers ces morceaux chocs d'anthologie qui parsèment les films de Miike (la fille qui lance des fléchettes depuis son vagin dans Fudoh, l’ultra violence d'Ichi The Killer, la scène de torture " kili kili kili " d’Audition…) au final on peut dire que le film est plutôt chiant et long (2h09 !) malgré la présence de ces fameuses scènes qui font sourire et réveille le spectateur qui cherche tout au long du film le scénario. La mise en scène est plutôt soignée avec une influence lynchienne très présente à travers les personnages rencontrés par le personnage principal : un homme dont la moitié du visage devient blanc, des travestis, une vieille femme qui le séduit et qui comme dans Visitor Q produit du lait maternel en abondance, un homme à la tête de vache, un homme qui doit " se foutre une louche dans le cul pour bander "…beaucoup de bizarreries comme un plafond qui pleure du lait, un " chien anti-yakusa " qui se fait tuer par des yakusa (scène d’ouverture très amusante). Et puis arrive après 2h la fameuse scène de l‘accouchement…

Bilan très positif donc pour cette première édition : on peut saluer le courage des organisateurs d’avoir proposer pour une première édition une rétrospective sur un pays - Singapour - dont le cinéma est méconnu en France, saluer la présence nombreuse des réalisateurs ainsi que les entretiens avec ceux ci pendant une dizaine de minutes en introduction à la projection de leurs films.

On espère qu’une seconde édition aura lieu l’an prochain, et que ce festival gardera son côté convivial par la projection de films dans des salles à l'échelle humaine.

Gregory Auguste Dormeuil, alias Master Cyco Cyco, 14/04/2004
Remerciements chaleureux aux organisateurs pour leur accueil et leur gentillesse : Jérémy Seguay et l'équipe Carrément à l'Est ainsi que l'équipe du MK2.
Site officiel : www.sanchodoesasia.com/rencontres

 

A Tale Of Two Sisters

 

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