Panorama des films sortis avant le Bug


Anna Et Le Roi, GenX Cop, Running Out Of Time, Sealed With A Kiss, The Mission, The Victim, Kingdom Of The Mob, Deja Vu, The Truth About Sam And Jam, Bullet Over Summer, Body Weapon.

Deja vu

Deux films très attendus en 1999 s'avèrent au final être assez décevants. Tout d'abord Anna Et Le Roi, réalisé par Andy Tennant et produit par Terence Chang. Si Chow Yun-Fat sort des clichés du flic ou du gangster au grand cœur, son rôle du roi du Siam n'est pas l'une de ses meilleures prestations. Il reste dans l'ombre de Jodie Foster, décidément excellente dans ce genre de mélo américain sucré à la saveur exotique, qui est la vraie star du film. Mais il arrive toutefois à mâchouiller du cigare comme à la belle époque de Full Contact. On dit que sur le plateau le charisme de l'acteur aurait séduit plus d'une femme. Charisme très peu visible à l'écran, à croire que le réalisateur ait utilisé un filtre spécial pour le masquer… En fin de compte, seul les fans les plus extrémistes supporteront 2 heures trente de déballages de mièvrerie et de bons sentiments, pour voir un Chow Yun-Fat nu pied, chevauchant des éléphants et être sauvé de justesse par une poignée d'enfants jouant aux feux d'artifice.

Dans un autre registre, GenX Cops de Benny Chan étonne. On s'étonne en effet qu'un film si commercial et américanisé (et contenant historiquement la première scène d'explosion d'immeuble par infographie à HK), déploie autant de vulgarité gratuite qu'un Doberman. Trois nouvelles têtes Stephen Fung, Nicholas Tse et la sublime Vicky Chen, plus Sam Lee (Made In HK, Beast Cops) sont les GenX Cops. En gros, de jeunes flics cools au blouson de motard, en veste croco ou fourrure époque Guerre Du Feu qui écoutent de la Techno et saute en parachute. Bref, rien de très original. Deux autres stars plus rodées et matures apparaissent. Eric Tsang (Shanghai Express) et Francis Ng (Full Alert) mais finissent mal. L'un est tué en parachute (sic) et l'autre brûlé vif dans une piscine (!). Ce casting de jeune starlette en vogue déprime s'il constitue un avant goût de la nouvelle génération d'acteur. Sam Lee le premier. Il se surpasse dans le n'importe quoi et le cabotinage. Et comme si le scénario n'était pas encore assez insignifiant, on a le droit à quelques aphorismes bien sentis du style " l'histoire appartient aux vainqueurs " ! On en demandait pas tant.

The Mission

La moisson de cette fin d'année demeure très moyenne et seuls quelques films tirent véritablement leur épingle du jeu. Johnnie To lui ne semble pas gêner par la crise et produit en rafale. Après Where A Good Man Goes, injustement critiqué par HK magazine et A Hero Never Dies, polar volontairement sadique, To propose pour cette fin d'années le très remarqué Running out Of Time (rempotant 15 millions de HK$ au box office). Toujours avec Lau Ching-Wan (Full Alert, Lifeline) opposé à Andy Lau dans un film signé Julien Carbon et Laurent Courtiaud anciens rédacteurs au magazine sus-cité.

L'une des dernières productions Milkyway Image (Johnnie To donc) qui a fait un petit carton à HK est Sealed With A Kiss, de Derek Chiu avec Louis Koo et Yoyo Mung, où un muet apprend à aimer une jeune fille en 1h15. Mièvrerie et bons sentiments comme d'hab.

Le tout dernier To s'annonce lui plus sérieux et plus excitant. Il s'agit de The Mission avec un casting de folie : Francis Ng, Anthony Wong (Beast Cop, Hard Boiled), Roy Cheung (Beast Cop) et Simon Yam (Une Balle Dans La tête, Expect The Unexpected), où on y dessoude à tour de bras. Le trailer fait déjà baver.

The Victim

Coté violence, le dernier Ringo Lam, The Victim, n'est pas en reste. On y voit Lau Ching-Wan donner la réplique à sa vraie femme, Amy Kwok, et sombrer petit à petit dans la folie. Ce film oscille entre Ghost movie, polar et catégorie 3 et la performance de Lau est ahurissante. Il se met à gerber dans un commissariat, puis à amputer des bras et à jouer du maillet sur les têtes des vilains faux monnayeurs. Ce qui s'explique par les récents propos de la star qui affirmait avoir pris des cours d'arts dramatiques chez son ami Anthony. Depuis Full Alert, le recyclage de Ringo Lam est difficile voir pénible. Il nous expose toujours les même problèmes de flic tiraillé entre son travail et sa vie de famille. Ici le scénario suit de nombreuses pistes (qui finissent la plupart du temps en cul de sac) sans véritablement aller quelque part.

Dans un registre plus rigolo et plus pathétique, The Kingdom Of The Mob réalisé par un certain " The King " est un pur moment de connerie. L'ami Anthony Wong (coqueluche actuelle de certains membres du site, internés depuis Bunman) joue le rôle improbable d'un curé (!) embauché par la brigade anti-corruption de HK (la fameuse I.C.A.C.) pour résoudre une affaire de grande envergure dans les Nouveaux Territoires. A noter, la jolie Diana Pang, ex-égérie du Soft Porn, qui reste vêtue ici (pour votre plus grand malheur messieurs) jusqu'à la fin.

Autres films qui méritent notre attention cette année, le Deja Vu de Tso Kin Nam, romance fraîche et sincère avec Nicky Wu (The Lovers), Zao Wei, Lee Yee Hung et Peter Ho.

The Truth about Sam And Jane de Derek Yee, raconte l'histoire d'un jeune bourgeois (Peter Ho) qui sort une jeune fille (Fann Wong, jeune pop star) des coups fourrés et de la drogue et qui finit par en tomber amoureux. C'est une comédie de mœurs très intéressante mais qui peut parfois tendre dangereusement vers du Rohmer.

Bullet Over Summer

Pour finir, quelques mots sur les deux polars de l'année : Bullet Over Summer de Wilson Yip et Body Weapon (cherchez l'intrus). Le premier, produit par Joe Ma, conte l'histoire de deux flics, l'un débonnaire et facétieux (excellent Francis Ng), l'autre plus cool et véritable coureur de jupons (Louis Koo). Ils se retrouvent en planque à l'affût de criminels sauvages, dans l'appartement d'une vieille grand mère, un peu folle mais très craquante. La majeure partie du film tourne autour des relations qu'ils tissent avec les habitants de l'immeuble (dont Miss Malaysia, Lam Mei-ching dans son premier rôle). C'est tout de même le meilleur polar de "glande" depuis Chungking Express et Fallen Angels, où la "coolitude" (H.D.) des deux flics est palpable et prend tout son sens lors d'un hold up. Louis Koo, culotté, n'a rien trouvé de mieux que de simuler un hold up contre les braqueurs ayant pris eux-mêmes la place des employés du supermarché.

Plus coquin, la fausse catégorie 3 Body Weapon (produite par Wong Jin) voit Chiu Man Chuk (The Blade) en flic de choc et Pinky Cheung (Miss Soft Porn) en petite tenue. On y joue à la tirelire humaine (oups, ça fait mal). On y teste également la fiabilité des préservatifs contre la transmission des M.S.T. (après un viol, on en attendait pas moins de Wong Jin), ce qui donne lieu à des scènes sous la douche assez drolatiques. Bref ce film truculent au goût douteux réjouira les a-mateurs du genre (et les fans de Chiu Man Chuk, tombé très bas), les autres resteront dubitatifs voir endormis.

Reste plus qu'à prendre son mal en patience en attendant les prochains Tsui Hark et Wong Kar-Wai. D'ici là, on peut se contenter du Ordinary Heroes de Ann Hui, de Tempress Heart de Sylvia Chiang qui a cartonné dans tout le Sud-Est asiatique et avec Takeshi Kaneshiro dans le rôle principal. Il y a aussi deux polars d'envergure, le prochain To, avec Andy Lau et Lau Ching Wan, Lonely Man, Remaining Women, qui s'annonce terrifiant et le Purple Storm de Teddy Chen avec Daniel Wu. Ce qui n'est déjà pas si mal pour commencer l'année 2000.

Th. (Lille, janv 2000)


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