- Vulgarisation -

Fansub : Quand les fans prennent
en mains la culture asiatique !

Jusqu’à peu, les passionnés de culture audio-visuelle asiatique étaient complètement dépendants des éditeurs et des diffuseurs. Mais avec l’arrivée du tout numérique, une véritable révolution est en marche. Aujourd’hui la technologie permet aux fans de s’improviser éditeur !

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La révolution vient des animes japonais
La révolution numérique
Des séries animées aux séries TV
Mais c’est du piratage !
Et le cinéma ?

La révolution vient des animes japonais
Depuis toujours la barrière de la langue a été un obstacle majeur à la diffusion des cultures non-anglophones. Pour ce qui est de l’Asie, historiquement c’est le manga et l’animation japonaise qui ont joué un rôle déterminant dans l’organisation d’une communauté désireuse de découvrir une culture autrement qu’en regardant, sans comprendre, des versions originales non sous-titrées. Il faut dire que pendant longtemps l’animation japonaise a été discréditée en France, à cause d’une politique de diffusion anarchique. Jugés violents et de mauvais goût, les produits japonais avaient été évincés progressivement des écrans de la télévision française.

C’est ainsi que sans distribution, les plus beaux fleurons de l’animation japonaise, les films du studio Ghibli notamment, sont restés (et sont toujours pour la plupart) inédits chez nous. Les fans ne pouvaient donc compter que sur eux-même. Peu à peu s’est alors développé le désir de traduire ces œuvres interdites. Le phénomène a débuté avec la publication des scripts de certains films d’animation. D’abord disponibles en anglais, certains les ont traduit en Français. Il est d’ailleurs possible d’en retrouver encore aujourd’hui sur le net. Armé d’une version originale sans sous-titres et des feuilles du script à la main il était alors possible de voir les chefs-d’œuvre que sont Laputa ou Kiki's Delivery Service. Cette méthode était pour le moins rudimentaire, mais elle permettait enfin d’apprécier ce qui se disait dans ces films.

Noir

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La révolution numérique
L’arrivée du DVD, de l’Internet et du DVIX va complètement bouleverser la manière d’appréhender la culture asiatique. Le commerce en ligne permet en effet de se procurer plus facilement les œuvres tant convoitées. Mais reste toujours le problème de la langue… Si le DVD permet de proposer des sous-titres, les problèmes de droit limitent grandement la généralisation des sous-titres. Au mieux est-il possible de trouver des produits avec des sous-titres anglais. Et encore faut-il contourner le zonage des DVD, que les multinationales du cinéma ont mis en place afin de mieux contrôler le marché.

Jeunes, maîtrisant l’outil informatique et amateurs d’animes japonais, les fans n’ont pas tardé à prendre les choses en main. Puisque le DVD n’est qu’un programme informatique, il suffit de le transformer à l’image de ce que le fan désire. L’arrivée du codec DVIX a permis la conversion des lourds fichiers MPG2 (codec utilisé pour le DVD) en des fichiers d’une taille plus facile à manipuler. Et surtout ces même fans n’ont pas hésité à investir du temps à la création de logiciels, leur permettant de concevoir et d’incruster des sous-titres de leur choix.

Progressivement des groupes se sont mis en place, les fansub, afin de concevoir des sous-titres, de créer des vidéos et de mettre en place des systèmes de diffusion. Le système est aujourd’hui redoutablement efficace. Prenons le cas d’une série comme The Last Exil du studio Gonzo. Sa diffusion a commencé en avril 2003. Un copain japonais, ou tout du moins quelqu’un qui a accès à la diffusion satellite fait un sat-rip, c’est à dire qu’il récupère le flux de données et le convertit en DVIX. Sans sous-titres, il s’agit d’un Raw (brute). Puis l’équipe de traduction entre en jeu pour la version anglaise. Il faudra compter 8 jours pour terminer l’épisode, juste avant que ne sorte le nouvel épisode. Puis l’épisode est diffusé sur IRC ou sur les réseaux de partage de fichiers. A 10 jours près, vous pouvez donc suivre en anglais les séries diffusées sur les network japonais !

Pour ce qui est des traductions françaises, les équipes sont moins rapides que leurs homologues anglo-saxonnes. Néanmoins la plupart soignent le travail et on ne compte plus les séries japonaises disponibles : NoirMahoromatic, Hand Maid Maid, Hellsing

KouKou Koyoushi

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Des séries animées aux séries TV
Depuis quelques mois, une nouvelle tendance se dessine. En plus des traditionnelles séries animées, il est possible de découvrir les fameux dramas japonais, coréens, taiwanais ou Chinois. Il s’agit de feuilletons extrêmement populaires dont la durée est très variable selon les pays. Les Japonais par exemple ont un format très précis de 11 épisodes de 45 minutes. Parfois le premier ou le dernier épisode a une durée double. Et quand une série est très populaire, les producteurs proposent un épisode spécial de la durée d’un long métrage. En Chine et à Hong Kong, il s’agit de séries beaucoup plus longues qui s’étalent d’une trentaine d’épisodes à une centaine.

Les traducteurs donnent ainsi accès a tout un pan de la culture populaire asiatique qui était jusqu’alors impossible de découvrir. Ce sont bien souvent des produits très convenus car destinés à faire une audience maximale. Mais en même temps il donne justement accès à la conscience populaire et aux représentations les plus traditionnels des sociétés asiatiques. C’est un peu comme regarder des épisodes de l’Instit ou Julie Lescaut pour mieux connaître la société française.

Triumph In The Sky

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Mais c’est du piratage !
Du point de vue strict de la loi, il s’agit de piratage, puisque ces programmes télé sont soumis aux lois du copyright. Mais en même temps, les fichiers crées par les fansub ne concurrencent en rien les éditeurs et diffuseurs car ils sont destinés à un publique qui n’y a de toutes les façons pas accès. Et pour bien montrer que la démarche n’a aucun but commercial ou de piratage, les fansub ont développé une éthique très claire. Lors du générique ou des logos publicitaires, il est rappelé que le fichier a été fait par des fans pour des fans, sans aucun but commercial. En outre les équipes se doivent d’abandonner un projet qui a trouvé un éditeur dans leur pays. Bien sûr les fans sont invités à acheter la série, s’ils l’ont aimé, quand elle sera disponible dans leur pays.

Les éditeurs de série d’animés n’ont d’ailleurs rien fait pour arrêter ces pratiques. Il faut dire que les fansub contribuent à populariser les séries. Comme il est possible de les voir, des sites Internet se créent, les forums témoignent des découvertes. Si bien qu’une série d’animation qui sort en DVD en France par exemple, possède déjà son public.

En outre la démarche des fansub et des éditeurs n’est pas la même. Le fansub ne traduit pas de la même façon. Ces passionnés n’hésitent pas à tout traduire, y compris les pancartes et autres indications qui se trouvent à l’écran. Mieux, de nombreuses indications d’ordre culturelles sont données. De fait, le travail des fansub est beaucoup plus complet, mais moins lisible, car il est très difficile de lire les sous-titres et les définitions en même temps. En tout cas ce travail sur les définitions pourrait faire l’objet d’un bonus très intéressant sur les DVD professionnels.

Deux approches différentes, deux produits différents (un fichier pc / un DVD), les deux démarches ne se concurrencent pas. Au contraire, elles se complètent. Et on peut penser que le succès de l’animation japonaise doit aussi sa part aux fansub, qui en ont fait la promotion. Il est à espérer que les séries TV connaîtront le même sort…

Triumph In The Sky

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Et le cinéma ?
Pendant longtemps, la présence de sous-titres anglais sur telle ou telle édition a freiné le processus de traduction, le petit cercle de cinéphiles appréciant les films asiatiques ayant depuis longtemps intégré l’Anglais comme le moyen obligatoire pour découvrir les cinématographies du monde entier. Néanmoins le développement du piratage par le biais du DVIX a conduit à une plus grande circulation des fichiers de sous-titres. En effet, il est beaucoup plus pratique de sortir une version sans sous-titres incrustés et de proposer à part les sous-titres de différentes langues. A ce stade, il s’agissait tout bonnement de récupérer les sous-titres que proposaient les DVD officiels. Or les fichiers SRT, c’est à dire les sous-titres DVD lisible au format DVIX, sont très faciles à manipuler. Il se compose d’un numéro de ligne, quand doit apparaître le sous-titre, quand il doit disparaître et de la phrase de dialogue. Ca donne quelque chose dans ce genre :

11
00:05:14,594 --> 00:05:19,588
Chubby, c'est un Dupont
Très cher, même à Hong Kong.

En utilisant Wordpad, il est possible de modifier à sa guise le timing ou les dialogues. Du coup, certains fans se sont mis à traduire ces fichiers de sous-titres. Il suffit de connaître la langue d’origine, avoir le sens de la formule pour éviter les lourdeurs ou les traductions littérales et réajuster le timing pour améliorer le confort de lecture. Quelques dizaines d’heures sont nécessaires pour traduire un film.

Historiquement, concernant Hong Kong, c’est Legend Of Zu et Shaolin Soccer qui ont été, fin 2001, parmi les premiers à être traduit en Français. Les initiatives se sont ensuite multipliées et on peut trouver aujourd’hui la traduction de plusieurs centaines de films asiatiques. On peut relever le cas de Resurrection of the Little Match Girl. Ce désastre financier coréen a connu une sortie DVD sans sous-titres anglais dans son pays d’origine. Un français, avec l’aide de sa copine coréenne, l’a immédiatement traduit en anglais et en français, permettant une diffusion du film pour les cinéphiles du monde entier.

Legend Of Zu

Cette démarche pose évidemment beaucoup de problèmes. Bien souvent l’identité du traducteur n’est pas connue et il est difficile d’apprécier la qualité de son travail puisqu’il ne donne aucune information sur sa démarche. Le deuxième problème tient au fait que, souvent, ces traductions sont tirées des sous-titres anglais, ce qui multiplie les risques d’erreurs. En outre le français des traducteurs est souvent médiocre car ils font des traductions littérales, sans penser à retranscrire leurs phrases dans un français proche des habitudes de traduction (un mélange entre oralité et conventions écrites). Enfin, comme les sous-titres sont facilement modifiables, chacun peut apporter sa contribution pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Impossible de connaître l’évolution des sous-titres, si les traducteurs ne prennent pas la peine de dire ce qu’ils font.

Le plus dommage reste quand même les choix des films proprement dits, souvent des produits très récents et très modes, voués à sortir sur le marché français. Quel intérêt de passer du temps sur des films comme Volcano High, Hero ou The Eye qui sont ou vont être disponibles, quand tant de films n’auront jamais la chance de connaître une distribution francophone ? Il serait sans doute plus judicieux de passer du temps sur des Swordsman 2, les Shaw Brother, les Ringo Lam, les Jackie Chan mutilés… Il y a de quoi ! Mais il ne faut pas non plus se voiler la face. Autant les fansub ont une ambition culturelle, autant la traduction de sous-titres de films relève le plus souvent d’une démarche de piratage. Pour preuve, on trouve souvent sur les sites de sous-titrages des films sortis en France en DVD. Quel intérêt ? Si ce n’est les utiliser avec un divx pirate ? C’est vraiment dommage que certains ne comprennent pas l’importance de soutenir les éditeurs français qui font l’effort de sortir des films en provenance d’Asie…

Mais l’absence d’éthique de quelques-uns uns ne doit pas faire oublier l’intérêt que représente ce mouvement communautaire qu’est le fansub. Aujourd’hui nous ne sommes plus soumis à la seule logique des marchés ou des institutions officielles en matière de politique culturelle. Internet permet la diffusion des textes, des sons et des images en provenance du monde entier. L’outil informatique permet, lui, une appropriation de ces médias par un processus de transformations plus ou moins complexes par le public lui-même afin de mieux répondre à ses besoins. De fait l’informatique est en train d’inventer un nouveau mode de diffusion de la culture. Aujourd’hui anarchique, sans cadre commercial et juridique, il n’en est encore qu’à ses balbutiements. Mais la révolution qu’il annonce devrait être passionnante.

 

Laurent HENRY, février 2004
Pour en savoir plus sur les séries TV asiatiques : Forum J-TV

 

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