Été asiatique 2001


 

Une fois de plus l’Asie s’est fait remarquer cet été. Carton au box office américain des « immigrés », retour du public hongkongais dans les salles pour acclamer les films locaux. Alors ? Heureux ?

 

Le rêve américain. Mais à quel prix ?

Pas de John Woo cette année, mais les deux stars, spécialistes en arts martiaux, Jackie Chan et Jet Li, nous ont proposé leurs nouveaux films. But avoué : conquérir la planète et gagner sa place parmi les stars mondialement reconnues.

Jet li a donc choisi de s’associer à Luc Besson pour s’imposer après un Romeo Must Die qui n’aura convaincu que les fans les plus endurcis. Le Baiser mortel du dragon ne se démarque pour autant pas, dans son projet, de ce dernier. Il s’agit d’un polar kung fu qui voit un chinois venir en terre étrangère. L’Amérique et ses noirs adeptes du rap ont été remplacé par Paris et ses flics vraiment ripoux. La formule polar + kung fu est très difficile à faire fonctionner. Ces deux genres ont des univers très spécifiques et il n’est pas évident de les concilier. Et il faut bien avouer que ce type de film n’a pas donné grand chose d’intéressant à Hong Kong, juste de petites séries B sympathiques, reposant essentiellement sur l’audace de leurs scènes d’action.

Et malheureusement l’association Jet li – Luc Besson n’aura pas réussi à transfigurer le genre. Bien au contraire. Comme pour les séries B des années 80 de Hong Kong, le Baiser mortel du dragon n’utilise le polar que pour installer une intrigue prétexte et sans cohérence, où se multiplie les stéréotypes en tout genre. Mais après tout Jet Li est un artiste martial et l’on pourrait penser qu’il a une vision de son art à faire passer. Et bien pas du tout. Il réitère le même schéma que dans ces précédents films américains. Les arts martiaux sont réduits à de la baston type jeu vidéo, agrémenté d’effets chocs, voire gores. Ces choix tendent à confiner le kung fu dans un registre bis et fait de ce Baiser mortel du dragon un petit film d’exploitation peu digne d’un acteur qu’on voudrait voir épouser des rôles d’une tout autre dimension.

Et ce n’est pas Jackie Chan qui va donner une quelconque leçon à Jet Li ! Rush Hour 2 est un film sans aucune surprise, photocopiant paresseusement les ficèles du premier. Si Jackie Chan est passé du statut de faire-valoir à celui de coéquipier, il n’en finit pas de recommencer sans cesse les même figures acrobatiques sans se soucier visiblement d’explorer de nouveaux horizons. A croire que l’intérêt principal sera désormais de connaître le montant de son cachet et de lire les chiffres du box office.

Il a deux moyens de penser le divertissement. Respecter le public ou au contraire le mépriser en jouant la carte de la démagogie et de la facilité. C’est malheureusement la deuxième option que ces deux monuments du cinéma de Hong Kong ont choisi. Si le succès est au rendez-vous pour l’instant, le risque est grand de voir le public rapidement se lasser d’une utilisation du kung fu hyper conventionnel et sans renouvellement. En tout cas, sur le plan de l’intérêt cinématographique, les parcours internationaux de Jackie Chan et Jet Li relèvent jusqu’à aujourd’hui de l’anecdotique.

 

Le retour du cinéma hongkongais

Les hongkongais avaient largement boudé les salles ces dernières années, le cinéma américain s’accaparant les derniers spectateurs. En 2000, seul Needing You avait réussi à franchir la barre de 30 millions de dollars, alors que quelques années plus tôt, les plus gros succès franchissaient allégrement la barre des 40. Et puis le public est peu à peu revenu. Depuis noël dernier, les productions locales font de bons scores, même si pour l’instant ce sont uniquement les grosses productions qui bénéficient du retour en grâce.

L’été ne s’annonçait pas facile pour les productions locales face à l’artillerie lourde américaine qui a pilonné sans relâche Blockbuster sur blockbuster. Le sympathique Wong Jing avait même prédit une victoire écrasante des force US. Et pourtant, les véhicules locaux ont bien tenu le choc face à des films américains, il faut le dire, particulièrement médiocre cette année. Johnny To réussit 2 jolis coups commerciaux, Love And A Diet et Full Time Killer, aidé sans doute par un Andy Lau (présent dans les deux films) décidément toujours aussi populaire. Mais c’est surtout Stephen Chow Sing-chi qui crée l’événement avec son Shaolin Soccer. Le film bat le record historique de recettes au box office que détenait Jackie Chan. Il faut noter qu’une deuxième version (dite longue) est déjà sortie. La petite histoire ne dit pas si les scores obtenus prennent en compte les recettes engrangés par les deux versions du film. En tout cas cela n’enlève rien au succès de Chow Sing Chi. En plus le film est paraît-il réussi.

Seule déception, la Légende de Zu ne parvient pas à séduire le public local. Attendu comme un événement par les fans de Tsui Hark et les amateurs de féerie chinoise, le film devrait néanmoins connaître une nouvelle carrière sur le plan international. Après tout, Tigre et dragon n’avait pas emballé les Hongkongais. Le public international sera t-il plus accueillant ? Il est certain que la légende de Zu est beaucoup plus radicale dans ses choix que le film de Ang Lee. Si les distributeurs ne prennent pas peur, on pourra mesurer la capacité d’ouverture du public à aller voir une œuvre culturellement et esthétiquement très différente de ce qu’il a l’habitude de voir. A suivre…

 

Laurent HENRY – Août 2001


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