Bravant toute conscience
professionnelle (je délaisse les nombreux dossiers criant " URGENCE "
sur mon bureau), ainsi que les lois de la nature (une terrible tempête de neige
maccompagnant un bout de chemin entre Avranches et Deauville, donnant un aspect
mystérieusement lynchien à mon périple), jarrive pneus crissants et tous feux
allumés à Deauville juste à temps pour le dernier film du jeudi soir. Le malabar à
lentrée assommé à coups daccréditation, me laisse filer à toute allure
dans la grande salle du CID
pour découvrir, médusé, le logo de la Shaw Bros
mannonçant la première des aventures de La 36e Chambre de Shaolin au
lieu du Coast Guard de Kim Ki Duk, remplacé à la dernière minute.
Je vous passe les péripéties de ma chambre dhôtel très sordide pour une
personne et mes problèmes de digestion du BRUNCH du McDo avalé à la hâte le vendredi
matin.
Le devoir me rappelle
dans les salles obscures et votre serviteur senfile un excellent Drive de
Sabu (bénéficiant du meilleur bouche-à-oreille durant le festival), un Voyageurs et
Magiciens très intéressant, malheureusement gâché par une fin en dessous de ce que
laissait présager le métrage et un Floating
Landscape quelque peu soporifique, assommant les uns, faisant fuir les autres.
Juste le temps de
retrouver une partie de léquipe devant le CID avant de sattaquer à ce qui
sera LE grand prix du festival : A Good Lawyers Wife. Drôle de petit
film, à la première partie longue et bavarde pour arriver à un tournant totalement
inattendu et de faire basculer entièrement le ton du film. Un film, qui prend toute sa
saveur de par des images vous hantant longtemps après lavoir vu. Un dernier film
pour la route (lultra-violent Coast Guard à la trame scénaristique mal
exploitée) avant daller se ressourcer (hôtel sordide, puis brunch indigeste au
fameux " M " jaune).

Le samedi démarre sur
les chapeaux de roues avec le nouveau tour de force de Kurosawa (Kyoshi) : Doppelganger.
Parvenant à instaurer une nouvelle fois une ambiance angoissante avec une économie de
moyens impressionnante, la grande surprise est dassister par la suite à une
comédie délurée laissant rêveur quant aux prochaines voies empruntées par ce
réalisateur désormais incontournable du cinéma japonais.
Ebloui par le magnifique
soleil me surprenant à la sortie de la salle obscure, je perds de précieuses secondes
pour me rendre dans la salle du Casino, où se projette Retour à la 36e
Chambre ; le videur des lieux ne connaîtra donc aucune pitié et je me
fais refouler à lentrée pour mon quart dheure de retard
Ni mon
accréditation, ni mes modestes mouvements de kung-fu ne pourront limpressionner et
il me faudra me rabattre sur le remake à peine déguisé de The Bride with White Hair,
le moyen Legend of the Evil Lake.

Retrouvailles de
léquipe à la sortie de la salle et préparation minutieuse de ce qui constituera
un autre point dapogée du festival : notre rencontre avec la charmante Carol
Lai. Disponible, très gaillarde, elle nous accorde tout le temps nécessaire pour une
belle rencontre. Si seulement son dernier film en date ne nous avait pas tant déçu, ni
ses projets davenir (une ghost comédie
) autant fait craindre pour son
intégrité d'auteur du cinéma de Hong Kong
Discussions et
vagabondages nous mèneront finalement à la programmation de toute beauté du soir :
mise en bouche avec ce qui reste parmi les plus beaux films du festival et le projet le
plus mature de son réalisateur : Samaritan Girl. Enorme claque pour toute
léquipe (certains diront même avoir vu Master Cyco verser lune ou
lautre larme
mais il ne peut sagir que dune légende
).
Enchaînement avec lhybride Running On
Karma ou comment atteindre le paroxysme du mélange des genres dans un film HK. Le
contre-pied absolu à tout film daction lors de la finale psychédélique est parmi
une des plus belles réflexions sur la violence au cinéma jamais posées, mais pâtit
malheureusement dun traitement bien trop brouillon.
Grande finale en la
présence du réalisateur et de lacteur dOng Bak (voir photos). A lopposé de tout film dauteur,
le film a perdu de son âme après être tombé sous la tutelle de Luc Besson, également
présent sur scène. Poursuivant toujours davantage laméricanisation de ses
méthodes de travail, il adapte aujourdhui la méthode Miramax, en épurant la
version thaï de quelques 7 minutes (de " comédie débile ") et en
remplaçant la musique originale par des remixes Hip Hop des poulains de sa propre écurie
(Cut Killer). Un album de chansons " inspirés du film " et featuring
Tragedy et autres rappeurs promus par M6 et Besson sort dans la foulée.
Toujours
est-il, quOng Bak est un des meilleurs et plus impressionnants films de
baston à sortir ces dix dernières années. Tony Jaa ne possède aucun talent
dacteur, mais ses capacités physiques défient toute logique rationnelle ;
seul reste à espérer, que producteurs et réalisateurs sauront lui forger une réelle
image et quil ne soit pas happé par linstitution Besson (apparemment il lui
aurait fait signer un contrat pour 4 films).
En rentrant à
lhôtel, je minflige un dernier cours de révision de mise en scène
magistrale de sobriété, en revoyant pour un énième fois la fin du magnifique Dark
Water sur une chaîne payante.
Dimanche annonce le
dernier jour
et met en évidence les failles de ma propre programmation. Après le
très beau Last Life in Universe, ne repassent plus que des films déjà vus
auparavant
Discussions, dures séparations entre membres de léquipe (et autres
membres dautres sites Internet ô combien sympathiques
) et premières
ébauches de critiques amènent à la cérémonie de clôture. Si les photographes
semblaient sêtre retenus dexercer leur métier quand des professionnels
asiatiques étaient montés sur scène, ils se bousculaient au portillon pour tenter
darracher LE cliché dun des membres du jury sans grande importance (grand
respect pour O. Assayas tout de même). Pas plus surprenant dentendre cette belle
anecdote des membres dun autre site, partis pour voir le magnifique film de clôture
Untold Scandal en projection de presse et de se retrouver tous seuls dans la
salle ; en revanche, lors de la conférence sensuivant, la presse répondait
largement présent et félicitait le réalisateur de son uvre
jusque-là
complètement inédite en salle. Pourtant, voir cette (libre) adaptation des Liaisons
Dangereuses transposées dans la Corée Impériale leur aurait fait découvrir une des
plus belles sélections du festival.

Et voilà, cest
terminé. Le cur véritablement lourd, je men suis allé retrouver la
morosité dune vie parfaitement ordonnée, ne me consolant quen pensant aux
critiques à écrire.
Festival parfaitement
mis en place, à la sélection belle et hétéroclite, aux stars abordables et aux
organisateurs accommodants, je nai quune hâte : retrouver toutes les
sensations éprouvées pendant ces quelques jours en 2005. Et de me confronter une
nouvelle fois au videur de la salle du " Casino ".
Bastian
Meiresonne, 19/03/04
Photos par Bastian Meiresonne pour HKCinemagic.com, reproduction interdite.
Remerciements à
l'équipe du Asian Film Festival Deauville 2004 et au Public Système Cinéma.
Les images sont utilisées à but illustratifs. Droits réservés.
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