- Critiques-

Wong Fei hungLA CHINE à CHAILLOT -Critiques
Classiques et raretés du cinéma chinois
100 films projetés du 20 novembre 2003 au 2 février 2004
à la Cinémathéque Française dans le cadre de l’année de la Chine en France.
Salle du Palais de Chaillot, 7, av Albert de Mun, 75116 Paris

Menu - Présentation - Interview du programmateur - Programme détaillé


Rédacteurs de cette partie : Arnaud Lanuque et Christopher Violet.
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Attention les résumés et critiques ci-dessous peuvent contenir des spoilers
(certains détails du films sont révélés).
Les images utilisées à but illustratif sont (c) par les détenteurs respectifs des droits. DR.

 

The Temple Of the Red Lotus (Jiang Hu Ji Xia), HK 1965 90 minutes
De Chui Chang Wang
Avec Ching Ping, Jimmy Wang Yu, Ivy Ling Po, Lo Lieh, Petrina Fung, Tin Fung, Ku Feng, Wu Ma, Chen Hung Lieh, Go Bo Shu, Wong Ching Ho, Wong Yeuk Ping, Kok Lee Yan, Lee Wan Chung, Fung Ngai, Helen Ma Hoi Lun. Lam Jing.

Histoire : Un jeune notable (Jimmy Wang Yu) se rend à un temple afin d’y retrouver sa promise. A son arrivée, il se retrouve confronté à une forte méfiance de la part de la famille de sa future épouse, en effet ces derniers subissent perpétuellement des attaques du clan du Temple du Lotus Rouge. Les deux jeunes tourtereaux décident de s’enfuir…

Jiang Hu Ji Xia " (littéralement " Les Héros du monde des aventuriers ") est rebaptisé " The Temple Of The Red Lotus " pour mettre en exergue la source d’inspiration du film : l’ancienne histoire de "Burning The Red Lotus Temple ".

Avant L’Hirondelle d’or de King Hu, The Temple Of The Red Lotus de Chui Chang-wang, supervisé par Chang Cheh, s’avère un autre film pionnier qui révolutionne les films d’arts martiaux " wu xia pian " de la Shaw Brothers (SB). Le casting est enrichi de la présence de l’enfant-star Petrina Fung Bo Bo l’une des sept Princesses du cinéma cantonais alors âgée de 11 ans. Les 6 autres actrices étant Josephine Siao, Connie Chen, Nancy Sit, Fung So-bo, Chen Zhi-hua et Wang Ai-ming. Le film s’apparente comme l’empreinte du mélodrame cantonais à l’eau de rose qui épouse la marque du wu xia mandarin avec des joutes à l’épée.

C’est premier film de Wu Ma, Wang Yu et Lo Lieh, futurs " piliers " de la SB ainsi que les premiers pas de figuration, en tant que disciples du " Temple ", des futurs grands chorégraphes Yuen Woo-ping et Liu Chia-liang qui a contribué à la direction des combats du film. Liu, cinéaste de la célèbre trilogie de La 36è chambre de Shaolin réalisera lui-même plus tard La Mante religieuse film de kung-fu inspiré de Burning The Red Lotus Temple avec David Chiang et Cecilia Wong Hang-sau qui succèdent à Jimmy Wang Yu et Ching Ping.

(certains détails du films sont révélés)

L’aspect positif de Temple Of The Red Lotus réside dans le concept du regard identificateur du public à travers celui du jeune épéiste puéril Little Wu (Wang Yu) qui ne parvient pas cerner les intentions des membres du Temple qui l’ont si bien accueilli et celles de sa belle famille si douteuses. Pourquoi les deux clans se livrent-ils à une guerre sans merci depuis la nuit des temps? Pourquoi ses proches et beaux-parents s’emparent-ils des trésors d’un convoi et tuent les gardes? Taraudé par ces suspicions et son sentiment d’impuissance, Wu tente de fuguer avec la complicité de son épouse Jin Lianzhu (Ching Ping) mais ils doivent affronter les maîtres martiaux de sa belle famille pour pouvoir quitter la grande demeure du " Jin Castle " situant à Dragon Valley. Hormis son beau-père Dragon Jin (Tin Feng), son oncle Tiger Jin et son beau-frère Jiaqi partis à la guerre, les deux tourtereaux emploient leur " Yuan Yang sword play" pour tenter de dominer leur belle sœur, leur tante (Kao Pao-shu) et leur grand-mère (Lam Jing), la plus redoutable de toutes.

Ce principe d’épreuves en cascades est repris dans les nombreuses séquences de duels magistralement chorégraphiées dans le très réussi La Mante religieuse où Liu Chia-liang introduit le kung-fu de l’insecte tranchant dans le maniement martial de David Chiang.

The Temple Of the Red Lotus met l’accent sur la domination des personnages féminins. La suprématie de l’art martial est partagée entre l’héroïne rouge (Ivy Ling Po), le maître qui s’éprend de son élève Jiaqi, beau-frère de Wu, et la Grand-mère de Lianzhu qui s’oppose à cet amour impossible entre son alter ego et son petit fils. À propos, ce genre de passion scandaleuse entre deux êtres de génération différente est réitéré dans Little Maiden Dragon de Hua Shan avec Leslie Cheung (Nos Années sauvages, Happy Together) et Yung Jing Jing.

Cette troupe de guerrières redoutables rappelle beaucoup l’authentique Histoire des " Fourteen Amazons " de la famille Yang qui combattent les envahisseurs mongoles pour protéger la Chine profonde. Dans le grand chef d’œuvre de Cheng Kang, (père de Ching Siu-tung), les 14 guerrières veuves, afin de perpétuer la descendance des Yang, interdisent le seul petit fils survivant Yang Wen-kuang de partir en guerre. Celui-ci se révolte mais doit d’abord affronter ou vaincre les 14 héroïnes dans l’art du maniement de la lance avant d’aller sur le front. La séquence culte présente un duel entre le jeune guerrier Yang Wen-kuang (Lily Ho) et sa mère Mu Kuei-ying (Ivy Ling Po) entourés des 13 autres guerrières observatrices. Le choc des armes épouse les coups de tambour menés à cœur par 8ème Soeur Yang (Li Ching). L’héroïsme bat son plein au sein de cette armée de guerrières !

 14 Amazons VHS
Site français des "14 Amazones" : http://yang.site.voila.fr/
Site anglais des "14 Amazons" : http://amazons.site.voila.fr/

À l’époque, les deux suites au film critiqué ici, The Twin Swords et The Sword And The Lute avec Lily Ho, Ivy Ling Po et Ching Ping, ont été réalisées grâce au succès du premier volet Temple Of The Red Lotus qui vaut davantage par sa place de pionnier dans l’historique des films de cape et d’épée que ses qualités intrinsèques. Les combats sont chorégraphiés sans grande inventivité et les " les effets spéciaux " sont très approximatifs. Hormis son intrigue assez originale, cette œuvre non dépourvue de certaines longueurs a terriblement vieilli.

C’est le seul film martial SB présenté à la Cinémathèque Française dans le cadre de la Chine à Chaillot.

Christopher Violet (avril 2004)  

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La Divine (aka Shen Nu, The Goddess) Chine 1934 film muet Chine
De Wu Yonggang
Avec Ruan Lingyu, Zhang Zhizhi, Li Keng, Li Junpan…

Cecilia Wong dans le rôle de Ruan LingyuAvant propos. En 1986, la chaîne de télévision ATV de Hong Kong a ressuscité le mythe de la Greta Garbo chinoise à travers la saga autobiographique Ruan Lingyu avec Cecilia Wong Hang-sau dans le rôle de la star suicidée. Cette série de 20 épisodes qui a battu les records d’audience à Hong Kong a été diffusée en Chine. Les Chinois d’outre-Atlantique se ruaient dans les vidéos clubs… Les cinéphiles les plus acharnés commençaient alors à se renseigner davantage sur Ruan Lingyu. En 1992, Stanley Kwan a porté à son tour à l’écran sous l’aspect d’un "documentaire fiction" le destin tragique de la star légendaire, Centre Stage, avec cette fois-ci Maggie Cheung incarnant Ruan Lingyu. Miss Cheung fut la première actrice asiatique à être sacrée en Europe.

Flash back ! Des décennies en arrière à l’époque du muet. Parmi les 100 meilleurs films chinois, figure Shen Nu (littéralement La Déesse) rigoureusement traduite par "La Divine". Troublante coïncidence avec Greta Garbo dont l’un de ses films-phares fut La Divine.

Dans le cadre du Festival des 100 films chinois, parmi les quelques films muets avec Ruan Lingyu projetés dans l’enceinte du Palais de Chaillot, La Divine reste le meilleur.

(certains détails du film sont révélés)

Thème : Une jolie femme exerce le plus vieux métier du monde pour élever son fils et lui payer une éducation à l’école. La prostituée mène une vie d’enfer dans le quotidien sous la menace de Zhang, un maquereau qui sous prétexte de la protéger des voyous de Shanghai, lui extorque régulièrement de l’argent. Un jour, sous la pression des parents d'élèves, le conseil d’administration, afin de protéger la réputation de l’établissement, décide de renvoyer l'enfant à cause de la profession de la mère. Par ailleurs, Zhang vole toutes ses économies et vend son fils. Cette mère célibataire, poussée à bout, craque et commet l’irréparable…

La Divine s’avère être un mélodrame taillé sur mesure pour Ruan Lingyu dont les qualités d’actrice ne sont plus à prouver. Elle habite son personnage tragique avec nuance et expressivité. Même dans les séquences silencieuses, son regard et son sourire qui dissimulent et évoquent à la fois une tristesse suffisent amplement à communiquer l’émotion au public. Le talent et le charisme de Ruan Lingyu envoûtent l’écran à travers cette double interprétation de la mère et de la pute.

Le paradoxe. La plupart des critiques encensent le jeu de Ruan Lingyu mais l’on pourrait penser que l’actrice est très enclin à transposer simplement sa vraie vie dramatique dans ses films. Lier sa prestation à son vécu relèverait-il de la facilité?

Quant à la réalisation, on remarque une certaine pudeur. La caméra survole les scènes où les clients déambulent devant la belle positionnée sur le trottoir, les images sombrent vite dans un fondu. Les séquences attendrissantes où la mère pouponne son enfant pour lui apporter un peu de tendresse (entre deux clients?) s'inscrivent aussi dans cette sobriété. De même, le film défend le principe selon lequel tout enfant doit avoir droit à l’éducation quelque soit la classe sociale de ses parents, mais le traitement timide n’est pas jusqu’au-boutiste.

Fort heureusement, le cinéaste équilibre le film La Divine en alternant les moments de bonheur et de malheur sans verser dans le lacrymal. A l'opposé de ce film, dans la même lignée de mélodrames, Le cœur des femmes fatales avec Bai Guang pêche par sa surenchère dans ce domaine.

Christopher Violet (avril 2004)
Voir aussi la critique d'Arnaud Lanuque

Liens internet (en anglais et chinois)

Cecilia Wong Hang-sau : http://www.cecilia-wong.com/
Le synopsis de la saga "Ruan Lingyu" de ATV : http://www.cecilia-wong.com/picture/tv23.htm
Critique de La Divine avec images : http://faculty.washington.edu/yomi/goddess.html
Site officiel de Ruan Lingyu : http://www.geocities.com/lingyuruan/

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Huit mille lis de lune et de nuages (Baqianli lu yun he yue) 1947 Noir et Blanc 92 minutes Chine
De Shi Dongshan
Avec Bai Yang, Tao Jin…

Histoire : Jiang Ling-yu (Bai Yang), une provinciale poursuit ses études à Shanghai où elle est hébergée chez sa tante. Son cousin Jia-rong l’aime mais elle reste de marbre. Lorsque la guerre sino-japonaise éclate, elle quitte la ville pour participer à une troupe de théâtre patriote où elle rencontre son amour Gao Li-bin (Tao Jin), un musicien. Dans le but de réveiller la conscience collective à travers les messages patriotiques véhiculés dans leurs pièces, les jeunes mariés et les autres comédiens s’aventurent jusqu'en zone de guerre, où les résistants chinois affrontent les forces japonaises…

Ce film politiquement engagé met en relief deux mondes. Celui des braves gens consciencieux, patriotes, désireux de venir en aide aux soldats chinois blessés et d’inciter la population à y contribuer davantage ou à s’engager dans l’armée nationale. Et celui de leurs homologues qui profitent de la guerre pour faire fortune par le biais de leurs commerces d’armes à feu.

(certains détails du film sont révélés)

Dans la première partie du métrage, ces théâtraux rebelles propagent leur torrent d’énergie et leurs discours nationalistes partout où ils passent. Hélas, le film n’exploite pas assez le filon. Il profite des premières désillusions de ces comédiens pour faire disperser la troupe, une manœuvre brutale pour assurer la transition rapide avec la deuxième partie. Dès lors, l’œuvre s’appesantit longuement sur son regard désapprobateur sur la vie des bourgeois tels que le cousin Jia-rong devenu homme d’affaires et la tante de Ling-yu qui, comme beaucoup d’autres commerçants, roulent sur l’or à Shanghai, un paradis terrestre bâti sur l’enfer. Ironie du sort, les jeunes époux démunis reviennent séjourner chez les riches proches parents où le cousin tente " d’acheter " l’amour de Ling-yu avec son pouvoir de l’argent. Choqués par le mode de vie de ces gens, Li-bin et Ling-yu quittent la demeure somptueuse et rompent tous les liens avec eux.

Ce film, pour enfoncer davantage le clou, fait subir au couple tous les affres de la vie et tous les malheurs existants…Lorsque s’affichent à l’écran la phrase accusatrice destinée au public   " à qui la faute? ", ce film de critique social frise l’indigeste. Une démarche plus fine, un regard plus nuancé, plus modéré aurait davantage rallié le public à sa cause.

Huit mille lis de lune et de nuages pourtant au thème intéressant, épaulé par deux immenses stars chinoises de l’époque Bai yang et Tao Jin, rate tout de même l’effet escompté !

Christopher Violet (avril 2004)

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La Belle et l'Empereur, aka The Kingdom and The Beauty (Jiangshan Meiren), 1959 Hong Kong 90 minutes
De Li Han-hsiang
Avec Linda Lin Dai, Zhao Lei, King Hu, Tang Ruoqing, Ma Lam...

(certains détails du films sont révélés)

The Kingdom and The Beauty (c) Celestial- IVLL’hsitoire : Tang Ming Huang (Huang en chinois signifie Roi), est lassé de la vie royale et tue le temps en collectionnant les grillons. Le tuteur du palais, pour couper court aux enfantillages du jeune empereur, lui raconte la beauté de Kiang-Nan, la vie hors de la capitale. Émerveillé par cette description élogieuse d’un monde ailleurs qui attise sa curiosité, Tang Ming Huang (Zhao Lei) quitte secrètement le royaume avec la complicité de son " servant ", le général Chou Yung (Ma Lam) également son garde du corps. Arrivé à la ville de Mei Lung où défile une parade chantante, l’Empereur est tombé sous le charme de la danseuse Li Feng (Linda Lin Dai) à la voix envoûtante et à la beauté singulière. Il la suit jusqu’au " The Dragon & The Phoenix Shop ", lieu où elle vend du vin pour son grand frère.

Sous le pseudo de Chu Te-cheng, le Roi demande la main de Feng mais se heurte à Ta Niu ("grand veau" en chinois), le serviteur jaloux qui veille sur elle. La nuit tombée, ils s’amusent à la chasse aux grillons. Le frère Li rentre à l’improviste. Sœur Feng, paniquée, cache l’inconnu dans sa chambre… Et le coup de foudre se produisit. Après leur nuit d’amour de la veille, Li Feng découvre la véritable identité de Tang Ming Huang qui est aussitôt escorté jusqu’à Pékin par une armée de gardes impériaux envoyée par la Reine mère (Tang Ruoqing), très inquiète. " L’Empereur " promet à sa " Belle " de l’épouser…

Autant dire que la première partie du film laisse présager une histoire d’amour classique du style " Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants " auquel cas l’œuvre ne présente pas grand intérêt.

Au nom de la charte royale, la Reine mère interdit le Roi d’épouser une marchande de vin, celui-ci se révolte. Pour mieux détourner son royal fils de Li Feng, elle le " gate " d’une pléiade de courtisanes…

On devinerait presque la suite… Son Altesse fuit ses " obligations royales " pour aller retrouver Li Feng dans la campagne profonde. . Mais c’est mal connaître Li Han-hsiang. Le cinéaste nous réserve un virage inattendu à travers Tang Ming Huang qui, subjugué par la beauté des nombreuses prétendantes endiablées, oublie définitivement Li Feng.

Linda Lin Dai livre une prestation remarquable. L’actrice n’incarne pas seulement son personnage Li Feng (enceinte de l’Empereur) mais vit également sa souffrance dans le quotidien. Sœur Feng est l’objet de la risée générale, en proie à des insultes des villageois qui méprisent une mère célibataire comme elle, un péché selon la tradition de l’époque.

Li Han Hsiang offre à King Hu un rôle certes secondaire mais des plus importants. Le servant Ta Niu, écoeuré de voir sa protégée Sœur Feng mourir à petits feux au fil des années, décide un jour d’aller jusqu’à Pékin où se trouve le royaume. Au cours de sa longue périple, à ses risques et périls, King Hu chante le Huangmei Diao Opéra (qui se développera en genre cinématographique typiquement hongkongais appelé Huangmei diao xi) à la population dans l’optique de propager la triste histoire de Li Feng espérant que ces paroles arriveraient jusqu’aux oreilles de Son Altesse… " L’Empereur " se souvient-il encore de sa " Belle "?

Un film à voir assurément pour connaître le dénouement final.

Li Han Hsiang, est l’auteur du célèbre film opéra The Love Eterne avec Ivy Ling Po et Betty Lo Ti, qui a inspiré The Lovers de Tsui Hark. Li gratifie La Belle et l’Empereur, devenu un classique depuis son Prix au 6th Asian Film Festival, de plans esthétiques. Dans le cadre du Festival des 100 films chinois à Chaillot, après le très navrant film d’opérette My Darling Princess de la Great Wall, l’honneur du Huangmei Diao est sauvé grâce à The Kingdom and The Beauty des Shaw Brothers.

NOTE : La chaîne de télévision de Hong Kong TVB a produit une série télévisuelle autobiographique appelée The Stars qui retrace le véritable destin tragique des trois plus grandes actrices de la Shaw, fauchées en pleine gloire à l’époque : Linda Lin Dai (suicidée en 1964), Betty Loh Li (suicidée en 1968) et Jeanette Lin Tsui (décédée beaucoup plus tard). La chaîne ATV de Hong Kong a ensuite réalisé la célèbre saga autobiographique Ruan Lingyu avec Cecilia Wong Hang-sau dans le rôle titre de la star du muet Ruan Lingyu, qui s'est suicidée en 1935 à Shanghai. A noter que Stanley Kwan réalisa un film sur l'actrice, Centre Stage avec Maggie Cheung (disponible en DVD zone 2 français)

Christopher Violet (avril 2004)

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My Darling Princess (Jin Zhi Yuye) 1964 Hong Kong 101 minutes
Film d'opérette adapté d'une pièce de théâtre des studios de Great Wall
De HU Siao-fung
Avec Xia Meng (ou Hsia Moon).

Avant propos. A l'époque, Chen Sisi (Three Charming Smiles) et Xia Meng sont au firmament de superstars des studios Great Wall. Certains admirateurs de Xia Meng jadis subjugués par sa beauté singulière conviennent que Meng (littéralement "rêve" en chinois) représente "le canon de rêve" du cinéma asiatique. La belle Hsia Moon tire sa révérence au 7ème art en 1967 puis monte 10 ans plus tard sa propre maison de production Bluebird Movie Enterprises Ltd qui a  légué des films tels que The Boat People d'Ann Hui (1982), Young Heroes de Mou Dunfei (1983) ou encore Homecoming de Yim Ho (1984).

Thème : En guise de reconnaissance, l'Empereur a marié sa "Darling Princess" (Xia Meng) à un sujet royal dont le père, un général de l'armée, a réussi à déjouer un complot politique qui se préparait et à éliminer les révolutionnaires. Le jour de l'anniversaire des 70 ans de mariage de ses beaux parents, la princesse orgueilleuse et impudente décline l'invitation à la fête. Son époux humilié, ne peut contenir sa colère face aux caprices démesurés de celle-ci et la sermonne. Cette "Jin Zhi Yuye" (titre du film signifiant en chinois "la tige dorée aux feuilles de jade" pour symboliser la princesse), au nom de la charte royale qui lui défend de se courber devant un sujet de rang inférieur, crie à la vengeance, se plaint auprès de ses royaux parents pour qu'ils décrètent une peine de mort à l'encontre de son époux injurieux...

Visionner la plupart des films de Huangmei Diao opéra en langue mandarine des Shaw Brothers est synonime en général d'un plaisir pour les yeux et d'un bonheur pour les oreilles. Hélas, My Darling Princess dont les 3 uniques décors de scène (désignant les 3 seuls lieux de l'histoire, le jardin, la chambre, la salle d'audience royale) minimalistes de couleurs délavées (on dirait plutôt une pièce de théâtre filmée et teintée) est en réalité une "Yueh" Opérette (ancienne langue shanghaïaise) qui ressemble plus à du charabia incompréhensible même pour un public d'origine asiatique.

Le thème intéressant de départ sur le dilemme entre les obligations familiales (de belle fille) et les devoirs de la noblesse aurait pu aboutir à une réflexion intelligente sur les dessous du système souverain. Que nenni ! Pendant 1h40, le film nous assomme à renfort de longues disputes similaires entre le prince et la princesse arrogante ou alors les mêmes plaintes incessantes de celle-ci auprès du Roi sans que l'histoire n'évolue jamais et stagne toujours au point mort. Même les costumes ouvragés fort esthétiques (seul élément captivant) ne consoleront pas le pauvre spectateur qui endure cette épreuve de torture, se fout royalement de connaître la résolution finale (forcément consensuelle, morale oblige) et n'attend que le mot "fin" s'affiche à l'écran pour "achever" cette peste qui ne cesse de geindre en pleurs interminablement.
Que vient faire un talent comme Xia Meng dans cette galère ?!

Christopher Violet, mars 2004

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The Millionnaire Chase (Diao Jingui) 1969 couleur Hong Kong 111 minutes
Comédie satirique  des studios Shaw Brothers
De Inoue Umetsugu
Avec Lily Ho, Chin Ping, Betty Ting Pei, Peter Chen Ho, Angela Yu Chien,
Chin Feng, Goo Man Chung, Cheung Pooi Saan, Ngai Ping Ngo, Ho Fan, Helen Ma
Hoi Lun, Chiu Hung, Kok Lee Yan, Nam Wai Lit...


Deux ans après le succès de Hong Kong Nocturne (1967), le cinéaste japonais récidive, dans la même veine, avec The Millionnaire Chase à mi-chemin entre le film satirique et la comédie musicale. Le casting rassemble une bonne poignée de stars qui s'éclate comme de grands enfants dans une ambiance délirante. L'hilarité est l'axe principal de ce long métrage où les (brefs) numéros de cabaret ne servent qu'à l'arrière fond musical pour les ruptures de ton.

(certains détails du film sont révélés)

L'histoire : Peter (Peter Chen Ho), tenancier de night club hongkongais, voyage et fait fortune dans toute l'Asie du sud en vendant les spectacles de son groupe de 3 chanteuses-danseuses Yip Fang (Lily Ho), Zhang Ping (Chin Ping) et Lin Zhinan (Betty Ting Pei). Au cours de ce périple, les relations entre patron et employées se compliquent; les chassés-croisés fleurissent; les règlements de comptes explosent entre les sujet(te)s cocufié(e)s et amant(e)s qui se piègent les uns les autres, les trafiquants et criminels s'infiltrent dans l'équipe pour guetter les proies faciles... Une pérégrination un peu dingue marquée de catastrophes en tout genre...

Chin Ping, Lily Ho et Betty Ting Pei

Lily Ho domine la distribution grâce à son rôle "locomoteur" de Yip Fang, une battante assez rebelle qui mène la danse au sein de son équipe où elle représente un peu le "cerveau". Dès la scène d'ouverture au night club,
alors que Peter embrasse sa maîtresse, Liu Wen Ying (Angela Yu Chien) une chanteuse vantée, Lily (amoureuse de son boss) descend furieusement de la scène en plein spectacle et fout une volée de jambe à leur table pour faire éclabousser le vin sur sa rivale ! Quel sale caractère. La guerre est déclarée entre les deux tigresses, ce qui nous réserve une séquence (tordante) de baston entre nanas et d'entartage mutuel de gâteaux à la crème au restaurant Silver Crown.

Afin d'atténuer les soupçons de son vieux mari friqué Mr Gu sur leur adultère, Wen Ying complote avec Peter pour emmener avec eux en Asie les 3 danseuses (un alibi) pour mieux le distraire. Yip Fang jure de piéger Liu, lui piquer son amant et détourner le fric de son vieux. Dès lors, ce qu'a fait la réputation de l'actrice Lily Ho est mis au service de la sirène à la grande gueule qui s'arme de sex appeal, ruse, manipulation, séduction, audace, drague agressive (sur les hommes) pour parvenir à ses fins. Une interprétation en couleur et fort savoureuse de la star.

Chin Ping, l'antithèse de Lily Ho, donne vie à une sympathique et naïve Zhang Ping surnommée "Little Pity" dans la mesure où elle se fait constamment avoir par les choses de la vie, par son entourage (un certain Mr Jiang, vieux trafiquant à deux doigts de la piéger et la violer), par son ex-fiancé Jiawen qui la largue pour Hsiao Lin (Helen Ma Hoi Lun), la fille arrogante et méprisante de son patron. Sauvée par ses copines au cours d'une tentative de suicide, Ping suit les conseils d'une Yip Fang revancharde pour inaugurer à travers ce voyage dans l'Asie une "Chasse aux millionnaires" d'où le titre original du film "Diao Jingui" issue d'une expression en chinois dans le même ordre d'idée "La pêche aux tortues dorées" (désignant les hommes fortunés). Elle croisera Zhongliang (Chin Feng) un serveur de resto à la double identité, ce qui compromettrait sa quête d'un richissime Li Dechuang sous la provocation de sa rivale Hsiao Lin... Toujours fidèle à son image de fille romantique, Chin Ping rime une fois de plus avec son rôle Ping. Un jeu (de miroir) sympathique tout en retenue.

The Millionnaire Chase, rires et danses à Gogo...Betty Ting Pei (que l'on confond souvent avec Betty Pei Ti, la maquerelle révélée dans Intimate Confessions Of A Chinese Courtesan) fut la maîtresse de Bruce Lee et la dernière personne à l'avoir fréquenté un peu avant sa mort mystérieuse. Ce qui lui a valu une campagne de presse férocement accusatrice à son encontre dans cette affaire non classée (?). À part d'avoir été au coeur de ce scandale lié au décès de la star du Kung Fu, Ting Pei n'était qu'à l'époque une comédienne de seconde zone chez les Shaw Brothers qui lui offraient souvent des rôles dénudés. Betty campe ici Lin Zhinan baptisée "Greedy Cat", un peu gourmande et cupide, fofolle sur les bords, pas très intelligente, insouciante. Sa prestation dans l'ensemble du film demeure inégale. Tantôt elle frise légèrement le ridicule avec ses simulations de "hoquets" (à chaque fois qu'elle aperçoit un beau mâle, une envie de le dévorer sans doute ?), tantôt elle nous soumet une composition honnête dans les scènes d'effusions sentimentales avec Honfei (Cheung Pooi Saan), un présumé criminel envers lequel son impossible amour se transforme en souffrance. Le dénoncera-t-elle à la police?

Exceptés quelques imperfections du scénario (certaines invraisemblances tournent à la dérision), The Millionnaire Chase qui se qualifie de comédie satirique du pur divertissement remplit son contrat grâce à son rythme appuyé, à son essor comique (l'enchaînement ininterrompu des gags plus ou moins réussis mais dont certains font mouche) et à la complexité des rapports entre ces nombreux protagonistes. L'aspect distrayant du film réside dans son concept d'inviter le public au jeu de démêlage non évident des vraies/fausses identités des personnages et de discernement de leurs traquenards notamment dans l'histoire du trafic de diamants entre les différentes villes Hong Kong, Taipei, Tokyo et Bangkok.
Que de beaux paysages en perspective pour le spectateur.

Christopher Violet, mars 2004

En savoir plus sur le HKCM2 (+ images)

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La Maison des 72 locataires (Qisher Jia Fangke) 1963 parlant cantonais en N&B HK 90 minutes
De WANG Wei-yi
Avec Xie Guohua, Shu Ti, Pan Qian, I Yanling, Fang Wenxian...

Les studios Great Wall/Feng Huang (accoutumés des films en mandarin) connaissent un franc succès en 1963 avec cette comédie sociale adaptée d'une pièce de théâtre, La Maison des 72 locataires (exceptionnellement tournée en cantonais) produite par une société cantonaise et la Chine. En 1973, le remake des Shaw Brothers The House Of 72 Tenants réalisé par Chu Yuan se positionnera en tête du box office local, éclipsant même le film Enter The Dragon de Bruce Lee (décédé la même année).

Histoire : Dans un quartier populaire de Hong Kong, un couple de propriétaires cruels et cupides, acoquinés à un ripoux local, régentent le lieu où habitent les 72 locataires (allusion aux 72 Anges ?) plutôt pauvres et aux différents petits métiers.

Comédie sociale oblige, les faibles "petites gens" auront raison sur les vilains oppresseurs. Les personnages identificateurs pour le public expliquent (en partie) le retentissement et le phénomène culte du film. Mention spéciale au "pilier" du film, 8ème Dame, la propriétaire monstrueuse qui est à l'origine de tant de cataclysme et de malheurs des locataires. D'ailleurs, dans le remake 72 de la Shaw Bros, l'actrice Hu Chin (ou Woo Gam) à l'instar de sa précédente actrice, excelle dans ce rôle principal de peste et vole la vedette aux 100 (guest)stars réunies : Yueh Hua, Ching Li, Shih Szu, Lily Ho, Lydia Shum, Tin Ching...etc.

Dans la version originale (N&B), les caractères secondaires s'avèrent moins nombreux (exit le défilé des étoiles); les situations farfelues plus outrées car l'ombre de la pièce théâtrale plane souvent. Qu'importe, l'enjouement demeure en tout cas communicatif au public grâce aux ricochets de quiproquos hilarants et autres règlements de comptes mesquins à effet comique au sein de cette faune bruyante. Certes, aujourd'hui 72 a vieilli mais replacée dans le contexte de l'époque, cette comédie légère et sans prétention trouve sa raison d'être.

Christopher Violet, mars 2004

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Le Puits (Jing) 1987 couleur Chine 100 minutes
De LI Yalin
Avec Pan Hong, Li Zhiyu, Lin Daxin

Adaptation du roman de LU Wenfu

Avant propos. Le Puits (un seul idéogramme chinois "Jing" ) gratifie Pan Hong d'un beau rôle taillé sur mesure. Le film fut récompensé du deuxième Prix (médaille d'argent) et Prix d'interprétation féminine au 19ème Festival du Film de Taormina (Italie 1988). Pan Hong est l'une des plus grandes actrices de la Chine continentale, avant même l'émergence de Gong Li (plus connue du public occidental) dans le 7ème art.

(Certains détails du film sont révélés)

Début de l'histoire : Xu Lisha (Pan Hong), une jeune diplômée en chimie, devant la difficulté de trouver un emploi dans son secteur, travaille provisoirement dans une usine de fabrication à la chaîne. Très vite démotivée, elle souffre de son impossible concentration pour ce boulot ingrat; elle passe le plus clair de son temps à rembourser les objets qu'elle casse maladroitement et ne gagne plus assez d'argent pour survivre. Son patron Chu Zhi-yi (Li Zhiyu) la délivre de cet enfer du quotidien en lui proposant de l'épouser. Lisha, qui confond sa gratitude (envers lui) et l'amour (qu'elle n'a pas à son égard), accepte ce mariage précipité (par intéret) sans songer un instant à ce que lui réserve l'avenir. La belle-mère très attachée aux anciennes valeurs traditionnelles insupporte l'incapacité de Lisha à s'adapter aux taches ménagères et se plaint de milles choses auprès de son fils influençable. La distance grandissante entre les jeunes mariés cède le pas à l'incompréhension mutuelle...

La première partie du film laisse augurer un schéma classique du drame familial et véhicule une critique sur l'esprit trop "villageois" de certaines communautés chinoises. Dans ce quartier banlieusard, tous les matins, les voisines vont chercher ensemble de l'eau au puits. La place publique est simplement animée par les rumeurs, les racontars de ces dames de foyer curieuses qui se considèrent comme des "médiatrices" et s'interfèrent jusque dans les affaires conjugales de Lisha. Devant la description d'une telle vie malaisée et difficultueuse, effleure notre esprit le terme chinois "Jing" (puits) qui dans ce contexte, s'octroie une connotation péjorative. Les profondeurs obscures du puits que l'on ne voit pas sont inquiétantes (allusion aux secrets pesants et souffrances silencieuses de Lisha). On appréhende une fatalité annoncée pour l'héroïne à la fin du film... Peut-être qu'ici la référence de "Jing" nous hante par rapport à l'épisode tragico-historique de la Concubine Zhen Fei qui se suicida dans le Puit royal sous les yeux de la Reine-mère Cixi ?
(voir ma critique sur Histoire secrète de la Cour de Qing)

Mais avant que l'avancement dramatique ne prenne de l'allure, le film épargne le public d'une telle plongée en enfer (avec Lisha) grâce à une rupture de ton. L'année 1984 s'affiche à l'écran telle une cassure brutale dans le temps. Une décennie passe. On suppose que les relations du couple se sont améliorées.

(Attention, certains détails de la suite de l'histoire sont révélés).

La deuxième partie du métrage démarre telle une vie nouvelle. L'arrière fond politique : la Chine s'habille d'un autre régime avec un essor économique en pleine expansion. Un pays plus ouvert vers l'Occident.

Lisha est devenue une grande scientifique en chimie, enseigne dans une université de recherche, collabore avec des collègues avant-gardistes et les étrangers occidentaux. Son mari Zhi Yi, chômeur depuis la faillite de son entreprise, sombre dans le " rien-foutisme " et se lamente à son domicile. Le clivage de deux mondes se fait sentir, les deux individus n'ont plus de vie sexuelle. Au fil du temps, Lisha tombe amoureuse de son partenaire professionnel Tong (Lin Daxin) et réciproquement. Les rumeurs d'adultère à leur égard circulent au sein de l'institut scientifique. Le mari vengeur (accompagné des voisins de son quartier) vient foutre le scandale au centre national de recherches (qui fait également office de pensionnat) qu'il accuse de lieu malsain propice à l'adultère... Le directeur menace de licencier Lisha ou d'expatrier Tong (le présumé amant) à l'étranger afin de
remédier à la réputation de son établissement...

Le clou de l'oeuvre est à mettre au crédit d'une magnifique séquence (silencieuse) où Pan Hong, piégée par les affres de cette vie constellée d'épreuves invivables, craque en secret et s'immobilise l'air hagard devant le puits. Le visage de l'actrice ne laisse rien transparaître, tel un puit de secrets à l'image de Lisha qui refoule ses émotions, et en même temps il parle de lui-même, voire dégage une émotion communicante au public !

Zhi Yi concèdera-t-il au divorce que lui demande sa femme? Lisha se réfugie auprès de Tang et le supplie de l'emmener à l'étranger, aura-t-il le courage face aux calomnies qui menacent sa carrière? Quel sera le sort réservé à cette femme moderne victime des valeurs traditionnelles immuables de ce pays?

Cette seconde partie du film prend son envol en réflexion sur la société chinoise et en émotions sans jamais se complaire dans le mélodrame lacrymal (d'ailleurs, Chu Lisha ne verse pas une seule larme) même si les enjeux
dramatiques sont omniprésents. À découvrir ce film penché sur les difficultés de cette femme à s'émanciper dans la Chine des années 1970-1980.

Christopher Violet, mars 2004

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Héroïne des années 20 (Yidaï Yaoji) 1950 parlant N&B Hong Kong 98 minutes.
De LI Pingqian
Avec Bai Guang, Yan Jun, Gong Qiuxia.

La transposition de "La Tosca" dans la Chine des années 20 prend forme sous le traits de L'Héroïne des années 20. Bai Guang embrasse le rôle titre d'une comédienne-chanteuse d'opéra qui fréquente un médecin marié et leader du parti communiste. Elle accepte pour lui de faire échapper un révolutionnaire traqué par la police. Après l'échec d'une autre mission, l'amant gauchiste est capturé par Yan Jun, l'officier des forces de l'ordre, qui s'entiche de la belle séductrice. Abusant de son pouvoir, il menace de fusiller le médecin si l'actrice ne cède pas à ses avances poussées jusqu'à la demande de mariage. Gong Qiuxia, femme du détenu supplie sa rivale de le délivrer de son exécution imminente. Bai Guang parviendra-t-elle à sauver son amoureux? Comment se libérera-t-elle des griffes du chef après la transaction humaine? Comment endurera t-elle de se voir sacrifiée pour cette nuit de noce avec son bourreau militaire et rendre son amant (libéré) à son épouse? Ce cruel dilemme agite l'héroïne...

La Palme de l'interprétation revient sans doute au grand acteur polyvalent Yan Jun (mari de la star Li Lihua à la ville) dont la versatilité de ses rôles n'a d'égal que son changement de look fréquent. Tout en efficacité.
Dans Le Coeur des femmes fatales (avec Bai Guang), Yan semble l'alter ego de l'acteur de la Shaw Brothers Kwan Shan (père de Rosamund Kwan) fort réputé dans le classique Love Without End (avec Linda Lin Daï) grâce auquel il devient la figure emblématique des rôles de jeunes romantiques. Dans L'Héroïne des années 20, Yan Jun brille dans ce contre-emploi d'un gradé véreux sans scrupules qui aurait pu inspirer plus tard Michael Hui pour son rôle identique de brute dans The Warlord (film Shaw Brothers de 1972) de Li Han-hsian.

Bai Guang qui doit sa réputation de femme fatale depuis Le Crime de Haitang Hong aux côtés de Yan Jun, tient ses promesses d'actrice confirmée tant sur le plan musical que scénique. Ce duo récurrent à l'écran renouvelle leur réussite dans L'Héroïne des années 20 avec comme l'arrière fond politique la révolution, la confrontation entre le parti communiste et le Kuomintang où se côtoient meurtres, trahison, sacrifice et vengeance...

(Le son est défectueux à la fin de la bobine).

Christopher Violet, mars 2004

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Hong Kong Nocturne (Xiang Jiang Hua Yue Ye)
Production Shaw Brothers à Hong Kong en 1967.
Comédie musicale (CL, 2h03) réalisée par Inoue Umetsugu
Avec Cheng Pei-Pei, Lily Ho, Chin Ping, Cheung Kwong-Chiu, Peter Chen Ho, Yueh Hua, Ling Yun, Tin Feng, Tina Chin Fei, Chen Hong Yip, Ku Feng, Ouyang Shafei...

(certains détails du film révélés)

Story : Dans un cabaret, Mr Chia (Cheung Kwong-Chiu), un piètre illusionniste utilise le charme de ses trois filles danseuses-chanteuses Tsui Tsui (Lily Ho), Chuen Chuen (Cheng Pei Pei) et Ting Ting (Chin Ping) pour pallier à la médiocrité de ses tours de magie et embellir son spectacle. Le père immature dérobe régulièrement l'argent du salaire de celles-ci pour entretenir sa maitresse, Hsiao Hua (Tina Chin Fei). Excédée, l'ainée Tsui Tsui, la plus rebelle, gueule sur le vieux et sa protégée puis quitte Hong Kong pour le Japon avec un agent friqué pour devenir une grande star du cinéma. La plus jeune Ting Ting suit l'exemple de sa soeur et part étudier le ballet. Chuen Chuen, la plus raisonnable des trois, ayant pitié de son père abandonné, reste auprès de lui et se fait encore exploiter...

Avant propos. Dans le script, il serait plus judicieux et crédible de faire du personnage de Chuen Chuen, à qui incombe toutes les responsabilités, la soeur ainée d'autant plus que son interprète Cheng Pei Pei (née en 1946) au visage plus mature est plus agée que Lily Ho (née en 1947) au profil facial encore assez poupin. Dans "Princess Iron Fan" (1966) de Ho Meng-hua, Cheng Pei Pei joue déjà la grande soeur de Lily Ho. Elle ressemble plus à une soeurette gatée cette Tsui Tsui sauvage, rebelle, irresponsable, égoïste, dévergondée (voire écervelée parfois), obnubilée par le luxe et l'argent. Lily Ho, la star réputée pour ses multiples facettes, ses excentricités, ses audaces et son sex-appeal, se montre confondante de naturel dans la peau de Tsui Tsui. Lily Ho y apparait nue (de postérieur) lors d'un numéro de chant dans la baignoire tout comme dans "The Knight Of The Nights" (1966) où elle exhibe déjà les courbes de son corps. Dans le film, cette séductrice égocentrique n'hésite pas à délaisser son parolier hongkongais Chen Tse-Ching (Peter Chen Ho) amoureux d'elle pour suivre, par intéret, son nouveau playboy, un soit disant mondain du showbiz jusqu'au pays de soleil levant.

HK Nocturne, A GOGO! HK Nocturne

Cheng Pei Pei (la Hyène dans "Tigre et Dragon" d'Ang Lee), avant de devenir "reine du wu xia pian" était danseuse de formation, ce qui explique son aisance dans les numéros de cabaret. Elle retranscrit à l'écran avec une telle sobriété le désarroi et la souffrance de Chuen Chuen à cause de son impossible amour secret pour le prétendant de sa soeur, Tse-Ching. Ce dernier, désillusionné par le caractère superficiel de Tsui Tsui, l'épouse pour d'une part, la délivrer des griffes de son magicien de père sans scrupules et d'autre part. pour qu'elle devienne la vedette de sa troupe musicale. Ironie du sort, Lily Ho, après une déception (?), revient à Hong Kong récupérer son ancien ami parolier Chen et découvre malencontreusement la fête de noces... animée par des scènes de danse joliment chorégraphiées mais sans être exceptionnelles.

L'un des clichés scénaristiques émerge lorsque la future belle mère (Ouyang Shafei) désapprouve le mariage de son fils avec une chanteuse synonyme de"mauvaise femme". Ce qui nous vaut quelques séquences qui s'apparentent au drame familial aux situations hélas "un peu téléphonées" puisque le public préssent un dénouement tragique...

Par ailleurs, l'idylle sans lendemain entre le trompettiste Fang Yin-Tai (Ling Yun) et sa muse Tsui Tsui qui vend son corps sur scène dans les night-clubs japonais empreinte le chemin des sentiers battus.

Les deux soeurs sont tellement préoccupées par les aléas de leur vie qu'elles oublient la benjamine Ting Ting qui rejoint son voisin Wang Ming (Cheng Hong Yip) pour aller suivre des cours de ballet sous la direction d'un vieux professeur infirme et tyranique Mr Yen (Tin Feng). Chin Ping, une actrice discrête de la Shaw Bros, au physique adolescent est souvent accoutumée aux rôles réurrents de jeune fille pure, gentille et candide. Cette naïve Ting Ting rime parfaitement avec Chin Ping. Enfin, le principe de devoir subir toutes sortes d'humuliations (mais salutaires) de son maître (dont elle tombe amoureuse en plus) pour réussir plus tard une belle carrière de ballerine relève encore du cliché.

Hormis ces quelques faiblesses, ce film musical de pur divertissement se révèle en véritable petit joyau grâce à une mise en scène plutôt élégante, à certains numéros musicaux "pop" tels que "Sing and Dance" au rythme hollywoodien et "A Go-Go" à l'ambiance japonisante, à des scènes romantiques et à ces 3 superbes actrices Cheng Pei Pei, Lily Ho et Chin Ping qui illuminent l'oeuvre empreinte du style de Vincente Minelli et fondant presqu'à elles seules sa réussite dans la globalité.

A noter qu'à l'époque le triomphe de "Hong Kong Nocturne" (1967) engendre une comédie jumelle "The Millionnaire Chase" (1969) avec Lily Ho, Chin Ping et Betty Ting Pei également sous la direction de Umetsugu qui signe avec les studios Shaw Brothers pour 17 films en 6 années de service.

Christopher Violet, mars 2004

En savoir plus sur le HKCM2 (et images)

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Histoire secrète de la Cour de Qing (Qinggong Mishi)
Film HK parlant en N&B (1948) des studios Yung Hwa, 93 minutes
Réalisé par ZHU Shilin avec Zhou Xuan, Shu Shi, Tang Ruoqing.

SECRET+STORIES+OF+THE+KING+COURTAvant propos. A l'époque, les deux grands films "L'âme de la Chine" et "Histoire secrète de la Cour de Qing" rendirent les studios Yung Hwa immédiatement célèbres dès leur sortie à Hong Kong, en Chine; elles furent aussi distribuées au Japon et en France mais plus modestement. Plus tard, les studios Shaw Brothers triomphèrent avec le remake en diptyque "The Empress Dowager" (1975) et "The Last Tempest" (1976), réalisés par Li Han Hsian et avec Lisa Liu (Impératrice Cixi), Ti Lung (Kuang Hsu), Hsiao Yao (Concubine Zhen). Alors que l'histoire de l'Impératrice Douairière fut narrée en 4h (quelques longueurs inévitables) à travers ces deux superproductions SB au budget colossal dont la fin (inaboutie) de la 2ème partie laissa présager une suite qui ne vit jamais le jour; la version originale de Yung Hua relata ce drame historique de manière plus concise et pourtant plus jusqu'au-boutiste en 1h30.

(Certains détails historiques du film sont révélés)

Résumé : Dans l'ombre, l'Impératrice Douairière Ci Xi (Tang Ruoqing) gouverne d'une main de fer la Chine et réduit son jeune neveu, l'Empereur Kuang Hsu (Shu Shi) à l'état de pantin dont les faits et gestes sont épiés constamment par l'Eunuque Impérial Li Lianying, le "rapporteur". Dans la Cité Interdite, les partisans de la Guerre et les opposants disputent la prise de position sanction adéquate face à la menace nippone sur la Corée (protectorat chinois). La Chine perd la guerre contre le Japon et vit sous la présence occidentale de plus en plus envahissante. Le roi Kuang Hsu, soutenu par sa concubine Zhen (Zhou Xuan) tente secrètement de renverser l'ancien régime politique (les 100 jours de réforme) avec l'aide d'un groupe de réformateurs dont le maître Kang Youwei ayant pour mission de persuader le ministre Yuan Shikai à soulever une armée contre l'Impératrice Cixi et son bras droit Ronglu, ministre véreux . Hélas, Yuan trahit le jeune Empereur timoré. Le régime de la monarchie reste tenace à l'image de la Reine mère, qui sous l'influence des (vieux) Conservateurs du Palais, remonte sur le trône, emprisonne son neveu et condamne sa Concubine Chen...

La grande Zhou Xuan (dont le jeu s'avère approximatif dans sa comédie musicale "Song Of The Songstress" en 1948) se révèle ici grande actrice et prouve qu'elle ne se limite pas au seul statut de chanteuse. La Judy Garland chinoise donne corps au personnage historique Chen Fei (Fei signifie Concubine). Elle le rend touchant par son amour infaillible pour le Roi, par sa détermination à le replacer au trône grâce à la réforme, par son aide à ses risques et périls dans l'évasion de certains révolutionnaires hors du Palais, par sa rebellion à l'encontre de la Reine Cixi même lorsque celle-ci ordonne à l'eunuque Li de la noyer. Ce qui vaut au film une scène d'anthologie chargée d'émotions : un instant de bravoure face à la mort au cours duquel Chen Fei écarte son bourreau refusant d'être assassinée et préfère se suicider en se jetant dans le Puit royal. L'interprétation charismatique de Zhou Xuan détrône de loin Hsiao Yao, complètement inexistante et "inerte" dans "The Last Tempest" de la SB qui manque de conclure avec un tel épisode historique tragique.

Shu Shi endosse le rôle de l'Empereur craintif avec justesse mais sans surprise. Dans le diptyque de la SB, Ti Lung, un abonné aux rôles de héros sabreurs relève le défi de camper le peureux et immature Kuang Hsu. Il surprend par son jeu habile tout en profondeur, et surpasse son prédécesseur.

Dans la version d'antan, le jeu de Tang Ruoqing alias Cixi reste honnête mais un peu moins nuancée que celui de la grande Lisa Lu confondante de naturel dans la peau de l'Impératrice Douairière dans le remake (pourtant non exempt de défauts) des studios Shaw Brothers. Plus tard, elle réitère ce rôle emblématique dans "Le dernier Empereur" de Bertolucci.

En conclusion, "L'Histoire secrète de la Cour de Qing" demeure incontestablement un grand film historique efficace, concis, au rythme soutenu, grâce à l'art de la maîtrise du cinéaste connu de l'époque Zhu Zhilin. A ne rater sous aucun prétexte.

(Au cours de la séance de projection à Chaillot, j'ai trouvé que la copie du film était trop sombre).

Christopher Violet, mars 2004

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Le Chant de la nation (Guo Feng) Chine, 1935 muet N&B 120 minutes.
De LUO Mingyou & ZHU Shilin
Avec Ruan Lingyu, Li Lili

Avant propos : "Guo Feng" signifie en chinois "Le vent de la nation" ici traduit par "Le chant de la nation" pour donner au titre plus de sens en français.

(certains détails du film sont révélés)

L’histoire : Deux sœurs, l’aînée un peu effacée Lan (Ruan Lingyu) et l’autre extravertie Tao (Li Lili) sont amoureuses du même homme, leur cousin. La première se sacrifie, cède son amour à sa sœurette, et pour oublier son chagrin, part étudier à Shanghai. Après le mariage, Lili s’ennuie à la campagne, elle veut rejoindre Lingyu à la ville et demande à son mari de lui financer les cours dans la même école privée. Le cousin se montre conciliant et confie sa jeune épouse à sa cousine bien aimée. Alors que celle-ci conserve les valeurs d’une fille de province par son côté terre à terre et travailleur, la nouvelle venue est très vite influencée par le modernisme de la vie citadine au point de renier ses origines de campagnarde. Elle fréquente un étudiant dandy. Lingyu choquée par cette liaison adultère, tente de la raisonner (vainement) puis critique Lili. La discorde règne entre les sœurs...

Dans le film, force est de constater qu'une séquence est "prémonitoire" au destin de la star suicidée : la victime Ruan Lingyu est ici tombée raide malade et hospitalisée en urgence suite à une calomnie propagée par les élèves du pensionnat. Lili, en proie aux racontars diffamatoires du playboy (vengeur) duquel Lingyu a repoussé les avances, accuse sa sœur aînée de lui voler son amant dandy. Le chant de la nation fut le dernier film en 1935 (29è long métrage) de la Greta Garbo chinoise, Ruan Lingyu, (in)justement suicidée peu de temps après à cause d’une campagne de presse calomnieuse (in)fondée sur ses relations adultères avec les hommes, ce qui ruina sa carrière d’actrice.

Les cinéastes Luo et Zhu nous livrent un coup de projecteur sur le registre récurrent des deux stars de l’époque Ruan Lingyu, une habituée des "bons" rôles exemplaires et Li Lili plus enclin à des contre-emplois de rebelle. Ils font ressortir leur nature dans laquelle elles excellent à l’écran. À travers cette juxtaposition de deux portraits de femmes différentes, ce film invite le public à prendre conscience du choc de deux mondes opposés : conservateur et progressiste. Le titre en dit long sur la question soulevée par cette œuvre : est-ce un vent favorable ou défavorable qui souffle sur la nation ?

Une véritable critique sur le mode de vie des ressortissants de Shanghai très calqué sur le modernisme des pays étrangers.

Lili à l’instar de la plupart des étudiantes est obnubilée par le luxe, l’apparence, les produits de beautés, les vêtements importés, et les coiffures de dernier cri (la frisure). Elle introduit même cette tendance jusqu’à sa cambrousse, lorsqu’elle y retourne pour relayer sa mère (partie à Shanghai voir Lingyu à l’hôpital) à la fonction de directrice de leur école de jeunes paysannes, qui seront par la suite toutes "perverties". Cette nouvelle génération qui envahit peu à peu la ville et la campagne insuffle "un vent pervers" partout où elle passe. Voilà le message du film.

Lingyu représente la femme à la valeur traditionnelle, et sous un angle plus métaphorique "l’ancrage" qui ramène au sol les filles (légères) à moitié emportées par ce "vent diabolique". Ainsi, elle regagne sa province pour sauver du désastre l’établissement que Lili a mis sens dessus dessous pour avoir présenté ouvertement son amant shanghaïen et forcé son mari à divorcer en vue d’un (re)mariage. Un scandale dans le tout village. Mais, les élèves déjà empreintes de folie pour la conquêterie adulent Lili au comportement de femme moderne !
Lingyu parviendera-t-elle à consoler son pauvre cousin cocufié, délaissé et anéanti? Quel est le sort réservé à ce chassé croisé rectangulaire Lili et le dandy face au cousin-mari et Lingyu?

Un monde progressiste ou conservateur ? Les deux couples empruntent des sentiers différents. Effectivement, les premiers choisissent la vie moderne et les seconds continuent à défendre le conservatisme chinois. En conclusion, si l’on accepte de se situer dans le contexte de l’époque, on apprécierait ce film au message (certes périmé aujourd’hui) qui préoccupait tant les Chinois dans les années 30. La force du film réside dans sa touche d’humour (certaines situations ironiques et hilarantes engendrées par Li Lili) qui permet de faire oublier un peu le caractère trop éducateur et gauchiste, la faiblesse donc du long métrage.

Christopher Violet, mars 2004

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Three Charming Smiles (San Xiao) Hong Kong (1964) 113 minutes couleur
De LI Pingqian
Avec Chen Sisi, Xiang Qun.

L’histoire (dans la Chine profonde) : au service d’une grande famille noble, les quatre servantes baptisées aux noms de "parfums des 4 saisons" se distinguent d’une centaine d’autres serviteurs. La plus belle, Chiu-hsiang (Chen Sisi) littéralement "parfum de l’automne" qui a les faveurs des vieux maîtres, est péniblement courtisée par leurs deux fils incultes et déjà mariés. Deuxième Dame, l’épouse du cadet, une femme fort intelligente et avec un certain pouvoir, garde un œil sévère sur ces messieurs immatures et n’hésite pas à recourir aux sanctions à leur encontre de ceux-ci et des bonnes en cas de dérapage.

(certains détails du film sont révélés)

Un jour, Chiu-hsiang accompagne la vieille propriétaire à la messe dans une pagode où Tang Po-hu (Xiang Qun), l’un des 4 artistes peintres renommés de l’époque la remarque. Il suffit des "trois beaux sourires" de Chiu-hsiang pour que Tang succombe à ses charmes ! Commence alors un long voyage en quête d’amour pour ce "Don Juan chinois" qui pourtant a déjà 8 femmes chez lui. Pour se rapprocher de sa 9ème conquête, il cache son identité et se fait engager comme domestique chez ces nobles. Deuxième Dame, la cousine de Tang, menace de faire tomber son masque et de le livrer aux autorités locales s’il ne se plie pas à ses règles. Pour éviter d’encourir une peine d’emprisonnement pour détournement de jeune fille, l’imposteur cède et s’accommode à cette forme d’esclavage à la merci de la maîtresse des lieux qui protège sa préférée Chu-hsiang...

A l’époque, les studios Great Wall rivalisent avec la Shaw Brothers dans les productions de "Huangmei diao opéra" très en vogue. Les premiers comptent sur leurs stars connues telles que Chen Sisi, Xia Mong (My Darling Princess) spécialisées dans le genre pour assurer le box-office. La Shaw Brothers contre-attaque grâce à ses œuvres à succès avec principalement en haut de l’affiche les célébrités comme Linda Lin Dai, Betty Loh Ti (hélas suicidées prématurément) relayées ensuite par le duo récurrent Ivy Ling Po et Li Ching qui triomphent également dans Three Smiles.

Entre ces deux "Chiu-hsiang" magistralement interprétées par Chen Sisi et Li Ching, faire un choix s’avère difficile. En revanche, Ivy Ling Po, la "reine des rôles masculins" dans la peau du héros Tang Po-hu gagne plus en crédibilité par rapport au travestissement de l’actrice Xiang Qun dans Three Charming Smiles. Autant dire que ledit film chantant repose presque entièrement sur le charme de Chen Sisi, l’actrice au visage un peu métissé.

La réussite de ce joyau résulte dans son ambiance vivante, de son rythme soutenu alternant équitablement les scènes de dialogues et les numéros d’opéra. Les manipulations de Tang pour parvenir à ses fins amoureuses et les ruses de la servante "Parfum d’automne" pour les déjouer ne manquent pas d’imagination. La touche comique, les retournements de situation et les quiproquos drôlissimes abondent. Les répliques en vers entre Po-hu et Chiu-hsiang tous deux très cultivés fascinent. Un pur moment de poésie et de bonheur !

Le thème de Three Charming Smiles a été maintes fois adapté à l’écran (même dans le cinéma cantonais d’antan). Le film a été parodié par Stephen Chow Sing-chi dans l'hilarant Flirting Scholar avec lui-même, Gong Li et Cheng Pei-Pei. Juste avant son mariage avec Chow Yun Fat, Candice Yu An An incarne Chiu-hsiang dans la dernière version en série télé (20 épisodes) chez ATV en 1983.

L’histoire de Tang Po-hu qui élit pour épouse "Parfum d’automne" parmi 100 servantes donne naissance à une expression en chinois. Lorsqu’un Chinois dit "Je vais choisir Chiu-hsiang", cela signifie qu’il veut se trouver la femme de sa vie parmi tant de conquêtes.

Christopher Violet, 20 février 2004

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Song Of The Songstress (Genu Zhi Ge) Hong Kong (1948). 93 minutes N&B parlant.
De FANG Pelilin.
Avec Zhou Xuan, Wang Hao, Gu Yelu.

(certains détails du film sont révélés)

Au début de sa carrière, l’actrice-chanteuse Zhou Xuan dite " The Golden Voice ", La Voix d'Or, reste avant tout une chanteuse. Song Of The Songstress illustre bien ce propos dans la mesure où le cinéaste met son film au service de la star pour un filage de tour de chant. Notre " Judy Garland chinoise " ne manque pas de charisme, d’élégance, de beauté, de coffre vocal sur scène. Hélas, il ne s’agit pas d’un simple concert mais d’un film avec une intrigue qui aussi mince soit-elle nécessite à être soutenue par une interprétation un minimum crédible. Soyons direct, disons clairement que le jeu de la jeune Zhou Xuan reste approximatif par moment. A l’écran, elle débite les dialogues plus comme un récital qu’un réel (ou semblant) de vécu des échanges avec les autres personnages. Pour ne pas trop déprécier ce film, mieux vaut être un spectateur d’origine occidental qui se contente du sous-titrage. Mais si l’on est un cinéphile d’origine asiatique comprenant le mandarin, les oreilles ne pardonnent pas à la tonalité verbale de l’actrice qui sonne faux par moment.

Que dire de l’intrigue ? Les 83 premières minutes narrent les banalités, comment la chanteuse est courtisée par un journaliste friqué et un peintre de condition modeste peu sociable voire anti-bourgeoisie. On attend de ce film à voir le choc de cette différence sociale représentée par ses trois personnages principaux, une difficulté de vie commune, une discorde ou n’importe quoi qui engendrerait des problèmes. Que nenni sauf une petite dispute ridicule parce qu’il en faut au moins une. Le film souffre de son schéma trop linéaire où il ne se passe pas grand chose jusqu’au flash back des 10 dernières minutes. En effet, tant de secrets du passé de la chanteuse resurgissent soudainement lorsqu’un soir elle surprend sa mère se rendant secrètement au rendez-vous avec son amant dans un chalet.

Petite anecdote : à la séance à laquelle j’ai assisté, à partir de ce moment précis où le film nous livrait enfin une intrigue, un intérêt donc, le sous titrage en français ne fonctionnait plus jusqu’à la fin à cause d’un problème technique en cabine. Le public francophone ne comprenait plus rien et certains râlaient à mort (j’étais plié de rire).

Bon, voici le contenu du fameux flash back : en réalité, à l’époque, la mère de la chanteuse, une servante déjà mariée, s’est suicidée après avoir été abusée sexuellement par son patron. Son père qui a voulu venger sa bien aimée et intenter à la vie du monstre, s’est fait tuer accidentellement par un autre serviteur dévoué au riche malfaisant. Pris de remords, ce dernier a confié à sa femme la garde de la petite orpheline (la future chanteuse). Durant 20 ans, la mère adoptive livre la nourriture la nuit tombée à son homme qui vit enfermé dans un chalet comme pour purger une peine de prison.

La vérité éclate au grand jour. Ironie du sort, après sa rupture avec le peintre, Zhou Xuan s’entiche du journaliste BCBG qui n’est autre que le fils du bourreau de sa mère défunte. Le vieux apprenant la nouvelle, aspire vraiment à aller en taule (problème de conscience), il tue alors le jeune amant journaliste de la chanteuse.

Avez-vous suivi ? Un film complètement déséquilibré avec un long passage à vide et un condensé de l’intrigue en 10 minutes à la fin .

Christopher Violet, 20 février 2004

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Mambo Girl (Manbo Nulang) Hong Kong (1957). 95’ N&B. Parlant.
De YI Wen.
Avec Grace Chan (Ge Lan), Chen Hou, Ding Hao.

Les étudiants fêtent l’anniversaire de leur camarade, Ge Lan, baptisée " La reine du Mambo " grâce à ses talents de danseuse. Le jour même, celle-ci découvre malencontreusement qu’elle n’est qu’une fille adoptive de ses chers parents et s’enfuit de sa famille pour aller retrouver ses géniteurs… En vain.

Autant The Wild Wild Rose (1960) demeure le film emblématique de Grace Chen, autant Mambo Girl ternit sa filmographie. Le meilleur et le pire, vous voilà prévenus. On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi un tel film dont le contenu est résumé en 2 lignes (ci-dessus) puisse rentrer dans les annales. Les acteurs danseurs essayent tant bien que mal d’exécuter quelques pas de danse timides par ci, quelques vocalises de chant par là. Les chorégraphies s’avèrent classiques sans grande inventivité car tout le film est prétexte à ces quelques numéros de Mambo. Même Ge Lan semble moins à l'aise et moins vivante que dans l'adaptation de "La Dame aux Camélias". Le reste du temps, on s’ennuie ferme, on se désintéresse au bout d’une demi heure du voyage initiatique de la gentille fifille à la recherche de papa et maman. Mon Dieu, que c’est loooooong, bavard, mièvre, gnan gnan. Bref, on ne trouve plus de mots pour encenser ou descendre ce Mambo Girl puisqu’il n’y a RIEN à dire sur ce film sans intérêt.

A noter seulement que Ding Hao qui campe ici la soeurette de Grace Chen, fait partie de ces 15 star(lette)s suicidées chez les Shaw Brothers.

Christopher Violet, 20 février 2004

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Le Cœur des femmes fatales (Dongfu xin) Hong Kong (1949) 90minutes
De YUE Feng d’après le roman de Tolstoï " Résurrection ".
avec Bai Guang et Yan Jun.

(certains détails du films sont révélés)

A la campagne, un travailleur des champs grièvement malade et démuni se voit contraint de vendre sa petite fille Meiying comme servante à un grand propriétaire terrien. Dix années plus tard, devenue une jeune femme, Meiying (Bai Guang) s’éprend de Daosheng (Yan Jun), le fils du maître des lieux. Le vieux noble s’oppose violemment à cette liaison à cause de la différence de classe sociale des jeunes amoureux. Ainsi, il envoie son fils à Shanghai pour les études supérieures et vend à son tour la servante à un patron fortuné d’âge avancé mais peu recommandable. Enceinte de Daosheng, Meiying fugue le jour de la " transaction " humaine. Elle accouche d’un petit garçon sous un pont, puis elle erre jusqu’à la ville de lumière pour retrouver son amant. En vain. Meiying est tombée entre les mains d’un proxénète qui devient son mari, la fait travailler sur le trottoir en échange de sa protection et son hébergement. Durant des années, elle se prostitue dans les bars de Shanghai. Régulièrement humiliée, violentée et menacée à mort par son mac, elle frise la folie le jour où celui-ci dérobe tout son argent et vend son enfant Xiao Bao en son absence. Puis c’est le trou noir total. Le lendemain, alors qu’elle chante devant les clients, la police l’arrête pour le meurtre de son mari (poignardé) et l’enferme en prison…

Le thème " Le Cœur des femmes fatales " ressemble beaucoup à celui de " La Divine " (1934) de WU Yonggang avec Ruan Lingyu. Bai Guang, à la voix grave et son alter ego Zhou Xuan à la voix aiguë sont les deux actrices-chanteuses renommées de Shanghai de l'époque qui tourneront plus tard à Hong Kong. Bai Guang, le pseudo de l’artiste qui signifie " Lumière blanche " est à son aise dans la peau de mauvaises femmes en tout genre. Ce film nous transporte dans les tréfonds du cœur de l’héroïne et repose essentiellement sur l’interprétation de la star lumineuse au visage un peu dur. Une belle réussite dans l’ensemble malgré quelques imperfections, notamment dans l’introduction un peu longue de la période d’enfance et la surenchère des malheurs qui s’abattent sur Meijing. Le cinéaste donne l’impression de prendre un peu les spectateurs par la main pour qu’ils prennent partie pour la prostituée. Un regard plus distancé et moins appuyé sur le sort de la belle gagnerait plus facilement l’adhésion du public à ce mélodrame.

Heureusement, l’approche du réalisateur est assez originale. Il opère avec efficacité une sorte d’appel à témoins (nous les cinéphiles) dans les séquences de la cour d’assises où l’on ne peut s’empêcher de légitimer la descente en enfer de Meiying. Elle s’accuse du meurtre pour encourir une peine de mort et on se dit : " à sa place, on aimerait aussi se suicider plutôt que de supporter les aléas de cette putain de vie ! ".

Le pur hasard est qu’elle rencontre un jour Daosheng qui va lui payer un avocat de taille. Mais parviendera-t-il à la sauver ? Comment pourra-t-elle vivre après la disparition de son bambin ? Comment annoncer à son ancien amant l’existence de leur enfant ? Un film à voir assurément.

Christopher Violet, 20 février 2004

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L'EVENTAIL DE LA JEUNE DAME

 

L’Histoire de Wong Fei Hung /The Story of Wong Fei-Hung (1949) Hong Kong/N&B/Parlant
de Wu Pang
Avec : Kwan Tak Hing, Tso Tat Wah, Shek Kin.

Le célèbre docteur Wong Fei Hung va sauver la femme d’un pharmacien enlevé par un maître lubrique et affronter un autre maître d’arts martiaux jaloux.

Oubliez Jackie Chan, oubliez Lau Kar Fai (Liu Chia Hui), oubliez Jet Lee ou Chiu Man Chuk… Avec L’Histoire de Wong Fei Hung vous avez droit à Mr Wong Fei Hung himself ! Celui qui jouera le rôle une centaine de fois et incarnera le personnage aux yeux du public chinois pendant de nombreuses années. J’ai nommé : Kwan Tak Hing. Outre le fait de lancer une série à grand succès, L’Histoire de Wong Fei Hung a une autre valeur historique. Le film serait en effet le premier film de Kung Fu réalisé à Hong Kong (l’usage du conditionnel est de rigueur car les informations sur cette période restent relativement floues). Sa vision est donc de premier intérêt pour l’amateur de films d’actions à la HK… Mais il faut bien avouer que l’age du film se fait cruellement sentir.

L’intrigue et l’esprit de L’Histoire de WongFei Hung est ouvertement tourné vers le serial. Le scénario est clairement coupé en deux histoires différentes qui pourraient chacune faire l’objet d’un épisode de série TV et le film s’achève sur un " cliffhanger " dans la plus pure tradition du genre. De même, certains moments du film relèvent de cette orientation, comme cette trappe cachée menant à une cave remplie de serpents (fourberie du méchant !). Cependant l’excuse du serial n’est pas un joker ultime, et même comme cela il faut avouer que le scénario de L’Histoire de Wong Fei Hung n’est guère brillant. Le message du film se veut pédagogique (on enseigne les bonnes valeurs des arts martiaux) mais est surtout didactique. D’autant plus que le brave sifu et ses élèves s’accommodent de leurs principes un peu comme bon leur semblent. Le méchant a capturé la femme du pharmacien pour en abuser ? Allez hop, on le jette mourir avec ses serpents le sourire aux lèvres, car après tout " il l’a bien mérité ". Et que dire de ce moment, dans la seconde partie du film, où Wong Fei Hung après avoir prêché à ses élèves le calme et la non violence, décide d’aller se battre avec maître Wong Ya Pei parce qu’il aurait cherché à l’humilier (d’autant plus que le contexte ne donne pas forcément raison à Wong Fei Hung). Question philosophie des arts martiaux on a vu plus intelligent (Lau Kar Leung pour ne citer que lui) !

Kwan Tak HingLe film souffre aussi de son contexte de production. En 1949 les techniciens, réalisateurs et autres stars en provenance de Shanghai affluaient à Hong Kong. Elles apportaient un savoir faire indéniable mais qui sera en action avant tout sur les productions mandarines. Hors L’Histoire de Wong Fei Hung est un film cantonnais. Disposant de techniciens un peu moins compétents et de moyens financiers plus limités, cet état de fait se ressent sur le film. Les décors sont restreints, basiques, tout comme l’ensemble de la production value. La réalisation de Wu Pang peu inspirée, honnête tout au plus, mais surtout connaît un évident problème de rythme : Certaines séquences traînent bien trop en longueur pour n’aboutir à rien scénariostiquement parlant. Dans ce cas là, autant couper court ! Kwan Tak Hing de son coté s’en sort plutôt bien dans le rôle qui lui collera à la peau le reste de sa vie, il cherche encore ses marques mais a une certaine prestance même lors de sa délicate rencontre avec la gente féminine.

Les combats souffrent aussi, inévitablement, de l’âge. On est évidemment loin des chorégraphies virtuoses d’un Lau Kar Leung, Samo Hung, Ching Siu Tung et autres Yuen Woo Ping (dont le père, Simon Yuen, joue dans le film). Les combats de L’Histoire de Wong Fei Hung manquent de punch, de rythme, ressemblent à des démonstrations d’arts martiaux un peu téléphonés. Mais on retrouve tout de même en gestation tous les éléments qui feront la spécificité des films d’arts martiaux Hong Kongais. Les problèmes de rythme sont expliqués en partie par un montage basique : Les plans sont longs, très long parfois, nécessitant beaucoup d’énergie et de coordination pour les acteurs et aboutissant a de fréquents ratés et approximations. Reste que la technique est là, les participants (Kwan Tak Hing en premier lieu) savent ce qu’ils font et connaissent leur art. On trouve même de temps en temps des figures inspirées de l’opéra de Pékin (les chutes). Tout cela est encore maladroit mais fonde bien le genre si passionnant du film de Kung Fu de HK.

L’Histoire de Wong Fei Hung est une œuvre majeure dans le cadre de l’historique du film de Kung Fu made in Hong Kong mais il faut bien avouer qu’artistiquement le film est loin des chefs d’œuvre du genre. N’oubliez pas à la vision du film d’ajuster vos critères de réussite en fonction de ces données.

Arnaud Lanuque, 17 janvier 2004

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Deux Etoiles de la Voie Lactée (1931) Chine /Muet / N&B
de Shi Dongshan
Avec : Violet Wong, Raymond King.

Une belle et jeune chanteuse est recrutée par une compagnie cinématographique et se retrouve vite star suite au succès de son premier film. Elle entame une relation avec son partenaire à l’écran sans savoir le dilemme qui agite ce dernier…

Comme le dit le patron de la compagnie cinématographique mis en scène dans Deux Etoiles de la Voie Lactée : " Un film de qualité doit éduquer les gens et transmettre des valeurs culturelles ". Nul doute que c’est bien le cas de ce long métrage, témoin vivant de son époque et bien représentatif du conservatisme chinois. A noter que cette différence entre conservateur et progressiste est un élément important de compréhension du monde du cinéma de Shanghai dans la période 1930/1950.

Deux Etoiles de la Voie Lactée utilise le conflit classique de nombres d’histoires d’amour dramatiques, à savoir la confrontation entre amour et honneur. Ici l’amour qui unit les deux personnages est bien réel mais mis en péril par le précédent mariage de la star masculine, mariage arrangé par les parents de ce dernier. Aujourd’hui la résolution de ce conflit aboutirait probablement à la victoire de l’amour, soit dans la vie, soit dans la mort. Rien de cela dans l’œuvre de Shi Dongshan ! Ici le respect de la décision familiale est la plus importante (sa justesse n’est jamais remise en cause dans le film, le respect pour les aînés est total de bout en bout) et justifie que les personnages ne connaissent pas le bonheur amoureux (voire même trompe leur aimé pour y mettre fin). Evidemment, drame oblige, son acceptation par notre star masculine est douloureuse mais lui-même semble reconnaître sa juste valeur. Un message qui était probablement ciblé envers les classes populaires chinoises auxquelles le film était destiné (l’héroïne est issue de la campagne), et avec lequel celles ci étaient très certainement en accord. Dans le même ordre idée la ville est qualifiée de lieu sans moral alors que rien dans le film n’allait véritablement dans ce sens !

Si l’on peut trouver les idées conservatrices développées dans le film un peu périmé (mais très intéressante d’un point de vue historique) ce n’est pas là le principal défaut du film. C’est à la réalisation que revient ce privilège. Shi Dongshan prend beaucoup trop de temps à mettre en place son histoire, étirant les scènes longuement (le chant de l’héroïne dans le film qui lui donne la gloire) et resserrant les enjeux dramatiques du film trop tardivement. Le rythme du film s’en ressent et l’on regarde l’écran poliment mais souvent à la limite de l’ennui. L’immobilisme de sa caméra et les nombreux décors de studio n’arrangeant pas les choses.
Deux Etoiles de la Voie Lactée se révèle donc un film très passable, surtout intéressant pour la valeur historique de son message conservateur.

Arnaud Lanuque, décembre 2003

Deux Etoiles de la Voie Lactée

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L’Aube (1933) Chine/Muet/N&B
de Sun Yu
Avec : Li Lili, Gao Zhanfei.

Lingling et Zhang, un couple de paysans, se rendent à Shanghai pour y connaître une vie meilleure. Ils sont très vite confrontés aux dangers de la ville et aux exploiteurs qui la peuplent…

Troisième film de Sun Yu, L’Aube porte la marque progressiste et le talent cinématographique de son réalisateur.
L’Aube c’est avant tout un très beau portrait de femme, celui de Lingling cette jeune paysanne qui en allant à la ville va passer d’une jeune fille insouciante à une femme adulte et combattante. Sa venue à Shanghai est donc un pur voyage initiatique constellé d’épreuves dramatiques implacables. Lingling la paysanne est joyeuse et insouciante, pour elle le travail se fait dans le bonheur et la ville est un havre de paix. Ses valeurs morales sont strictes, les prostituées qu’elle aperçoit quand on lui fait découvrir la ville lui font horreur. Ces conceptions seront très vite bouleversées quand elle devient la proie des exploiteurs en tout genre. En l’espace d’une nuit elle est confrontée aux pires bassesses, violés à la fois dans sa chair et son esprit (flash back sur un moment de bonheur quand elle était au village qui se termine par un retour au présent ponctué d’un cri d’horreur). Même ceux qui se donnent les airs de la vertu (un vieillard, un aîné donc) la trahissent et elle se retrouve dans la même position que celles qu’elles condamnaient un peu plus tôt. Mais Lingling malgré toutes ces épreuves ne se laisse pas abattre. Elle entre de plain pied dans le monde adulte par un refus, la capacité de prendre ses propres décisions et en s'enfuyant de chez sa mère (maquerelle). Ayant affirmé sa volonté, fait ses choix de vie (lutter contre l’oppression) Lingling devient complètement épanouie. Nul doute que quand Zhang dit d’elle qu’elle est devenue la femme courageuse que toutes les Chinoises devraient être c’est Sun Yu qui parle. Le réalisateur est d’ailleurs très inspiré dans l’illustration de l’évolution que connaît Lingling, usant de flashbacks très bien amenés ou utilisant des accessoires pour symboliser les changements (le collier de châtaignes d’eau). Certains plans sont même carrément novateurs pour l’époque ! Ainsi la séquence du viol, bien que suggéré, ne fait aucun doute sur la nature de l’acte qui va se passer, le lit est bien visible dans le plan alors que le cinéma chinois de l’époque avait tendance à passer sous silence son usage " adulte ". Dans le même registre ces flashbacks sont teintés d’un érotisme puissant mais à la fois poétique, limite onirique (le champ de lotus). Tout simplement magnifique. La prestation de la jeune Li Lili est aussi remarquable, elle parvient à personnifier Lingling dans chaque étape de sa vie.

Mais L’Aube est aussi un film politiquement engagé. Dés le début du film, dans la campagne, Sun Yu désigne les ennemis : Les oppresseurs. Un terme général qui recouvre à la fois les seigneurs de guerre, les patrons… Tous ceux qui profitent du malheur des autres pour s’enrichir. Sun Yu démontre d’ailleurs régulièrement son intérêt pour les " petites gens ", que ce soit en ville ou à la campagne, il s’attarde sur leurs activités quotidiennes nous livrant au passage un témoignage unique sur la Shanghai des années 30. Le message révolutionnaire que comporte le film (surtout dans sa deuxième partie) peut paraître un peu simpliste aujourd’hui, après tant de désillusions sur les résultats des révolutions, mais replacé dans son contexte il prend toute sa valeur. Le soutien aux révolutionnaires est d’ailleurs plus fin qu’il n’y paraît à première vue, les révolutionnaires n’étant jamais désignés clairement, Kuomintang (certaines insignes militaires y font penser) ou communistes (la rhétorique employé en est très proche). A ce niveau Sun Yu ne tranche pas mais se place tout de même dans une optique progressiste et égalitaire. Sa conclusion est du même tonneau : à la fois dramatique mais tournée vers l’avenir, l’espoir d’une Chine meilleure. On ne pouvait rêver meilleure conclusion pour un aussi beau film.

Arnaud Lanuque, décembre 2003

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Avec Le Vent en Poupe (1957) Chine/Parlant/Couleur
de Sun Yu
Avec : Zhong Suhuang, Huang Yin, Zhang Yi.

Liang Ying est une jeune fille qui vient à peine d’obtenir son diplôme à l’école navale. Avec 3 de ses amis elle part pour un stage pratique de deux ans sur un bateau afin de devenir une vraie navigatrice. Elle se retrouve sur le " Peuple 91 " confronté à un capitaine conservateur…

Avec le Vent en Poupe est un film plutôt mineur dans la carrière de Sun Yu. D’un ton léger et gentiment propagandiste (probablement un contre coup obligatoire après le lynchage dont il fut l’objet de la part du gouvernement suite à son La Vie de Wu Xun), il permet tout de même à son auteur de faire une de ses spécialités : Un joli portrait de femme.

Le sujet de base est clairement dans la ligne du Parti Communiste de l’époque, montrant la nouvelle génération conquérante, patriote et travailleuse de Chinois. Et cela grâce au système éducatif mis en place par le gouvernement et les gentils commissaires du peuple, ça allait de soi ! Le coté propagandiste reste heureusement suffisamment léger pour que cela ne soit pas trop indigeste mais on a quand même régulièrement droit à des commentaires sur le " Peuple 91 ", " c’est NOUS qui l’avons construit ! ", ou sur la beauté de la Chine (indéniable il est vrai).

L’intérêt du film est de toute façon ailleurs, comme souvent chez Sun Yu c’est dans le portrait qu’il fait de Liang Ying, jeune fille à la personnalité vive qui, comme Lingling dans l’Aube va rentrer dans l’age adulte au cours du film. La " petite " Liang représente cet idéal de la femme chinoise : espiègle, pleine de vie et qui à force de travail et de dévouement devient responsable et épanouie. Ton léger oblige, l’évolution se fait avant tout dans les rires plutôt que dans les larmes. Sun Yu n’a jamais été le dernier à utiliser la comédie et ici aussi il le fait avec efficacité, l’impétuosité des jeunes navigatrices donne lieu à des situations comiques et amusantes régulières (surtout par rapport aux réactions du capitaine du bateau). Il ne va toutefois jamais jusqu’au bout de son potentiel comique, rendant la vision d’Avec le Vent en Poupe parfois un peu frustrante, comme l’atteste la scène où le capitaine, le médecin et le matelot Ma se rendent tous au chevet de Liang sans se faire repérer par les autres. Sa direction de l’actrice Zhong Suhuang est irréprochable par contre, celle ci donne corps à son personnage de " locomotive " (le surnom qui lui est donné au début du film) et se révèle très attachante et convaincante. De manière plus générale la réalisation de Sun Yu est honnête mais sans grande surprise, on retrouve certains de ses effets familiers (l’utilisation d’objets symbolisant les personnages, des travellings sur l’eau) mais l’ensemble est juste fonctionnel la plupart du temps.

Détail surprenant, la rivalité des sexes sur le bateau est à peine exploitée dans le film. On a bien droit à quelques commentaires du capitaine se plaignant du manque de compétence de ces jeunes navigatrices en formation mais c’est bien le seul à le dire alors qu’il ne fait aucun doute que l’opinion devait être très largement répandue dans la marine chinoise de l’époque. Dans le même esprit on sera surpris que l’élément sexuel soit aussi totalement absent du film, l’équipage uniquement masculin du navire se contentant d’être admiratif (ou de tomber amoureux pour les gradés et premiers rôles) envers ses nouvelles recrues. De vrais bonzes cet équipage… Ou alors c'est l’opération de la propagande, censure ou mentalité chinoise de l’époque (choisissez celui qui vous semble le plus approprié !).

Certainement pas ce que son auteur a fait de mieux, Avec le Vent en Poupe se laisse regarder poliment mais ne laissera probablement pas de grandes marques dans votre mémoire. D’autres Sun Yu sont à voir en priorité !

Arnaud Lanuque, décembre 2003

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Le Chant des Pécheurs (1934) Chine/Muet/N&B
de Cai Chusheng
Avec : Wang Renmei, Luo Peng, Yuan Congmei.

Suite a la naissance de jumeaux, une famille de pécheur s’enfonce dans la misère et connaît malheurs sur malheurs. Considéré comme l’un des films les plus représentatifs de la tendance " gauchiste " du cinéma de Shanghai des années 30, Le Chant des Pécheurs est surtout la quintessence du mélodrame chinois.

L’arrière fond politique n’est pas absent, on sent bien une critique des exploiteurs c’est à dire ici de la bourgeoisie. Une jolie séquence du film voit monter en parallèle les deux jumeaux chercher dans les poubelles leur maigre pitance alors qu’un couple de bourgeois s’amusent en gaspillant du vin. On ne peut faire plus limpide : les bourgeois exploitent, profitent alors que les pauvres gens survivent à peine. Et le film nous réserve d’autres moments où les bourgeois peuvent montrer toute leur inhumanité. Mais ce message manque manifestement de subtilité, c'est une critique que l’on peut faire à l’ensemble du film d’ailleurs.

Car dans Le Chant des Pécheurs la surenchère est de mise du début jusqu'à la fin ! C’est vrai après tout, pourquoi se contenter de quelques péripéties quand on peut faire abattre tous les malheurs du monde sur ses personnages ? Résultat, le film propose une nouvelle catastrophe dans chaque séquence ! Le montage en rajoute une couche dans ce sens puisque les moments sans actions (comprenez sans malheur) nous sont épargnés (sic), ainsi le passage de l’état de bébé à celui d’adolescent des deux jumeaux ne nous est pas montré, on passe directement au moment où les bambins sont devenus grands afin qu’on puisse avoir droit à la séparation (déchirante bien sûr) avec leurs amis d’enfance. Ceux à la recherche de drame lacrymal ne pourront que se réjouir à la vision du Chant des Pécheurs, ils en auront pour leur argent ! Et le film avait certainement eu un bon impact sur le public chinois de l’époque. Mais à trop vouloir en rajouter Cai Chusheng rate le plus souvent sa cible. Son accumulation de malheurs est telle que l’on peut difficilement prendre au sérieux les mésaventures des jumeaux et de leur famille. Le résultat verse même quelque fois dans un parodique involontaire : " donne-moi cette bouteille, ma mère est aveugle et n’a que moi pour survivre " " Moi ma mère est paralysée et mon père s’est cassé la jambe ! "

A cause de ces excès lacrymaux le film perd de sa force, que ce soit dans son message politique ou dans sa volonté dramatique. Il reste un métrage empreint d’une valeur historique et symbolique, mais ça ne consolera pas le spectateur lassé qu’on veuille lui tirer des larmes à ce point là.

Arnaud Lanuque, décembre 2003

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La Rose de Pushui (1927) Chine/Muet/N&B (et teinté)
de Hou Yao et Li Minwei
Avec : Li Dandan, Li Chuchu, Ge Cijiang.

Un futur lettré tombe amoureux d’une jeune princesse. Leur romance est mise en danger par l’irruption d’un bandit et sa bande qui souhaite obtenir la main de la jeune femme.

Un des plus vieux films présenté dans ce festival, La Rose de Pushui est une adaptation d’un opéra célèbre. Sur un canevas romantique le film cherche à offrir un spectacle total : comédie, action et même fantastique s’y côtoient.

La relation entre Chang Kung (le lettré) et Ying Ying (la jeune fille) est placée sous le signe de l’amour courtois. En accord avec la morale de 1927, les personnages même amoureux restent distants et ne se livrent jamais à des effusions sentimentales (ne parlons même pas de rapports sexués !). Chang Kung et Ying Ying sont aussi conformes en cela avec leurs alter ego de l’opéra. L’absence de rapports sentimentaux plus voyants limite forcément l’impact que peut avoir la relation pour le spectateur de 2003 mais dans le cadre général du film (adaptation d’opéra, mœurs différents et durée du métrage réduit) cela ne pose pas de véritables problèmes.

La partie comédie est plus diluée à travers le récit, elle se sent surtout dans les réactions de certains personnages (le moine en second, le messager) plus outrés que la moyenne (muet oblige les expressions du visage sont assez marquées). Pas du tout envahissantes, ces parties comiques contribuent à leur manière au spectacle agréable qu’est La Rose de Pushui.

L’action est probablement l’élément le plus intrigant du film. Très proche de la représentation théâtrale (certains costumes sont quasi identiques, la violence absente), on sent cependant une volonté du réalisateur d’utiliser l’outil cinématographique afin de dynamiser les combats. Il s’essaye ainsi à un montage plus rapide des plans et use de teintes afin d’intensifier l’intensité de la bataille. On retrouve aussi dans ses affrontements certains motifs qui deviendront emblématiques d’un certain cinéma d’arts martiaux tel que le combat 1 contre 100. Les chorégraphies quant à elles manquent un peu de précision et de style mais portent déjà leur marque chinoise. Il est fascinant de voir qu’en 1927 tous les éléments étaient déjà présents !

Enfin, La Rose de Pushui nous gratifie d’un étonnant passage fantastique où notre jeune lettré use d’un pinceau (symbole de son art intellectuel) géant afin de terrasser le bandit (variation sur l’idée que la plume est plus forte que l’épée en quelque sorte). Le clou de la séquence étant une poursuite entre le bandit à cheval et Chang Kung sur le dit pinceau ! Rien de moins que le meilleur moment de ce sympathique film !

Arnaud Lanuque, décembre 2003

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La Légende de Lu Ban (1958) Chine/Parlant/N&B
de Sun Yu
Avec : Wei Heling, Li Wei, Zhong Shuhuang, Guan Hongda.