Les films asiatiques présentés (2/2) Corée du Sud Trois films sud-coréens cette année, le nouveau " hardgore thriller " de Kim Sung-Hong (réalisation) et Yeo-Hye-Young (scénariste), Say Yes ; le dernier film de Ki-Duk Kim, Real Fiction ; et la suite de Gingko Bed, Legend of Gingko de Je-Hyun Park (produit par Kang Jegyu, réalisateur de Shiri), que je nai pas pu voir par manque de temps. Le thriller Say Yes baignait dans une tension paranoïaque bien peu asiatique: ce film est presque plus américain quHollywood de par cette peur viscérale de " lhorreur intérieure ", cest-à-dire la sauvagerie latente dans toute modernité. A cet égard, M., le tueur piégeant les braves et cultivés citadins, apparaît comme une figure fantasmée de la tyrannie : devant le marché irrationnel quil propose à Jung sous la torture (" demande-moi de tuer ta femme, et jarrête "), on ne peut oublier la situation politique schizophrénique de la Corée, partagée entre hyper-capitalisme et dictature. Real Fiction, avec un tout autre niveau dexigence artistique, danse lui aussi sur le fil de la folie sociale ; le parcours meurtrier de I. sérige en geste de résistance à une violence sociale latente. SAY YES, Kim Sung-Hong Jung (Ju-Hyuk Kim) a obtenu une avance sur son dernier livre ; il peut emmener sa femme Yoon (Sang Mi Chu, actrice
de The Soul Guardian) sur la côte, pour ce voyage de noce tant retardé. Mais il
croise le chemin dun inquiétant auto-stoppeur, qui se fait appeler M. (la star
Joong-Hoon Park). Dès lors, leur voyage devient une lente descente aux enfers, M. se
révélant un maniaque diabolique et meurtrier. Il propose à Jung un marché
infâme : il les laissera tranquille, si il accepte de voyager avec lui
Say yes.
Say Yes est, selon ses auteurs, un " hardgore thriller " ; on veut bien accepter ce vocable devant les séquences de tortures sauvages et graphiques qui ponctuent le film. Mais Say Yes est avant tout un maniac-road movie (pas mal non plus, non ?), dont le film Hitcher constitue la réussite majeure ; cest bien simple, Say Yes en est un remake, accentuant cependant, assez finement dailleurs, la rivalité amoureuse malsaine entre le maniaque et sa victime. Joon-Hoong Park, le policier chiffonné de Sur La Trace Du Serpent (Nowhere to Hide) joue remarquablement de sa laideur et compose un tueur singulièrement mou et apathique, dont les accès de brutalité sauvage ne sont que plus frappants.
REAL FICTION , Ki-Duk KimI. est peintre de rue. Après une matinée difficile, où les gangs du quartier samusent à ses dépens, il suit sur sa demande une jeune vidéaste. Pénétrant dans un théâtre, un acteur, à force de coups et de mots, dévoile la haine que I. porte en lui. Lacteur lui offre alors une arme et lui ordonne de labattre, puis de tuer tous ceux qui lont souffrir. I. sexécute Il a laprès-midi devant lui. Réalisé en 2000 par le cinéaste de LIle, Real Fiction est un film paradoxal. Filmé quasiment en temps réel dans une esthétique réaliste (décor réels, plan-séquence) mais sans singer le reportage (limage est au contraire posée, anodine sans laideur), la trajectoire de I. est lexpression dune pulsion de haine déshinibée, sans pitié, sans émotion. Et peu importe que le climat soit à la promenade et à lamour, I. continue ce quil a décidé, jusquau bout, au mépris des conséquences et surtout de la vitalité quil ne voit plus autour de lui. Comme pris de peur devant laudace de son projet, Ki-Duk Kim clôt son film sur une image qui montre que tout ça nest " que " du cinéma (léquipe techniques et les acteurs rejoignent joyeusement I. dans le champ) ; mais lémotion de la confrontation à une haine absolue fait de Real Fiction un véritable brulôt politique. Quel rapport avec le fantastique ? Peut-être donner à voir linimaginable. Hong Kong FULL TIME KILLER, Johnny ToDeux tueurs, le cabotin cinéphile Tok (Andy Lau) et limpassible O (Sorimachi Takachi) saffrontent. Une jeune femme, Chin, est partagée entre les deux hommes. Un agent dInterpol (Simon Yam) les traquent. Après avoir fait le tour des festivals (Berlin, Deauville) le film de To passait par Bruxelles avant de partir pour Udine. Nayant pas vraiment suivi la carrière de To depuis Beyond Hypothermia, et donc ignorant des réussites de MilkyWay prod., je dois dire que jai été séduit par le côté "Hong Kongs Greatest Scenes " des séquences daction (dans un H.L.M., dans une bibliothèque, dans un hangar, en pleine rue (Kirk Wong ?) ), et surtout par le contre-emploi de Andy Lau en tueur cabotin et cynique. Et jai été TRES impressionné par lironie avec laquelle Full Time Killer met en abyme son statut de " blockbuster ", jusquà se mordre la queue. les personnages de Full Time Killer ne cessent de sépier, de se raconter lun lautre, de construire mutuellement leur propre légende en sappuyant sur le cinéma, sans être sûr quelle survive à leur mort. Tout devient affaire de notoriété de succès. La mise en scène, en accumulant les références et les images-symboles, en fragmentant son récit, en cherchant à tout prix à ne pas " se faire oublier ", signale en même temps la vacuité de cette accumulation de ciné-nécrophile. A mon sens, lun des plus beaux plans du film est cette plongée inattendue dans une tombe, jusquà être placé nez à nez avec un cadavre : le film de Johnny To effectue le même travail de déterreur de cadavres (des succès hongkongais), sans être dupe de linutilité de ce retour en arrière. Et en plus, le film a marché
BILAN Malgré la qualité des films présentés, leur éclectisme ne présentaient pas dunité générale permettant dévoquer une quelconque spécificité fantastique typiquement asiatique. Mais le Bifff semblait navoir pas tenter de dresser un état des lieux du cinéma fantastique asiatique, mais plus -en tout cas pour cette année- de pimenter une sélection effervescente dune touche dexotisme orientale. Au final, il reste la grande déception quaucun film asiatique nait obtenu de prix cette année, malgré leurs mérites ; cest le bourrin Dog Soldiers de Neil Marshall (un commando cerné par des loup-garous ) qui a remporté le Corbeau dOr. Yves - Avril 2002 Retour au début de la présentation du festival de Bruxelles Les articles n'engagent que leurs auteurs. Toute reproduction d'un article du site en vue d'une édition doit faire l'objet d'une demande. Les photos utilisées pour illustrer ce site sont tirées de magazines, d'autres sites ou de VCD. Si les personnes possédant les copyrights sur ces photos ne souhaitent pas les voir figurer dans ce site, qu'elles nous préviennent, nous les retirerons. |