bifff2002.gif (6641 octets)Festival de Bruxelles 2002

Les films asiatiques présentés (2/2)  


 

Corée du Sud 

Trois films sud-coréens cette année, le nouveau " hardgore thriller " de Kim Sung-Hong (réalisation) et Yeo-Hye-Young (scénariste), Say Yes ; le dernier film de Ki-Duk Kim, Real Fiction ; et la suite de Gingko Bed, Legend of Gingko de Je-Hyun Park (produit par Kang Jegyu, réalisateur de Shiri), que je n’ai pas pu voir par manque de temps. Le thriller Say Yes baignait dans une tension paranoïaque bien peu asiatique: ce film est presque plus américain qu’Hollywood de par cette peur viscérale de " l’horreur intérieure ", c’est-à-dire la sauvagerie latente dans toute modernité. A cet égard, M., le tueur piégeant les braves et cultivés citadins, apparaît comme une figure fantasmée de la tyrannie : devant le marché irrationnel qu’il propose à Jung sous la torture (" demande-moi de tuer ta femme, et j’arrête "), on ne peut oublier la situation politique schizophrénique de la Corée, partagée entre hyper-capitalisme et dictature. Real Fiction, avec un tout autre niveau d’exigence artistique, danse lui aussi sur le fil de la folie sociale ; le parcours meurtrier de I. s’érige en geste de résistance à une violence sociale latente.

 

SAY YES, Kim Sung-Hong

Jung (Ju-Hyuk Kim) a obtenu une avance sur son dernier livre ; il peut emmener sasayyes.gif (48650 octets) femme Yoon (Sang Mi Chu, actrice de The Soul Guardian) sur la côte, pour ce voyage de noce tant retardé. Mais il croise le chemin d’un inquiétant auto-stoppeur, qui se fait appeler M. (la star Joong-Hoon Park). Dès lors, leur voyage devient une lente descente aux enfers, M. se révélant un maniaque diabolique et meurtrier. Il propose à Jung un marché infâme : il les laissera tranquille, si il accepte de voyager avec lui…Say yes.

Say Yes est, selon ses auteurs, un " hardgore thriller " ; on veut bien accepter ce vocable devant les séquences de tortures sauvages et graphiques qui ponctuent le film. Mais Say Yes est avant tout un maniac-road movie (pas mal non plus, non ?), dont le film Hitcher constitue la réussite majeure ; c’est bien simple, Say Yes en est un remake, accentuant cependant, assez finement d’ailleurs, la rivalité amoureuse malsaine entre le maniaque et sa victime. Joon-Hoong Park, le policier chiffonné de Sur La Trace Du Serpent (Nowhere to Hide) joue remarquablement de sa laideur et compose un tueur singulièrement mou et apathique, dont les accès de brutalité sauvage ne sont que plus frappants.

 

REAL FICTION, Ki-Duk Kim

I. est peintre de rue. Après une matinée difficile, où les gangs du quartier s’amusent à ses dépens, il suit sur sa demande une jeune vidéaste. Pénétrant dans un théâtre, un acteur, à force de coups et de mots, dévoile la haine que I. porte en lui. L’acteur lui offre alors une arme et lui ordonne de l’abattre, puis de tuer tous ceux qui l’ont souffrir. I. s’exécute…Il a l’après-midi devant lui.

Réalisé en 2000 par le cinéaste de L’Ile, Real Fiction est un film paradoxal. Filmé quasiment en temps réel dans une esthétique réaliste (décor réels, plan-séquence) mais sans singer le reportage (l’image est au contraire posée, anodine sans laideur), la trajectoire de I. est l’expression d’une pulsion de haine déshinibée, sans pitié, sans émotion. Et peu importe que le climat soit à la promenade et à l’amour, I. continue ce qu’il a décidé, jusqu’au bout, au mépris des conséquences et surtout de la vitalité qu’il ne voit plus autour de lui. Comme pris de peur devant l’audace de son projet, Ki-Duk Kim clôt son film sur une image qui montre que tout ça n’est " que " du cinéma (l’équipe techniques et les acteurs rejoignent joyeusement I. dans le champ) ; mais l’émotion de la confrontation à une haine absolue fait de Real Fiction un véritable brulôt politique. Quel rapport avec le fantastique ? Peut-être donner à voir l’inimaginable.

 

Hong Kong

FULL TIME KILLER, Johnny To

Deux tueurs, le cabotin cinéphile Tok (Andy Lau) et l’impassible O (Sorimachi Takachi) s’affrontent. Une jeune femme, Chin, est partagée entre les deux hommes. Un agent d’Interpol (Simon Yam) les traquent.

Après avoir fait le tour des festivals (Berlin, Deauville) le film de To passait par Bruxelles avant de partir pour Udine. N’ayant pas vraiment suivi la carrière de To depuis Beyond Hypothermia, et donc ignorant des réussites de MilkyWay prod., je dois dire que j’ai été séduit par le côté "Hong Kong’s Greatest Scenes " des séquences d’action (dans un H.L.M., dans une bibliothèque, dans un hangar, en pleine rue (Kirk Wong ?)…), et surtout par le contre-emploi de Andy Lau en tueur cabotin et cynique. Et j’ai été TRES impressionné par l’ironie avec laquelle Full Time Killer met en abyme son statut de " blockbuster ", jusqu’à se mordre la queue. les personnages de Full Time Killer ne cessent de s’épier, de se raconter l’un l’autre, de construire mutuellement leur propre légende en s’appuyant sur le cinéma, sans être sûr qu’elle survive à leur mort. Tout devient affaire de notoriété… de succès. La mise en scène, en accumulant les références et les images-symboles, en fragmentant son récit, en cherchant à tout prix à ne pas " se faire oublier ", signale en même temps la vacuité de cette accumulation de ciné-nécrophile. A mon sens, l’un des plus beaux plans du film est cette plongée inattendue dans une tombe, jusqu’à être placé nez à nez avec un cadavre : le film de Johnny To effectue le même travail de déterreur de cadavres (des succès hongkongais), sans être dupe de l’inutilité de ce retour en arrière. Et en plus, le film a marché…

 


BILAN

Malgré la qualité des films présentés, leur éclectisme ne présentaient pas d’unité générale permettant d’évoquer une quelconque spécificité fantastique typiquement asiatique. Mais le Bifff semblait n’avoir pas tenter de dresser un état des lieux du cinéma fantastique asiatique, mais plus -en tout cas pour cette année- de pimenter une sélection effervescente d’une touche d’exotisme orientale. Au final, il reste la grande déception qu’aucun film asiatique n’ait obtenu de prix cette année, malgré leurs mérites ; c’est le bourrin Dog Soldiers de Neil Marshall (un commando cerné par des loup-garous…) qui a remporté le Corbeau d’Or.  

Yves - Avril 2002

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