Deauville 2002 : Clichés d’Asie


 

Udine 2001 le laissait penser, Deauville 2002 vient le confirmer. Le cinéma asiatique peine de plus en plus pour offrir une alternative originale et séduisante au cinéma occidental. Pas grand chose d’intéressant à voir donc, si ce n’est que le festival offrait un joli panorama de tous les travers qui guette les cinématographies d’extrême orient.

 

1. le film pour festival ou world cinema

l'actrice et la scénariste de Whispering SandsDepuis longtemps, des producteurs et des réalisateurs ont compris que le public de festival offrait un véritable marché qu’il était très tentant d’exploiter. Conçus pour l’« art et essai », les films de festival se veulent sérieux, mettent l’accent sur les relations humaines ou sur la critique sociale, préfèrent une esthétique sobre (plans fixes et longs, jolie photo). En provenance d’Asie, ils apportent une petite touche d’exotisme à des produits par ailleurs déjà sureprésentés dans nos pays.

Si au départ, l’idée de voir un film indonésien, pouvait laisser penser que l’expérience allait être dépaysante, le générique de Whispering Sands ramène immédiatement le spectateur à l’implacable réalité du « world cinema » conçu pour les festivals. Produit par la NHK, post production en Australie, tourné en dolby digital, ce film n’a d’indonésien que ses acteurs et son réalisateur. Quant à l’histoire, elle reprend les mêmes clichés que le tout venant du cinéma misérabiliste : une mère courage (mais possessive), une jeune fille rêveuse, un monde cruel, des hommes dépravés. Le tout beigne dans une belle photo, de jolis cadrages et du sable, beaucoup de sable…

Le film philippin Deathrow n’échappe pas à la règle. Plus trash dans sa forme comme sur le fond, l’histoire se déroule dans l’univers carcéral, il ne sert finalement pas un autre discours que Whispering Sands. Tous les lieux communs du film de prison y sont joyeusement recyclés. La mère courage s’est changé en avocate qui défend la veuve et l’orphelin. La jeune fille s’est muée en malheureux orphelin accusé à tord d’un crime. La prison regorge évidemment de matons corrompus et de prisonniers sodomites.

 

2. Le blockbuster asiatique

MusaDepuis quelques années émergent les blockbusters panasiatiques. Ces grosses productions coproduites par plusieurs pays ont pour objectif d’offrir une réponse aux chars d’assaut américains. Malheureusement ils en reprennent également les travers…

Cette année Musa représentait cette mouvance, un film de guerre en costume sino-coréenne. Dans cette superproduction, une troupe coréenne tente de sauver une princesse chinoise des Mongols dans le but d’obtenir audience au près des Chinois afin de rétablir la paix entre la Corée et la Chine. Comme la plupart des blockbusters, Musa sacrifie la subtilité à l’efficacité. Non content d’offrir un discours guerrier primaire et une psychologie simpliste, le réalisateur ne parvient même pas à faire preuve d’originalité pour ce qui est de l’action. Il plonge sa caméra au milieu de la bataille, filmant de trop près et en caméra épaule pour donner une impression de chaos. Quelques effets de slow motion sont là pour assurer le côté esthétique d’une bouillie visuelle qui devient très vite lassante. Même Zhang Zi-yi ne parvient pas à sauver le film, tant son personnage reste limité à quelques bouderies princières…

Certes, on pourra toujours répondre qu’un blockbuster n’a pas pour vocation d’être subtile. Il existe néanmoins des films à grand spectacle comme Il était une fois en Chine (pour rester en Asie) qui savent conjuguer le plaisir immédiat d’un grand spectacle avec une certaine ambition esthétique et thématique. De ce point de vue Musa est très loin de ce type de projet. A réserver au pro-militariste qui se régalent avec des tueries bien sanglantes.

 

3. Le film d’exploitation

L’industrie cinématographique asiatique repose fondamentalement sur le film à formule. Reprenant sans originalité un cahier des charges imposé par un succès commercial, on pouvait voir Waterboys à Deauville. Le principe est simple : mettre une bande d’ados dans une situation inhabituelle. Dans ce film ils devaient s’initier à la nage synchronisée. Malheureusement, comme la plupart des films d’exploitation, celui-ci se contente de reprendre tous les clichés et les stéréotypes de la formule mise en place. Que se soit les personnages ou les situations, tout est ici ultra-prévisible, ennuyeux au possible. Et dire que la salle riait ! Comme quoi, le public français n’est pas si difficile que cela…

 

4. Le film sous influence

Pour le reste, c’est à dire Failan et Rules Of The Game, un film coréen et un film taiwanais, le bon vouloir des réalisateurs ne suffisait pas à masquer le manque de personnalité de leurs films. Pour Failan, la première partie ressemblait à du sous Kitano puis dérivait dans la deuxième vers une bluette à la Coréenne, c’est à dire l’art de monter en épingle une relation insignifiante. Ici le gangster kitanien s’éprend de la femme qu’il a épousée lors d’un mariage blanc et qu’il n’a entraperçu une fois. Une brave chinoise d’ailleurs qui travaille beaucoup, mais qui tombe malade et meurt (oui je sais, on ne fait pas dans la dentelle en Corée). Là encore les personnages sont communs, la mise en scène quelconque. La jolie histoire a pourtant suffit à faire de se film le triomphe du festival (plein de prix !).

Pour ce qui est de Rules Of The Game, le réalisateur lui ne parvient jamais non plus à sortir de ses influences. Entre Tarantino et les frères Cohen, il met en scène toujours aussi platement (Dieu que c’est lent !) une comédie policière qu’on a l’impression d’avoir dix fois. C’est convenu et attendu. Une fois de plus.

 

Pas grand-chose à tirer de ce festival sur le plan cinématographique donc. Ou si peut-être, l’esthétique hétérogène de l’anime Metropolis qui mêle l’imagerie numérique dernier cri avec un dessin inspiré des cartoon des années 30. Dommage que l’histoire se contente de ressasser une thématique déjà largement exploitée entre monde déshumanisé et machine toujours plus humaine. Il était quand même possible d’entrevoir dans ce film ce qui manquait cruellement aux autres : des idées de cinéma, une recherche esthétique, des plans originaux. Une denrée rare cette année à Deauville.

 

Laurent HENRY – mars 2002

 


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