Bilan 2001 : L’année d’Herman

Contrairement à bien des apparences, l’année 2002 n’est pas encore l’année du renouveau du cinéma HK. Certes, on désespérait depuis un moment de ne plus voir de grands films en provenance de l’ex colonie et cette année nous aura permis de nous régaler. Mais certaines réussites ne doivent pas faire oublier qu’en termes de création et de renouvellement, cette année à été bien pauvre.

Pour la première fois depuis bien longtemps, nos chers distributeurs hexagonaux se sont intéressés à d’autres personnes que Wong Kar Wai pour sortir des films en provenance de Hong Kong. Situation inédite et surtout paradoxale. En France, jamais le cinéma asiatique n’a bénéficié d’une telle exposition : distribution en salle de Time And Tide , The Mission, Fist Of Legend (et prochainement Tai Chi Master, Little Cheung) ou bien encore l’implication des éditeurs qui nous auront offert pour la première fois des éditions DVD de qualité comme les Il Etait Une Fois En Chine, In The Mood For Love ou le travail de HK Vidéo.

Objectivement, on peut se considérer comme chanceux de pouvoir bénéficier d’un tel traitement car le nombre de spectateurs pour ces films n’a pas toujours été celui escompté : pour un Fist Of Legend qui attire 300 000 spectateurs, The Mission, malgré un bon accueil critique n’aura fait venir que 38 000 curieux (il est vrai que le film est sorti pendant le mois d’août la même semaine que La Planète Des Singes) et Time And Tide (courez voir ce film en salle !) aura bien du mal à atteindre les 60 000 spectateurs (c’est déjà beaucoup diront certain mais pas assez). Les incompréhensions culturelles subsistent, ou plutôt, un certain mépris accompagne encore la sortie de ces films malgré le fait qu’ils soit défendue par une bonne partie de la critique. Si l’on regarde bien, le seul film qui ait réellement tiré son épingle du jeu (en mettant de côté les films européens ou américains de Jet Li et Jackie Chan) reste Fist Of Legend. Bref, sans tête d’affiche, les films HK ont du mal à trouver leur public. Beaucoup ne font pas l’effort d’aller voir ces films en salle, leur préférant une relecture US prémachée et aseptisée (il n’y a qu’à regarder les entrées de Rush Hours 2, KOD ou The One pour s’en convaincre). Cela montre à quel point cette situation est fragile, le report de China Strike Force (produit pourtant éminemment commercial) ou encore de Juliet In Love en est la preuve. Si ses sorties cinéma ne servent pas à éclairer une sortie vidéo, on peut être sûr qu’a court terme, plus aucun distributeur ne prendra le risque de sortir ces films (voir à ce sujet l’article paru dans Les Cahiers Du Cinéma du mois de janvier sur la distribution du film Eureka, on ne peu plus révélateur).

 La problématique est un peu différente en ce qui concerne le marché vidéo. Le cinéma de Hong Kong produit une majorité de film de genre et ce type de « produit » aura toujours un public grâce à la vidéo ( Seagal et Van Damme restent encore rentable grâce à ce marché). Mais on peut s’inquiéter de ce qu’il en restera lorsque l’effet de mode sera retombé ou lorsque l’aura de Jet Li aura disparu à force de se compromettre dans des films (Kiss Of The Dragon ou The One, mon dieu !) dont même Van Dame refuserait le scénario (non la, je déconne). Van Dame justement, qui nous aura plutôt étonné cette année avec un très bon Replicant (la faute à Ringo Lam, décidément le seul qui aura réussi à en tirer quelque chose, avec Benjamin Castaldi). Bref, s’il nous reste encore beaucoup de films de qualité à découvrir (à quant une distribution chez nous de King Of Comedy, Fong Sai Yuk, The Longest Nite ou encore The Mistress ?, sans parler des classiques de la ShawBrother…, le réservoir est immense). Le plus inquiétant reste le futur, car au vue de la production cinématographique hongkongaise de cet année, il y a du soucis à se faire.

 

Car, outre la recrudescence de la piraterie, ce qui aura marqué le plus l’année 2001 est le mal qu’auront eu les nouveaux réalisateurs à confirmer l’espoir placé en eux ou à se renouveler. A cet égard, les plus belles réussites artistiques de l’année auront été celles de vieux briscards qui se sont véritablement interrogés sur la place qu’occupe la culture asiatique dans ce cinéma. Shaolin Soccer et Legend Of Zu ont survolé les débats de la tête et des épaules. Si Stephen Chow a choisi avec succès (énorme carton au box office HK !) la voie de la comédie délirante pour amorcer cette réflexion, Tsui Hark, comme à son habitude, ne facilite le travail à personne. Trop personnel, trop grand, trop froid, trop vite et presque inhumain, Legend Of Zu n’a pas du tout rencontré le succès espéré (ça vous étonne ?) et a laissé plus d’un spectateur sceptique. Certains reprochent au film de n’être qu’une enfilade de morceaux de bravoure ou de n’être qu’un délire esthétique, sans se rendre compte que derrière cet apocalypse visuel se cache une véritable réflexion sur la part d’humanité qu’il nous reste. Film politique, Legend Of Zu a aussi l’intelligence de ne pas surfer sur la mode du miroir déformant que renvoie Hollywood du cinéma asiatique. Bref, le maître est de retour et il prouve que son escapade hollywoodienne ne l’a pas affaibli.

La preuve, Master Q 2001 aura été une bonne surprise (toujours sous l’impulsion de Tsui Hark via la Workshop). Sous ses dehors de film pour enfants (ce qu’il est avant tout), le film d’Herman Yau s’amuse de tout les travers de la société chinoise. Un bon point pour Herman Yau, qui nous avait habitué au pire à travers ses catégorie 3 (Ebola Syndrome ou The Untold Story : pas de quoi passer à table) et qui semble avoir acquis une certaine conscience politique au vue de son From The Queen To The Chief Executive, tourné aussi cet année. Film atypique dans la production cinématographique de Hong Kong, From The Queen…, en nous contant la situation inextricable de certains prisonniers, malgré quelques défauts, emporte l’adhésion. Si on rajoute à cela son travail sur Legend Of Zu, Herman Yau aura été une des personnalités de l’année. 

Par contre, les champions qui ont trusté le box office (hors Stephen Chow bien sur) auront vu leur système tourné à vide. Si l’on n’attend plus grand chose d’un Jackie Chan depuis bien longtemps en pilotage automatique (The Accidental Spy, sur le papier, avait pourtant de quoi séduire), le plus étrange aura été la tournure qu’a pris la carrière de Johnny To. Pas moins de quatre films cette année : Wu Yen, Love On A Diet, Full Time Killer et Running Out Of Time 2 et surtout la désagréable impression que le cynisme a finit par l’emporter. Apres une année 2000 en demi-teinte (Loving You et Help !), Johnny To a profité de 2001 pour remplir le tiroir caisse. Au moment ou les sirènes internationales se font entendre, son cinéma aura été emblématique d’un problème de plus en plus préoccupant ces dernier temps : une incapacité flagrante à se renouveler. Sauf que ce qui différencie Johnny To de la moyenne des réalisateurs de Hong Kong, c’est qu’il en est conscient et qu’il s’en amuse (visiblement, le public n’en demande pas plus). Il devient de plus en plus dur pour les cinéastes de trouver une échappatoire ou une bulle d’oxygène. Hollywood récupère petit à petit le savoir faire de Hong Kong (on a jamais vu autant de Kung Fu dans des films américains que cette année) et ses tics visuels (on ne compte plus le nombre de personnes qui ont marché au ralenti cette année) ce qui semble mettre dans l’embarra une bonne partie de la profession. Il faut chercher de nouvelles règles, de nouveaux codes et de nouvelles figures pour que ce cinéma reste atypique et malheureusement, Tsui Hark apparaît comme le seul qui pour l’instant peut résoudre une telle équation. Pour un Hit Team plutôt sympathique et un Runaway à côté de la plaque, Dante Lam termine l’année en se faisant viré du plateau de Running Out Of Time 2. Marco Mak ne confirme pas l’essai de The Blood Rules et reste prisonnier de ses tics visuels sans jamais tenter de les adapter à son propos (A Gambler’s Story, Cop On A Mission). Laurence Ah Moon se fait beaucoup moins ambitieux (Gimme, Gimme, qui reste un peu au dessus de la mêlée quand même).

Patrick Leung lui, après un Task Force prometteur ou il réglait ses comptes avec ses aînés (en leur rendant hommage), nous plonge dans la perplexité tant il a perdu toute ambition (Born Wild, La Brassiere). Ann Hui aura confirmé toute la difficulté de produire des films à Hong Kong tout en conservant sa liberté créatrice : Visible Secret a bien rapporté de l’argent mais le résultat est presque indigne d’elle. Espérons que le succès de ce film lui permettra de se concentrer sur des projets un peu plus ambitieux. La paresse est ce qui aura le mieux caractérisé Joe Ma cette année, autant en termes de production que de réalisation (Feel 200%, United We Stand And Swin, vraiment pas de quoi se réveiller la nuit) et nous passerons sous silence la production annuelle d’andrew Lau et de Jingle Ma, tous deux créateurs formels dont le génie narratif et la profondeur thématique n’ont pas besoin des louanges du HK Cinémagic pour être apprécié à leur juste valeur. A la lecture de tout ceci (les films de Noel n’ont pas encore été vu), on peut effectivement être inquiet. Fruit Chan, qui a signé cette année un magnifique Durian Durian, l’a réalisé grâce à des fonds étrangers, l’étiquette « auteur » lui interdisant pratiquement tous capitaux venant de Hong Kong. 

Pour le meilleur et surtout pour le pire, cette année a encore vu les bluettes sans intérêt occuper le haut du box office. Le seul genre qui réussit à résister à l’invasion américaine. Le polar est complètement tombé en désuétude, le wu xia pian et le kung fu pian ne font plus d’entrées (et ne sont plus prêts d’en faire, la relève martiale n’étant toujours pas assurée) et même les catégories trois se font regardables. Bref, à part Tsui Hark, tout le monde a ravalé ses ambitions. Une année résumée dans le titre du dernier Patrick Yau : Loser’s Club (à ce titre et pour terminer sur une note d’espoir, nous n’avons toujours pas vu ce film, peut-être la confirmation d’un talent…). 

 

Petit bilan complètement subjectif : 

LEGEND OF ZU

DURIAN DURIAN

FROM THE QUEEN TO THE CHIEF EXECUTIVE

SHAOLIN SOCCER

MASTER Q 2001

 

 

David Aneas janvier 2001