Bilan 2001 : Mieux ou pire ?

 

Après une année 2000, qui a vu triompher In The Mood For Love et Tigre et Dragon sur les marchés internationaux, le cinéma de Hong Kong a réussi à faire revenir le public local dans les salles. Mais si la qualité technique de la production tend à s’améliorer, les bons films restent une denrée rare…

 

Every Day Is My ValentinePour résoudre la crise, qui malmène le cinéma hongkongais depuis plusieurs années déjà, les producteurs et les réalisateurs avaient trouvé comme réponse la bluette sentimentale. Lancé par le lacrymal Fly Me To Polaris (1999), le succès de la formule ne s’est jamais démenti depuis. On observe cependant quelques évolutions. Le succès de Needing You (2000), un mélange de bluette et d’humour bien cantonnais, a vu déferler un nombre impressionnant de clones en 2001. Wu Yen (version en costume), Love On The Diet (version avec des obèses), Fighting For love (version avec Tony Leung Chiu Wai), La brassière (version soutien-gorges)… ont fait les beaux jours du box office. Malheureusement, tous ces films sont plus nuls les uns que les autres. Ils permettent au mieux de connaître les côtes de popularité des acteurs dans le cœur du public. Ainsi Cecilia Cheung s’est fait détrôner par Sammi Cheng, dont on espère qu’elle n’est pas aussi gourde à la ville qu’à l’écran. Quant aux acteurs, c’est l’inusable Andy Lau qui reste le numéro 1 au box office.

Full Time KillerPour ce qui est du cinéma de genre, l’extinction se poursuit inexorablement. Du polar flamboyant de Hong Kong, il ne reste pratiquement plus rien. Hit team, de Dante Lam, apparaît comme le dernier reliquat de la série B sans prétention, mais efficace que le cinéma de Hong Kong produisait à la chaîne, il n’y a pas si longtemps. Quant aux fameux polar de la Milkyway, Johnny To n’en a réalisé qu’un seul cette année : Full Time Killer. Maladroit et fumiste, le film joue maladroitement de la référence et du second degré. Rien de bien excitant… La veine du film horrifique continue son bonhomme de chemin dans l’indifférence la plus générale. Il faut dire que le cinéma de Hong Kong n’a jamais été un expert du genre. Et même Ann Hui s’y est cassé les dents avec le très moyen Visible Secret.

Les gros budgets ne font guerre mieux. Pire, la volonté de gagner en qualité technique pour rivaliser avec les productions internationales, tend à limiter dangereusement ce qui faisait la force du cinéma de Hong Kong : ses audaces visuelles ! A présent les hongkongais soignent leurs quelques rares scènes d’action, généralement pompées sur les hits à la mode style Matrix et consort, et comblent le reste à coup de tunnels de dialogues interminables. Ainsi Accidental Spy, 2002 ou The Avenging Fist ne véhiculent surtout que de l’ennui.

Du côté d’Hollywood, Jackie Chan et Jet Li continuent à s’imposer. Malheureusement, pour l’instant, ils ont choisi de s’en tenir au cinéma d’exploitation, limitant leurs compétences martiales à de la baston acrobatique. Stéréotypes, blagues racistes, violence bis, on se croirait revenu 20 ans en arrière.

Master QLe bilan aurait pu être désastreux. Heureusement quelques films ont encore été en mesure, cette année, de défendre l’idée d’un cinéma local, spécifique et jouissif. L’année 2001 marque en effet le retour d’un cinéaste pour le moins atypique : Hermann Yau. Surtout connu pour ses films de catégorie 3, le réalisateur a sorti 2 films très différents de ses expériences passés. Avec Master Q 2001, une production Tsui Hark, il remet au goût du jour le film pour enfant tout en mettant en valeur la culture locale. Si le résultat est inégal, il est néanmoins bien plus sympathique que les pantalonnades comiquo-romantique qui ont inondé le marché. Plus ambitieux, son deuxième film, From Queen To The Chief Executive, traite du problème de prisonniers à la veille de la rétrocession. Même si le traitement est maladroit, il mêle approche documentaire avec des effets de films de genre, c’est un film courageux et original dans le contexte du cinéma de Hong Kong, peu propice à accueillir ce genre de tentative.

Mais les deux plus grandes réussites de cette année sont indubitablement Shaolin Soccer et Legend Of Zu. Tous deux sont parvenus à utiliser les effets spéciaux les plus modernes, à offrir une qualité de production internationale, tout en conservant leur identité culturelle. Avec Shaolin Soccer, le comique numéro 1 de Hong Kong, Chow Sing Chi, revient sur le devant de la scène en parvenant à décrocher le plus gros succès de tous les temps. Si son film ne fait que reprendre les caractéristiques de God Of Cookery et King Of Comedy, le résultat reste très sympathique. En plus d’insuffler cet esprit fun et décontracté, qui manque cruellement aux films de Hong Kong d’aujourd’hui, Chow Sing Chi répond à l’exploitation des arts martiaux en montrant avec humour que ceux-ci ne se limitent pas à de la baston violente.

Avec Legend Of Zu, Tsui Hark réagit avec violence à la mondialisation du cinéma qui affadit les cinémas locaux. Son film est une véritable plongée dans la culture chinoise, sans aucune concession. Si le résultat est passionnant et sidérant, l’hermétisme du film laisse bon nombre de spectateurs sur le carreau. Il faut dire que le premier film de Tsui Hark sur le sujet avait provoqué les mêmes réactions. On peut penser que celui là va gagner peu à peu ses galons vers la reconnaissance. En attendant, si le réalisateur reste toujours aussi inventif, ses deux derniers films témoignent d’une volonté de s’éloigner du cinéma populaire et semblent indiquer qu’il ne souhaite plus jouer le rôle de locomotive au sein de l’industrie hongkongaise.

Legend Of Zu

Et c’est sans doute la faiblesse première du cinéma de Hong Kong. Pendant des années, des réalisateurs talentueux ont alimenté la machine et lui ont permis de se renouveler.  Or dans les années 90, il n’y a pas eu une nouvelle génération capable de remplacer les John Woo, Ringo Lam, Tsui Hark, Kirk Wong, Yuen Woo-ping… Si certains réalisateurs comme Daniel Lee, Wilson Yip, Dante Lam, Teddy Chen ou Patrick Leung ont laissé entrevoir un certain potentiel, ils ne sont pas encore parvenu à s’imposer. En attendant, l’industrie hongkongaise s’est réorganisée autour de majors comme China Star et a vu l’arrivée de partenaire étranger comme la Columbia. Les délais de production s’allongent, les budgets gonflent. Mais si le talent n’est pas au rendez-vous, le cinéma de Hong Kong ne sera plus qu’une coquille vide, juste capable de produire quelques blockbusters ennuyeux destinés à alimenter les vidéos club du monde entier et des sitcoms de luxe pour le marché local que sont les comédies romantiques. C’est ce que semble annoncer 2001.

 

Les films marquants de l’année 2001 (ordre alphabétique)

From Queen To The Chief Executive

Hit team

Legend Of Zu

Master Q 2001

Shaolin Soccer

 

Top Nanars :

Love On A Diet : Une Honte indigne pour Johnny To.

Para Para Sakura : Jingle Ma reste un maître du film naze.

Cop Shop Babes : Une crétinerie d’anthologie.

 

Laurent HENRY - Janvier 2002