Surprenante sélection que ce film au sein de
l"Action Asie" au Festival de Deauville 2004. Vieux de près de sept ans, Killer
ne se distingue ni par son scénario ultra classique, ni par son traitement. Un petit film
sans classe aucune, qui aurait mérité à ce quon ne lextirpe pas des fins
fonds des oubliettes
Billy Chung est un cas intéressant dans le paysage
cinématographique hong-kongais. Pas quil faudrait sérieusement sintéresser
à lui, aucun de ses films nétant particulièrement transcendant ; mais tous
faisant preuve dune maîtrise certaine de la mise en scène tout en étant desservi
par des scénarios faiblards. La plupart de ses productions ayant essuyé de lourds
échecs aux box-offices HK, on sétonne pourtant de voir surgir régulièrement une
nouvelle uvre signée de son nom, souvent au casting alléchant, voire même au
synopsis à première vue accrocheur. Il a abordé toutes sortes de genres,
que ce soit le film de gangsters (Killer), les comédies (My Schoolmate, The
Barbarian & Last Ghost Standing) ou récemment lhorreur
(Shivers, Demon Possession) ; mais ses réalisations semblent avant tout comme
opportunistes. Ses derniers films (dhorreur) arrivent en plein creux de la vague
post-" Ring " et son Cheaters nétait autre quun
produit voulant surfer sur le succès dun Downtown Torpedoes ou autres
blockbusters high-tech, amorcé par lénorme succès de Mission Impossible.
Killer fait partie de cette catégorie de
films au goût suranné : énième histoire dune bande damis, tueurs de
profession, qui se doivent de remplir lun de leurs derniers contrats avant de
pouvoir se " ranger ". Bien évidemment la mission ne se passe comme
prévu et tous quatre se retrouvent pris dans un engrenage inaltérable les menant à leur
perte.
Si la perspective semblait réjouissante de suivre les péripéties de ces
plus ou moins jeunes tueurs, soudés par lamitié et un code
dhonneur qui se voudrait respectable, on déchante très vite. Le parti pris du
réalisateur est la poursuite dune trame en définitive classique du genre, mise en
scène avec soin, mais sans véritable éclat. La (trop longue) exposition décrit tout
dabord les différents personnages, avant de montrer le groupe dans son ensemble,
puis de les voir à luvre. Servant de grain de sable, la méprise dune
victime amorce lengrenage menant à lélimination successive des différents
membres, jusquà la trahison finale par leur employeur. Une seconde histoire en
parallèle, sentremêlant plus mal que bien au fil conducteur, nempêchera pas
lensemble de ressembler à des histoires vues maintes fois par ailleurs. Seul le
fait déchapper heureusement à un happy end hollywoodien, fera une
nouvelle fois honneur au cinéma hong-kongais et de se distinguer de son confrère
américain.
Seul abord intéressant et récurrent dans le
cinéma de Chung est celui de se concentrer sur ses personnages. Les scènes
daction sont rares, les missions étant exécutées (et expédiées) rapidement. Pas
de grosses effusions de sang, ni dapologie à la violence gratuite (sauf durant la
scène de " rescousse "). Chung donne la part belle aux comédiens et
le personnage de Jordan Chan arrive largement en tête, privilégiant même dune
voix off introductive lors des scènes dexposition, mais disparaissant
mystérieusement par la suite.
Malheureusement, les caractères sont très mal
esquissés, que ce soit dans leur exposition (mais qui était donc celui qui est mort en
premier, mis à part que lon sache que cétait son anniversaire ?!!), que
par la suite. On ne peut que deviner lamitié dite si forte entre les quatre hommes,
alors quils pleurent à peine la disparition soudaine du premier. Sils
évoquent à plusieurs reprises de vouloir changer de vie, jamais leur tiraillement entre
le devoir de la dernière mission et leur volonté de raccrocher est clairement
explicitée. Au lieu de cela, le réalisateur sattache à des scènes sans grande
importance, notamment lors de lintroduction poussive aux scènes de sexe (chastes)
sans grand intérêt.
Le même problème se posait déjà dans Cheaters,
où Chung se voulait non pas de montrer lampleur des arnaques, mais la répercussion
des faits sur les différents membres de léquipe ; là encore, les mêmes
maladresses sont commises par de trop longues scènes dexposition et de dialogue
desservant son propos et le film dans son ensemble. Dautant plus surprenant, que le
scénario a été rédigé par Edmond Pang, auteur à succès du livre Full Time Killer
(dont Johnnie To a signé la bien meilleure adaptation) et réalisateur des très réussis
You Shoot, I Shoot et Men Suddenly in Black.
Dommage, car la mise en images de Chung est très
belle, autant au niveau dune lumière très soignée, quau niveau de la mise
en scène se permettant de nombreux effets parfois racoleurs (notamment les scènes de
sexe), mais souvent expérimentaux et intéressants (scènes de meurtre).
Dommage également, car le réalisateur donne
vraiment la part belle aux acteurs, qui jouissent ainsi de nombreux moments de comédie,
où chacun peut montrer létendue de son talent. Jordan Chan étonne une nouvelle
fois de par son naturel désarmant, mais parfaitement adapté au rôle, alors que la
prestation de Simon Lui donne envie de le voir plus souvent dans des rôles plus sérieux.
Un drame sans grands éclats donc, aux longs
passages bien ennuyeux desservant singulièrement le film et son propos.
Et un choix bien surprenant dans la sélection de
" Laction Asie " au festival de Deauville 2004, aux côtes
dun Ong Bak ou Tube autrement plus détonants
Bastian Meiresonne,
16/03/04, 3/10
Remerciements à l'équipe du Asian
Film Festival Deauville 2004 et au Public Système Cinéma.
Les images sont utilisées à but illustratifs. Droits réservés.
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