- Critique -

Floating Landscape

Carol Lai goes mainstream

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Après des débuts prometteurs dans la production indépendante hongkongaise et l’espoir d’une naissance d’une nouvelle artiste au même titre qu’un Stanley Kwan ou Fruit Chan, Carol Lai passe à la vitesse supérieure. Soutenu par d’importants financiers, elle dispose d’un budget considérable lui assurant confort et casting alléchant. Mais n’aurait-elle pas tronqué son intégrité professionnelle pour l’appel du profit ?

Carol Lai avait créé la surprise lors de la sélection de son –auto-proclamé* – premier long-métrage Glass Tears à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival International de Cannes en 2001. Petite production indépendante hong-kongaise, le film avait su séduire le public par le portrait très sensible de plusieurs personnages en quête d’une adolescente disparue. Sachant les difficultés de monter un tel projet dans un milieu cinématographique peu ouvert à des films non-commerciaux, elle avait instantanément rejoint les rangs très fermés de réalisateurs-auteurs dont font également partis Stanley Kwan ou Fruit Chan.

On ne pouvait refrogner la curiosité de découvrir son nouveau projet, d’autant qu’elle bénéficiait d’importants soutiens financiers ( de Japon, de Chine et de France !) et le soutien personnel de Stanley Kwan en personne (et à la production).

L’histoire narre l’histoire de Maan (Karena Lam), une jeune femme partie à Qing Dao en Chine continentale, afin de retrouver un mystérieux paysage peint de la main de son petit ami défunt (Ekin Cheng) juste avant qu’il ne meure. Maan sera aidé dans sa quête par le jeune facteur Lit (Liu Ye). Tiraillé entre son chagrin d’amour et une possible nouvelle idylle naissante, Maan entame le lent processus de la recherche de soi.

Floating LandscapeSoutenu par un budget relativement confortable pour une production indépendante (13 millions de dollars HK), Carol Lai dispose de tout loisir pour mettre en images une histoire qui lui tenait apparemment à cœur et de laisser parler toute sa force créatrice. Avantage, qui se traduit tout d’abord par une mise en images de toute beauté. A mille lieues de son Glass Tears faits de bouts de ficelle à la lumière naturelle très approximative et à la caméra majoritairement portée, la photographie est ici particulièrement travaillée. De nombreux (lents) mouvements de caméra ponctuent un récit contemplatif et chaque plan dévoile un soin du cadre particulier. En même temps, tout y devient lisse, alors que les doutes de son interprète principal, ainsi que la découverte de l’inconnu de son nouveau pays d’accueil auraient peut-être exigé une mise en scène plus nerveuse et moins parfaite.

D’autre part, Lai fait preuve d’un certain "académisme", alors que les expérimentations d’images (montages passé/présent mis en parallèle, ellipses, etc) parfois maladroites dans Glass Tears avaient pourtant constitué un intérêt certain. Ceci se traduit notamment par la récurrence des flash-backs, largement exploités dans son précédent film et repris une nouvelle fois ici. Si elle les avait insérés de manière abrupte, brouillant les pistes entre présent et passé ou en les intégrant à l’aide d’un montage parallèle (scène de l’accordéon dans le parc opposé à la patinoire), Lai les distingue cette fois-ci bien nettement par l’utilisation de couleurs chaudes et ouatées et d’un léger flou surexposé. Le film gagne ainsi en beauté, ce qu’il perd également en spontanéité.

Autre avantage, se révélant finalement un léger handicap : le casting. Si le premier rôle dans son précédent film avait été tenue par une jeune (mannequin) inconnue du public, Floating Landscape comporte pas moins de trois poids lourds au casting : l’éternel Ekin Cheng dans le – heureusement petit – rôle de l’amoureux défunt, la star chinoise montante du moment Liu Ye et la pétillante Karena Lam en tête de l’affiche. Ceci assure à Carol Lai bien évidemment une garantie supplémentaire d’un succès éventuel, mais compromet également la relative fraîcheur d’inconnus permettant de s’identifier plus facilement aux personnages ; sans parler du fait qu’en raison de l’importance actuelle de Liu Ye en Asie, les scénaristes ont dû étoffer le rôle de l’acteur à la dernière minute…

The Floating Landscape de Carol Lai

A la vue du synopsis, on aurait également pu craindre, que Lai ne se contente d’une romance à l’eau de rose, bonne à satisfaire les adolescentes pré pubères. Si le film comporte effectivement un beau lot de situations cliché-esques, Lai s’intéresse tout d’abord à ses personnages et fait preuve d’une réelle sensibilité déjà largement aperçue dans son précédent métrage. L’idylle naissante entre Maan et Lit est montrée avec beaucoup de pudeur, à l’image du In The Mood For Love de Wong Kar Wai. Les deux êtres se rapprochent inexorablement, mais tout est suggéré, un regard en disant bien plus long que certains mots. Les doutes de Maan, l’attirance, puis le rejet du facteur sont très justement dépeinte et merveilleusement interprétée par la très douée Karena Lam. Dommage seulement, que Lai n’aille pas jusqu’au bout des choses, ellipsant bien des moments (les quelques mois suivant le rejet du facteur) ou tombant finalement dans le cliché (la finale trop facilement larmoyante, bien qu’originale).

De son propre aveu, Carol Lai aura réalisé Floating Landscape pour rassurer la profession quant à sa capacité de réaliser un film populaire au casting important. Parmi ses projets futurs figureraient une comédie pour tout publique, ainsi qu’une histoire de fantômes…De quoi se poser de sérieuses questions quant à la voie empruntée au sein même d’une production indépendante. Attendons de voir…

* Father’s Toy son premier métrage réalisé en 1998 est un moyen-métrage (58 mn).

 

Bastian Meiresonne 21/03/04, 4/10
Remerciements à l'équipe du Asian Film Festival Deauville 2004 et au Public Système Cinéma.
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