- Compte Rendu -

Festival de Deauville 2004

Les films hors HK
par Bastian Meiresonne

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Magicians and Travellers 5/10
" Ailleurs, c’est toujours mieux "…

Second film d’un homme dit la réincarnation d’un saint et déjà réalisateur du sympathique " The Cup " (des moines tibétains suivent la coupe du monde de football de 1998).

Agréable surprise du festival de Deauville 2004, le métrage mélange habilement une fiction à l’approche quasi documentariste (un homme rêve de quitter le Bhoutan pour les Etats-Unis) et une légende aux limites du fantastique (un apprenti sorcier échoue dans une petite demeure à l’écart de toute civilisation et s’éprend éperdument de l'hôtesse des lieux).

Dans les deux cas, l’on ne peut être qu’admiratif devant la beauté des images et une mise en scène parfaitement maîtrisée. Il est étonnant que de découvrir une civilisation bhoutanaise très attachée aux traditions, tout en regorgeant de signes de modernité surprenantes.

Quant à la légende, elle est à l’image de l’actrice principale : tout en beauté. L’ambiance devient poisseuse au fur et à mesure que le suspense monte crescendo; malheureusement, une fin somme toute assez banale gâche quelque peu un effet surprise attendu en vain. Le retour à la réalité se fera donc sans regrets et conclue l’ensemble de manière tout à fait satisfaisante.

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Drive 6/10
En route vers le destin "

Excellente comédie à ses débuts, le film enchaîne sur un regard très mûr sur la recherche de soi et l’affrontement de ses propres démons.

Après une introduction en fanfare montrant le kidnapping d’un salary man maniaque par une bande de pieds nickelés hors du commun, la suite du film sera bien plus calme se terminant dans une apologie onirique pleine de sens.

Drive de SabuL’explication médicale des plus rationnelles quant aux migraines du héros (Kenichi Asakura) est vite contrebalancée par la scène surréaliste du restaurant et annonce la suite fantastique des péripéties des personnages. En rejetant les thèses scientifiques au profit de phénomènes tout simplement inexplicables, Sabu impose rapidement sa propre version des choses. Si le destin des humains semble écrit, renvoyant à la philosophie de la " cause à l’effet " du karma, le réalisateur établit également un lien très clair entre un passé (la tradition) et le présent. Le discours du personnage Susumu Terajima n’est d’ailleurs pas innocent et illustre parfaitement son propos : il encourage les jeunes non pas à cracher sur le " no future ", mais à prendre leurs destinées en main, en innovant tout en prenant le meilleur parti de ce qui les a précédés. Il ne faut pas se lamenter sur le passé, mais toujours aller de l’avant. Le héros est hanté par ses accès de migraines tout simplement, parce qu’il n’a pas su se détacher d’un passé, certes traumatisant, mais qui ne doit pas l'empêcher de foncer et de faire sa vie. Si les gens l’entourant réussissent à trouver leur voie, Kenichi Asakura se devra tout d’abord de combattre ses propres démons pour finalement revivre.

Œuvre personnelle très riche en significations, l’ensemble ne manque certes pas de défauts (longueurs, redondances, propos limite moralisateurs), mais constitue un divertissement intelligent et attachant.

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Good Lawyer’s Wife 6/10

Portrait mature sur la fin d’un couple.

Film scandale lors de sa sortie, le début laisse craindre un simple brûlot provocateur face à une Corée toujours puribonde. Nombreuses scènes de nue sans grande importance et longs bavardages inutiles semblent ne pas faire avancer une intrigue apparemment inexistante.

Puis arrive le point de bascule imprévisible, laissant le spectateur estomaqué et introduisant un changement de ton et un revirement totalement inattendus. Tout ce qui précédait devient alors très clair et la manipulation parfaitement maîtrisée de la part du réalisateur est un tour de force salutaire.

Amorçant la lente destruction d’un couple aux bases déjà très fragiles, les scènes gagnent en intensité, sublimées en cela par une interprétation superbe. Atteignant par moments une réelle grâce dans le portrait de scènes terriblement réalistes, Sang-Soo Im fait preuve d’une grande maturité autant par sa direction des acteurs, que par le sérieux de sa mise en scène.

Un film très difficile d’accès, qui gagnerait à être revu, afin d’appréhender tous les mécanismes d’une réalisation huilée.

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Coast Guard 3/10
" Aux frontières de l’irréel "

Métaphore originale, mais immature et maladroite de la bêtise humaine.

Sujet terrible sur le renfermement d’un homme/pays et son exclusion face aux autres, Kim ki-duk s’attache une nouvelle fois à mettre en scène des marginaux inadaptés face à leur environnement. Scènes chocs tout droit d’un esprit tout sauf sain, le réalisateur n’est malheureusement pas allé au bout de son raisonnement et tourne vite en rond. Multipliant alors les scènes de violence (gratuite), comme incapable de ne pas pouvoir s’exprimer autrement que par celles-ci au lieu de mots, le déroulement en devient lent et ennuyeux.

Bien évidemment, il ne peut y avoir de résolution heureuse au drame passé, mais la voie choisie, ainsi que le message qui en découle (il n’y aurait donc pas d’autre liberté que celle de la folie) ne sont ni d’une grande originalité, ni d’une grande maturité. Dommage, car le début est d’une efficacité redoutable et la métaphore du conflit coréen tout simplement géniale.

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Doppelgänger 6/10
" Le Double Je "

DoppellgangerLa première partie est typique du cinéma de Kyoshi Kurosawa. Il arrive une nouvelle fois à instaurer une ambiance glauque et malsaine avec une économie de moyens étonnante, essentiellement basée sur une horreur de situations sans grands effets et une paranoïa poussée à son paroxysme. Arrive alors une seconde partie totalement inattendue, tendant vers la comédie délirante, mais où l’humour terriblement noir arrive encore à figer le sourire du spectateur. Explorant un genre auparavant jamais abordé dans sa filmographie, Kurosawa étonne par la facilité dont il s’acquitte de la tâche. Se renouvelant sans se trahir, le réalisateur laisse entr’apercevoir de nouveaux horizons inexplorés quant à ses futures œuvres.

A moins que d’y voir une œuvre étonnamment personnelle, métaphore se jouant de la méprise provoquée par son homonyme : Si Akira Kurosawa était un inventeur de génie du cinéma, Kyoshi se poserait comme son pendant plus insouciant, mais colportant une certaine haine à celui qui l’aurait précédé. Il chercherait alors à s’accaparer de la création d’Akira (illustrée par le fauteuil) pour en jouer (fin du film). A moins que Kurosawa ne se joue que de lui-même, acharné au travail, alors qu’il aimerait être plus insouciant ; cherchant à créer l’œuvre parfaite, alors que le résultat ne devrait être qu’un amusement…Une œuvre riche en interprétations et qui donne envie de se replonger très rapidement dans l’univers farfelu de son créateur.

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Legend of the Evil Lake 3/10
"The Bride with dark hair"

Puisant dans les légendes coréennes jusqu’alors peu exploitées (à l’exception de Bichunmoo et Gingo Bed), Kwang-Hoon Lee réalise un swordplay fantastique de grande envergure. Malheureusement par trop calqué sur ses illustres modèles – et plus particulièrement en provenance de Hong Kong – " LotEL " n’insuffle aucun souffle nouveau au genre ; au contraire, de larges passages semblent directement empruntés de plusieurs œuvres, dont Jiang Hu – The Bride with White Hair de Ronny Yu en serait l’exemple le plus flagrant jusque dans le plan final du film.

Dommage, car les scènes de combat sont de toute beauté et le premier passage du sorcier réincarnée est d’une rare violence jouissive ; mais l’impression de déjà-vu et la trame classique du scénario ne permettent aucun réel attachement aux personnages. Peut-être une révélation pour les novices du genre, ce film ne constituera pas plus qu’un divertissement sans surprise pour tous les autres. L’auto-acclamation de son réalisateur (insert de son nom en tant que réalisateur sur un plan large d’une foule jubilatoire) ne sera que de son seul fait…

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Samaritan Girl 7/10
" Fruits de la passion "

Samaritan Girl, aka SamariaLe dixième et dernier film de Kim ki-duk en date (Ours d’Argent au festival de Berlin 2004) témoigne du long chemin parcouru de l’homme en tant que réalisateur et des réels progrès faits en très peu de temps. Maîtrisant désormais parfaitement une mise en scène épurée au possible, alors que le film même à été tourné en urgence en – selon ses propres mots – neuf jours, le réalisateur ose faire durer les plans, se concentrer encore d’avantage sur le travail avec ses acteurs et à parsemer quelques plans d’un véritable langage cinématographique (Jae-Young, fille " légère " porte des baskets, alors que Yeo-Jin, la plus mature des deux porte des chaussures avec talons ; lors de la séquence du photomaton, Jae-Young portera un voile de couleur rouge-sang, annonçant sa fin prochaine, …). Continuant à explorer des thèmes auparavant abordés dans Printemps, été, automne…, propres à plusieurs religions (le pardon, la compassion), le cinéma de Kim se fait également plus posé, plus réfléchi. Incorporant toujours des scènes très choquantes, il parvient cette fois-ci à contourner les images par trop complaisantes ou provocatrices (élucidation des scènes de sexe, de mort). Et se prend FINALEMENT d’un peu de compassion pour ses personnages en choisissant non pas la première fin imagée, attendue, facile, mais celle d’un passage de relais du père vers sa fille. Séquence finale d’autant plus poignante.

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Ong-Bak 6/10
" Conquis par KO "

Finalement Ong Bak sera donc parvenu jusqu’à notre douce contrée. Précédé d’un buzz comparable à celui de Shaolin Soccer voici trois ans, le film était présenté au festival de Deauville 2004 dans sa version tronquée de quelques minutes (" de comédie balourde ", selon les coupables, ainsi que de la résurrection improbable du side-kick) et agrémentée d’un remixage musical complet. L’importation et le rafistolage sont les faits d’un certain Luc Besson, qui – non contents de copier la méthode Joël Silver et de gaspiller tout talent d’un Jet Li – se met dorénavant à l’heure de Miramax. Battant la campagne dans les banlieues et assurant prochainement la sortie d’un " Best Of des musiques inspirées du film – feautring Tragedy et autres rappeurs produits par… ", Besson aura aperçu pour de bon l’inscription tagué au coin d’un mur dans le film du réalisateur faisant appel à lui. Dommage seulement que Spielberg, également interpellé, n’ait pas bougé plus vite pour s’assurer les droits d’exploitation mondiaux. Sûr que le wonder-boy américain aurait eu plus de respect pour le matériel originel.

Quant au film en lui-même, il représente ce qui s’est fait de mieux en film de pur baston durant ces dernières années. Reposant entièrement sur les prouesses physiques hors du commun de son interprète principal, l’intrigue importe peu. Succession de séquences d’action (poursuite à pieds, en triporteur,…), le réalisateur a au moins eu l’intelligence d’exploiter tous les dons de Tony Jaa au lieu d’aligner seuls des combats ; au point de se demander, quel talent le jeune homme saura mettre en avant dans ses prochains métrages. Le jeu d’acteur convaincant étant encore loin d’être acquis. La comparaison avec Bruce Lee est à prendre avec précaution : Tony Jaa n’a très certainement pas (encore) le charisme de son illustre prédécesseur et n’aura sans doute jamais la capacité de se forger une semblable personnalité. Au moins, l’on peut d’ores et déjà avouer, que le talent martial est comparable aux uniques Jackie Chan ou Jet Li. Reprenant la violence d’un Bruce, le comique d’un Jackie (et encore…ce serait plutôt le side-kick, qui assurerait ce rôle) et la souplesse d’un Jet, le jeune acteur devra au moins assurer la bonne intégration de tous ces éléments, si ce n’est d’ajouter une propre touche personnelle…Et la prise en charge par un Besson (qui l’aurait fait signer pour quatre films…misère !!!) n’inaugure rien de bon…

En attendant, Ong Bak reste un divertissement pur et dur, mais de quelle fougue !!!

Ong Bak, ça va cogner !

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Last Life in the Universe 5/10
"Last in Translation"

Réalisateur des bons Sixty Nine et MonRak Transistor, Pen-ek Ratanaruang poursuit son petit chemin et propose avec son dernier film en date un film d’art et essai intéressant. Fait assez rare en provenance de la Thaïlande, pour que l’on s’y attarde quelque peu.

Co-production évidente avec le Japon, le film met en scène un jeune bibliothécaire mystérieux japonais, particulièrement maniaque et suicidaire. A la suite d’un règlement de compte tournant mal entre son frère et un yakuza dans son appartement, Kenji se réfugie dans la maison dépouillée d’une thaï, sœur d’une jeune femme décédée un peu plus tôt et dont le japonais s’était épris. Lentement, mais sûrement une esquisse d’histoire d’amour pointe son bout de nez, qui n’est pas sans rappeler celle de Lost in Translation….

D’une lenteur exaspérante émerge finalement un petit film attachant. Ne craignant une bonne coupure d’une vingtaine de minutes, le film aurait peut-être perdu quelque peu de son rythme lancinant, mais gagné en intensité. Heureusement, durant le dernier tiers du film la magie (dans le sens premier du mot) opère et quelques touches fantaisistes, ainsi qu’une fin trépidante font finalement regretter la fin (terrible). En guise de clin d’œil et s’intégrant parfaitement dans le fil farfelu de la finale, l’apparition de Takashi Miike est une très bonne surprise.

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Untold Scandal 6,5/10

Enième adaptation des Liaisons Dangereuses, la transposition de l’histoire originelle dans une Corée dynastique est du meilleur effet. S’intégrant parfaitement dans l’époque et gardant toute sa cruauté savoureuse, Jae Yong Lee réussit parfaitement son pari risqué. Bien que l’histoire soit connue d’avance, la mise en scène sobre et efficace, la beauté des costumes et l’interprétation tout à fait juste de tous les protagonistes fait de ce film une véritable réussite.

Tant pis pour tous les journalistes invités à la projection de presse précédant une rencontre avec le réalisateur. La salle de cinéma était vide en-dehors de l’équipe d’un excellent autre site web consacré aux films asiatiques ; mais à la réunion de presse tout le monde se bousculait au portillon pour congratuler le réalisateur de son " chef-d’œuvre ". C’est dans ces moments-là, que l’on mesure toute l’importance de sites indépendants (amateurs) fleurissant sur le Net, afin d’entretenir une passion sincère. Passion, qui m’aura (personnellement) fait découvrir ce magnifique métrage et de me consolider dans ma….passion.

Bastian Meiresonne, mars 2004
Remerciements à l'équipe du Asian Film Festival Deauville 2004 et au Public Système Cinéma.
Les images sont utilisées à but illustratifs. Droits réservés.

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