- Compte Rendu -

Festival de Deauville 2004

Voyage à Deauville
par Bastian Meiresonne

My Sassy Girl

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Bravant toute conscience professionnelle (je délaisse les nombreux dossiers criant " URGENCE " sur mon bureau), ainsi que les lois de la nature (une terrible tempête de neige m’accompagnant un bout de chemin entre Avranches et Deauville, donnant un aspect mystérieusement lynchien à mon périple), j’arrive pneus crissants et tous feux allumés à Deauville juste à temps pour le dernier film du jeudi soir. Le malabar à l’entrée assommé à coups d’accréditation, me laisse filer à toute allure dans la grande salle du CID…pour découvrir, médusé, le logo de la Shaw Bros m’annonçant la première des aventures de La 36e Chambre de Shaolin au lieu du Coast Guard de Kim Ki Duk, remplacé à la dernière minute.
Je vous passe les péripéties de ma chambre d’hôtel très sordide pour une personne et mes problèmes de digestion du BRUNCH du McDo avalé à la hâte le vendredi matin.

Le devoir me rappelle dans les salles obscures et votre serviteur s’enfile un excellent Drive de Sabu (bénéficiant du meilleur bouche-à-oreille durant le festival), un Voyageurs et Magiciens très intéressant, malheureusement gâché par une fin en dessous de ce que laissait présager le métrage et un Floating Landscape quelque peu soporifique, assommant les uns, faisant fuir les autres.

Juste le temps de retrouver une partie de l’équipe devant le CID avant de s’attaquer à ce qui sera LE grand prix du festival : A Good Lawyer’s Wife. Drôle de petit film, à la première partie longue et bavarde pour arriver à un tournant totalement inattendu et de faire basculer entièrement le ton du film. Un film, qui prend toute sa saveur de par des images vous hantant longtemps après l’avoir vu. Un dernier film pour la route (l’ultra-violent Coast Guard à la trame scénaristique mal exploitée) avant d’aller se ressourcer (hôtel sordide, puis brunch indigeste au fameux " M " jaune).

Doppelganger Drive de Sabu

Le samedi démarre sur les chapeaux de roues avec le nouveau tour de force de Kurosawa (Kyoshi) : Doppelganger. Parvenant à instaurer une nouvelle fois une ambiance angoissante avec une économie de moyens impressionnante, la grande surprise est d’assister par la suite à une comédie délurée laissant rêveur quant aux prochaines voies empruntées par ce réalisateur désormais incontournable du cinéma japonais.

Ebloui par le magnifique soleil me surprenant à la sortie de la salle obscure, je perds de précieuses secondes pour me rendre dans la salle du Casino, où se projette Retour à la 36e Chambre  ; le videur des lieux ne connaîtra donc aucune pitié et je me fais refouler à l’entrée pour mon quart d’heure de retard…Ni mon accréditation, ni mes modestes mouvements de kung-fu ne pourront l’impressionner et il me faudra me rabattre sur le remake à peine déguisé de The Bride with White Hair, le moyen Legend of the Evil Lake.

Lee Kwang-Hoon réalisateur de The Legend Of The Evil Lake (Photo par Bastian Meiresonne pour HKCinemagic.com) E J-Yong réalisateur de Untold Scandal (Photo par Bastian Meiresonne pour HKCinemagic.com)

Retrouvailles de l’équipe à la sortie de la salle et préparation minutieuse de ce qui constituera un autre point d’apogée du festival : notre rencontre avec la charmante Carol Lai. Disponible, très gaillarde, elle nous accorde tout le temps nécessaire pour une belle rencontre. Si seulement son dernier film en date ne nous avait pas tant déçu, ni ses projets d’avenir (une ghost comédie…) autant fait craindre pour son intégrité d'auteur du cinéma de Hong Kong…

Discussions et vagabondages nous mèneront finalement à la programmation de toute beauté du soir : mise en bouche avec ce qui reste parmi les plus beaux films du festival et le projet le plus mature de son réalisateur : Samaritan Girl. Enorme claque pour toute l’équipe (certains diront même avoir vu Master Cyco verser l’une ou l’autre larme…mais il ne peut s’agir que d’une légende…).
Enchaînement avec l’hybride Running On Karma ou comment atteindre le paroxysme du mélange des genres dans un film HK. Le contre-pied absolu à tout film d’action lors de la finale psychédélique est parmi une des plus belles réflexions sur la violence au cinéma jamais posées, mais pâtit malheureusement d’un traitement bien trop brouillon.

Grande finale en la présence du réalisateur et de l’acteur d’Ong Bak (voir photos). A l’opposé de tout film d’auteur, le film a perdu de son âme après être tombé sous la tutelle de Luc Besson, également présent sur scène. Poursuivant toujours d’avantage l’américanisation de ses méthodes de travail, il adapte aujourd’hui la méthode Miramax, en épurant la version thaï de quelques 7 minutes (de " comédie débile ") et en remplaçant la musique originale par des remixes Hip Hop des poulains de sa propre écurie (Cut Killer). Un album de chansons " inspirés du film " et featuring Tragedy et autres rappeurs promus par M6 et Besson sort dans la foulée.

La démo de Tony JaaToujours est-il, qu’Ong Bak est un des meilleurs et plus impressionnants films de baston à sortir ces dix dernières années. Tony Jaa ne possède aucun talent d’acteur, mais ses capacités physiques défient toute logique rationnelle ; seul reste à espérer, que producteurs et réalisateurs sauront lui forger une réelle image et qu’il ne soit pas happé par l’institution Besson (apparemment il lui aurait fait signer un contrat pour 4 films).

En rentrant à l’hôtel, je m’inflige un dernier cours de révision de mise en scène magistrale de sobriété, en revoyant pour un énième fois la fin du magnifique Dark Water sur une chaîne payante.

Dimanche annonce le dernier jour…et met en évidence les failles de ma propre programmation. Après le très beau Last Life in Universe, ne repassent plus que des films déjà vus auparavant…Discussions, dures séparations entre membres de l’équipe (et autres membres d’autres sites Internet ô combien sympathiques…) et premières ébauches de critiques amènent à la cérémonie de clôture. Si les photographes semblaient s’être retenus d’exercer leur métier quand des professionnels asiatiques étaient montés sur scène, ils se bousculaient au portillon pour tenter d’arracher LE cliché d’un des membres du jury sans grande importance (grand respect pour O. Assayas tout de même). Pas plus surprenant d’entendre cette belle anecdote des membres d’un autre site, partis pour voir le magnifique film de clôture – Untold Scandal en projection de presse et de se retrouver tous seuls dans la salle ; en revanche, lors de la conférence s’ensuivant, la presse répondait largement présent et félicitait le réalisateur de son œuvre…jusque-là complètement inédite en salle. Pourtant, voir cette (libre) adaptation des Liaisons Dangereuses transposées dans la Corée Impériale leur aurait fait découvrir une des plus belles sélections du festival.

IM Sang-Soo, réalisateur de A GOOD LAWYER'S WIFE (Photo par Bastian Meiresonne pour HKCinemagic.com) L'acteur de VOYAGEURS ET MAGICIENS (Photo par Bastian Meiresonne pour HKCinemagic.com)

Et voilà, c’est terminé. Le cœur véritablement lourd, je m’en suis allé retrouver la morosité d’une vie parfaitement ordonnée, ne me consolant qu’en pensant aux critiques à écrire.

Festival parfaitement mis en place, à la sélection belle et hétéroclite, aux stars abordables et aux organisateurs accommodants, je n’ai qu’une hâte : retrouver toutes les sensations éprouvées pendant ces quelques jours en 2005. Et de me confronter une nouvelle fois au videur de la salle du " Casino ".

 

Bastian Meiresonne, 19/03/04
Photos par Bastian Meiresonne pour HKCinemagic.com, reproduction interdite.
Remerciements à l'équipe du Asian Film Festival Deauville 2004 et au Public Système Cinéma.
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