- Critique -

La 36ème Chambre de Shaolin

L’anti-chambre de la gloire

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Un classique, La 36e Chambre réjouira autant les fans du genre, que les néophytes, l’équilibre entre les combats et les moments de pure comédie pouvant satisfaire tous les goûts.

Adaptation du roman " Les 3 visites du moine San Te au Monastère de Xi Chan " de Woshi Shanren, le film – comme le livre – prend beaucoup de libertés par rapport aux exploits du véritable San Te. Rapide tour d’horizon des faits ayant inspiré le film.

Né durant la dynastie Qing, l’artiste martial San Te tue en légitime défense un soldat lors de l’invasion mandchoue. Il se réfugie dans un temple Shaolin et y devient moine avant de créer son propre temple à Xi Chan, où il entraînera des civils pour combattre l’envahisseur.

Sous la désignation de " 36ème Chambre ", on comprenait des lieux extérieurs au Temple, où l’on enseignait les connaissances de Shaolin issues des " 35 chambres " du dit Temple. Chaque chambre consistait en un apprentissage plus ou moins élaboré d’une technique de combat particulière et au développement de nos propres réflexes (rapidité, agilité, vue, endurance, etc).

Le style de combat présenté dans le film est le " Hung Gar ", dérivée du " Wushu " (littéralement Art de la Guerre ) développée dans le Sud de la Chine durant l’invasion mandchoue et ayant pour particularité d’associer " la légèreté d’une plume avec la dureté du fer ". Art martial particulièrement pénible à acquérir, mais dont l’acteur principal Gordon Liu se veut fier adepte.

Le film se prend donc des libertés par rapport aux faits réels, en faisant de San Te un jeune étudiant insouciant et inculte en matière d’art martial, qui rejoint le Temple de Shaolin après qu’un membre de sa famille ait été tué par des soldats mandchous. Devenu moine et s’occupant des basses besognes, il réclame bientôt le droit d’intégrer la formation des 35 chambres afin d’acquérir l’art martial. Ce n’est que par la force de sa propre volonté et un entraînement personnalisé très éprouvant, qu’il arrivera à passer l’épreuve ultime et de créer la fameuse " 36e Chambre ". 

Gordon Liu, 36th Chamber Gordon Liu, 36th Chamber

Produit par une Shaw Brothers à la fin des années 70, ce classique instantané arrivait en plein déclin d’un genre bientôt révolu : celui du kung-fu. L’heure n’était déjà plus aux grosses productions historiques et le genre commençait à s’auto-parodier à travers les kung fu comedies rendues populaires par un certain Jackie Chan ou encore Samo Hung. Le réalisateur Liu Chia-Liang (ou Lau Kar Leung en cantonais) semblait avoir compris le changement et décida de couper de longs passages historiques à la fin d’un tournage éprouvant et long de six mois. Les faits historiques ne seront évoqués que brièvement en début et à la fin du film, la partie centrale étant axée sur l’entraînement intensif au sein du Temple. De nombreux gags allégeront d’ailleurs le sujet autrement sérieux et Liu renforcera même le comique dans l’excellente (fausse) suite de son œuvre, Retour à la 36e Chambre. On ne peut que saluer ce parti pris, le début étant particulièrement poussif et suranné, renvoyant à bon nombre d’autres productions Shaw. Quant au final, il semble également avoir dû être imposé par l’omniprésent studio tant le déroulement demeure classique et a été tourné dans un lieu entr’aperçu dans nombre d’autres films Shaw (notamment Blood Brothers de Chang Cheh, où l’on voyait déjà au loin voiliers et maisons plus proches du XXème siècle que de l’époque décrite dans le film…).

Si la trame de l’histoire reste classique au genre (un jeune insouciant devenant un combattant aguerri pour pouvoir se venger de la mort d’un proche), il en va autrement pour le traitement, frais et novateur. En conciliant un certain comique à la dureté des épreuves, Liu crée une belle métaphore du style de combat acquis par San Te : entre légèreté et fermeté. Les différentes épreuves ont été soigneusement mises en scène, s’enchaînant à un rythme soutenu, mais demeurent assez claires pour que le spectateur s’en imprègne bien et accepte les progrès faits par le jeune héros. Jamais ennuyeuse, cette suite de scènes forme un ensemble parfaitement homogène et tranche sur la majorité de productions similaires aux parties bien plus mal équilibrées. On ne pourra regretter qu’une mise en scène ne rendant pas toujours bien compte des mouvements martiaux exécutés, ainsi qu’une exploitation approximative des décors et paysages, typique des productions Shaw (mise à part par King Hu). Le seul insert du monastère est superbe, mais aurait gagné à être repris par la suite ; ainsi que les quelques extérieurs magnifiques, mais souvent floues aux dépens de l’action au premier plan.

Gordon Liu, 36th Chamber Gordon Liu, 36th Chamber

Les prouesses physiques de Gordon Liu sont certaines et les épreuves subies feront grincer les dents de plus d’un spectateur, tant les peines infligées sembleraient intolérables à un corps humain. Au-delà de ses performances martiales, Liu étonne par un jeu d’acteurs complet et un charisme irrésistible. Incompréhensible, qu’il n’ait pas connu de meilleure carrière par la suite !

La 36e Chambre de Shaolin se classera parmi les 10 meilleurs succès de l’année 1978 au box-office HK et connaîtra également une belle carrière US et internationale. Le film entraînera deux suites, Le Retour à la 36e Chambre, sorte de faux remake plus porté sur la comédie et où Gordon Liu n’endossera qu’un rôle secondaire ; puis Les Disciples de la 36e Chambre, dans la continuité du premier épisode. Aucune de ses suites ne rencontrera de réel succès, mais elles parachèvent une des plus belles trilogies de toute l’histoire du cinéma HK.

Bastian Meiresonne, 21/03/04, 8/10
Remerciements à l'équipe du Asian Film Festival Deauville 2004 et au Public Système Cinéma.
Les images ci dessus sont tirés de La 36ème Chambre de Shaolin et de ses suites, (c) Shaw Brothers et Wildside. Remerciements à Wildside. Droits réservés.

Voir aussi :
La 36 ème Chambre de Shaolin
Gordon Liu
En savoir plus sur la Shaw Brothers


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