A la vue de quelques films
réussis ou intéressants, il est à la mode aujourdhui de poser sur un piédestal
les cinémotographies de certains pays. Impossible dans ce contexte déchapper au
discours laudatif sur le cinéma sud-coréen d'aujourd'hui. Il est pourtant difficile
dadhérer à lenthousiasme général en se basant sur les films présentés à
Udine. Pas question pour autant de tomber dans lexcès inverse. Ebauche des
tendances qui secouent un cinéma dynamique, contrasté et imparfait.
1. La
renaissance du cinéma sud-coréen actuel. (1)
Plusieurs facteurs expliquent
lessor du cinéma sud-coréen. Tout dabord, la fin de la dictature militaire
en 1993, a permis une plus grande liberté dexpression. Les réalisateurs formés
sous le régime militaire ont immédiatement utilisé leur nouvelle marge de
manuvre, préparant lindustrie à accueillir une nouvelle génération de
réalisateurs. Ensuite, au vue des bénéfices engrangés par Jurassic Park, les
grosses multinationales sud-coréenne, comme Samsung ou Hyundai, ont pris conscience du
potentiel commercial que pouvait représenter lindustrie cinématographique. Elles
nont donc pas hésité à investir, à la fois dans la production, mais également
dans les réseaux de diffusion comme les salles de cinéma ou les télévisions câblées.
Cette importante restructuration du secteur a permis de faire des films locaux des
produits rentables. Car le public a suivi massivement, les parts du cinéma américains
reculant sous les coups des films locaux les plus populaires. Mais si le cinéma
sud-coréen a réussi à simposer, cest également grâce au développement de
publications, dune critique, de festivals, comme celui de Pusan, qui ont contribué
à le crédibiliser aussi bien au niveau national quau niveau international.
Bien quen léger recul en
lan 2000 pour ce qui est de ses parts de marché, lavenir du cinéma
sud-coréen reste radieux. La renaissance internationale, les ventes à létranger,
des budgets en hausse et un partenariat avec dautres pays asiatiques lui permettent
dassurer son développement et son rayonnement. Ce " nouveau "
cinéma sud-coréen, qui sest véritablement imposée depuis 1997, sorganise
autour de deux grandes tendances représentées à Udine : mélodrame et comédie
dun côté, le film de genre de lautre.
2. Amour, mélo
et comédie à gogo.
Cest de loin le type de films le
plus produit en Corée. Sagit-il dun concours de circonstance ? En tout
cas à Udine, les comédies dramatiques coréenne avaient tous pour point commun de
traiter le point de vue masculin sur lamour. Les femmes sont dans les films aimantes
et nont aucun problème quant à leur sexualité. Les histoires sintéressent
globalement plutôt à la naissance de lamour, à ce qui se passe avant que le
couple ne se soit reconnu en tant que tel. Les mises en scène sont globalement très
classiques. Limage est léchée, la musique très présentes. Du point de vue
européen, le traitement de lamour par les coréens apparaît mièvre. Il y a la
volonté de mettre en scène de belles scènes émouvantes avec un premier degré qui fera
rire les cyniques.
Première romance coréenne
présentée à Udine, Plum Blossom (2000), met en scène la vie amoureuse de deux
amis denfance. Le premier est un idéaliste qui tombe amoureux de sa professeur, le
deuxième recherche lamour dans la sexualité. Si ce film est très beau, il
senlise très rapidement, faute de faire évoluer ses personnages. Incapable de
comprendre quils sont sur des voies de garage, les deux amis répètent les mêmes
erreurs sans jamais se remettre en question. Pourquoi pas ? Sauf que 111 minutes pour
faire ce constat, cest bien trop long. Heureusement quil y a beaucoup de
jolies coréennes nues pour faire passer le temps ! En fin de compte, le suicide de
lidéaliste fera comprendre à son ami que son absence dinvestissement, autre
que physique, dans lamour lui fait rater la rencontre avec lautre. Bref,
beaucoup dimages pour pas grand chose
Happy End (1999) jouit
dune excellente réputation, mais jétais crevé ! Je suis parti au bout
dune demi-heure. Sur le plan formel, cest on ne peut plus classique. Très
lente, lexposition du film ne laisse pas présager lexcellent film tant
vanté. On pourra seulement noter que le récit se distingue de ceux des autres films dans
la mesure où il met en scène un couple en crise. Lui, au chômage, se laisse aller. Elle
a trouvé refuge dans les bras dun amant. La deuxième partie du film doit sans
doute être la meilleure
Grand thème classique du cinéma A
Masterpiece In My Life (2000), met en scène un cinéaste de vidéos érotiques qui
voudrait mettre en scène le film de ses rêves. Il se fait aider par une écrivain. Ils
tomberont amoureux, mais les refus des producteurs de laisser le cinéastes réaliser son
rêve, mettront à mal cet amour. Cest gentil, conventionnel et sans une once
doriginalité. Même le film rêvé, quon nous présente sous forme dun
manga hystérique, repose sur des clichés bien éculés (le cirque et les clowns). La
relation amoureuse joue sur le rapprochement progressif des deux personnages où le
non-dit reste de règle. La fin en eau de boudin vient achever une projection plus que
décevante.
Heureusement I
Wish I Had A Wife Too (2001), vient illuminer quelque peu un paysage romantique bien
terne. Plus tourné vers la dérision, ce film met en scène un homme qui a décidé de
faire une cassette vidéo pour sa future femme à laide de la vidéo surveillance de
la banque où il travaille. Une jeune institutrice un peu godiche séprend de cet
employé loufoque. Le regard est tendre et moqueur sur ce couple atypique. Avec sa musique
jazzy, le film fait penser à Quand Harry rencontre Sally. Un film à
découvrir
La même journée, le festival donnait
loccasion de découvrir deux films Ditto (2000) et Il Mare (2000),
dont le sujet est identique, la communication entre des individus qui vivent à des
époques différentes. Le premier a choisi lannée 1979, une période cruciale dans
lhistoire coréenne puisquelle connaissait des troubles politiques importants.
Un jeune homme communique donc, à laide dune CB, avec la meilleure amie de sa
mère, qui sortait avec son futur père. Ils se retrouveront dans le présent
linstant de léchange dun regard, et pour lui, la possibilité de sortir
son parfum
Vous voyez le topos gnangnan quil ma fallu subir! En plus la
mise en scène était dun classicisme absolu. Bref rien à garder. Il Mare
était un peu plus intéressant, mais ne casse pas des briques non plus. Il faut en passer
par le même dispositif (lourd à mettre en place) de dialogues entre le passé et le
présent (3 ans ici) qui se fait par lettres cette fois. La mise en scène est un peu plus
travaillée, mais le film se traîne pour arriver jusquà un happy end des plus
désagréables. Moyen, moyen, moyen
Reste sur un ton beaucoup plus comique
Foul King (2000). Déjà vu à Deauville, cette comédie fonctionne bien. Elle met
en scène lunivers du Catch. Les gags sont assez classique, mais le dynamisme de la
mise en scène et le jeu des acteurs servent très bien le projet. Lhumour est
souvent facile (lapprenti catcheur qui se fait battre par la fille du patron), mais
il part parfois dans des délire qui ne sont pas sans rappeler la comédie non-sensique de
Hong Kong, comme quand le héros rêve quil est déguisé en Elvis et quil
affronte son patron sur le ring
Un bon moment de détente !
3. Du
film de genre au blockbuster
Le film de genre connaît également
un développement spectaculaire en Corée. Depuis le succès de Shiri (1999), le
film de genre coréen a choisi la voie du blockbuster. Avec des budgets toujours plus
conséquents, il sagit de produire des films toujours plus spectaculaire. Mais quel
est le modèle de spectacle que propose les réalisateurs coréens à leur public ?
Malheureusement, ils nont pas fait preuve de beaucoup doriginalité. Le plus
souvent les films sont de véritables imitations des cinématographies de Hong Kong et des
Etats-Unis.
Lexemple le plus typique
présenté était Libera Me (2000), un film de pompiers complètement imprégnés
par le cinéma américain. La mise en scène, le rythme et même la musique. Rien, en
dehors des acteurs et des lieux, ne donne une couleur locale au film. Si les effets
spéciaux sont plutôt réussis, le film est comme tout bon blockbuster ultra prévisible
et sans originalité. Un film daction de plus
Le sujet de Joint Security Area
(2000) a le mérite de poser un problème spécifiquement coréen : les relations
entre les deux Corée. Le film est assez classique dans sa mise en scène, mais,
heureusement, réserve quelques petits jeux de montages pour lui donner une petite
originalité. En tout cas le film a été un gros succès en Corée.
Je nai pas vu Nightmare
(2000), un film dhorreur que certains trouvaient rigolo, mais qui plagie,
paraît-il, Scream. Ce ne serait pas étonnant. Car visiblement, linfluence
du cinéma étranger en Corée est très forte sur le cinéma de genre. On attend encore
des metteurs en scène capables de dépasser les modèles extérieurs pour proposer une
vision plus originale de ce genre de film.
Le cinéma coréen possède
dindéniable qualité technique. Le niveau de production est souvent supérieur à
ce qui se fait à Hong Kong. Mais en dehors de quelques exceptions, la production
coréenne reste trop conventionnelle. Elle imite sans imposer sa propre vision du cinéma.
Il faut espérer que de nouveaux cinéastes vont pouvoir émerger avec un univers plus
riche. Malheureusement, le succès actuel de ce cinéma sans grande personnalité ne
risque pas dinciter les investisseurs à changer de formule... Sans tomber dans les
discours chics et chocs, surveillons les coréens en espérant quils feront mieux
demain. En tout cas, ils ont toutes les cartes en mains
Site dirigé par un universitaire qui enseigne en Corée.