Films présentés : Sausalito,
Skyline Cruisers, Juliet In Love, Jiang Hu-The Triad Zone, A True
Mob Story, Born To Be King, The Duel, Summer Holiday, What Is
A Good Teacher, From The Queen To The Chief Executive, Marooned, Okinawa
Rendez-Vous, Help ! ! !, Healing Hearts, Needing You,
Tokyo Raiders, Twelve Nights, Clean My Name Mr Coroners, Wu Yen,
Naked Killer, Bullets Over Summer.

Udine a eu le mérite de permettre au
spectateur de confronter immédiatement les différentes cinématographies dAsie,
sans passer par le filtrage arbitraire des sélections des distributeurs nationaux.
Lannée 2000 a été assez catastrophique sur le plan artistique à Hong Kong et ce
sont les coproductions avec létranger (Tigre & Dragon, Time And Tide
et In The Mood For Love) qui ont donné les meilleurs résultats. Et pourtant, la
vision brute et brutale des comédies de nouvel an chinois, des mélos comico-sentimentals
ou les séries B, révèle que le tout venant du cinéma de Hong Kong conserve encore une
personnalité bien affirmée, qui, au-delà du résultat, se révèle souvent plus
intéressante que celle du cinéma japonais ou coréen.
Car le style de Hong Kong, en dépit
de la crise et de la mondialisation, continue à perdurer et tous les films continuent à
reposer sur une même idée de cinéma là où le cinéma japonais apparaît plutôt
organisé autour de pôles esthétiques très différents les uns des autres et où le
cinéma coréen copie largement ce qui se fait à létranger. Hong Kong est une
industrie de lentertainment et elle a sa recette. Quelle parle damour,
de gangsters ou de héros high-tech, le cinéma de Hong Kong reste frénétique, le
montage est toujours serré, les cadrages impossibles, les ruptures de ton incessantes,
lhumour, lironie et le cynisme omniprésents. Cest cela le cinéma de
Hong Kong et tant que cette industrie continuera à se reposer sur ces bases, elle gardera
sa spécificité.
On a souvent reproché
aux films dactions récents comme Gen-X-Cop, Tokyo Raiders ou Skyline
Cruisers de singer maladroitement les films daction hollywoodiens. Cest
vrai dans les intentions (scénario à la Mission Impossible, budget en hausse),
pas dans la réalisation. Ces films, très pensés sur le plan marketing pour toucher leur
cible (les jeunes asiatiques), sont proprement invendables en occident. Plus que leur
médiocrité, cest leur conception déjantée et speedée qui les rend inacceptable
pour le public mondial. Cette réponse de lindustrie locale fait penser à celle que
la Cinema City avait apporté, il y a 20 ans, face à la parte de vitesse du cinéma kung
fu et au succès de certains films occidentaux. En reprenant deux gros succès des années
70, James Bond et La panthère rose, Karl Maka avait crée la série Aces Go
Places. Lhistoire se répète
Les comédies sentimentales aussi
subissent le même sort. Là où les films occidentaux, japonais ou coréens proposent le
plus souvent un traitement des plus académiques, le cinéma de Hong Kong sadonne à
tous les excès comme un sale gamin qui jubile de ses propres farces. Dans Needing You,
la caméra emprunte les bouches daération pour suivre les rumeurs, dans Summer
Holiday le second degré se confond avec la romance sans que le spectateur ne puisse
plus les distinguer. Dans Healing Hearts, un mélo qui commence comme Urgence,
se poursuit comme une romance où lhôpital disparaît subitement, pour se terminer
comme un mélo lacrymogène. Cest mauvais, mais en même temps, pour chaque film,
lironie et le cynisme affiché entre deux scènes dun premier degré
insupportable, renvoie le film à sa fonction de divertissement sans prétention. Non à
Hong Kong, on ne fait pas du " grand " cinéma ! Car le cinéma,
à Hong Kong, ce nest pas assez grave pour être sérieux.
Et pourtant de temps à autres, un
film tente, de manière isolée de ne pas respecter les règles. Lannée dernière
Lawrence Ah moon proposait un courageux Spake Out qui montrait une jeunesse errante
et désenchantée. Cette année Herman Yau présentait à Udine From The Queen To The
Chief Executive ou le combat dune poignée de militants pour aider des
prisonniers, enfermés alors quils étaient adolescents et qui nont pas de
peines définies. A lapproche de la rétrocession, les prisonniers ont peur du sort
que leur réserve la nouvelle administration chinoise et voudraient que
ladministration anglaise statue sur leur sort.
Le
film névite pas les maladresses. Tout dabord, si lactrice principale
est charmante, elle a un coté BCBG et tendre, qui cadre mal avec son personnage au passé
torturé (pauvreté, abusée par son oncle, envie de meurtre vis-à-vis de sa mère). Le
jeu de lactrice est bien trop doux et le fossé entre le passé et le présent est
difficile à accepter. Le scénario névite pas non plus quelques simplifications.
Il ne nous montre que deux prisonniers dont le parcours est exemplaire puisquils ont
fait des études en prison et sont devenus de véritables intellectuels. Sur le plan de la
mise en scène, Herman Yau mêle un traitement documentaire (images télévisées, faits
réels, caméra épaule
) avec un traitement beaucoup plus spectaculaire en jouant du
montage et de la bande son, comme par exemple dans la scène finale où une musique hard
rock vient appuyer lémotion des prisonniers. De ce fait la mise en scène reste
problématique, car en jouant sur les deux tableaux, le spectateur a limpression de
se faire manipuler.
Faut-il alors rejeter cette
tentative ? Certainement pas. Dabord parce que son sujet est dune
originalité rare dans une industrie tournée pratiquement exclusivement vers le
divertissement. La situation de ces prisonniers est véritablement exceptionnelle et le
film est pour nous loccasion den apprendre plus sur la société hongkongaise
et de son rapport avec la justice. En outre, si le film peut apparaître parfois
simpliste, il essaie déviter tout manichéisme. Le sentiment de culpabilité des
prisonniers ou les doutes des militants viennent offrir des contre points intéressants
dans une intrigue qui aurait pu devenir purement démonstrative. Cest pourquoi From
The Queen To The Chief Executive est un film important. Il perpétue ce petit îlot de
résistance qui refuse le cinéma de pure évasion. Parfois il faut savoir être grave et
c'est un réalisateur de catégorie 3 qui le rappelle à ses concitoyens. La culture du
paradoxe! C'est aussi cela Hong Kong...
Laurent HENRY Mai-2001