Etat des lieux

L'entrée du festival

Cette troisième édition du festival d’Udine m’aura laissé un sentiment mitigé. Du côté des points positifs, il est bien sûr agréable d’aller faire un tour en Italie. Non seulement Udine est une jolie petite ville (95000 habitants), mais en plus elle ne se trouve qu’à une centaine de kilomètres de Venise, un lieu unique à visiter ! L’organisation du festival est bien rôdée et bénéficie de moyens financiers conséquents. En plus des 73 films présentés et des 40 invités présents, le festival fait également venir des spécialistes des cinématographies asiatiques, des étudiants en cinéma, des universitaires, des journalistes ou des organisateurs de festival. Les Italiens ne sont pas trop exigeants pour délivrer les accréditations et c’est au total plusieurs centaines de personnes qui sont logés gratuitement. Cette politique d’ouverture ne peut être que salué, d’autant qu’elle favorise la rencontre de gens d’horizons très différents. Il est toujours intéressant de pouvoir se confronter à d’autres points de vue, Udine le permet aisément. Autre point positif, les séances sont gratuites pour tout le monde, si ce n’est que le soir il faut retirer un ticket, sans doute par mesure de sécurité, pour éviter de se retrouver avec une salle surchargée. N’oublions pas non plus de mentionner le travail de l’équipe organisatrice, très sympathique, et qui répond toujours avec sollicitude à vos moindres demandes.

le fond de la grande salleTout aurait donc pu être parfait, à deux exceptions notables près. En premier lieu il y a le problème de la programmation. Elle était organisée autour de trois événements majeurs. Officiellement le festival rendait un hommage à Wong Jing. Mais le programme ne proposait que Naked Killer, plus quelques productions de l’année précédente. C’est assez limité, d’autant qu’il n’y avait même pas un film de jeu, la spécialité du monsieur. On avait donc l’impression que cet hommage avait été décidé sur un tard et préparé à la va vite. Le deuxième événement, la rétrospective Bruce Lee, était tout aussi chiche. Un documentaire avec les scènes inédites du Jeu de la mort et The Kid, un film de 1950 avec Bruce en enfant star. Et c'est tout! Enfin le festival proposait une sélection de films philippins. C’était sans doute le thème le plus intéressant car il était possible de découvrir une cinématographie inconnue chez nous.

L'écran, une très bonne qualité de projectionPour le reste, la sélection reprenait des films récents piochés essentiellement en Corée, au Japon, à Hong Kong et en Chine. Réalité du marché ou mauvais choix des sélectionneurs, l’ensemble était assez décevant. Selon Stephen Cremin, un spécialiste du cinéma asiatique, le retrait de Derek Ellis de Variety du comité de sélection, explique en partie la faiblesse du cru 2001, notamment en ce qui concerne le Japon. On pouvait bien sûr trouver intéressant de baigner dans la production mainstream de l’Asie. Voir comment se vit le cinéma dans un quotidien moins flamboyant que pourraient laisser croire les quelques films coréens ou japonais qui arrivent chez nous. D’un autre côté, la présence de quelques classiques du cinéma asiatique aurait peut-être permis de rehausser un peu le niveau. D’autant que le festival est loin d’avoir épuisé son sujet. Le riche passé du cinéma de genre japonais, la kung fu comédie ou Tsui Hark par exemple n’ont pas encore été abordé par le festival. Il y a donc encore beaucoup à faire. Pourquoi démultiplier des films sur des thèmes souvent proches ? Ainsi Ditto et Il Mare, deux films coréens sortis l’année dernière, traitent pratiquement de la même histoire, à savoir la communication entre des individus qui vivent à des époques différentes. On a aussi eu le droit à des tonnes de films sentimentaux cette année. C’est vrai que c’est le genre à la mode en Asie, mais du coup la sélection apparaît bien monotone. Il est clair que si Udine se déroulait en France, les critiques auraient été sans pitié pour les organisateurs.

La deuxième réserve qu’on pouvait porter à cette édition du festival, est qu’il commence à perdre de sa convivialité. Peut-être victime de son succès, il devient moins chaleureux. D’abord parce que contrairement aux années précédentes, les conférences se faisaient sur une scène et au micro, alors qu’avant cela se déroulait dans des canapés où tout le monde était en cercle, à égalité avec les intervenants. Les conférences ont à présent un petit côté cérémonieux. Dommage. Il devient ensuite très difficile de voir et de discuter avec les invités. Très occupés par des excursions et des cocktails, ils ne sont presque jamais au festival. Le public ne peut espérer les voir qu’aux conférences et à la présentation leurs films. Les journalistes, eux, n’ont que 15 minutes pour les interviewer lors d’une séance qui dure à peine deux heures. C’est la foire d’empoigne ! Il paraît que l’année dernière il était facile de trouver Chow Sing Chi dans le hall d’entrée, cette année, c’était souvent le désert.

Udine vu de mon HôtelEn dépit de ces réserves, aller à Udine reste quand même une expérience à faire pour tout amateur de cinéma asiatique. Voir autant de film, pouvoir rencontrer autant de monde, c’est unique. Néanmoins l’état d’esprit du festival est en train de changer. Ce festival est assurément à une époque charnière de son existence. Espérons qu’il ne tombe pas dans le piège cannois et qu’il restera un lieu convivial où le cinéma est au centre des préoccupations de chacun.

 

HL - Mai 2001