The Replicant

  

"Aware", "full cycle", "cocainé jusqu'au trou de nez", tels sont les mots qui accompagnent JCVD désormais. Mais, il faut aussi rappeler que le comédien vient de sortir Replicant, son nouvel et très bon opus sous la direction de Ringo Lam qui l'avait déjà dirigé dans le correct Risque Maximum.

Renouant avec ce dernier après deux films avec Tsui Hark qui resteront gravés dans les mémoires (et malheureusement sur pellicule) à jamais, Van Damme signe sans aucun doute son meilleur film, aidé en cela par un réalisateur qui voit en Réplicant un moyen de développer à nouveau ses thèmes de prédilection (voire ses obsessions) que sont la dualité de l'être humain et les rapports entre le bien et le mal, thèmes présents dans des films comme Full Alert, City on Fire et dans une moindre mesure Risque Maximum.

Dans Replicant, Van Damme interprète donc Garrotte, tueur en série de son état, traumatisé par le comportement de sa mère quand il était enfant et son double génétique, son réplicant, ayant l'esprit d'un enfant dans un corps d'adulte qui va devoir apprendre la vie en un temps record afin d'aider un flic à coincer son double maléfique. Une fois n'est pas coutume mais il faut avouer que Van Damme est surprenant dans les deux rôles, laissant percevoir qu'il est peut-être bon comédien dès lors que le script est exigeant, ce qui ne lui est jamais arrivé de sa carrière. Il parvient à rendre émouvant son rôle de "demeuré" (rires moqueurs dans la salle de cinéma) et se révèle très bon dans celui du bad guy, n'hésitant pas à prendre beaucoup de risques avec son image. Beaucoup ont vu dans cette dualité des personnages le fait que JCVD interprète ici les deux pôles de sa personnalité: le "Van" un peu naïf qui fait rire la France et le "Damme" qui a dans la vie de tous les jours des moments où il ne peut contenir sa colère et s'en prendre à tout le monde. Cette dualité et ce rapprochement entre les personnages du film et le vrai Van Damme ont sans doute eté les éléments déclencheurs ayant poussé le réalisateur chinois à tenter à nouveau sa chance à Hollywood.

Lam, qui avait déjà lassé entrevoir cette possibilité dans son précédent film avec le Belge cogneur, a su le diriger parfaitement en lui donnant des indications telles qu'il a su cerner un (des) personnage(s), chose qu'il n'a certainement dû jamais faire auparavant. En lui donnant un os à ronger, le Hong-Kongais a réussi à faire l'impossible: rendre JCVD crédible.

Produit par Nu Image, grande pourvoyeuse de films d'action de série B pour vidéo-clubs, au travers de sa filiale Millennium Films, le film souffre tout de même d'un manque de moyens assez flagrant empêchant une débauche d'explosions et de scènes d'action en tout genre. Ces contraintes budgétaires permettent au film de s'élever à un niveau supérieur et de se recentrer sur l'intrigue ainsi que la psychologie des personnages. Certes, il y a de l'action, des combats, mais ils sont relativement peu nombreux et filmés à la "Ringo Lam", c'est à dire dans un style très rapide et sec, renforçant l'ambiance assez glauque du film. Les fans de Bloodsport doivent donc passer leur chemin au risque d'être encore déçu par l'ex idole des jeunes.

Le film n'est pas exempt de défauts, notamment certaines incohérences scénaristiques et quelques emprunts à Seven assez grossiers, mais le film est suffisamment linéaire, rythmé et intéressant pour tenir le spectateur en haleine pendant les 97 minutes de métrage.

Oubliez un peu l'image du Van Damme benêt qu'il véhicule depuis une dizaine d'années, prenez le risque d'être surpris par un film qui va certainement s'avérer meilleur que Le Baiser du Dragon même si ce dernier bénéficie de l'ultra populaire Jet Li.

Lam va bientôt retrouver Van Damme pour The Monk où ce dernier interprétera un moine shaolin (eh oui...) et espérons que cette troisième collaboration aboutisse à un film aussi réussi que ce Réplicant, une véritable bénédiction dans le film d'action américain et de très loin le meilleur "Van Damme hong-kongais". Merci Ringo.

 

 

                                                                                       Anthony Caudron