Réalisé par Herman Yau (1). Avec Nicolas Tse, Cecilia Cheung, Philip
Chan, Alfonso Wong...
Tsui
Hark est un personnage extrêmement persévèrent. Dès quil tient une idée, il
souhaite la voir aboutir en rassemblant autour de lui le peuple de Hong Kong. Sil
rate son coup, il revient à la charge jusquà obtenir son succès public. A chaque
fois il procède de la même manière. Il choisit un sujet tombé en désuétude et le
modernise pour limposer. Avec Chinese Ghost Story The animated movie,
Tsui Hark rêvait de conquérir le jeune public en redonnant un coup de jeune à
lanimation chinoise. Echec. Tsui hark navait pas les moyens de ses ambitions.
Nourris aux mangas, les kids hongkongais ne se sont pas déplacés. Tsui hark revient donc
à la charge, 4 ans plus tard, avec Master Q 2001.
Une fois encore lidée
semble folle, le sujet impossible. Master Q est une vénérable bande dessinée qui
paraissait dans les années 70. Elle mettait en scène Master Q bien sûr, un maître
dart martiaux, Mr Potato, un homme en forme de pomme de terre, et Mr Nobody, miroirs
comiques et critiques de la société de lépoque. Composée de quatre cases, cette
BD était pensée pour être immédiatement compréhensible, même par les nombreux
hongkongais qui ne maîtrisaient pas bien lécrit. Réactiver le film pour enfant à
laide une BD vieillotte, à lheure des Pokemons et autre Digimons,
cétait plutôt gonflé.
Pour assurer le succès de lentreprise, Tsui Hark
choisit limage de Synthèse quil va intégrer aux images réelles et choisit
les deux plus grosses stars à la mode chez les jeunes : Nicolas Tse et Cecilia
Cheung. Longuement produit par une équipe locale spécialisée dans limagerie de
synthèse, le film est clairement conçu pour tenir la dragée haute aux productions
américaines, Tsui Hark étant bien conscient quen matière deffets spéciaux,
les joyeux bricolages des années 80 sont révolus. Et il faut bien avouer que le
résultat est dès plus surprenant. Nos trois toons digitalisés sintègrent
parfaitement aux décors et on oublie très vite quils ne sont pas réels.
Et contre toute attente de
la part des analystes, le film a triomphé au box office, reléguant les autres films loin
derrière lui. Passons sur un scénario prétexte. En gros deux amoureux perdent la
mémoire à cause de Mr. Patato et Master Q. Les deux toons vont alors sefforcer
daider les deux infortunés en semant davantage la pagaille quen
résolvant les problèmes. Si les enfants ont sans doute étaient séduits par le
challenge technologique et les aventures comico-rocambolesques des personnages, force est
de reconnaître quune fois de plus Tsui Hark a osé défendre les couleur de sa
culture en la valorisant aux yeux dune jeunesse toujours plus soumis aux influences
extérieures, notamment celles des Etats-Unis et du Japon.
Ce nest pas tant
mettre en scène des personnages de la culture locale cantonaise qui relève de
laudace, que de sinscrire dans un style et un univers complètement imprégné
par cette culture. Sur le plan du style, la mise en scène reprend un certain nombre des
tics visuels propres à la bande dessinée et au cartoon. Mimiques figés des acteurs,
bruitages ou apparitions de pictogrammes tendent à renforcer son ton BD. Mais ce qui fait
le caractère hongkongais du style du film, cest le choix dun rythme
frénétique, encore plus soutenu que celui de la production standard. Ca bouge dans tous
les sens et le rythme endiablé donne un côté hystérique au récit qui renforce encore
lirréalisme des situations. Revers de la médaille, le spectateur est emporté dans
un tourbillon où les sentiments ont peu leur place. En dehors dune très belle
scène toute en image de synthèse, où Master Q déclare sa flamme sans succès à celle
quil aime, rares sont les moments forts en émotion. Dommage.

Mais cest surtout
lunivers du film qui témoigne de cet amour pour la culture locale, à travers les
multiples clins dil qui lui sont adressés. Que ce soit à travers
lutilisations de cameos (avec la présence de lauteur de Master Q au premier
rang) ou de la parodie de certaines scènes célèbres du cinéma hongkongais, tout le
film peut se lire comme une série dhommages. Tout y passe, de Zu au
triade-movie en passant par le polar. Master Q imite Bruce Lee ou Mr. Potato nous refait
une scène de taverne typique des wu xia pian de la belle époque, cest un vrai
bonheur que de lire ce petit illustré du cinéma de Hong Kong. Dautant quau
passage, la parodie permet de critiquer lensemble des institutions comme la police,
les politiques ou les triades. Malheureusement la critique reste souvent facile, mais
noublions pas que le film est avant tout destiné au jeune public.
Cet ancrage dans la culture
locale va sans doute limiter lexploitation internationale du film, mais cest
pourtant ce qui fait tout son prix. Certes le récit est plutôt inégal, certaines
scènes sont peu drôles ou peu intéressantes (le gag de James Pong quon doit
appeler
007), dautres sont très réussies comme la poursuite en vélo (Project
A ?) ou le numéro de danse, néanmoins Master Q 2001 mérite certainement
mieux quune exploitation régionale. Les enfants du monde entier nont-ils pas
tous le droit à des films malins qui évitent les discours politiquement correct et qui
leur feront découvrir une autre culture ? Espérons le
Note (1): Bien que réalisé par Herman Yau, ce film est produit par
Tsui Hark. Ce film est une oeuvre de commande pour Herman Yau qui s'est mis au service du
projet de son producteur. Il ne s'agit pas de minimiser son rôle, mais cet article porte
surtout sur les choix de Tsui Hark.