Quand le cinéma de Hong Kong
adapte des bandes-dessinées


Les principaux personnages de Storm Riders.On connaît très bien les influences des comics sur le cinéma hollywoodien. Qu'ils s'agissent de Superman, Batman, Spiderman, Blade ... ou encore dernièrement X Men, le public connaît bien ces héros de papier. Dans les années 90, c'est au tour du manga japonais et des jeux vidéos d'influencer l'industrie cinématographique : Crying Freeman, Niki Larson alias City Hunter, DBZ, Street Fighter, Mortal Kombat... Mais depuis quelques années, Hong Kong se cherche un peu. Avec la rétrocession de 1997, elle se cherche une culture propre, un culture chinoise qu'elle avait perdue. Et c'est ainsi qu'ont pu grandir les mangas made in Hong Kong. Le seul qui s'est vraiment détaché en France est Cyber Weapon Z, créé par la boîte Freeman. Même si ces derniers sont encore peu connus du grand public français, ils commencent cependant à faire parler d'eux parmi un groupe d'initiés (qui grandit à vue d'oeil depuis les triomphes de Matrix et Tigre et Dragon). Et compte tenu du succès et de la mode des super-héros de bandes-dessinées au cinéma, il était normal de les voir débouler sur les grands écrans. En France, nous connaissons bien Stormriders, grand succès vidéo, mais il en existe d'autres. Ainsi, après les exploits de Jackie Chan, la relève de Jet Li qui commence doucement mais sûrement à se faire un nom, on peut enfin découvrir ces newcomers qui allaient faire la nique aux amerloques et à George Lucas en particulier avec son poussif Star Wars - La Menace Fantôme (qui a beaucoup déçu). Mais quels sont ces films ? D'où viennent-ils ? D'où vient l' inspiration de leurs auteurs ?

Pour vous faire mieux découvrir cet univers des mangas hongkongais et leurs influences sur le cinéma HK, le HKCINEMAGIC vous a concocté ce mini dossier.

 

1- Les influences du manga HK
Une planche de Man Called Hero.Quand on mate une bande dessinée hongkongaise, on est tout de suite frappé par les similitudes qui existent entre un manga HK et un manga japonnais. En effet, les personnages, le découpage, la mise en page, les graphismes, les histoires, tout ceci et bien d'autres ont d'étranges similitudes. Cependant, il y a quand même un style, une "Hong Kong Touch" qui permet de distinguer immédiatement un comics HK d'un manga nippon. Ainsi, même si ces derniers ont une approche très cinématographique, les BD HK ont une mise en scène encore plus proche des films et des jeux vidéos dont sont abreuvés les jeunes de l'ancienne colonie. Si maintenant le cinéma s'inspire des mangas, il faut savoir qu'avnt tout c'est le contraire qui s'est effectué pendant des dizaines d'années. En effet, tous ces héros que l'on peut voir dans Black Mask, Heroic Trio et sa suite, les derniers films d'Andrew Lau (Storm Riders, A Man Called Hero*), mais aussi les derniers wu xia pian modernes ont tous un point commun : l'influence mutuelle entre les comics et le cinéma.
* en vidéo chez FOX

 

2- Le manga HK, qu'est-ce que c'est ?
Une BD hongkongaise ressemble au premier abord à un comics US. Elle ne contient en moyenne qu'une trentaine de pages, l'encrage est effectué au lavis (encre de Chine). Les histoires sont avant tout écrites pour le jeune public accroc aux jeux vidéos. On peut donc y découvrir un univers proche de l'Héroïc Fantasy où les scènes de bastons occupent une très grande place. Pour pouvoir plaire au plus grand nombre, on refait donc à la sauce HK les grands succès des voisins : DBZ, Saint Seya...

 

3- Comparaison Manga - Film :

Storm Riders
Une planche de Storm Riders.Un seul film réussira pourtant (contre toute attente du distributeur qui préféra le sortir directement en vidéo plutôt que d'essayer une sortie nationale au cinéma) à déclencher un mini vent de folie parmi la population gavée aux jeux vidéos de bastons : Storm Riders. Bande dessinée conçue par Ma Wing-shing, on peut voir dès le générique de début (très réussi) les personnages tels qu'ils sont dans la BD. Cette préface permet ainsi de faire le lien entre les deux supports. Un peu à la manière des jeux vidéos possèdant une introduction présentant les personnages et le lieu où va se situer l'action, le film se veut avant tout un Final Fantasy live, avec ses codes régissant le genre. L'arrivée du numérique a grandement facilité le travail d'Andrew Lau, le réalisateur du film. Maintenant, le cinéma HK peut véritablement rentrer dans le 21° siècle et rivaliser avec le cinéma hollywoodien (qui plait de plus en plus aux spectateurs de l'ancienne colonie).

A Man Called Hero
De ce film (fort décrié dans ce site malgré quelques très bonnes séquences comme celle de l'attaque des ninjas japonais dans les sombres ruelles de New York et le mystérieux personnage masqué malheureusement pas appronfondi), il ne reste que peu de bonnes choses marquantes dans nos esprits. Du style comics-books, il ne subsiste dans le film que quelques bribes distribuées avec parcimonie, ce qui n'était pas le cas avec Stormriders, de bien meilleure facture. Pour un film d'action de ce type et de cette envergure, c'est bien le manque d'action qui prédomine, ce qui est quand même un comble. Même le climax final (un duel sur la statue de la Liberté) est mal fichu. Les postures que prennent les héros peuvent quelquefois faire penser aux oeuvres du studio Clamp, notamment ..., mais cela ne suffit pas.

4- D'autres exemples de films-mangas
Les deux films que nous venons de voir ne sont pas les seuls faisant partie de la culture manga.

Black Mask
Ainsi, il faut savoir que Black Mask, le film (et bientôt Black Mask 2 dont le scénario est co-écrit par le maintenant célèbre duo français Julien Carbon - Laurent Courtiaud, produit par Tsui Hark et chorégraphié par Yuen Wo-ping) est tiré lui-aussi d'un manga HK "Har Hap" (le héros de la nuit), dessiné par Li Chi Ta et scénarisé par Pan Chi Ming.

Ce comics est franchement inspiré par le Frelon Vert (The Green Hornet) dont l'assistant Kato fut interprété à l'époque par Bruce Lee. Ce rôle fut à ce moment là très populaire et propulsa la carrière de Lee. Dans le comics, c'est le personnage principal qui est maître en arts martiaux, et n'a donc aucunement besoin d'aide.

Ici donc, point de couleurs, l'encre de Chine suffit (ce qui est normal puisque c'est son pays d'origine). En ce qui concerne la version cinéma, Tsui Hark (le producteur) a simplement conservé l'aspect général du personnage, gommant la trame scénaristique du comics. Dans ce dernier, le héros est un vengeur sombre et violent, ce qui aurait contraire à l'éthique morale que Jet Li et Tsui Hark s'étaient promis.

Crying Freeman
certains films sont aussi adaptés en manga!Même si on connaît bien le chef d'oeuvre de Christophe Gans, il faut savoir que de ce manga nippon ont été tirés deux films HK non-officels (cela s'entend). Tout d'abord, il y a le pas terrible Killer's Romance qui s'inspire librement de l'oeuvre originale. Ce film de 1990 est réalisé par l'un des rois de la petite série B nerveuse Philip Ko et interprété par Simon Yam et Joey Wong. L'histoire est donc différente de l'oeuvre de Gans puisqu'ici l'action se passe à Londres. Simon Yam y joue un super tueur dont le tuteur est un yakusa. Quand ce dernier est assassiné, il jure de venger sa mort. Pendant ce temps, Simon tombe amoureux de Joey Wong, une étudiante qui fut témoin d'un de ses assassinats commandités. Mais les deux tourtereaux doivent faire face aux véritables tueurs de son père. Même s'il réunit son quota d'action et respecte de loin la trame du manga, Killer's Romance déçoit quelque peu de par le fait même qu'il s'éloigne de l'esprit BD du modèle. Dommage ! Le second, Dragon From Russia, de meilleur facture, est réalisé par l'épileptique mais efficace Clarence Ford. Ce dernier a fait une seule erreur : le casting. En embauchant le lourdingue Sam Hui pour interpréter le svelte et élégant Freeman, on se demande comment il commit cette erreur flagrande. Pour le reste, le scénario est légèrement confus, mais la mise en scène reste très inspirée et on reste quelquefois sur le cul devant des séquences s'inspirant directement du modèle animé. Le Freeman est un virtuose du couteau. Quand on le voit le manier avec ses pieds dans le climax final, on retrouve bien le côté surhumain du manga.
D'ailleurs, je soupçonne Tsui Hark de s'en être inspiré pour sa (seule ?) scène d'anthologie dans son poussif Double Team où Van Damme affronte un tueur chinois (Hung Yan Yan) tout aussi habile au maniement du couteau avec les pieds.

Niki Larson - City Hunter
Même si on connaît bien la version de Wong Jing avec Jackie Chan dans le rôle titre, il y a d'autres versions HK du même personnage libidineux. Mr Mumble est celle qui me vient immédiatement à l'esprit. Joué et interprété par Michael Chow (le balèze dans Asian Connection et OCTB), on peut y retrouver le personnage de Mammouth, l'ami mercenaire de Niki. Certes, le résultat déçoit, mais Chow qui voue une admiration pour ce héros lubrique, nous la joue ici plutôt cool et réussit à nous faire rapprocher un peu plus du manga que Jackie Chan (qui ne peut jamais faire d'excès sous peine de choquer son public prude).

Story of Riki - Ricky Ho
Chef d'oeuvre gore de l'immense Nam Nai Choi, nous ne connaissons quasiment rien du manga original. En ce qui concerne le film, Master Cyco vous en a donné un petit aperçu dans sa rubrique. Fans de Peter Jackson (à ses débuts) et de Sam Raimi (également à ses débuts), vous ne serez pas déçus en découvrant ce petit bijou du gore made in Hong Kong. Des trucs pareils, ça ne court pas dans les rues, alors celui qui ne connaît pas encore cette perle du particulièrement incorrect et du complètement tcharbé, et qui aime ce style assurément dément, il faut à tout prix que vous essayez de vous procurer ce monument. A bon surfer, salut !

5- Bibliographie

HK n° 12 : Storm Riders (p 38-45) + Les wu xia pian dans les jeux vidéos (p 46-49)


J-L et Pen Hai (novembre 2000)


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