Bilan du festival asiatique de Deauville 2001

 

la cérémonie des drapeaux!Oui je sais Deauville, ça fait déjà 2 mois et je n’ai pas été foutu de faire un papier dessus rapidement, c’est qu’il est devenu fainéant le Master Cyco depuis qu’il travaille, bon bref cette fois ci ça y est le compte rendu est bien là pour vous faire patienter jusque la prochaine édition dans 10 mois…

On vous avait suffisamment prévenu, il fallait réserver votre premier week-end de mars pour le festival Pan Asia situé à Deauville, charmante petite ville bourgeoise de bord de mer, repère des parisiens le week-end, connue pour son festival américain (Kitano et Tigres et Dragons l’an dernier…). Alors il pleuvait d’accord, mais avec pas moins de 30 films à l’affiches et 75 invités réalisateurs ou acteurs, on n’allait pas être déçu d’autant plus que toutes les conditions étaient réunies pour rendre ce jeune festival indispensable : programmation éclectique, accueil et organisation parfaite, projections dans des salles superbes (1200 places pour le CID pour un écran d’environ 250 m2). A vrai dire je trouve peu de points négatifs pour ce festival. Bon d’accord, on fantasmais depuis quelques mois à l’idée de voir certains films comme entre autre les derniers Miike (Audition !) ou Sogo Ishii (Gojoe !) mais le premier avait déjà eu l’honneur d’une rétrospective en France et le second était bloqué par le distributeur. Ces films ne sont pas passés mais on a pu découvrir à la place une programmation de films parfois méconnus mais tout aussi intéressants. Signalons enfin que tous les films du festival étaient présentés sous-titrés français.

Programmé idéalement un week-end de vacances avec une journée supplémentaire par rapport à l’an passé, le festival a, je pense, attiré plus de monde, aidé par un bouche à oreille qui commence à fonctionner et aussi par le soudain attrait des Français pour le cinéma asiatique (avec les succès de Tigres et Dragons, d’In the mood for love et Yi Yi).

Outre des hommages aux réalisateurs Srilankais Lester James Peries et à sa femme Sumitra Peries ainsi qu’au taïwannais Sung Tsun Shou, réalisateur d’une vingtaine de films dans les années 70 dont certains montrés les débuts à l’écran de la toute jeune Brigitte Lin, le festival a programmé des films " jeune public " avec l’avant première du japonais Nos Voisins les Yamada de Isao Takahata stupidement programmé le jeudi à 9h30 pour que certainement personne ne le voit. Fut programmé aussi le Pas un de moins de Zhang Yimou ou Les Contes de la lune vague après la pluie de Mizogushi…

Comme tout festival, des films se sont affrontés devant un jury composé notamment du réalisateur Alain Corneau et de l’acteur Vincent Perez. Neuf films de huit nationalités différentes ont concouru pour les traditionnels Lotus d’or du meilleur film, réalisateur, image, acteur et actrice et prix du public. Un panorama de neuf autres films était aussi présenté au public.

Voici à présent mon journal de bord au jour le jour, il a fallu faire des choix et je ne m’étendrai donc pas sur les films Deveeri (Inde), Fleeing by night (Taïwan), My heart (Corée du sud) que je n’ai pas vu. C’est parti…

 

Jeudi 1er mars 2001

Le jour J est enfin arrivé, nous voilà enfin en côte normande pour se faire une indigestion cinéphilique. Au menu : du chinois, du thaï, du jap et plein d’autres gourmandises inédites rien que pour nos yeux. Le ventre lui ne travaillera pas beaucoup ce week-end au point que certains repas ont été sautés ou décalés dans la nuit pour pouvoir se faire un maximum de toiles. Dehors, il pleut et il fait froid, c’est pas aujourd’hui qu’on ira prendre un bain. Seule solution : le cinéma le plus proche, aujourd’hui tout se passe au " Casino ", belle salle d’environ 400 places, grand écran, sièges rouges confortables, on se croirait à la " dernière séance ". Le public est là, public ou journalistes, ça je ne sais pas, en tout cas les gens sont calmes, c’est pas comme à Bruxelles au célèbre festival fantastique où j’ai été voir le wu xia pian coréen Bichunmoo (moyen s’en dit en passant). Les belges sont fous, ça crie, ça parle, l’ambiance est bon enfant, les gens font le spectacle et se manifestent face aux images (une lune apparaît et toute la salle fait ouuuuuh, voyez le délire…) Ici à Deauville, les salles sont moins pleines et les gens plus respectueux des œuvres. Deux pays, deux ambiances…bref, voici mes commentaires de cette première journée…

 

The Cabbie
De Chang Hwa-Kun et Chen Yimen – Taïwan – 2000
Avec Rie Miyasawa et Tsan-der Tsai

Très éloigné formellement de la plupart des films de Taïwan qui arrivent en France (l’extrême lenteur des films de Hou Hsia Hsien ou Tsai Ming Liang ), le film est une agréable comédie douce-amère qui relate la vie d’un chauffeur de taxi qui essaye coûte que coûte d’emballer une policière essayant d’attirer son attention en faisant des fautes de la route.

Le film se regarde avec plaisir, on rit parfois intérieurement mais ce n’est qu’un petit film sympathique, une agréable entrée pour le festival qui ne mérite tout de même pas son prix du meilleur réalisateur, la réalisation étant plate et sans surprise.

 

Time and Tide
De Tsui Hark – Hong-Kong – 2000
Avec Nicolas Tse, Wu Bai et Anthony Bunman Wong

On l’attendait celui là, imaginez : le retour à Hong-Kong de Tsui Hark après ses aventures avec Van Damme, un film d’action vendu à l’origine comme l’Enfer des Armes de l’an 2000…ça ne pouvait qu’être bien mais dur fut l’arrivée…

Tueur avant l'actionLe film met en scène deux chanteurs à la vie dans un film bourré de gunfights, d’effets spéciaux et d’explosions en tout genre. Le montage est nerveux, les dialogues rares, ça plaît donc forcément à certaines personnes, mais en ce qui me concerne j’en attendais un peu plus de la part du plus grand réalisateur / producteur de Hong-Kong (allé, j’ose… du monde ?). Ce que je reproche donc au film c’est son scénario inintéressant (le résumé du dossier de presse fait pourtant 3 pages !) et le parti pris du réalisateur de continuer ses expériences de caméras passent partout déjà vu dans Piège à Hong-Kong. Les caméras dans les chaussures de Vandamme, c’est amusant une fois mais pourquoi persiste t-il dans cette voie ? Le réalisateur s’intéresse maintenant aux détails, il ne filme plus les explosions mais l’intérieur de celle ci, il fait accoucher ses personnages en pleines scènes de fusillades,… amusant tout ça, Tsui Hark propose de l’inédit mais ça rend pas le film meilleur. Le réalisateur s’amuse visiblement mais moi il m’a emmerdé (et endormi…), au point peut être d’être méfiant sur son Zu 2 (même si les premières photos sont magnifiques) qui avec 1600 plans d’effet spéciaux risque de nous en montrer des prises de vue acrobatiques…

disponible en vcd, prochainement en dvd.à Hong-Kong. Une sortie ciné & dvd est prévue en France, patience…

 

Vendredi 2 mars 2001

Une nuit à Pont Lévêque (son célèbre fromage, son gîte rural – contactez moi je vous direz l’adresse…-) et un petit déjeuner plus tard, nous revoilà à Deauville. Le programme de la journée est chargée : séance à 12h30, 16h,19h et 21h. Le cercle HK Cinémagic / Zeni s’agrandit, on était cinq ce jeudi, on passe à huit (plus les groupies très nombreuses à nos pieds...eh ? ah non, merde…). Ce soir, c’est la cérémonie d’ouverture, les officiels ont sorti leurs beaux costumes, les nombreux invités Air France remplissent gratuitement la moitié de la salle, ils sont contents, ils vont voir de jolies asiatiques en costumes portées des drapeaux, Alain Pattel, Elisabeth Kein, Vincent Perez…Super, ah y’avais aussi un film, germano americano chinois très conventionnel mais ça je vous en parle plus bas. Allez hop…

Bon, il est 12h, la prochaine séance intéressante est dans une demi heure, il me reste donc 30 minutes à combler, direction donc la salle du casino où est projeté le thaï Iron Ladies (de Yongyooth Thongkonthun, encore un nom très facile a retenir). Grand succès dans toute l’Asie l’an dernier, cette comédie traite de l’aventure d’une équipe de volley-ball composée uniquement d’homosexuels et travestis lors d’un tournoi national. Je ne pourrai juger ce film n’en ayant regardé que 20 minutes mais pour le peu que j’en ai vu le thème central est traité avec tous les clichés que l’on pouvait voir dans les film occidentaux il y a une quinzaine d’années (style La cage aux folles…) : personnages efféminés, moqueries… Bref ce n’est pas avec ce film qu’on allait voir de l’inédit, direction donc la grande salle pour la première bonne surprise du week-end…

 

In The Heat Of the Sun
De Jiang Wen – Chine/HK/Taïwan – 1994
Avec Xia Yu et Jiang Wen

Ce long film de près de 2h20 est le premier long métrage de Jiang Wen, connu en France pour Les démons à ma porte, grand prix du festival de Cannes en 2000. Honteusement inédit en France (le film date déjà de 1994 a été acheté par UGC qui ne l’a jamais sorti), le film raconte l’histoire dans un style proche du Brighter Summer Day d’Edward Yang, d’une bande d’adolescents à Pékin un été des années 70. Ce qui fait plaisir dans ce film est l’optimisme des personnages, le portrait d’une jeunesse privilégiée à la recherche de l’amour. Le cinéma chinois peut ainsi nous raconter d’autres histoires que le portrait de gens courageux dans la douleur (représenté par les " combats " de Gong Li dans les chefs d’œuvre de Zhang Yimou Vivre et Qiu Ju). Malgré la dictature du communisme (représentée dans le film par de nombreux chants nationaux) les personnages sont libres. Tout comme son nouveau film présenté en salles actuellement, le réalisateur avait déjà choisi un fond politique représenté par la description d’une époque poste Révolution Culturelle et son regard ironique qu’il porte sur cette époque bénie de l’histoire de Chine.

Disponible en vcd

 

affiche de bankok DangerousBangkok Dangerous
De Oxide et Danny Pang – Thaïlande – 2000
Avec Pawalit Mongkolpisit, Premsine Ratanasopha, Patharawin Timkul et Patarkapat narkatapatatate (non celui là c’est pour rigoler, non mais vous avez vu leurs noms !)

Ce qui est bien dans les festivals comme celui là c’est de pouvoir voir en très peu de temps un maximum de films mais le fait de les enchaîner peut être négatif car on vient rapidement à les comparer entres eux. Comment donc être sensible par ce film quand on sort du film de Jiang Wen. Les deux films sont très différents d’accord, le premier est une chronique adolescente classique dans la forme et qui raconte une belle histoire, le second un polar remplie d’effets de caméras et dont l’intrigue est minimaliste.

Le film raconte l’histoire d’un tueur professionnel muet qui arpente les rues dangereuses de Bangkok où il exécute ses contrats dans un silence de mort. Sa chance de rédemption est une jeune fille. Elle seule est capable de le sauver et de lui apporter la tendresse qu’il n’a jamais connu à moins que son mode de vie ne le tue avant.

Le film est réalisé par deux chinois de Hong-Kong dont l’un est un célèbre monteur. Cela ce voit à l’écran : entre effets clipesques et mise en scène à la Wong Kar-Wai, le film est un véritable travail de monteur car du début à la fin le film n’est qu’un enchaînement d’effets de caméras, d’accumulations de filtres et ceci de manière encore plus présente que le Time and Tide vu la veille ! Le film n’est pas désagréable tout de même, ces effets modernes sont sûrement une première dans un pays où le cinéma n’était jusqu’à présent pas habituer à une telle mise en scène à l’américaine. Au même titre que Le Pacte des Loups est une première en France, les frères Pang ont réussi un vrai film de genre moderne dans un pays dominé par le cinéma classique (drame,...) Ce que l’on peut retenir aussi de ce film outre les nombreux effets de style illustrant les assassinats, c’est l’histoire d’amour comme dans le  The Killer  de John Woo. Heureusement qu’il y a cette histoire qui vient se greffer car elle relance l’intérêt du film qui aurait pu se contenter de nager sur cette vague asiatique de films de genre privilégiant les beaux effets aux belles histoires d’antan (comme l’actuel Nowhere to hide / Sur la trace du Serpent )

Sortie prochaine au cinéma en France

 

Eating air
De Jasmine Ng Kin Kia & Kelvin Tong – singapour – 2000
Avec Benjamin Heng et Alvina Toh

Serrant entre ses cuisses une vieille moto Yamaha à bout de souffle, Boy roule comme un forcené sur le périphérique qui entoure Singapour. A dix-huit ans, il est une sorte de héros local avec une vague réputation de champion de kungfu. Dans la bande qui l’entoure, il y a Ah Gu, Cao He Lang, Aw Tau. Pas tout à fait des voyous mais des " glandeurs ", prompts à la bagarre à coup de casque de moto. Parce qu’il rêve d’un nouveau modèle pour remplacer son vieux clou, Boy commet des imprudences : il emprunte de l’argent à un malfrat et fait le dealer pour le rembourser. Les choses tournent mal et finissent par une rixe sanglante dans un passage souterrain. Une leçon pour Boy qui se réfugie dans l’amour de Girl, vendeuse de journaux la nuit au bord des routes. Il ne retournera pas vers ses potes, l’enfer des motos, les rodéos d’autoroutes, la violence, l’odeur d’essence brûlée. (1)

Si avec ce résumé vous croyez voir du déjà vu, détrompez vous, voilà enfin un film asiatique qui sort des deux grands courants actuel que sont les films de frimes, " t’as vu mes beaux effets ? " ou les films "  construit pour les festivals occidentaux ", ces films lents, soporifiques, bref chiant pour faire plus court. Et puis cette bonne surprise nous vient en plus d’un pays dont on ne connait rien en matière de cinéma, Singapour, une ville - état de moins de quatre millions d’habitants qui produit 1 ou 2 films par an. Comme on l’a souvent constaté, c’est par les petits films inconnus et inattendus que l’on fait les meilleurs soupes. Bon je m’emballe là pour défendre ce film mais ce n’est quand même pas le film du siècle, mais un petit film très sympathique bourré de scènes rigolotes influencées par la culture jeune actuelle : le cinéma kung fu, les mangas, la musique rock…L’affiche du film parle de " motorcycle kung fu love story ", quatre mots qui résument bien le film : une bande de jeune à motos, des clans rivaux, une histoire d’amour pour le héros qui souvent s’évade dans ses pensées où il se prend pour un champion de kung fu ou en samouraï sanguinaire dans la cuisine de ses parents…L’autre bonne surprise est la bande son pour une fois pas sirupeuse de canto pop puante mais rock (avec des artistes locaux). Les acteurs, tous amateurs, sont très convainquant notamment celui qui joue le rôle de Lao Beng, un espèce de hard rocker aux cheveux longs qui nous raconte par flash-back ses exploits délirants très éloignés de la réalité. Voilà, ce film est une excellente surprise qui je l’espère pourra être accessible à tous prochainement.

Disponible en dvd zone 1 à Singapour. Le réalisateur nous a dis qu’une sortie à HongKong allais se faire prochainement.

Je vous invite à aller voir une interview du réalisateur faites pendant le festival sur l’excellent site ami : http://zeni.free.fr

 

Shadow Magic
De Ann Hu – Chine/Taiwan/Japon/Allemagne/USA – 2000
Avec Xia Yu et Steve Chang

Pékin, 1902. Le " Feng Tai Photo Shop " se prépare fébrilement à l’arrivée de la plus grande star de l’opéra de Pékin, Lord Tan. Le propriétaire du Feng Tai ne cesse de reprocher à Liu Jinglun (Xia Yu), le photographe en titre, sa fascination pour l’Occident et ses nouveautés, qui d’après lui ne peuvent trouver leur place dans la société chinoise traditionnelle. Quand arrive au milieu de cette effervescence un étranger, Raymond Wallace (Jared Harris), venu présenter à Pékin le premier film muet, Shadow Magic. Le film, Wallace, la fascination de Liu…vont ranimer l’animosité envers les étrangers : Pékin panse encore les blessures de l’Insurrection des Boxers et se relève à peine de l’Occupation européenne. Liu se doit de cacher au Maître Ren et à son père Liu l’Ancien, l’amitié qui le lie à Raymond. Il passe de plus en plus de temps en compagnie de Raymond et du spectacle du Shadow Magic. Ses sentiments amicaux se mêlent à son désir d’apprendre le " secret de l’étranger ". son entêtement va compromettre sa relation avec la femme qu’il aime, Ling, la fille de Lord Tan, qui quand à lui, craint que le Shadow Magic ne lui vole son public… (1)

En ce soir de cérémonie d’ouverture où tout le beau monde est présent, il fallait bien un film qui plaise à tout le monde, donc si possible pas trop violent, sans sexe, avec une belle histoire linéaire classique, des personnages attachants, et… parler en anglais pour la plupart des dialogues. Oubliez l’Insurrection des Boxers ou l’occupation européenne du résumé, ce film réalisé par une réalisatrice chinoise vivant aux Etats-Unis est une coproduction internationale politiquement très correcte formaté pour les occidentaux élevé aux pop corn, où l’histoire du pays est en retrait, seul comptant dans ce film cette histoire du petit blanc intelligent venu en Chine montrer à une population d’ignorants la magie du cinéma. Le fil de l’histoire est donc très classique, vous avez même le temps d’aller pisser au milieu du film, vous comprendrez très facilement la suite de l’histoire. Sans surprise donc, à part la présence du jeune acteur Xia Yu vu la veille dans le merveilleux In The Heat of The Sun.

 

Grégory Auguste-Dormeuil (Mai 2001)

Source (1) catalogue officiel du festival

 

LA SUITE DANS 15 JOURS AVEC LES CRITIQUES DE HOTOKE, JSA, BANGRAJAN, FOUL KING…