2000 : Needing You ?Gigi Leung dans A War Of Desire

 

Après une année 99 qui voyait le cinéma de Hong Kong au bord du gouffre, l’année 2000 laisse entrevoir une éclaircie sur le plan économique. Reste que sur le plan créatif et artistique, la profession fait preuve d’une inquiétante impuissance à se renouveler.

 

Genres en crise.

Le succès en fin d’année 99 des bluettes sentimentales n’a pas tardé à générer une vague ininterrompue jusqu’à aujourd’hui de ce genre de produits. Peu onéreuse, la formule a l’avantage de jouer la carte de la contre programmation face aux films d’action américains. Il suffit donc de trouver le couple qui fera chavirer les cœurs des midinettes locales pour toucher le jackpot. Autant dire que la subtilité mélodramatique n’étant pas la qualité première du cinéma de Hong Kong, aucun chef d’œuvre n’est sorti cette année. On oscille plutôt entre l’affligeant (Summer Holiday) et films moyens (Juliet In Love, Twelve Nights ou Sausalito).

Côté action, ce sont les films de genre qui ont le plus souffert de la crise. Les films à gros budget exploitent la veine lancée par Gen X Cop, du pseudo Mission Impossible, avec des jeunes acteurs à la mode, de la techno-dance et de l’humour au second degré. Objets modes par excellence, les Tokyo Raiders ou Skyline Crusers remplissent leur contrat, rapporter de l’argent, au prix d’une médiocrité généralisée. Difficile d’allier visée commerciale et audaces artistiques. Ce cocktail improbable était l’apanage des petits budgets. Aujourd’hui, les réductions budgétaires les ont relégués dans les abysses de la série Z. Les budgets moyens ont pratiquement disparu. Les survivants jouent la carte du passé, et plutôt bien, comme Double Tap, ou la carte de la mode avec le risque de se perdre comme A War Of Desire, dans le patchwork visuel.

Tony qui fait le couillon dans Tokyo Raiders.Mais quel que soit le type de films visionné cette année, tous ou presque ont recours à des montages heurtés, des effets visuels surprenants ou des cadrages torturés. Pas de cohérence dans tout cela, juste la volonté d’attirer l’attention d’un public qu’on ne captivera certainement pas avec des personnages inexistants ou une intrigue prétexte. Ajoutez à cela un casting composé avant tout de gravures de mode qui ne sont pas forcément très bons comédiens. Saupoudrez le tout d’un humour tantôt cynique tantôt potache et vous obtenez la formule, pas vraiment excitante qu’ont mis au point les réalisateurs de Hong Kong ces derniers temps.

Dernière tendance lourde pour réagir face à la crise, des productions toujours plus internationales. Le cinéma de Hong Kong a attiré les investisseurs étrangers. Sony a misé sur Ang Lee et Tsui Hark. Quant aux Français, ils ont contribué à la production du dernier Wong Kar Wai. Mais ce sont surtout les coproductions asiatiques qui ont dominé cette année. Tokyo Raiders, Conman In Tokyo, Okinawa Rendez-vous, A War Of Desire, 2000 AD… se déroulent aux japon, en Thaïlande ou aux Philippines. Comme il n’est plus possible d’amortir le film sur le seul territoire hongkongais, les producteurs jouent ouvertement sur plusieurs marchés.

 

Renouvellements difficiles.

Leslie Cheung dans Double TapEn ce qui concerne la réalisation, l’année 2000 est surtout marqué par le retour des vieux. Typique du manque de sang neuf dans ce domaine, ce sont Gordon Chan, Johnny To, Tsui Hark, Lawrence Ah Moon, Wong Kar Wai, Ching Siu Tung, Andrew Lau ou Jingle Ma qui ont dominé le marché. Pas un petit nouveau s’est fait remarquer. Au contraire, Wilson Yip, après son excitant Bullet Over Summer l’année dernière, a fait pâle figure avec son décevant Juliet In Love et son nanaresque Skyline Crusers. Pour ce qui est des vieux, avec une accumulation de tant de noms prestigieux, on aurait pu s’attendre à un grand cru. S’il ne fallait rien espérer des nullos que sont Andrew Lau et Jingle Ma, Gordon Chan a fortement déçu. Son 2000 AD est mou et sans intérêt. Quant à Okinawa Rendez-vous, il frise le n’importe quoi. Johnny To qui restait sur une fin d’année 99 formidable avec Running Out Of Time et The Mission a jeté toutes ses forces dans la bluette et la comédie. Résultat un Andy Lau movie du nom évocateur Needing You et une comédie idiote Help ! ! ! Ching Siu Tung s’est, lui, laissé engloutir par les effets spéciaux numériques de la mauvaise comédie en costume The Duel avant de commettre un Conman In Tokyo insignifiant. Tsui Hark sauve les meubles avec un film visuellement incroyable. Mais toujours aussi cynique, le maître ne parviendra certainement à séduire le public hongkongais de cette manière. C’est finalement Wong Kar Wai qui, s’il fait toujours la même chose, parvient à tirer son épingle du jeu. N’oublions cependant pas Lawrence Ah Moon et son très beau Spake Out. Loin des produits de divertissement, il jette un regard angoissé et terrifiant sur la jeunesse de Hong Kong. A noter également le retour de Dante Lam, un collaborateur de Gordon Chan qui a réalisé un film étonnant, Jiang Hu – The Triad Zone. Curieux, pas toujours réussi, mais indéniablement original.

De l’autre côté de l’Atlantique, si elles ont réussi à s’imposer au Box Office, les superstars venues de Hong Kong bradent sans complexe leur talent. John Woo s’est contenté de réaliser un film de commande, Jackie Chan a décliné son film précédent, Rush Hour dans une version Western. Rien de nouveau… Quant à Jet Li, il s’est adonné aux joies du Bis et du film d’exploitation. Sans intérêt…

Cecilia Cheung, la révélation de l'année dernière. Elle vient d'obtenir son doctorat en lacimologie.La vieille garde des actrices et acteurs, qui se sont révélés dans les années 80, continue à tenir le haut du pavé. Leslie Cheung, les deux Tony Leung ou Maggie Cheung ont fait des retours remarqués. Cela dit, contrairement aux réalisateurs, le vivier incroyable d’acteurs, et surtout d’actrices qu’est Hong Kong, continuent à proposer de nouvelles têtes. Zhang Ziyi aura sans doute été la grande révélation de cette année en s’imposant dans Tigre et dragon. On attend la suite de sa carrière avec impatience. Moins talentueuse, Sammi Cheng a cartonné au box office avec Needing You et Summer Holiday. Il faudrait maintenant qu’elle s’oriente vers des projets autrement plus ambitieux.

 

L’esprit de Hong Kong flotte sur le monde.

Paradoxalement, le cinéma de Hong Kong n’en finit pas de s’imposer au niveau mondial. Suite au succès de Matrix, toutes les grosses productions font appel désormais à des techniciens de Hong Kong. Corey Yuen a participé à X Men, Philip Kwok au Pacte des Loups, Hung Yan Yan à une nouvelle version du Bossu. Les ralentis à la John Woo et l’utilisation des câbles se sont généralisés dans la plupart des films d’action. Le n’importe quoi visuel a même fait des émules. Drôles de dame doit beaucoup à Tokyo Raiders

Plus étonnant, pour la première fois, certains films ont dépassé le cadre du succès d’estime. Tigre et dragon a triomphé dans les festivals du monde entier avant de dépasser le million et demi d’entrée en France ! Même parcours pour Wong Kar Wai qui connaît la consécration avec son In The Mood For Love. C’est très encourageant, néanmoins il faut rester lucide. Ces deux films sont atypiques dans la production hongkongaise. L’échec de Il était une fois en Chine 3 ou de Histoires de Fantômes chinois, sortis également en salle, sont là pour rappeler que les purs produits de Hong Kong n’intéressent pas ces mêmes spectateurs qui ont pourtant acclamé le Wong Kar Wai ou le Ang Lee…

Longtemps ignoré par les festivals du monde entier, les films de Hong Kong trouvent désormais beaucoup plus facilement une place au sein des sélections. Les choix sont très divers, parfois surprenants. Si on comprend que The Mission, Time And Tide ou Bullet Over Summer soient sélectionnés, il est surprenant de voir des films comme My Loving Trouble 7, Twelve Nights ou Juliet In Love apparaître dans les programmes. Cela dit, la chose a au moins le mérite de montrer le cinéma de Hong Kong dans sa diversité, plutôt que de lui donner une image construite à partir de cinéastes qui ne le représentent pas vraiment. En outre il devient plus facile à voir et peut-être que cette politique des festivals favorisera la sortie sur les écrans ou en vidéo des meilleurs films.

 Un chef de Triade bloqué sous sa casse à cause d'un snipper! Mais que fait la police se demande t-il?

Finalement ce bilan aura sans doute le plus étrange depuis que le cinéma de Hong Kong est entré dans la crise. Le pire est-il encore à venir ? Ou bien les cinéastes de Hong Kong vont-ils finalement réussir à rebondir ? L’avenir reste pour le moins indécis. Tout ce qu’espère l’équipe de Hong Kong Cinemagic, c’est que ce cinéma reste une échappatoire possible face à l’uniformité que tend à imposer la mondialisation de l’industrie du cinéma. Car quand je pense que dans Histoires de fantômes Chinois, où l’on peut voir un train conduisant vers une porte de la réincarnation, des marteaux géants frappant la tête des revenants pour leur faire oublier leurs souvenirs ou des fantômes cachés dans des parapluies…, je me dis qu’il y a un imaginaire délirant, poétique et non-conformiste qu’il faut préserver. Espérons que 2001 s’orientera dans cette voie. ZUUUUUUUUUUUUUUU………………

 

Les succès commerciaux 2000 à HK

1. Needing You

2. Tokyo Raiders

3. The Duel

4. Summer Holiday

(je sais ce classement est assez effrayant…)

Je vous conseille (ordre alphabétique)

1. Double Tap

2. In The Mood For Love

3. Jiang Hu – The Triad Zone

4. Spake Out

5. Tigre et dragon

6. Time And Tide

 

Note : les films de Noël n’ont pas pu être vus.

Laurent HENRY – Décembre 2000