La saga des frères Hui

Si aujourd'hui ils sont tombés quelque peu dans l'oubli, Michael, Sam et Ricky Hui ont dominé le box office en faisant rire toute l'Asie du début des années 70 jusqu'au milieu des années 80.


De la Shaw Brother à la Golden Harvest

Employé de la Shaw Brother, Michael Hui débute à la télévision en 1971. Rapidement rejoint par son frère Sam, ils animent le Hui Brother Show, un mélange de sketches et de chansons interprétées par Sam. C'est à cette époque que celui-ci deviendra d'ailleurs l'une des pop stars les plus populaires de Hong Kong.

En 1972 Michael commence à s'intéresser au cinéma. Il va participer à quelques productions de la Shaw en travaillant avec le spécialiste maison des comédies : Lee Han-Hsiang. Mais très vite la rigidité du système mis en place par le studio l'empêche de s'exprimer tel qu'il le souhaiterait.

Pendant ce temps Sam a quitté la Shaw pour la Golden Harvest où Bruce Lee, grand amateur de ses chansons, lui apprend les bases du combat. Il tournera pour ce nouveau studio créé par Raymond Chow, un ancien administrateur de la Shaw Brother, quelques films d'action avant que son frère ne le rejoigne en 1974. Ils connaîtront immédiatement le succès avec Game Gambler Play (1974), une comédie sur le jeu que Michael réalise lui-même. Puis ils enchaînent avec The Last Message (1975).

En injectant une bonne dose de satire sociale, une nouveauté dans le cinéma local, les deux frères font mouche, permettant à la Golden Haverst de rebondir après la mort de Bruce Lee. Mais si les deux films marchent très bien à Hong Kong, leur comique est avant tout verbal et très imprégné par l'humour cantonnais. Il est d'ailleurs à noter que ces succès ont largement aidé le cinéma en cantonnais à reprendre l'ascendant sur celui tourné en mandarin. Trop typé, ces premiers succès reste néanmoins très localisés. Il fallait désormais songer à conquérir le marché du sud-est asiatique.

 Trio gagnant

Correspondant à l'A.F.P. à Hong Kong, Ricky rejoint ses deux frères avec lesquels ils tournent The Private Eyes (1976). Toujours réalisé par Michael, le cerveau du trio, le film fait un carton dans toute l'Asie et en particulier au Japon. Pour parvenir à ce résultat, Michael a gommé les aspects les plus typiques de l'humour hongkongais, recourant davantage à des gags visuels dont la nature est bien plus universelle.

Les trois frères tourneront ensemble deux autres films, The contract (1978) et Security Unlimited (1981). A chaque fois la recette est la même. Sans trame véritablement définie, les situations cocasses s'enchaînent, égratignant au passage les travers de la société honghongaise, les frères jouant des personnages bien typés. Avec son physique avantageux Sam est le play-boy de service. A l'inverse Ricky et sa tronche d'ahuri tient plutôt du souffre douleur et du dindon de la farce même si parfois il est capable de se rebeller avec fracas. Par rapport à ses deux autres frères, il a toujours été plus en retrait, tenant davantage les seconds rôles. Quant à Michael, il impose un personnage roublard et égoïste dont les manœuvres pas toujours très honnêtes finissent parfois par se retourner contre lui.

Les films connaîtront un succès phénoménal, notamment au Japon, si bien qu'ils seront regroupés avec certains autres de la carrière solo de Michael pour constituer la série des Mr. Boo. Il s'agit en fait du nom japonais du personnage que joue Michael. Néanmoins ces films ne constituent en aucun cas une suite logique des aventures du personnage.

 Carrières solo et lent déclin

Si Security Unlimited est son plus gros succès, Michael veut changer de voie, s'engager dans une direction plus personnelle. Il tourne seul Teppanyaki (1984), une œuvre plus ambitieuse car plus structurée. Mais si le film marche bien au box office, il ne convainc pas vraiment. Dès lors Michael se contente de gérer sa carrière en jouant davantage des les films des autres et en ne réalisant que très peu. Il livre sa dernière grande prestation dans Chicken and Duck Talk (1988), une satire

culinaire réalisée par Clifton Ko. Mais le comique n'a plus le vent en poupe. Dans The Banquet (1991) Tsui Hark montrera d'ailleurs Michael partager son repas avec Chow Shing-chi, le comique montant. Une page est tournée…

Ricky, lui, continuera à jouer les seconds rôles au côté de Michael, mais également dans diverses productions, la plupart du temps peu marquantes. Seule exception notable, il est irrésistible en disciple de Lam Ching-ying dans Mr. Vampire (1985).

Quant à Sam, il s'impose au début des années 80 comme la grande star comique devant son frère Michael grâce à la série des Aces Go Places dans laquelle il forme un couple détonant avec l'irrésistible crétin Kodojack que joue (ou plutôt cabotine) Karl Maka. En dehors des 5 épisodes que compose la série de 1982 à 1989, il tournera peu. Sa dernière grande apparition remonte à Swordsman (1990). Malheureusement sa prestation est loin d'être exceptionnelle. Il a paraît-il été très pénible sur le tournage, refusant de tourner après la date limite qui figurait sur son contrat. Il faut dire que Sam n'avait plus grand chose à prouver.

 

Comme souvent le cinéma Hongkong est impitoyable avec ses protagonistes, même les plus célèbres. La roue tourne vite dans l'ex-colonie. Au début des années 90 les frères Hui ne sont plus que des vestiges d'une époque révolue. Chow Shing-chi est le nouveau roi de la comédie, Andy Lau la nouvelle pop star qui mêle comédie et action sur grand écran.

Laurent Henry (novembre 1999)


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