Il était une fois en Chine 2 : La secte du Lotus BlancIl était une fois...


 

Au début des années 90, le réalisateur Tsui Hark commence la mise en chantier de ce qui sera pour beaucoup son chef-d'œuvre ultime, Il était une fois en Chine. Sans le savoir, celui que l'on nomme "le Spielberg chinois" va réinventer le cinéma de Kung Fu et redonner ses lettres de noblesses à un genre alors en perdition, le film "en costume". Depuis, dans l'industrie du cinéma hong kongais, il y a un "avant" et un "après" Once Upon a Time in China.

 

Vers la fin des années quatre-vingt, les oreilles du public chinois résonnaient encore des gunfights homériques et des psychologies de comptoirs des polars hong kongais alors en vogue. Hormis quelques aficionados qui se repassaient milles et milles fois les cultes du Wu Xia Pan dans l'attente DU film qui va révolutionner le genre, le film de kung fu en costume semblait perdu à tout jamais. Jusqu'à l'annonce de la mise en chantier par Tsui Hark, l'enfant terrible du cinéma cantonais, d'une vision rajeunie et "modernisée" des aventures du docteur Wong Fei Hung. Un personnage mythique de la culture cantonaise, culte fondateur du pays du soleil levant et icône patriotique de la Chine traditionnelle. Ces aventures ont fait l'objet de plus d'une centaine de films et ont bercé, entre les années cinquante et soixante-dix, la plupart des hong kongais, Tsui Hark y compris.

Wong Fei Hung a véritablement existé (1847-1924). Seulement, il existe peu de ressources historiques permettant de tracer un portrait fiable du personnage. Tout au plus sait-on que le docteur Wong Fei Hung fut un pratiquant de la médecine traditionnelle et un instructeur d'arts martiaux plus ou moins respecté. A Canton, il devint même le chef d'une milice formée de civils et chargé de maintenir un ordre fébrile. Quand, en 1924, Wong Fei Hung mourut, ses disciples lui prêtèrent moult aventures et légendes. Faisant du maître de Fu Chan, le plus mythique des héros chinois.

En se penchant sur le mythe de Wong Fei Hung, Tsui Hark cherche évidemment à se démarquer de ces serials à succès des années cinquante. Ces films en vogue positionnaient Hung comme un personnage fort, sûr de lui, à l'aise dans toutes les situations, un mythe personnifié pratiquement invincible. Chez Tsui Hark, Wong Fei Hung est plus jeune et possède une personnalité beaucoup plus complexe. Culturellement figé, il est pratiquement incapable de s'adapter aux changements qui bouleversent son pays. Maladroit avec la gente féminine, sa compréhension du monde qui l'entoure est déficiente. Un anti-héros en somme. Mais cette approche de la psychologie de Hung sert également de faire-valoir face aux prouesses martials du maître et à ses connaissances de la médecine traditionnelle. En racontant la jeunesse de Wong Fei Hung, Tsui Hark ne réalise pas seulement une préquelle au célèbre serial, il renforce par le réalisme la solidité d'un mythe dans l'inconscient collectif de toute une génération de chinois. Restait à Hark de trouver l'acteur idéal. Son choix se porta sur le champion de Wu-Shu, Jet Lee. Un artiste martial accompli avec lequel il réalisa The Master, une piètre série B qui fut un bide au box office. Véritable star en Chine populaire, bénéficiant de qualité martiale hors pairs mais aussi d'un charisme juvénile renversant, celui qui devint par la suite le bad guy dans L'arme Fatale 4 endossa donc la tunique beige du docteur Wong Fei Hung.

 En 1991, Il était une fois en Chine sort sur les écrans. Le triomphe fut sans précédent, positionnant ainsi le couple Hark-Lee comme une valeur sûre du cinéma chinois. Si l'on peut regretter qu'Il était une fois en Chine se nourrit d'une histoire passablement "creuse" (le docteur Wong Fei Hung dirige la milice cantonaise afin de combattre les envahisseurs britanniques mais aussi des bandits chinois), on ne peut dénigrer le formidable travail accompli par Hark et sa bande. Un travail d'analyse et de test puisque le film permet surtout à Tsui hark de mesurer l'étendue du mythe de Wong Fei Hung sur le public chinois et son intronisation chez les plus jeunes spectateurs. Il en profite également pour installer définitivement les marques de fabrique de la série : les personnages et les combats. La série Il était une fois en Chine accumule des séquences de combats parmi les hallucinantes jamais vu sur un écran. À ce titre, la scène finale constitue à elle seule un morceau d'anthologie. L'on y voit Wong Fei Hung affronter un maître martial en équilibre sur des échelles en bambous. Par la suite, la série explorera avec plus ou moins de talents ce côté surréalistes des combats.  

Wong Fei-hong combat le leader de la secte du Lotus BlancTout naturellement, Il était une fois en Chine 2 - la secte du Lotus Blanc, voit le jour à la fin de l'année 1992. Si le succès du premier chapitre fut exceptionnel, celui de l'opus deux est fracassant. La secte du Lotus Blanc reste le plus gros succès de la série dans l'ex-colonie. Sans changer son fusil d'épaule, Hark infléchit son film vers le spectaculaire et l'aventure. Ici, Hung affronte les membres d'une secte de fanatique nationalistes. D'où une série de combats incroyables dont le clou est l'affrontement entre Hung et le chef de la secte. Une séquence réputée comme étant la plus ahurissante de la série.

Évidemment, Hark ne s'arrêtera pas là. Il était une fois en Chine 3, le tournoi du lion entre en scène et raconte la participation de Hung au célèbre Tournoi du Lion. Une compétition qui réunit les combattants de toutes les nations. D'une beauté magistrale, le film appuie son propos sur l'intensité révolutionnaire de Hung. Parallèlement, le film amorce, en coulisse, des bouleversements importants pour l'avenir de la série.

 Tout succès à son revers et la série n'échappe pas à la règle. Devenu un véritable culte vivant, Jet Lee décide, suites à des divergences avec Tsui de voler de ses propres ailes. S'il veut éviter de sceller la saga, Tsui hark doit se mettre à la recherche d'un nouveau candidat. Le rôle choiera finalement à un jeune acteur de 19 ans, Chiu Man chuk. S'il n'a pas la prestance inhérente à Lee, Chuk s'avère être un artiste martial plus que confirmé. Le choix se montre donc judicieux et la Danse du Lion, le quatrième épisode de la série sort en 1994. Autre changement majeur, Tsui Hark a confié la réalisation de cet opus au chorégraphe Yuen Bun. Au final, la Danse du lion est un film bancal (il s'achève sur une fin "ouverte" qui ne sera jamais traitée par la suite) mais extrêmement divertissant. On peut y voir entre autres Hung se heurter à un groupe de fanatiques xénophobes essentiellement composé d'éléments féminins et participer à une Danse du dragon.

 La même année, Tsui Hark reprend les rênes de la série pour réaliser le cinquième segment, Dr Wong et les pirates. L'histoire voit Hung en prise avec des pirates des mers particulièrement cruels. Malheureusement, le film se perd dans un second degré gras et soporifique et il faut attendre la deuxième partie du film pour voir les pirates en question entrer en scène. Reste la scène très impressionnante où Hung et un vieillard alerte s'affrontent dans une grotte tout droit sortie de la caverne d'Ali Baba. Compensation misérable pour un film qui, finalement s'avère être plus un comic books qu'un véritable segment de la saga.

Le quatrième et le cinquième épisodes d'Il était une fois en Chine n'ayant pas eu les réultats escomptés, l'univers construit par Hark autour de Wong Fei Hung semble être au bord de la destruction. Mais en 1996, Jet Lee refait son apparition aux côtés de Tsui Hark. Les deux hommes se mettent d'accord pour Dr Wong en Amérique, sixième et dernier épisode d'une série qui n'en demandait peut-être pas tant.

Réalisé par le comique Samo Hung, cet opus tente maladroitement de réunir deux grandes vagues du cinéma, le kung fu et le western spaghetti. L'histoire envoie Hung en Amérique où il deviendra amnésique, sera recueillit par une tribu d'indien et boutera les méchants pistoléros. Film étrange ou navrant selon l'humeur, Dr Wong en Amérique sonne le glas de la série. L'icône de toutes une génération troque ainsi son aura mythique contre le costume d'un héros de série B inodore et incolore. A ce titre Hung devient l'égal de son prédécesseur des années cinquante.

La série des Il était une fois en Chine peut briller par son inégalité, elle reste néanmoins un témoignage vibrant de toutes les qualités et les défauts du cinéma de Hong Kong. Quoi qu'il en soit, si vous ne devez voir qu'un seul film hong kongais dans votre vie, piochez dans la série. Vous n'en reviendrez pas !

 

- Il était une fois en Chine et La secte du Lotus Blanc sont disponible en français chez PFC Vidéo (location) ou en VO chez HK vidéo (vente)

- La danse du Dragon, Dr Wong les pirates et Dr Wong en Amérique (VF à la location) sont disponibles en VO chez HK Vidéo (vente)

Laï Fen (1999)


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