FIST OF LEGEND


Rares sont les remakes qui peuvent rivaliser avec le film original: malgré tout son talent, John MacTiernan a récemment réalisé une resucée de L'affaire Thomas Crown qui, si elle est loin d'être un échec, ne vaut pas son modèle. Pourtant, Fist of Legend parvient à égaler son modèle et même à le surpasser allègrement. En 1972, Bruce Lee incarne Chen Zhen dans Fist of Fury/La Fureur de Vaincre, mis en scène par Lo Wei. Soyons francs, sans la présence du "Petit Dragon", le film serait considéré comme un gentil nanar tant il est assez mal foutu.

En 1995, le réalisateur Gordon Chan (Beast Cops; Final Option) se met en tête de retourner ce film avec Jet Li en haut de l'affiche. Ne connaissant pas grand chose aux arts martiaux, il fait appel à un des meilleurs chorégraphes de Hong-Kong, Yuen Woo-ping (Drunken Master; Snake in the Eagle Shadow; Tiger Cage) pour mettre en scène les combats du film. La grande réussite de Fist of Legend revient donc à ce dernier qui, après avoir révolutionné le film de kung-fu dans les années 70, lui permet de prendre un nouvel essor ou tout du moins de s'adapter avec brio aux années 90.

Avant de reprendre le rôle de Bruce Lee, Jet Li sortait d'une série de films ayant été au mieux des semi-échecs artistiques (Last Hero in China; The Kung-Fu Cult Master) ou au pire des films complètement ratés (The Bodyguard from Beijing, certainement un de ses moins bons opus). Il se devait donc de se remettre à flot et ce projet semblait être l'idéal pour ça. Confiant, il devient producteur exécutif et s'implique énormément dans le projet.

Si vous connaissez le film original, le scénario est sans surprises: Chen Zhen est un étudiant chinois, parti faire ses études au Japon pendant la guerre sino-japonaise. Ayant appris la mort de son maître lors d'un duel entre ce dernier et Akulagawa, maître de la Nijiguchi School, une école japonaise sur le territoire chinois, il décide de rentrer au pays et de l'affronter. Il gagne facilement le duel et soupçonne le combat entre Akulagawa et son maître de n'avoir pas été loyal. En effet, après analyse du corps, il s'avère qu'il a été empoisonné juste avant le combat.

Jet Li se surpasse littéralement dans Fist of Legend où il est aussi bon dans les combats que dans les scènes dramatiques dans lesquelles il joue avec force et conviction, donnant à son personnage une dimension qu'il n'avait réussi à atteindre que dans les 3 premiers Once Upon a Time in China de Tsui Hark. Jamais il n'a été meilleur et il prouve à ses (peu) nombreux détracteurs qu'il possède un charisme équivalent à celui de Bruce Lee.

Les combats sont absolument titanesques et Woo-ping rend parfaitement lisibles toutes les chorégraphies martiales du film avec un sens de la mise en scène et de la coupe au montage sans nul autre pareil, aidé en cela par la magnifique partition composée par Joseph Koo qui dynamise littéralement l'action. La grande originalité des combats de Fist of Legend vient du fait que ces derniers se déroulent quasi-intégralement au sol sans que les acteurs ne soient aidés dans leurs prouesses acrobatiques par des câbles, pratique très courante dans les films de Hong-Kong ces dernières années et qui, il faut bien l'avouer, donne toute leur saveur aux affrontements. Les techniques utilisées dans le film restent tout de même très efficaces et Jet Li montre toute l'étendue de ses connaissances en arts martiaux, chose qu'il avait un peu tendance à occulter depuis la trilogie Shaolin. Le combat final entre lui et l'immense Billy Chow (Escape from Brothel; Pedicab Driver) est un des plus grands morceaux de bravoure que le cinéma d'action n'ait jamais donné: le petit Li est contraint d'utiliser uniquement ses poings face aux jambes immenses du kickboxer.

Si au plan formel, le film est une réussite totale, le scénario est également très bien écrit et on se prend vraiment d'amitié pour Chen Zhen , rejeté aussi bien par son peuple qui le considère comme un traître car il est amoureux de la japonaise Mitsuko (Ada Choi) que par les japonais.

Chen Zhen est ainsi victime d'une situation politique sur laquelle il n'a aucun contrôle et est complètement absorbé par un monde où son sens de l'honneur est mis à mal mais dont il ne se dépare jamais, y compris dans le combat où, lorsque son adversaire est aveuglé par la poussière portée par le vent, il se met un bandeau sur les yeux pour que le combat soit plus équitable, une scène purement hallucinante.

N'ayons pas peur des mots: Fist of Legend est certainement l'un des meilleurs films d'action de Hong-Kong de ces dernières années tant il atteint par instants une certaine forme de magie purement cinématographique.

Il a fait l'objet d'une séquelle Fist of Legends 2: Iron Bodyguards de Robert Tai ou le rôle de Chen Zhen a été repris par Jet Le (sic) et qui est un véritable monument de nullité: ce film mélange des prises de vue tournées récemment avec des sosies de Jet Li, Bruce Lee et Van Damme avec celles d'un film de kung-fu des années 70 avec Bolo Yeung. Du jamais vu!

Ne vous faites pas avoir par le nom du film et fuyez autant que vous pouvez cette véritable insulte au film de Gordon Chan.

Anthony Caudron - Octobre 99


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