2ème édition du festival asiatique de Deauville

Impressions

Shu Qi est aussi belle que sa carrière est inintéressante Ambiance

Ce qui frappe en tout premier lieu, à Deauville, c'est bien évidemment le luxe déployé dans cette station balnéaire fréquentée avant tout par une population aisée. Inévitablement ce cadre donne un tour quelque peu mondain au festival. Présence de politiciens, d'un ambassadeur, d'une colonie importante de journalistes, dont il n'est pas sûr que le cinéma asiatique est son centre d'intérêt, et un public majoritairement fortuné venue là pour se montrer. On est loin de l'état d'esprit souvent vulgaire, désinvolte et irrévérencieux du cinéma asiatique… Face au protocole solennel imposé par le festival, il n'était pas simple d'approcher les invités, très occupés à répondre à leurs prérogatives. Il est d'ailleurs amusant de voir les chaînes de télévision et les journalistes de presse écrite interviewer aussi longuement les acteurs et les réalisateurs présents pour finalement ne voir rien paraître ou presque dans les différents médias auxquels ils appartiennent.

L'autre déception, ce fut l'impossibilité de rencontrer véritablement des passionnés, des professionnels et les invités du festival pour discuter et débattre du cinéma que nous aimons tant. Rien dans l'organisation du festival n'allait dans ce sens, mais rien dans l'attitude des festivaliers ne semblaient témoigner de cette envie. Dommage.

Le côté positif de la situation, ce fut la liberté qui était offerte pour rentrer sans difficulté dans des salles de cinéma spacieuses et bien équipées. Le festival avait lieu dans trois endroits différents. La plupart des projections et toutes les manifestations se sont déroulées au C.I.D., un luxueux complexe construit devant la plage et en profondeur pour ne pas gâcher le vue. Avec plus de mille places et un écran géant, les conditions y ont été remarquables pour apprécier les films. Derrière le C.I.D. se trouve une autre salle, celle du Casino. Avec ses 400 places et un écran de belle taille, elle offrait également d'excellentes conditions. Nous ne sommes pas allés au Morny, plus excentré, et dont la programmation, plus limitée, ne nous à pas accrochés. Il ne faut pas oublier non plus de mentionner le personnel du festival qui a été particulièrement accueillant et qui nous a fait oublier le côté guindé d'une bonne part du public. Sur le plan technique, les films ont été projetés dans un format légèrement plus réduit afin de laisser un espace à la base de l'écran où pouvaient apparaître des sous-titres électroniques. Le procédé est particulièrement efficace, ce qui nous a permis de comprendre les films dans de bonnes conditions. D'ailleurs les copies provenaient souvent directement d'Asie, et sur celles de Hong Kong, les sous-titres chinois et anglais y étaient incrustés !

L'ambiance de ce festival ne fut donc pas très cinéphile, mais le dispositif laissait la possibilité d'accéder très facilement aux films et le confort pour le spectateur était excellent. C'est quand même là l'essentiel. Et nous en avons largement profité.

 

Vendredi : premier contact

Aussitôt arrivée, en toute fin d'après midi, nous nous sommes précipités au cinéma du Casino pour voir My Loving Trouble 7, une production très récente de Wong Jing avec la belle Shu Qi, invitée au festival. Nous avons tenu une demi-heure. Du très mauvais n'importe quoi que la présence de Shu Qi ne sauve pas du désastre, sans aucun intérêt. Il est vraiment dommage d'avoir choisi un tel film. Passons. Nous sommes sortis du cinéma en catimini pour nous rendre au C.I.D. où avait lieu la cérémonie d'ouverture, suivie de la diffusion de Godmother, un film indien de 1999 dont l'interprète principale est Shabana Azmi, également présente au festival. Grande actrice du cinéma indien, elle a, en 25 ans de carrière joué dans les films des plus grands réalisateurs locaux et a même trouvé quelques rôles en occident, dans la Cité de la joie notamment. Après une cérémonie très solennelle, la projection a enfin commencé.

Grand film populaire, Godmother narre les aventures d'une femme qui entre en politique suite au meurtre de son mari. Typique de la manière indienne de concevoir le cinéma, ce divertissement mêle, dans une intrigue foisonnante, action, drame, comédie et scènes de chant. Si le film ne se démarque pas du tout venant de la production locale, l'action est pauvrement filmée, les coups de théâtre sont légions, il ose tenir un discours féministe et politique dont Shabana Azmi est très fière. Godmother est-il pour autant est bon film ? Difficile à dire tant ce type de cinéma est peu distribué en France. Le début m'a paru long, voire poussif, puis le film trouve enfin son rythme. Bien évidemment au regard des canons esthétiques et techniques de la production occidentale, on peut mépriser ce type de films qui cache mal son origine tiers-mondiste. Néanmoins Godmother propose un sens et un plaisir du spectacle, lors des intermèdes chantés et dansés, véritablement réjouissants. Les danseurs tourbillonnent devant la caméra vêtus de costumes chamarrés, le montage devient dynamique, las plans se font plus originaux. Même si ces instants sont rares, il y a là une conception du cinéma comme spectacle festif que l'on retrouve rarement dans le cinéma occidental. Rien que pour cela, Godmother valait le déplacement.

La soirée s'est terminée avec la projection de Il était une fois en Chine. Quel plaisir de voir enfin sur grand écran Jet Li bondir dans cette fresque toujours aussi savoureuse.

 

Samedi : rien que pour Shu Qi

Notre activité festivalière a repris en début d'après-midi, au Casino, où était diffusée Shiri, en présence de son réalisateur. Très attendu, Shiri est le film coréen qui a battu Titanic en terme d'entrée et qui est souvent présenté comme le renouveau du cinéma populaire asiatique. Ce titre étrange désigne en fait un poisson qui ne vit qu'en Corée et qui donne son nom à la mystérieuse mission d'un groupe de révolutionnaires de Corée du Nord et qui agit en Corée du Sud. Deux policiers sont chargés de les traquer. Ils recherchent notamment Hee, l'une de ces révolutionnaires, une tueuse sans pitié qui les a déjà de nombreuses fois mis en échec.

Shiri ne cache pas ses références

 

Poursuites, fusillades, amour sur fond politique, Shiri est un divertissement de qualité supérieure qui s'est donné les moyens pour offrir une réponse locale à l'invasion des grosses machines américaines en matière de divertissement. Plus mouvementé, plus sanglant, il touche au but et ravira certainement les amateurs de films d'action. Si le succès du film, dans la majeure partie de l'Asie, a fait dire à certains que Shiri représente le renouveau du cinéma de genre en Asie, c'est aller peut-être un peu vite en besogne. Il est vrai que le réalisateur recycle plutôt bien ce que l'on connaît en terme d'action, son style lorgnant vers celui de John Woo et sur celui de The Blade dans la manière très rapide et brutale, à la limite de la lisibilité, de filmer. Mais il n'y a rien ici de vraiment original. En outre le divertissement l'emporte sur les perspectives humaines et politiques que proposait le scénario. Les relations entre les personnages restent superficielles, la métaphore que représente Hee est bêtement exposée, au lieu de laisser le spectateur y réfléchir. Au final on aboutit donc à un divertissement ambitieux, mais qui ne se double pas d'un propos à la hauteur de son efficacité formelle et narrative.

A la sortie de la projection de Shiri, nous nous sommes précipités au C.I.D. pour pouvoir admirer la belle Shu Qi qui devait se prêter à une séance photo. Quelle est jolie, la fille ! Tout de noir vêtue, elle est esthétiquement irréprochable. Un vrai plaisir des yeux. A part cela, pas grand-chose à dire, tant la carrière de l'actrice est inintéressante. Ne parlant pas anglais, il était impossible, de lui poser quelques questions à la volée. De toute façon, sur le plan cinématographique, il n'y a presque rien à dire.

Ensuite Shu Qi est venue présenter City Of Glass, un film de Mabel Cheung. Au cours de cette présentation la jeune chachetonneuse a avoué ne pas lire les scénarios qu'on lui propose. Sans blague ? Puis nous avons dû supporter 1h50 d'une interminable guimauve. Mention spéciale pour le compositeur qui fait passer Tchaïkovski pour un austère mormon. C'est la première fois que je voyais un film de Mabel Cheung et j'ai été vraiment déçu de voir à quel point son film était lourd et mièvre. Même les amateurs de ce genre de films devront avoir l'estomac bien en place. A vite oublier…

Nowhere To Hide : à gauche le producteur, au centre le réalisateur, à droite l'acteur

Le soir nous sommes retournés au C.I.D. pour assister à la signature des accords entre le festival de Deauville et celui de Pusan, en Corée. Etant donné la forte présence des Coréens cette année, il est fort possible que le festival se recentre sur ce pays. On verra. En attendant nous avons pu découvrir Nowhere To Hide, un film du Coréen Lee Myung-Se.

Bien plus personnel que Shiri, Nowhere To Hide raconte les déboires d'un groupe de policier à la recherche d'un tueur. Véritable laboratoire expérimental, le film multiplie les recherches stylistiques, souvent parodiques, pour mettre en scène un concept vieux comme le cinéma : le flic qui courre après le voleur. Du slapstick au style hong kongais, le réalisateur s'amuse à multiplier les angles d'approche. Tantôt brillant, tantôt excessif, parfois raté, cette volonté d'embrasser tous les styles fait du film une œuvre nécessairement inégale, mais souvent intéressante. A voir, et en plus vous en aurez l'occasion puisque le film sort bientôt en France.

 

Dimanche :
Crystal Kwok, rencontre avec une femme divine
A gauche Master Cyco sans son masque, Crystal Kwok au centre et moi à gauche

Comme The Mistress, le premier film de Crystal Kwok, ne passait qu'à 14h, nous avions décidé de nous rendre à un cocktail prévu à midi car il devait y avoir Shu Qi et Crystal Kwok. Pas très enthousiastes à l'idée de nous retrouver au milieu des mondains, on voulait juste aller faire un tour pour voir. En descendant l'escalier, nous aperçûmes deux asiatiques vêtues de pulls fuchsias. Christophe me glissa que l'une d'elle était Crystal. Nous l'avons suivie et comme personne ne l'a abordée après qu'elle a fait un petit tour dans la salle où se déroulait le cocktail, je me suis permis de l'interviewer. Non seulement cette femme est belle, mais en plus elle a été particulièrement patiente pendant que je bafouillais mes questions en anglais. Encore mieux son film est très intéressant et laisse présager l'émergence d'une nouvelle réalisatrice de poids à Hong Kong. Espérons que ce film trouve un distributeur en France… J'aurais bien voulu bavarder une heure avec elle pour aborder de manière plus approfondie sa vision du cinéma de Hong Kong et pour parler de son expérience en tant que réalisatrice. Dommage que cela n'ait pas été possible.

La projection de Where A Good Man Goes de Johnny To suivait celle de The Mistress. Après le calamiteux A Hero Never Dies, aussi vulgaire que sans substance, je me demandais ce qu'allait donner ce film à la réputation contradictoire. Résultat ? On est une fois encore bien loin des films signés par Patrick Yau et soi-disant tourné en parti par lui. On retrouve en fait l'esprit de son All About Ah Long, un mélange de mélo et de polar. C'est gentiment mièvre, un peu moins pénible que City Of Glass. Néanmoins, alors que Johnny To veut laisser croire qu'il est le véritable auteur des Longest Nite et Expect The Unexpected, un film comme Where A Good Man Goes va finir par laisser croire que les bons Johnny To, comme The Mission, sont en fait réalisé par Patrick Yau…

 

Une fois le film terminé, nous avons dû nous éclipser rapidement. Au diable le palmarès ! Heureux d'avoir des images plein la tête et d'avoir pu rencontrer Crystal Kwok. Rien que pour elle ce festival valait largement le déplacement. A l'année prochaine.

 

Laurent HENRY - Mars 2000