Le voyage à Deauville


Vendredi 17 mars 2000, le jour J est enfin arrivé. Depuis un mois j'attendais ce week-end avec impatience comme un enfant le jour de Noël attendant ses cadeaux. Moi mon cadeau, ma récompense en tant que fou de cinéma asiatique depuis tant d'années, c'est un week-end entièrement dédié au cinéma asiatique. Deuxième édition du festival, ce long week-end du vendredi 17 mars au dimanche 19 mars 2000 va combler tous mes désirs : des films, beaucoup de films, des acteurs et réalisateurs en chair et en os, des petites asiatiques dans tous les coins, une organisation sans faille et la gratuité des places !

 

14h00 précis, Laurent, Christophe (un nouveau membre de la grande famille HKCinémagic) et moi même partons de Lille tout exciter à l'idée que dans 3h30 et 350 kilomètres plus tard nous serons à Deauville. Camescope VHC-C Panasonic embarqué (prêté par Boulanger pour le week-end), mini-disc Sony, chaussettes et slips Auchan, Laurent est au volant à bord de sa Renault Clio grise nouveau modèle achetée une année auparavant (vitesse de pointe 180 km/h, sièges confortables, airbag intégré). La route n'est pas encombrée, peu de camions, temps agréable, conditions optimales pour une route agréable. Nous passons par les charmantes petites villes d'Arras, Doullens (son sable fin, ses palmiers, ses chômeurs), Abbeville, Rouen…N'étant pas des boussoles vivantes, une petite faute de parcours va nous amener vers la belle ville du Havre (ses usines, son port…). Grâce à cela et moyennant 33f (c'est toujours bon à savoir), nous avons pu passer par le pont de Normandie, petite passerelle d'une dizaine de mètres qui traverse une flaque d'eau…

 

17h30, comme prévu nous arrivons dans les temps chez ma tante à Pont l'Evêque (ville célèbre pour son fromage puant) qui a la gentillesse de nous prêter trois chambres de sa très belle maison. Cette grande maison au style typiquement normand est située en pleine campagne au milieu des moutons (béééé : cri du mouton). Le temps de poser nos affaires, nous voilà parti vers Deauville située à 10 kilomètres environ de notre dortoir. Il est 18h30 quant nous arrivons sur la côte normande célèbre pour son débarquement. La ville est charmante. Le point central du festival est situé sur le bord de mer au Centre International de Deauville, un endroit très feutré et doré, très classe . Nous allons fièrement chercher nos accréditations (une carte personnalisée qui sert à pas grand chose sinon à se dire ça y est on est des vrais journaleux !).

 

"Attraction du week-end, nous étions tout exciter de rencontrer cette belle brune de 24 ans"

 

 

19h00, notre marathon cinématographique peut enfin commencer avec My Loving Trouble 7, film hongkongais de 1999 qui a pour seul mérite la présence de la charmante Shu Qi. Comment un film pareil a t-il pu atterrir à Deauville. Ce n'est pas avec ce genre d'inepties que les gens vont apprendre à apprécier le cinéma de Hongkong. C'est le prototype du film qui sort chaque semaine sur les écrans de l'ex-colonie et qui ressortent illico presto de l'affiche 4 ou 5 jours plus tard. Film sans réel scénario, acteurs qui jouent comme leurs pieds, humour à deux balles, nous sommes resté 30 minutes. Inutile donc de s'y attarder. A 19h35, ce qui nous intéresse le plus c'est manger, chose pas évidente à Deauville quant on a 20 balles en poche...Inutile donc de fantasmer sur le croque à 33f ou le steak frite à 95f, un simple sandwich jambon - beurre ferra l'affaire (à 24f tout de même ce qui est cher quand on vient de Lille, mais reconnaissons tout de même que le pain était bon). Bref je pense qu'on est là pour parler de cinoche alors hop direction le CID pour la cérémonie d'ouverture.

Après le discours d'ouverture présenté par Elisabeth Quin de Paris Première et RTL et la rencontre avec l'actrice principale Shabana Azmi, le premier bon film du week-end peut commencer : Godmother. Je n'avais encore jamais vu de film hindou et je n'ai pas été déçu. Malgré une copie épouvantable (le film datant pourtant de 1999) rendant le film très daté, le spectacle en scope fut complètement inédit pour un occidental débutant comme moi : drame, histoire d'amour, violence, danses, poursuites...tout y passe et souvent sans aucune logique. Inutile de vous dire que je n'ai pas tout compris mais voir après une poursuite en voiture (qui roulent à 20 km/h, quel suspense!) des hindous en habits de cow-boy post Village People dansaient, c'est un régal! Après le film, nous avons enchaîné avec Once Upon A Time In China pour la séance de minuit. Ecran de 300m2, salle énorme (1000 places environ), copie neuve, toutes les conditions étaient réunies pour vivre un moment magique mais,... fatigué (00h40, journée bien chargée) je me suis endormi! aargh!

Kang Je-Gyu, le réalisateur de Shiri en train de signer des autographes.Après une bonne nuit (02h30-10h30) et un bon petit déjeuner (lait-chocolat, 2 sucres, 5 tranches de pain-confiture de prune), nous sommes allés à Intermarché chercher quelques provisions pour la journée (du jus de pomme pour moi, des kitkat pour Laurent, Libé et Ouest-France pour Christophe -il aime manger le papier journal, chacun son truc-). Programme de cette journée ensoleillée : Shiri à 13h30, City Of Glass à 17h00 et Nowhere to Hide à 20h00 et des crêpes poulet fromage très chewing-gum pour le midi.

Le premier film est coréen, gros succès de l'an dernier dans son pays battant Titanic avec ses 6.5 millions d'entrées (méritées), ce film d'action est un croisement entre le cinéma de Hong-Kong (ses gunfights de rue) et John MacTierman. Très efficace, ce film montre que les coréens sont aussi capables de faire de bons films d'action, il mériterait une sortie ciné en France tient! Entre Shiri et notre prochain film, nous avons pu rencontré Shu Qui. Attraction du week-end, nous étions tout exciter de rencontrer cette belle brune de 24 ans qui possède à son palmarès déjà 33 films en 4 ans dont quatre érotiques! L'actrice ne parlant pas l'anglais, nous n'avons pu l'admirer qu' avec les yeux. A priori, pour l'interview on n'a pas loupé grand chose, la star n'ayant pas grand chose à dire (et nous non plus d'ailleurs). Sur l'écran dans City Of Glass, nous avons pu admirer sa prestation (à défaut de sa plastique) pas excellente. Grosse guimauve très conformiste pleins de bons sentiments et de chansons mielleuses, City Of Glass fut sympathique entre deux gunfights coréens, sympathique pendant 40 minutes, le temps que l'intrigue s'installe mais ensuite ce fut (inter)minable...

20h30, après un McDo bien dégueux (c'est vraiment parcequ'on devait aller vite), on a pu voir la deuxième révélation coréenne Nowhere To Hide (retenez bien ce nom ça sort dans vos cinémas très bientôt!). Polar très décalé et complètement différent de Shiri car plus lent, plus drôle et surtout très stylisé (style Matrix mélangé à du Hong-Kong et du manga...). Le film fut le grand gagnant du week-end, remportant quasiment tous les prix (prix du jury, meilleur réalisateur...).

Bandeau publicitaire de The Mistress.

Dimanche 19 mars, dernier jour. Toute bonne chose à une fin, ainsi après la nuit, le p'tit déj, la crêperie (c'était meilleur aujourd'hui en ce qui me concerne), nous avons pu voir deux films de Hong-Kong et rencontrer en chair et en os une réalisatrice de Hong-Kong très charmante : Crystal Kwok (voir photos). Simple, souriante, à l'écoute de nos questions, cette réalisatrice nous a parler pendant cinq minutes : ancienne actrice (vous pouvez la voir dans Dragon Forever avec Jackie Chan ou The Master le navet de Tsui Hark), elle aura mis 4 ans pour réaliser The Mistress, l'oeuvre présentée aujourd'hui à Deauville. Film assez culoté dans un pays très pudique, le film est le premier catégory III réalisé par une femme. Histoire d'adultère, le film nous emmène dans les fantasmes sexuels d'une femme (Jaqueline Peng, belle actrice chino-américaine dont c'est le premier film) qui séduit un étonnant Ray Lui dans le Hong-Kong de verre d'aujourd'hui. Le second film de la journée Where A Good Man Goes nous a beaucoup moins emballé. Pourtant réalisé par le prolifique Johnnie To et interprété par le toujours parfais Lau Ching-Wan, le film très lent est à mille lieux de la frénésie de son Longest Nite, film présent aussi ce week-end dans une petite salle le vendredi. Le film raconte une histoire d'amour (encore une) sous fond de rédemption entre un truand minable joué par un Lau Chin-Wan parfois agaçant et tête à claque et une jeune veuve (Ruby Wong) qui tient une auberge en décrépitude.

Il est 18h30 quand nous devons reprendre la route. Nous avons loupé la cérémonie de fin mais 350 kilomètres nous attendaient et surtout un retour à la vie normale le lendemain à 8h00. C'est pleins d'images dans la tête que nous sommes partis heureux, cheveux au vent, vers notre Nord pluvieux mais si merveilleux.

Master Cyco (mars 2000)


© HKCinemagic

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