RUSH HOUR

Jackie Chan enfin reconnu aux USA?

 

Enfin! Le nouveau Jackie Chan est arrivé. Mais ça alors, il partage la vedette. Mais non, il se la fait voler!

L'un a les mains et les pieds les plus rapides de tout l'Orient, l'autre la langue la plus pendue de l'Occident. Choc de cultures - et de comiques- lorsque l'intrépide casse-cou et l'insolent survolté sont contraints de former un tandem à côté duquel le mariage de la carpe et du lapin paraîtrait naturel. Ainsi, l'inspecteur Lee (Jackie Chan) va devoir faire équipe avec son collègue étranger James Carter (Chris Tucker) pour retrouver une jeune fille dont il a été le garde du corps et l'ami pendant de nombreuses années. Afin d'impressionner le FBI pour y faire carrière,

Carter espère résoudre seul l'affaire et essaie donc de se débarrasser de Lee..

Ca sent le remake de 48 heures

Une fois de plus, deux policiers qui n'ont rien à voir en commun et qui ne peuvent pas se sentir vont devoir faire équipe pour mener à bien leur enquête. On rajoute à ce schéma désormais classique une bonne dose d'action et d'humour et l'on obtient sans mal Rush Hour, l'exemple type du polar commercial; preuve en est, son score hallucinant au box-office US. Une suite est d'ailleurs déjà sur les rails. En dehors de l'aspect commercial du film, on peut également déplorer que Jackie Chan y occupe une place largement contestée par son acolyte tant au niveau de l'action que de l'humour. Affaire à suivre...

Tout n'est pas si noir

Outre les aspects de marketing dérangeants, on se doit néanmoins de saluer la prestations des deux acteurs qui forment une alchimie parfaite, tant dans les dialogues que dans les scènes d'actions. On appréciera également les grands moments de bravoure, les coups de Jackie, la tchatche de Tucker (on vous recommande la VO) et quelques scènes bien palpitantes (un combat à la hache dans un immeuble traversé par des faisceaux lumineux. Et ne partez pas avant la fin du générique, il comporte un petit making of que ne reniera pas Jackie Chan.

 

Metropolitan Filmexport et New Line Cinema présentent Rush Hour. Réalisé par Brett Ratner. Avec Jackie Chan, Chris Tucker, Tom Wilkinson, Elizabeth Pena, Tzi Ma, Julia Hsu... Produit par Roger Birnbaum, Arthur Sarkissian et Jonathan Glickman. Musique de Lalo Schifrin. Distribué par Metropolitan Filmexport. Durée : 1H40. Sortie le 27 janvier.

 

JACKIE CHAN, l'homme-élastique

 Alors que Rush Hour, son dernier film a obtenu un grand succès au box-office américain, Contre-Attaque est sorti en version intégrale en vidéo sur notre territoire. L'occasion était trop belle pour ne pas faire un point sur la carrière de cet acteur exceptionnel reconnu partout dans le monde, à la veille de son dernier combat pour obtenir définitivement la consécration qui lui est due outre-atlantique.

 Jackie Chan, de son véritable nom Chen Gangsheng, est né en 1954 à Hong Kong. Dès l'âge de 7 ans, il rentre à l'Opéra de Pékin où il va apprendre les arts martiaux. Très vite, il développe de réelles aptitudes pour jouer la comédie et des producteurs l'engagent pour tourner dans plusieurs films cantonais à petit budget. Multipliant les petits rôles, il finit par être remarquer par le cinéaste John Woo qui le fait tourner dans son troisième film, Hand of Death, en compagnie d'un autre acteur/réalisateur qui deviendra aussi célèbre par la suite. Ce film aura permit à Jackie Chan de se montrer auprès du grand public et également des autres grands réalisateurs du moment. Ainsi, Lo Wei, le réalisateur qui avait jadis découvert Bruce Lee, s'empresse de recruter le jeune acteur et le rebaptise Chen Long (" Sois le Dragon ") dans l'espoir qu'il remplacera le légendaire Petit Dragon. Il résultera de leur collaboration tout une série de films assez médiocres dont La Nouvelle Fureur de Vaincre (hommage ou plagiat selon les goûts) et Dragon Fist (le seul qui vale réellement le détour). En 1978, la carrière de Jackie Chan va prendre un tournant inattendu. Contacté par le producteur Ng See Yuen, qui avait fondé quelques années auparavant sa propre maison

de production, la Seasonnal Films, afin de pouvoir imposer sa propre vision du cinema Kung Fu, Jackie va par l'intermédiaire de son producteur rencontrer le réalisateur Yuen Woo Ping, lui-même ancien cascadeur. Tous trois vont alors révolutionner le genre avec un film : Snake in the Eagle's Shadow. Jackie peut enfin grâce à ce film montrer ses talents de comédiens et le film remporte un vif succès en mélangeant habilement action et humour (voir les scènes entre maître et élève). Yuen et Jackie décident donc de poursuivre leur travail dans la même voie et il vont véritablement s'imposer avec Drunken Master dont l'histoire reprend la saga du fameux héros chinois le plus utilisé dans les films de Kung-Fu : Wong Fei-Hung (Tsui Hark l'utilisera notamment dans sa grande saga des Il était une fois en Chine). Jackie y excelle en réalisant la technique de boxe dite de l'Homme Ivre qui lui permet de justifier ses fameuses grimaces. Ayant enfin trouvé ses marques et son style, Jackie décide de

prendre son envol et en 1979 il réalise lui-même son film suivant, The Fearless Hyena, qui fait un véritable triomphe. Il entre ensuite à la Golden Harvest et une nouvelle fois, il bat des records avec The Young Master dans lequel il impose définitivement sa figure de clown qui prend des risques insensés afin de plaire toujours plus à son public. Mission accomplie puisque Jackie est devenu, dès le début des années 80, une légende vivante du cinéma de Hong Kong.

Jackie Versus USA : Le match de toute une vie

 1980, Round 1 : Jackie 0 - USA 1

Suite au succès sans précédent de la production semi-Hong Kongaise de Opération Dragon avec Bruce Lee aux Etats-Unis, le producteur Raymond Chow qui signa quelques séries B ,voire même carrèment Z, se dit que Jackie Chan pourrait bien être consacré là où Bruce Lee n'avait pas eu le temps de le faire. En 1980, Chow exporte donc Jackie pour le faire jouer sous la direction de Robert Clouse dans Le Chinois qui malgré son côté kitch et ultra-stéréotypé reste regardable ; ce qui ne sera pas le cas pour les deux Cannonball dans lequel Jackie campe dans un second rôle un pilote de prototype made in Taïwan. Résultat : retour à Hong Kong. Hollywood l'a purement et simplement utilisé afin d'enrichir son style et de satisfaire un public friand de films d'arts martiaux mais une fois la mode passée les majors l'on quelque peu boudé.

Après un nouvel échec avec Dragon Lord, Jackie tourne sous la houlette de son ex-compère Samo Hung et sort la tête de l'eau en réalisant Le Marin des Mers de Chine dans lequel il retrouve pleinement son rôle de casse-cou grimaçant. La suite est beaucoup moins réjouissante puisque une série de petits films plus axés sur l'humour que sur l'action renvoient Jackie à son point de départ. Pourtant, en 1985, en réalisant des cascades impossibles sans être doublé une seule fois il rentre dans l'histoire du cinéma avec Police Story , un désormais grand classique des films d'action. Il donne alors une suite honorable au Marin des Mers de Chine qui obtient de bons résultats puis c'est à nouveau la catastrophe avec Mr Canton and Lady Rose (encore une bonne idée de Raymond Chow!!) qui ne ressemble à rien sauf à un étrange mélange de Kung Fu, de comédie musicale et de films de gangsters du genre Les Incorruptibles.

  

Les Années 90 : Jackie Chan devient plus sage!

Au début des années 90, Jackie change un peu son image et n'hésite pas à interpréter un taulard dans Island of Fire dans lequel il partage la vedette avec Tony Leung (l'Amant). Dans Opération Condor, alors le film le plus chère de toute l'histoire du cinéma de Hong Kong, il incarne une sorte de Kung Fu - James Bond. Jackie a enfin retenu la leçon de ses précédents échecs et tente de se renouveler dans chaque nouvelle production. C'est ainsi qu'il va parodier Jean-Claude Vandamme dans Twin Dragons et c'est donc deux Jackie Chan qui débarque à l'écran grâce aux effets spéciaux de Tsui Hark. Toujours dans un rôle proche de celui de James Bond, il fait équipe avec la superbe Michelle Yeoh dans Police Story 3, qui du coup voit sa carrière décoller. Wong Jing, le businessman (euh pardon, on dit réalisateur) le plus doué de sa génération en terme de parts de marché, qui a néanmoins le mérite de faire des films qui plaisent au public le plus large possible (la recette magique de Wong Jing c'est de l'action, de l'humour, un peu de violence, un peu d'effets spéciaux et un peu d'érotisme), décide d'adapter le manga City Hunter (alias Niki Larson, sutout connu en France de la génération manga après les nombreuses diffusions de l'animé au Club Dorothée) avec Jackie dans le rôle du détective obsédé. Vient ensuite l'un des plus grands polars de toute l'histoire du cinéma avec Crime Story dans lequel on retrouve Jackie Chan dans un rôle à contre-emploi dans une ville où tout est sous l'emprise du crime organisé. Kirk Wong, talentueux réalisateur effectue ici un exercice de style des plus remarquables et la performance de Jackie, loin de ses rôles habituelles de casse-cou, ne nous laisse pas indifférents. Passant du coq à l'âne de façon plutôt réussie, Jackie enchaîne avec un film de Kung Fu dans la plus pure tradition du film de genre avec le fameux Drunken Master 2. Véritable hymne dédié aux films de kung-fu, il marque également la fin de la carrière de Jackie Chan dans ce genre pure en y mettant un point d'honneur finale puisqu'il il y incarne Wong Fei-Hung (héros du folklore chinois, personnage principal des Il était une fois en Chine de Tsui Hark).

 

1995 : Round 2 : Jackie Chan 1 - USA 0

Drunken Master 2 fait un véritable carton et du coup Jackie Chan sent que c'est le moment de retenter sa chance aux USA. Et cette fois-ci ça marche, son nouveau film, Rumble in the Bronx réalise un excellent score et du même coup les distributeurs s'empressent de faire sortir d'autres films de Jackie sur les écrans américains comme Police Story 3 et Drunken Master2 ce qui était encore impensable quelques années plus tôt. Surfant sur la vague du succès, l'acteur soigne sa promotion et ses films remportent tous un certain succès comme Thunderbolt ou encore First Strike (Contre-Attaque). Ce qui est encore plus encourageant est que sa côte ne diminue pas avec le temps et qu'Hollywood semble enfin avoir accepté son statut de star, à moins que...

 

Un dénouement incertain

Si les films de Jackie fonctionnent désormais plutôt bien aux USA, cela ne nous empêche pas de rester sceptique quant à son avenir. En effet, les studios ont ressorti pas mal de films de l'acteur Hong-Kongais, tout en effectuant un certain remodelage pour des raisons bien évidemment économiques. Ainsi, les génériques sont remontés, des scènes sont coupées, les musiques originales sont remplacées, l'humour cantonais est réduit pour mettre en évidence les scènes d'action et la campagne de communication est revu de A à Z (nouvelles affiches et bandes-annonces). On peut donc se demander si Hollywood ne cherche pas tout simplement à se réapproprier un filon et à l'utiliser jusqu'à ce que mort s'ensuive comme les studios l'ont déjà fait pour beaucoup d'autres. Cette hypothèse ne peut être que renforcée par le fait que dans Rush Hour, son dernier film, Chan partage la vedette avec un autre acteur-comique qui lui vole quasiment la vedette et comme pour beaucoup d'autres acteurs étrangers, c'est leurs différences qui sont tournées à la dérision et parfois même de façon raciste comme dans l'Arme Fatale.

 

Benoit Duverneuil.