JET LEE

Cinq fois champion national de Wu Shu en Chine, Jet Lee, est devenu, en quelques années, la star numéro-un bis du cinéma en Asie (l'autre numéro-un étant l'indétrônable Jackie Chan). Idolâtré par près d'un milliard de personnes, Jet Lee, tente aujourd'hui une percée dans le cinéma Américain en endossant le costume sombre du bad guy dans Lethal Weapon 4. Retour sur un phénomène en passe de conquérir l'Amérique et, pourquoi pas... le monde entier.

 

Bien que son statut de star n'ait cessé de croître en Asie, Jet Lee est bizarrement peu connu en France. Seuls quelques aficionados du cinéma de kung-fu le connaissent grâce, notamment, à la trilogie des Temple de Shaolin et la série des Once upon a Time In China. De son vrai nom Li Lian Jie, Jet Lee est né à Beijing (Pékin) en 1963. Dès qu'il tient sur ses jambes, LiLian Jie commence la pratique des arts martiaux. A l'âge de huit ans, il est remarqué et selectionné par Wu Ben, l'entraîneur de l'école de sport de Pékin. Dès lors, son existence sera placé sous le signe du travail et de l'acharnement qu'exige la pratique du Wu Shu. D'ailleurs Jet Lee est tellement acharné qu'il se lève la nuit pour s'entraîner dans sa cour, afin de ne pas réveiller ses parents. Une telle obstination paiera son tribu puisqu'à l'âge de onze ans, Lee remporte le championnat national de Wu Shu et devint membre de la délégation nationale qui visite plusieurs pays afin de faire connaître les arts martiaux aux quatre coins du globe. Surnommé "le diplomate prodige du Wu Shu", Jet Lee et même reçu à la Maison Blanche par le président Nixon. En 1975, 77, 78 et 79, Jet Lee sera à nouveau sacré champion national de Wu Shu. Ce n'est qu'en 1980 que les producteurs de cinéma commencent à s'intéresser à celui qui personnifie aux yeux des jeunes chinois, un héros juvénile, charismatique plein de pureté et de sagesse.

 

La saga des Shaolin

C'est l'époque où le cinéma Asiatique subit divers bouleversements. Les films de Bruce Lee n'étant pas distribué en Chine Populaire, ce dernier bénéficiait d'un culte sans précédent. A sa mort, moult navets tentèrent d'occuper la place vacante. Seul Jackie Chan, dans un registre cinématographique ponctué de ressorts comique, réussit à reprendre le flambeau de Bruce Lee. Mais là aussi, ces films ne sont pas encore distribué en Chine. Les dirigeants communistes de la Chine Populaire voulaient imposer leur vision officielle du cinéma de Kung Fu. Une vision capable de contrecarrer la concurrence des films de Hong Kong. La compagnie Zhong Yuan mit donc en chantier le trés coûteux tournage de Shaolin Temple avec Jet Lee (1). Propulsé dans un casting composé de véritable champion de Wu Shu, Jet Lee n'a alors que dix-huit ans. Réalisé par Chang Hsin Yen, cinéaste obscure et sans gloire, Shaolin Temple bénéficia d'un tournage interminable (le film ne sera prés qu'en 1982) et d'un budget de 10 millions de dollars. Résultat, une œuvre kitsch, peu inspirée (le scénario est d'une naïveté navrante) mais qui jouie d'une mise en scène et d'une photographie excellentes. Filmé en anamorphique dans les véritables lieux historiques de l'action, le film de Chang Hsin Yen offre une pauvreté de raccords et de coupes au montage qui permettent aux acteurs en place de faire la preuve de leur performances en "live".

Contre toute attente, Shaolin Temple fut un succès considérable aussi bien en Chine Populaire qu'à Hong Kong. Uniforme de moine et crâne tondu, Jet Lee y fait la preuve de ses grandes capacités de combattant et bénéficie d'un certain respect mais pas encore d'un véritable culte. Le phénomène Jet Lee poursuit son ascension en 83 et 86 avec les deux autres volets de la série Shaolin : Kids from Shaolin et Martial Arts of Shaolin. Ce dernier opus, véritable chef d'œuvre du cinéma de Kung-Fu, est mis en scène par le célèbre réalisateur Liu Chia Lang et sera le premier grand film de Jet Lee. Avec sa bouille de bambin, Jet Lee fracasse l'écran et explose littéralement lors de scènes de combats qui resteront parmi les plus incroyables du cinéma de kung-fu. Mais la "cultification" de Jet Lee tarde. Tout au plus, il bénéficie d'une certaine reconnaissance au sein de l'industrie

 

La rencontre avec Tsui Hark

Tout auréolé du succès de la trilogie Shaolin, Jet Lee décide de réalise lui-même, en 1988, son quatrième film : Born to Defend (2). Lee y troque son habit de moinillon timide et juvénile pour le costume plus dramatique d'un vétéran de la guerre Sino-Japonaise qui rentre chez lui pour découvrir que sa ville est sous le joug d'odieux soldats yankee. Humilié, battu, Jet Lee se transforme en véritable machine de combat et brise les vertèbres de tout ce qui bouge. Nettement plus dur que la série des Shaolin, Born to Defend est une œuvre où flotte un sentiment militaro-raciste et réactionnaire. Le message est grotesque mais le film bénéficie de scènes de combats techniquement réussis frôlant parfois la barbarie (la scène finale est un monument de violence). Visiblement, Jet Lee cherche à se rapprocher de l'image de Bruce Lee première période (seul contre l'envahisseur...). Malheureusement le public ne suit pas.

Après Born to Defend, Jet Lee quitte la Chine Populaire pour s'installer dans la colonie (Hong Kong). Son statut de star l'ayant précédé, Jet Lee enchaîne alors films sur films. Dragon Fight (3) de Billy Tang et surtout, The Master de Tsui Hark. Film qui marque la rencontre du célèbre réalisateur de Hong Kong et de la star montante. Le film est un échec car il véhicule, encore une fois, pléthore de clichés passablement racistes. C'est d'ailleurs à cette époque que l'agent de Jet Lee sera assassiné. Médiocre, The Master permet surtout aux deux stars de se comprendrent pour enfin, s'atteler à ce qui sera la plus incroyable série du cinéma asiatique : Once Upon a Time In China.

Fresque épique et dantesque, Once Upon a Time in China compte les aventures de Wong Fei Hung. Figure héroïque ayant réellement existé, Wong fei Hung est, dans la culture chinoise, le plus mythique des héros. Véritable descendant de la lignée des maîtres Shaolin (il était membre des Dix Tigres de Canton), maître de Fu Shan, médecin et révolutionnaire, Wong Fei Hung, est un personnage clé de la Chine traditionnelle. Pour ne pas dire une icône patriotique. Ces aventures ont données naissances à près d'une centaine de films (dont l'un des plus célèbres est Drunken Master avec Jackie Chan).

Entre les mains de Tsui Hark, Wong Fei Hung un personnage plus humain, plus sensible à son environnement. Culturellement figé, Wong Fei Hung devient maladroit dans ses connaissances limités de la technologie. S'appropriant l'histoire avec la grandeur et la liberté qu'on lui sait, Tsui Hark traite l'histoire de Hung à la manière d'une immense fresque historique située en pleine invasion occidentale. Film d'aventure ou œuvre politique, toujours est-il que Once Upon a Time in China est d'une beauté ahurissante (considéré par beaucoup comme le Barry Lindon Chinois). En endossant la robe de Wong Fei Hung, Jet Lee obtint alors la "cultification" tant attendue. Le succès fut fracassant et confirma Tsui hark comme leader de l'industrie cinématographique Asiatique.

Dans la foulée, Tsui Hark et Jet Lee démarrent Once Upon a Time In China 2 (le meilleur de la série). Tsui Hark en profite pour approfondir le personnage de Wong Fei Hung et impose Jet Lee comme une légende vivante du cinéma cantonnais.

Mais l'acteur a beaucoup de mal à sortir du costume du docteur Wong Fei Hung. Il s'attaque donc au projet Swordman 2 (4), film de wu xia pan mélant humour et fantastique, produit par Tsui Hark. Désireux de se détacher de l'influence de ce dernier et de travailler avec d'autres réalisateurs, Jet Lee décide de prêter ses traits à un autre personnage célèbre de la culture chinoise, Fong Sai Yuk. The Legend of Fong Sai Yuk de Yuen Kwaï, assurera la stabilité de la popularité de Jet Lee sans vraiment atteindre les qualités de Once Upon a Time In China.

En 1993, Jet Lee retrouve Tsui hark pour le troisième épisode de Once Upon a Time in China. Mais cet épisode marquera la fin de leur collaboration. En effet, les deux hommes se brouille à la suite de divergence artistiques.

Séparé de celui qui l'a monté au créneau, Jet Lee enchaîne rôles sur rôles dans quelques comédies d'action contemporaines. Notons au passage une suite à Fong Sai Yuk (toujours réalisée par Yuen Kwaï), New Legend of Shaolin de Wong Jim (5) piètre remake de la cultissime série japonaise Baby Cart et surtout Fist Of Legend de Gordon Chan, remake officiel de La fureur de Vaincre (avec Bruce Lee). Fist of Legend est un film brillant et proprement spectaculaire car Jet Lee y retrouve l'ambiance chorégraphiques des combats de ses premières œuvres.

S'ensuit alors le célèbre Docteur Waï. Mi-chemin entre Indiana Jones et Le magnifique de De Broca, Docteur Waï fait la part belle aux effets spéciaux et multiplie les morceaux de bravoure.

Après quelques projets avortés, Jet Lee se réconcilie enfin avec Tsui Hark (qui l'avait remplacé dans deux autres épisodes de Once Upon a Time In China...) et tourne Black Mask. Adaptation (in)fidèle d'un comics local dans lequel Jet Lee incarne un justicier masqué directement inspiré du Kato de la série Green Hornet. Énorme succès en Asie, Black Mask réinstalle Jet Lee sur les marches d'une gloire que certains prédisaient terminée. Pourtant, dans le costume sombre et inquiétant du Black Mask en question, Jet Lee semble fatigué. Les scènes de combats pêchent par une mollesse inattendue. Après quelques accidents et fractures diverses, celui qui s'enorgueillait il y a dix ans, de ne jamais se faire doubler subit les revers de l'âge (Lee et alors âgé de 34 ans) et laisse de plus en plus aux doublures, le soin d'effectuer les scènes "dangereuses".

En 1997, Jet Lee tente de redorer son blason en réendossant la tunique de Wong Fei Hung dans l'opus 6 de Once Upon a Time In China. Réalisé par le comique Samo Hung, Once Upon a Time In China 6 célèbre le mariage du cinéma de kung-fu et du western à l'italienne selon un scénario complètement décalé (Se rendant en Amérique, Hung est attaqué par des indiens, devient amnésique et est recueillit par une tribu de peaux-rouge..).

Aujourd'hui, le réalisateur américain Richard Donner, à confié à Jet Lee le rôle du bad guy dans le quatrième épisode de la série à succès l'Arme Fatale. Lee y a pour partenaire les increvables Mel Gibson, Joe Pesci, Danny Glover et rené Russo. Jet Lee sera t-il à la hauteur au sein d'une industrie gérée par ceux-là même qu'il fustigeait dans Born To defend et The Master ? L'avenir nous le dira...

 

Laï Fen - 1999

 

1 - Dans Shaolin Temple, Jet Lee est crédité sous son vrai nom. Ce n'est qu'à la suite de ce film qu'il gagnera le pseudo de : Jet Lee.

2 - Le film à également été retitré Born to Defence.

3 - Dragon Fight est disponible en vidéo sous le titre Deflector (!)

4 - Le premier Swordsman était joué par Sam Huig

5 - Wong Jim est un producteur peu attentionné qui signe les films des autres. Jet lee a tourné quatre films avec lui.

 

 

NB : La série des Shaolin est disponible en vidéo chez HK vidéo. En outre, HK à également édité Born To defend, Black Mask, Once upon a Time In china 1, 2, 4 5 et 6, Docteur Waï, Last Heros In China (Aka Claws Of Steel) et Evil Cult. Tous les films HK sont en version originale et en format respecté. A noter que Once Upon a time in China 1 et 2 sont également disponible en français et à la location chez PFC vidéo. En outre, Docteur Waï et Black Mask ont bénéficiés eux aussi, d'une édition française à la location chez TFI vidéo.