Maggie Cheung en belle guerrière dans Moon Warrior. Le genre d'apparition qui a fait craquer Jean Louis.

JEAN-LOUIS :
MON PARCOURS INITIATIQUE

 

1966-1985 : Les origines de mes goûts asiatiques

Comme le dit si bien Smaïn, je suis de religion cathodique, bercé nonchalamment par l’Ile aux Enfants durant ma prime jeunesse, je fus soudainement réveillé par une série qui faisait fureur le samedi en fin d’après-midi sur Antenne 2 : San Ku Kai. C’était la révélation chez cet adolescent pré-pubaire qui venait de découvrir les joies de ces programmes venant d’Asie. Ce fut ensuite l’avènement de Dorothée (paix à son âme) : la course après l’école pour ne pas rater le dernier épisode de Goldorak, Albator, Cobra, et Candy (nul n’est parfait). Sur FR3, on ne ratait aucun morceaux d’Edgar de La Cambriole (Lupin), Capitaine Flam ... Bref, la douce époque des Barpapas, de Gribouille, d’Antivol l’oiseau au sol, d’1 Rue Sésame, des doux Visiteurs du Mercredi, l’Autobus à Impériale, SuperBug, Les Sentinelles de l’Air était révolue. Place enfin à l’action débridée (sans jeu de mots).

Mais quand je repense, avec nostalgie, à ce merveilleux temps de l’innocence perdue, une image un peu plus forte que les autres me revient à l’esprit : celle qui provient de samedis soirs sur TF1 en deuxième partie de soirée (après les imperturbables variétés de l’époque) où l’on pouvait voir des feuilletons comme Le Riche et le Pauvre, Payton Place mais surtout La Légende des Chevaliers aux 108 Etoiles. Jamais rediffusée, cette fantastique saga nippone narre les aventures de Lin Chung, un chinois renégat vivant durant la dynastie Sung (il y a plus de 1000 ans). Avec l’aide de compagnons rencontrés aux fils des ses errances, il essaiera de se disculper vis à vis d’un gouvernement cruel et corrompu. Tout au long des 26 épisodes, les combats à la main et au sabre se succédaient. Les personnages hauts en couleurs avait chacun leur technique de combat, parfois surnaturel comme  « l’homme qui court plus que le vent » (le Steeve Austin chinois), l’homme à la hache ... Un peu à la manière de Robin des Bois (pour l’histoire) et de San Ku Kai (pour les combats), on ne pouvait pas rater la suite de ces chevaliers fantastiques. Impossible à revoir en VF, j’ai dû me résigner à les retrouver dernièrement en version anglaise grâce la sortie vidéo de l’intégral de la série chez nos amis Grands-Bretons sous le titre original « The Water Margin ». Bon, ça a pas mal vieilli, mais ça fait du bien de réentendre la musique du générique, de voir que finalement et au bout du compte, c’était vachement bien pour l’époque.

 

1986-1993 : Les débuts de ma passion cinéphilique 

Déjà accroc aux combats délirants de San Ku Kai et des Chevaliers ..., je tombais sur le cul à la première vision des Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin : tout ce dont j’avais rêvé et que je n’aurais jamais osé espérer était devant moi : les légendes chinoises, des héros dotés de pouvoirs surhumains ne connaissant pas les lois de la gravité, des combats fantastiques, des effets vraiment spéciaux ... le panard de la décennie !!!

Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, un film qui a marqué beaucoup de fans du cinéma asiatique.

Tout ceci se passait en 1986 et je n’avais pas la moindre idée de l’existence de réalisateur comme Tsui Hark, Ching Siu Tung ... Mais heureusement que le festival d’Avoriaz venait de faire découvrir en 1988 un petit film qui allait vite devenir culte pour moi (et pour bien d’autres fans) : Histoires de Fantômes Chinois. 4° choc : après avoir entr’aperçu la bande annonce au Journal du Cinéma de Canal Plus, c’était décidé : il fallait à tout prix voir ce chef d’oeuvre en puissance. Bien évidemment, toutes mes espérances furent immédiatement comblées et ce fut à ce moment là une véritable révélation : c’était ce genre de cinéma qu’il me fallait.

Après mon service militaire, j’achetais alors mon premier magnétoscope et je me décidais à écumer tous les vidéoclubs de la région à la recherche de tous les films de HK disponibles. Bien évidemment, la tache fut ardue : seuls des Bruce Lee, des Jackie Chan étaient vraiment connus à l’époque. Heureusement que les Butterfly Warriors (futurs HK Orient Extrême Cinéma), IMPACT, l’Ecran Fantastique, Les Griffes du Cinéphages... étaient tous là pour me guider spirituellement. En ce qui concerne les petits polars nerveux (John Woo n’était alors qu’un inconnu pour moi), un petit article paru dans Karaté Bushido m’avait fortement éclairé sur les disponibilités vidéos : il reprenait les meilleurs films de femmes balèzes et donnait les références et leur avis. S’inspirant de lui, j’ai même décidé de vous concocter ma propre liste de ces films parfois oubliés (quelquefois à juste titre) => cf. « A la Recherche des Vieux Trésors Perdus ».

 

1994-1995 : Une passion dévorante, une soif inassouvie

Rapidement, j’étais enfermé dans un carcan hexagonal : pas moyen de découvrir tous les chefs d’oeuvre dont me parlaient Julien Carbon, David Martinez, Patrick Nadjar, Marc Toullec (tous ces parisiens qui peuvent s’approvisionner à volonté dans leur China-town). Le bouquet, c’est quand j’ai découvert pour la première fois (toujours au Journal du Cinéma qui illustrait la rétrospective HK à la cinémathèque de Paris en 93) un extrait de Once Upon a Time in China (le passage où Jet Lee se bat sous la pluie à coup de tronc d’arbre virevoltant dans les airs sans toucher le sol). Tout ce que j’avais pu voir avant était balayé par tant de maestria dans la mise en scène et dans la photo : je devais coûte que coûte me les procurer. Je passe donc une petite annonce en 94 pour savoir si je n’étais pas seul au monde. C’est à partir de ce moment là que j’ai véritablement commencé à devenir un collectionneur fou du ciné HK : je me procure toutes les vidéos et les fanzines d’Eastern Heroes, les superbes cassettes de Made in Hong Kong (le HK Vidéo british), je me fais transcoder les lasers du 13° arrondissement, j’achète les CD des B.O.F. à Musica, je m’informe grâce aux bouquins disponibles (The Essential Guide to Deadly China Dolls - The Essential Guide to Hong Kong Movies - The Essential Guide to the Best of Eastern Heroes - Asian Trash Cinema : The Book (Part 1 & 2) - Sex and Zen & Bullet in the Head (The Essential Guide to Hong Kong Mind-bending Films)- un recueil d’affiches de films (venant directement de HK) - le fanzine Hong Kong Film Connection (Vol. III Issue I + II + Vol IV Issue II) - quelques SHE, Oriental Cinema - tous les HK Orient Extrême Cinéma - le spécial Asie du Cinéphage et le n° spécial HK des Cahiers du Cinéma - tous les articles parus dans Impact, Mad Movies, l’Ecran fantastique, le Cinéphage ... - le gros bouquin Ciné Kung Fu (des frères Armanet))...

Les jours passent et ...nouveau choc : la découverte d’Hard Boiled au ciné : ce fut la première (et la dernière) fois que j’allais voir un film deux fois en deux jours (j’ai eu certainement peur d’avoir loupé un cadavre dans un coin). Idem pour la 1° rétrospective de notre maître vénéré John Woo au Métropole de Lille du 5 au 18 janvier 1994 : hallucinant !!! Idem pour l’hommage donné à Tsui Hark lors du 8° festival de Valenciennes en mars 97 !!! Le pied intégrale en somme. Et maintenant, les Butterfly Warriors prennent leur envol vers des cieux bénis des Dieux, leur magazine est ce qui se fait de mieux dans le genre, des chefs d’oeuvre sont enfin accessibles à un public normal, les réalisateurs de HK sont enfin reconnus en France et aux U.S.A., MATRIX et Yuen Wo Ping (le directeur des combats) va révolutionner le genre ... Bref, que du bon à venir.

 

1996-199? : la reconnaissance du ciné HK

Finalement, cette quête allait aboutir à la rencontre de Master Cyco et de quelques autres comme Jacques, lors du Festival de Valenciennes qui proposa une rétrospective Tsui Hark. C'est aussi à ce moment là qu'un petit magazine de cinéma allait naître et qu'il allait rapidement devenir la référence ultime du cinéma made in Hong Kong : j'ai bien sûr nommé HK ORIENT EXTREME CINEMA. Tout allait vite s'enchaîner, Grégory alias Master Cyco; me proposa dernièrement de faire partie d’une bande de joyeux loustics (voir la rubrique "la rédaction") qui venait d’inaugurer un nouveau site sur le WEB consacré au cinéma de HK.

Au moment où Jean-Louis a écrit ces lignes, il ne savait pas que l'aventure HK allait se terminer.

Comment refuser une telle offre qui rapidement aller faire partager ma passion avec des millions d’internautes ? C’était tout bonnement impossible et me voilà donc maintenant assis devant mon PC en train de vous raconter ma vie. Au bout du compte, même si ma période manga est bien finie (j’attends cependant avec impatience la sortie nationale (toujours retardée) du magnifique Princesse Mononoke (que j’ai eu la chance de voir sur grand écran lors de l’avant dernier festival de Valenciennes)), je reste donc fidèle (et plus que jamais) au monde fabuleux du cinéma de HK.

 

Jean-Louis (septembre 99)